ANTÉRIEUREMENT À L'INCENDIE DE
L ne faut pas laisser se disperser les habitantes du cloitre, sans faire Z connaître plus intimement à nos lectrices, cette chère portion de notre famille qui constitue ce qu'on appelle le Pensionnat. Nous avoiis déjà fait pressentir le bien toujours croissant qui s'epérait parmi ces générations naissantes de notre Canada.
Dès l’année 1664, la Vén. Mère écrivait : “ C'est à l'endroit des filles françaises que nous sommes le plus occupées. Il n'y en a pas une qui ne passe par nos mains, et cela réforme toute la colonie et fait régner la religion et la piété dans toutes les fa-
milles,” “ L'on est fort soigneux de faire instruire les filles
frauçaises, répétait elle en 1668; ct je vous assure que
s’il n'y avait des Ursulines, elles seraient dans un danger continuel de leur salut, Nous avons tous les jonrs sept religieuses de chœur employées à l'instruction des filles françaises, sans y comprendre deux converses qui sont pour l'extérieur. Comme plusieurs ne sont pensionnaires que peu de temps, il faut que les maîtresses s'appliquent fortement à leur éducation, et qu’elles leur apprennent, quelquefois dans un an,à lire à écrire, à jeter; les prières, les mœurs chrétiennes, et tout ce que doit savoir une fille. L’on nous en donne pour les disposer à leur première communion ; pour cet effet elles sont deux ou trois mois dans nos classes, Il y en a que les parents nous laissent jusqu'à ce qu'elles soient en âge d’être pourvues, soit pour le monde, soit pour la Religion. Nous en avons huit tant protesses que novices, qui n’ont point voulu retourner au monde, et qui font très-bien, ayant été élevées dans une grande innocence; et nous en avons encore qui ne veulent point retourner chez leurs parents se trouvant bien dans la maison de Dieu, Deux de celles-là sont petites-filles de M. de Lauson bien connu en France, lesquelles n’attendent que le retour de M, de Lauson Charny pour entrer au noviciat,
Le pensionnat, qui paraît avoir été de quinze à vingt élèves, à l’époque du premier incendie (1650), s'était élevé de vingt à trente, dans les années subséquentes. En 1670, il avait fallu accroître les classes et demander des religieuses en France. À l’époque du second incendie (1586), le pensionnat se composait d'environ soixante élèves.
Dans les premières années il n’y eut point d’externat distinct ; d’après le Registre, ce fat Le 6 mai 1658, que des classes spéciales furent ouvertes. * Pour les externes, disait dix ans plus tard la Vén. Mère, nous
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avons toutes celles de la hante et basse ville... Elles nous donnent beaucoup de travail, mais nous ne veillons pas sur leurs mœurs comme si elles étaient en clôture. Elles sont dociles, elles ont l'esprit bon, elles sont fermes dans le bien quand elles le connaissent.”
Dans la liste qui va suivre, il n’est question que des élèves pensionnaires, et encore nous ne pouvons nous flatter de la donner complète, Les registres aussi bien que les annales ayant été rétablis de mémoire, après l’incendie de 1686, 11 doit nécesairement s’y trouver des omissions. à
Un fait qui nous a frappée, en étudiant le Registre, (:) c'est l'intérêt que toutes les personnes influentes donnent à l'instruction des jeunes filles de la colouie ; on voit incessamment Mgr. l'Évêque, le Gonverneur, le R. P. Supérieur des Jésuites, M me. de la Peltrie, de riches bourgeois, payer l’éducat'on de jeunes filles de Montréal, des Trois-Rivières, de Beauport, de lIle d'Orléans etc. On iient même à ce que les jeunes filles de la ville soient pensionnaires dans leurs dernières années d’études, où au moins quelques mois à l’époque de la première communion. Nos Mères y contribuaient aussi leur part. ‘ Nous faisons de grands frais, disait la Vén. Eière, parce qu’on nous donne plusieurs filles françaises pour l'entretien desquelles les parents ne peuvent fournir que peu de chose, et d’autres ne peuvent rien donner du tout. Il faut espérer de la bonté de Dieu qu’il nous aidera à les assister.”
“ On ne peut assez estimer le bonheur du Canada, dit le R, P. Le Mercier en 1668, d'y avoir depuis près de trente ans les deux maisons religieuses d'Ursulines
(:) Désormais toute phrase entre guillemets sera censée un Extrait du Registre, s’il n’y à pas indication du contraire.
et d'Hospitalières, qui y étaient nécessaires, et qui s’acquittent dignement et saintement de ce que Dieu et les hommes ont pu attendre d'elles, chacnne dans les emplois où la divine Providence les avait destinées,
“ Les Mères Ursulines ont eu tant de bonheur dans l'instruction des filles qu’on leur a confiées, soit pensionnaires, soit externes, qui fréquentent leurs classes, qu’en voyant les ménages du Canada, et chaque maison en particulier, très-aisément on distingue, par l'éducation chrétienne des enfants, les mères de familles qui sont sorties de leur maison, d'avec celles qui n’ont pas eu cet avantage.”
Liste des Élèves Pensionnaires telle que rétablie-de mémoire après l'incendie de 1686.
Mlles. Madeleine Nicolet, Marie Olivier (1). Elisabeth et Marie Couillard, Marie et Louise Marsolet, Marie-Madeleine et Catherine de Repentigny, Genev. Juchereau de Maure, Marie Le Neuf de la Potherie, Genev. Hayot, Jeanne Buadeuu, Jeanne
(1) Ces deux premières élèves pensionnaires de notre maison entrèrent l'une en oetobre 1641, la seconde le 3 décembre suivant, par conséquent passèrent une année à la Basse-Ville. 4% M, Nicolet, fait fournir les vivres par l’'Habitation, et aussi M. Le Tardif,” dont Mile. Olivier étant la fille adoptive. Nous nous sommes demandé quel motif avait pu engager nos Mères à se oharger de deux Dlles, de 14 à 15 ans, dans le misérable petit réduit de la Basse-Ville. Nous voyons, par le Dict. Généal. de M. l'abbé C. Tanguay, que Mme. Le Tardif (Dile. Louise Couillurd\ décéda le 23 novembre 1641 ; la jeune demoiselle se trouvait par conséquent sans protection. D'après le Registre, Mile. Nicolet senitile avoir été dans nn cas analogiie, Le nom de son père ne se trouve pas dans le Tictionnaire mentionné plus haut. Le Registre désigne M. Le Tardif comme membre de la compagaie de Beaupré.
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Porchet (1), Genev. Bourdon [Rel. Ureul.], Louise Racine, Simonne Côté, Marie et M. Mad. de Chaviyny, Jeanne Godefroy, des Trois Rivières [R. U.], Maric Sevestre (2?) Agnès Morin et Françoise Hébert (sœurs de mère), Marguerite Bourdon (une des trois fondatrices de l'Hôpital-Général de Québ o,) la fille de Muître Abraham l'Écossais, la fille de M. Primault de Montréal, Catherine Sevestre, Louise Morin, Françoise Duquet, Françoise Denis, Louise fille de la venve du sieur Poisson, tué par les Iroquois, la fille du Sieur Boutet de Saint-Martin, (R. U.), Marie Daudier, Franç. Crevier des Trois-Rivières, Jacqueline, fille du Sieur Muhen de l'Ile d'Orléans, Gen. Drouin, petite-fille de Maître Zacharie Coutier, Mile. de la Blanchetière (#),
Jeanne Peltier, Elisaheth Moyen (%), Marie Muacart, Ursule
ç) ‘La famille Porchet n'ayant pas réussi est rétournée en France.”
(2) ‘ Commis Général des Magasins du Paya.’”?
(#) Une des ‘Filles du Roi.” * Après une année de pension, elle épousa M: Dotteville, neveu du R. P. de Lyonne, Elle était placée au pensionnat par M. de Maisonneuve, Gouv. de Montréal.
(+) La Mère de l’Incarnation raconte ainsi les malheurs de cette estimable famille. ‘ Le coup le plus funeste que les Iroquois aient fait, a été à l’Ile-aux- Oies, (douze lienes en bas de Québec) ou un honnête bourgeois de Paris nommé M. Moyen, qui avait acheté cette place, s'était établi avec toute sa famille. Il fut surpris le jour du S. Sacrement (1655), tous ses gens étant à l'écart. Lui et sa femme furent massacrés, et leurs enfants, avec ceux de M. Macart, emmenés prisonniers.”°
Du nombre des captifs furent Miles. Elis. Moyen et Marie Macart,
qui venaient de laisser le pensionnat. Dieu toucha le cœur de ces
barbares, et ils livrèrent quelque temps après ces infortunés captifs à des ambassadeurs français. Mlie. Elis. Moyen devint l'épouse du M2jor Lan bert Closse, le ‘ Héros” de Montréal, et sa sœur Marie hponsa le Capitaine du Gué, du régiment de Carignan. L’aînée
‘ Dies. Macart devint l'épouse de M. Basire, le plus riche mar- :luno u” Québec, qni s'occupa avec une extrême bonté de l'éducn. on de ces intéressantes orphelines dont il se fit le protecteur. Mie. À ne Macart fut adopiée par Mine, de la Peltrieen 1664. Ge. neviève devint l'épouse du Sieur de Villiers.