LE PAYS, DE 1652 À
Nous avons vu, en 1652, les Iroquois, après s'être promenés en maîtres parmi les tribus Huronnes et Algonquines, tourner leurs armes victorieuses contre les Français. Ils s’enhardirent jusqu’à braver le canon du Fort, tenant la colonie comme en échec. Presque journellement, on apprenuit quelque nouveau massacre.
Dieu, qui voulait le salut de la colonie, releva les espérances, en 1659, en donnant au Canada vn premier Pasteur. Cette nouvelle Église avait déjà été baytisée dans lé sang du ses Martyrs ; elle sera confirmée dans la perpétuité du sacerdoce, la Providence lui choisissant un Pontife saint: député directement par Rome, il sera le Vicaire du Vicaire de Jésus-Christ,
Ce n’est qu'après avoir solidement établi le Canada sur les
fondements de la Religion, (1) que la Providence lui donne une organisation propre à assurer son développement matériel,
Nous avons vu, en 1665, le Mirquis de Tracy aborder à Québec: tout va changer de face en Canada,
Les lettres de notre Vén. Mère, toujours fécondes en renseignements, revêtent un intérêt tout particulier à cette époque d'espérances et de progrès. On voit le pays, qui ne comptait en 1652, que 2,000 habitants, doubler alors sa population. L'audace des [roquois enfin réprimée, le commerce reprend vigueur, les ressources du sol se développent; des richesses minérales se découvrent, des manufactures s’établissent, les arts progressent ; bientôt le Canada va se suffire à lui-même,
La religion et l'éducation, qui avaient si heureusement pris les devants dans l'établissement de la colonie, ne se laissent pas dépasser par les progrès matériels. En 1668, le collége des Jésuites comptait 120 élèves, dont la moitié pensionnaires. Lo cours d’études s’y faisait régulièrement et en entier, et le 2 juillet 1666, les premières thâses publiques sur la philosophie furent soutenues avec succès par les sieurs Joliet et de Francheville.
Mais l'importance que la Vén, Mère donne aux progrès matériels et intellectuels n’est jamais qu’en vue des âmes; l’extension de la Foi; voilà son thème favori, sa grande préoccupation, Elle nous montre Mgr. de Laval faisant venir des prêtres et
(1) ‘* Le zèle, l'intelligence et les vues élevées de Louis XIV et de son gouvernement se montrent dans la colonisation du Canada. On veut créer une source de richesses et de prospérité pour la mèrepatrie; mais on cherche en même temps les vrais et solides avantages et des colons et des indigènes. On ne fait pas consister Je bonheur humain danse la fortune et le bien-être matériel; on sait que l’homme est créé à l'image de Dieu et destiné au ciel, et l’on a pour sa haute dignité le respect et les égards qui lui sont dus. Voilà pourquoi on considère la foi catholique et le sentiment religieux comme des éléments indispensables d’une colonisation sérieuse et solide.”? c
Ces réflexions d'un auteur très-estimé, sont bien propres à éclairer nos lectrices, sur les appréciations de certains historiens qui ont écrit sur l'Histoire du Canada.
étab'issant son séminaire ; la compagnie de S. Sulpice, à Montréal, fondée par M. Olier, complétant son organisation. En 1668, pendant que Messieurs de Fénélon (1) et Trouvé ‘ ecelériastiques de Montréal qui avuient hiverné aux [roquois” lui racontent leurs travaux et leurs espérances, et que deux ecclésiastiques de Monseigneur partent pour visiter et instruire toutes les personnes des habitations françaises, dans un circuit de deux cents lieues,” sa grande âme accompagne aussi les Missionnaires de la Compagnie de Jésus, ‘ qui ont découvert de grandes nations à plus de 500 lieues au-dessus de nous." Elle porte envie à ces généreux serviteurs de Dieu “ qui endurent des souffrances qui ne se peuvent exprimer, elle voudrait les suivre dans les croix et les occasions du martyre où ils sont tous les jours.”
En 1670, ce sont les RR. PP. Récollets qui viennent reprendre leur œuvre à Québec et relever leur Couvent de N. D, des Anges, pendant que plus de 40 Jésuites sont répandus dans cette Nouvelle-France, et s'épuisent à la recherche des âmes ; l’un d'eux s’est rendu ‘ près de la mer du Nord et éclaire dans le chemin du Ciel des barbares cachés dans les extrémités de la terre, qui ne pensaient point à Dieu .…....On a su, continue t-elle, qu'à dix journées au-delà de ceux-ci, il y a un pays où il fuit trois mois de nuit toute noire et trois mois d'un jour sombre comine le crépuscule. Le pays est habité, quoïque presque toujours couvert de neige très-profonde, Il n’y a pas un seul arbre et les prairies n’ont pas l’herbe plus longue que le doit, Les habitants vivent de cerfs, de castors et d'ânes sauvages ; et comme ils n’ont point de bois, ils font du feu avec les os, les peaux et le poil des bêtes qu'ils tuent, On cherche les moyens de les aborder, pour tâcher, de demi-bêtes qu'ils sont, d'en faire des enfants de Dieu.” Et la Vén., Mère recommanduit à toute la ferveur des âmes saintes les nations de cette vuste Amérique auxquelles Dieu lui même avait attaché son cœur, souhaitant de ‘ vivre et de souffrir jusqu’au jour du jugement, si elle pouvait par là aider en quelque chose les âmes rachetées du sang de Jésus-Christ.”
La Vén. Mère, dont la plume féconde et fidèle va bientôt ces. ser de nous dire ses joies et ses espérances, avait vu l'apogée de
(!) Frère du célèbre Archevêque de Cambrai,
PORN MONT, LT " Lédhs D ééédée, nn ne e des céiieee e
U) la grande moisson indigène, à Québec. A son tour, Montréal (2} ‘144 moissonnera pour le ciel parmi ces farouches enfants des forêts, fu Au reste, cette race destinée pur la Providence à disparuître plus tard du sol de l'Amérique, aura considérablement diminué, par suite des guerres, des maladies, et surtout des boissons mortelles que leur fournissent les ‘ coureurs de bois.” La Vén. Mère déplorait déjà ce mal en 1668. “Il est vrai que le pays se peuple beaucoup; muis parmi les honnêtes gens, il vient aussi ” de la “oanaille” qui cause beaucoup de trouble et de scandale Ce qui fuit le plus de mal, c'est le trafic des boissons de vin et d'eau-de-vie, On déclume contre ceux qui en donnent aux suuvages, on les excommunie, l'Évêque et les prédicateurs publient en chaire que c’est un péché mortel; et nonobstant tout cela, il vont dans les bois, et portent des boissons aux sauvages, afin d'avoir leurs pelleteries pour rien quand ils sont enivrés,”’
É AT Si nos lectrices veulent voir en perspective l'érection de Qué- CHR bec en évêché en 1674, et les nouvelles voies ouvertes à l'Évangile par la découverte du Mississipi, elles auront une idéc des progrès de la Foi jusqu’à la fin du siècle. Il est vrui que le turbulent Iroquois remuait encore et cherchait à soulever les autres tribus; mais Frontenac, dans la fameuse guerre de seize ans va leur porter le dernier coup, en même temps qu'il délivrera le pays des attaques des colons de la Nouvelle-Angleterre.
(2) ‘* L'humeur indépendante de ces barbares, leur amour pour la vie libre et errante, les guerres dont le pays n'avait cessé d'être le théâtre, avaient en effet rendu inefficaces tous les mouvements qu’on e’était donnés pour les arrêter à Montréal; et lorsque Mile. Munce mourut, ce qui arriva l’année 1673, on n'avait point encore vu de sauvuss se fixer dans cette Île. Ce qui engagea les prêtres de Saint- Sulpice, après que M. de Laval les eut autorisés, en 1668, à se livrer à l'instruction des sauvages, d'aller établir pour les Iroquois sur bords du lac Ontario, une mission ... Muis après une expérienc de plus de dix ans, on demeura convaincu que le fruit de ces missions errantes se réduisait presque à rien ... Les Pères Jésuites formèrent une mission sauvage à la Prairie de la Madeleine....Peu après, les ecclésiastiques de Saint-Sulpice commencèrent pour eux, en 1676, un établissement à la Montagne, qui fut le premier lieu de cette Île où les sauvages vinrent pour être instruits.”’—Vie de la Sr. Bourgeois, par M. l'abbé Faillon.