‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 99 sur 156 · VOIR OT PTS D TU LT CON MERE TE UT · texte numérisé non relu

VOIR OT PTS D TU LT CON MERE TE UT

hu L 312 LES URSULINES DE QUÉBEC.

retirez de moi toutes vos grâces sensibles ; que les démons d'enfer enragent contre moi ; pourvu que je sois toute à vous, je suis contente ;'je ne demande rien que vous, Souvent, en ces rencontres, elle disait ou les litanies de la sainte Vierge, ou même celles des Saints, où queliue autre prière vocale ; lentement, affectueusement, y mêlant quelques co:loques avec humilité et confiance, et elle s’en trouvait très-bien,

‘# Dans ses communions, son lus ordinaire entretien était de dire avec amour: Vous vous donnez donc tout à moi, Ô mon Jésus, et votre corps, et votre sang, votre âme et votre vie. Vous désirez le même de moi : oui, mon Jésus de tout mon cœur. j'emploierai à votre service toutes les forces de mon corps ; j'y voudrais répandre tout mon sung, y épuiser toutes les puissances de mon âme, et y consumer toute ma vie jusqu'au dernier soupir,

“ Et le bon est qu’elle tenait parole, se consumant dans le tra-

vail sans aucun relâche, non-senlement les jours entiers, les mois et les années; mais toute sa vie, son courage étant infatigable dans les travaux de sa condition, qu’elle a soutenus toute seule l’espace de quatre onnées, ayant la boulangerie et le soin des lessives, qui sont très-fâcheuses durant l'hiver en ce pays.”

Nos traditions nous disent qu'elle était aussi chargée des plus petites pensionnaires, tant françaises que sauvages, aux heures où les religieuses récitaient vêpres et matines. On vey. ait alors sœur S. Laurent, suivie de son aimable (1) petite troupe, qu'elle appelait ‘ses petites joies,” tantôt au jardin, tantôt à la boulangerie ou à la cuisine, accomplissant sa besogne et semant de saintes paroles, Étaitil t mps de dire ses pater et ave, elle donnait à chacune un de ces petits pains à l’anis qu’elle faisait si bien, et dont l'usage s'est perpétué jusqu’à nos jours au Monastère; et pendant que les enfints s’occupaient de leurs gâteaux, ‘ma tante, ” qu'elles prenaient bieu garde de ne pas distraire, priait Dieu de bénir ses petites filles et de les conserver dans leur précieuse innocence,

(1) De ce nombre étaient Marie Huronne, Catherine Algonquine,

Madeleine des Moulins, âgée de 4 ans, Anne de Lauson, âgée de 3 ans.

# L'année 1650, continue la Vén. Mère, notre maison ayant été brûiée de nuit, et rien ne nous étant resté, pas même nos robes ni une seule couverture, à peine nous étant pu sauver de l'incendie, cette bonne -œur, dans les peines qu'elle prit pour soulager notre pyuvre communauté, se rompit une veine, laquelle se rouvrait de temps en temps, et lui faisait souffrir des défaillances presque continuelles. En même temps, elle fut attaquée d’un asthme violent, Depuis plusieurs années, elle souffrait aussi d’une toux continuelle qui ne lui laissait de repos ni jour ni nuit,

“Nonobstant tous ces maux, elle recherchait, comme des grâces précieuses, les obédiences les plus pénibles et répugnantes à la nature, Et comme elle voyait ma répugnance à lui accorder tant de travail, elle usait d’un si saint artifice, qu’elle me perguadait quasi malgré moi, que c'était ce qui la fuisait vivre. Et comme environ six mois avant sa mort, nous la retirâmes de toutes ses fonctions, elle a dit à des personnes de confiance, que c'était là une des plus grandes croix qu'elle cût eues en sa vie, Elie avait une si grande estime de sa vocation que deux jours avant de recevoir les derniers sacrements, eile disait, qu'elle n'avait passé aurun jour de sa vie, sans remercier Dieu de l'avoir appelée à l'état humble de sœur converse, et que si elle eut eu toutes les couronnrs de la terre, elle les eut toutes données pour acheter lu qualité de sœur converse dans une muison de Suiute- Ursule.

‘ Dans ses travaux, elle portait une paix angélique, ne perdant jamais rien de ses exercices spirituels, quoique sa vie fût une continuelle oraison.

‘“ Son humilité était si adroite à cacher ses belles actions et ses souffrances, qu'il semblait que sa nature trouvât partout son compte, dans. les souffrances mêmes.

“€ Sa cha:ité était universelle. Les défauts du prochain disparaissaient à ses yeux; elle ne voyait que leurs vertus, ne trouvant que des défauts en elle-même sans aucune vertu; ce dont elle.s’humiliait devant Dieu, sans jamais s'en décourager, appuyant les espérances de son salut, non pas sur son innocence et

ses mérites, mais sur l'amour de Jésus-Christ qui l'avait aimée dès son enfance, qui l'avait portée dans son cœur tout le cours de sa vie, et à chaque moment de sa Passion jnsqu'au dernier soupir, et qui était encore son avocat à la doite de Dieu son père.

“ Sa dévotion à la exinte Vierge était un autre appui de la grande confiance qu’elle avait aux miséricordes de Dieu, demandant par son amour l'amour de Jésus Christ.

‘ Elle était fort affectionnée au silence, et parlait fort peu, hors la nécessité; surtout durant l'Avent, qu'elle ne disait quasi mot, étant dans une intime récollection, pour se mieux disposer à recevoir en sa naissunce le petit Jésus, auquel elle zvait une tendre dévotion,

‘ Son obéissance était vraiment sainte et religieuse, ne regardant en ses supérieurs qué Jésus-Christ, et leur obéissant comme à Jésus-Christ. J'ai été trois fois sa supérieure, jamais elle ne m'a apporté des raisons, ni des répugnances à quoi que ce soit, sinon en deux rencontres: une fois me faisant instance que je lui laissasse toujours le soin des animaux ; l’autre fois, que je ne l’obligeasse point d'aller à l’infirmerie, afin, disuit-elle, que je me consume jusqu’au bout au service de la Communauté, qui est le service de Dieu,

‘ Elle observait ponctuellement les Règles ; n’était point curieuse ; ne se mêlait de rien, ne s'enquérait de rien; sa récollection intérieure absorbait tout et contentait son cœur, qui trouvant en soi-même le Royaume de Dieu, ne cherchait point au dehors ce qui est moins que Dieu.

“ La nature l'avait avantagée d'un très-beau naturel, d'un excellent jugement, d’une rare prudence, d'une douceur inaltérable et d’une force d'esprit au-dessus du commun.

‘“ Ayant passé avec nous 27 années entières, dans une éminente pratique de toutes les vertus, Dieu l'ayant trouvée mûre pour le Ciel, nous a ôté avec amour ce qu'il nous avait donné par amour. Qu'il en soit béni à jamais!

Environ la mi-mai, elle sentit un redoublement de toutes ses douleurs. Les remèdes jui étant inutiles, elle me demanda de faire pour la dernière fois les exercices avec nos sœurs, afin de se

mieux préparer à la mort. Je lui permis qu'elle communiât tous les jours avec celles qui faisaient les exercices; que pour les autres choses, ellé en ferait ce qu'elle pourrait; ce qui lui fut une grande consolation. A la fin de ces exercices, ses douleurs s’augmentèrent, mais son courage lui donna encore assez de force pour faire la rénovation de ses vœux avec toute ln communanté le jour de l’Ascension.

‘ Elle ne s’alita que le dimanche suivant, qu’elle regut ses derniers sacrements avec son Gœur ordinaire, c'est à dire toujours uni à Divu, auquel elle soupirait de s'unir pour toute éternité, Le léndemain elle entra èn des convulsions violentes ; ses douleurs étaient inconcevables et nous tiruient les larmes des yeux. Elle ne dit jamais une seule parole de plainte ; au contraire elle disait avec un grand sentiment de confusion, que ce qu’elle enduruit n’étuit rien et né méritait pas le nom de souffrance, eu égard aux douleurs de Notre Seigneur.

‘ On peut dire qu’elle a été six jours en agonie. Enfin elle rendit son âme à Dieu la veille de la Pentecôte, le 8ième juin 1669, entre les quatre et cinq heures du soir, âgée de 54 ans.”

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