‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 119 sur 156 · LA SAINTE-URSULE À L'HÔTEL-DIEU ;—UNE VISITR · texte numérisé non relu

LA SAINTE-URSULE À L'HÔTEL-DIEU ;—UNE VISITR

N demi-siècle ne s'était pas écoulé depuis la fondation du Monastère quand nos Mères eu- } \{ rent à passer pour la seconde fois ÆN\\ par un incendie général, qui les Æ7 1] dépouilla de tout. Eu égard au temps etaux circonstances, ce se- 7 À cond incendie n’était pas un dé- L£sastre égal au ”:emier; cepen- MN dant que de souffrances et d’an- JA goisses pour celles qui en furent 7 victimes! Marie, cette perpétuelle supérieureet céleste Restauratrice, avait-elle un instant abandonné ses filles? Oh ! non; elle voulait seulement les former à la même école que leurs devancières. Le Monastère

avait commencé des agrandissements qui devaient se développer et subsister jusqu’à nos jours ; avant d'en sanctionner l'exécution, la divine Vierge les arrête ; elle voulait que les progrès de l’œuvre des Ursulines, de même que ses commencements, n’eussent point d'autre appui que la plus entière dépendance de Dieu et confiance en son adorable Providence.

Nos lectrices reconnaitront facilement, en tout ce qui va suivre, que l'esprit de la Vén. Mère Marie de l'Incarnation est toujours vivant au milieu de ses filles.

Voici comment les Annales dans leur simplicité à la fois persuasive et touchante, relatent cet événement.

“ Cette année 1686, il plut à Notre-Seigneur de visiter de rechef notre Communauté par un incendie général qui arriva un dimanche 20 octobre, Nous étions toutes à la messe de Communauté et nous avions laissé tous les feux en très-bon état, Comme nous étions à la communion, on sonna au tour plusieurs fois de suite : c'étaient quelques personnes du dehors qui venaient nous avertir que le feu était à la maison, ayant aperçu une horrible fumée qui sortait par la cuisine. Aussitôt notre Rév. Mère sort du chœur se rend à la cuisine, qu’elle trouve toute en feu. Elle referme la porte, accourt au chœur à la hâte disant : ‘“ Mes sœurs, tout est perdu, sortez promptement !”’ On sonne le tocsin, toute la ville vole au secours, mais inutilement ; le feu fortement poussé par un vent du nord, courut avec une telle impétuosité qu'ayant commencé sur les huit heures du matin, il consuma d’un côté le grand bâtiment, les parloirs et le noviciat, le magasin et une partie des étables; et de l’autre il brüla le chœur, l’ayant-chœur, la chapelle des Saints et celle de l’Enfant-Jésus, l’église et la cha-

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pelle sainte Anne, avec la sacristie et le confessionnal, et cela en deux ou trois heures de temps. Tout ce que l'on put faire fut de sauver le très-saint Sacrement et les saintes reliques, qui étaient à la chapelle des Saints au-dessus du chœur; encore les fallut-il descendre par deux fenêtres qui étaient au-dessus de la voûte de l’église, par laquelle voûte l’on fit aussi descendre la religieuse (1) qui avait été assez généreuse que d'exposer sa vie pour les sauver. L'on put aussi enlever les ornements qui étaient dans la sacristie ; mais les plus beaux, quise trouvaientdans une armoire au bout du grand dortoir, furent brûlés. Pour garantir la boulangerie et la buanderie, on les avait entièrement découvertes, en sorte qu’il ne nous restait que le petit bâtiment que feu Madame notre Fondatrice avait donné autrefois pour le séminaire ; ce petit logis nous fut conservé par la bonté divine pour nour servir une seconde fois de refuge dans nos disgrâces.

‘ Ce coup, quoique très-rude et imprévu, ne nous fut presque pas sensible; la grâce se rendit tellement maitresse de nos cœurs dans ce moment où Dieu, se donnant tout à nous dans son sacrement d'amour, nous Ôtait tout le reste, que nous ne sentions pas la privation des choses de la terre.

“ Ce fut surtout en cette rencontre que Mgr, de Saint-Valier se porta avec des bontés et des tendresses toutes paternelles à pourvoir aux nécessités de ses pauvres filles. S’étant en toute hâte transporté chez les Rév. Mères Hospitalières pour examiner le lieu où elles nous pourraient loger, il trouva en ces chères Mères des cœurs remplis de charité pour nous, et il revint aussitôt pour mettre ordre à tout et prendre les

@) Cette digne fille de Marie de l'Incarnation était Sr. Marie Montmesnil de Ste. Cécile, converse, native de Normandie,

mesures nécessaires pour nous faire conduire à l'Hôtel- Dieu, où il fut convenu que vingt de nous irions demeurer, tandis que les huit autres resteraient dans la petite maison de Madame notre Fondatrice, tant pour avoir soin de la basse-cour que pour veiller sur les ouvriers qui travailleraient à réparer les clôtures, la boulangerie et la buanderie, et aussi à accommoder les lieux réguliers dans ce petit bâtiment qui devait nous servir de Monastère, jusqu’à ce qu’il plût à Dieu de nous en donner un autre.

‘“ Après la grand'messe à la cathédrale, entre midi et une heure, le KR. P. Beschefer vint quérir celles qui devaient aller à l'Hôtel-Dieu. Les Rév. Mères Hospitalières nous reçurent avec toute la charité et cordia: lité possibles. Etant entrées par l'hôpital, on nous conduisit droit au chœur où, à genoux devant le S. Sacrement, nous chantämes le Laudale pour rendre grâces au Seigneur de ce qu'il avait accompli en nous sa sainte volonté en nous dépouillant de tout, et le Memorare à la sainte Vierge, notre Mère et principale Supérieure, la suppliant de prendre soin de nous. Nous entendimes ensuite la sainte messe, que le R, P. Beschefer avait eu la bonté de différer jusque-là afin de nous consoler plus efficacement,

“ Ayant satisfait à nos dévations, nos charitables hôtesses nous conduisirent à leur réfectoire pour diner, Elles nous donnèrent pour logement le noviciat et les chambres voisines, pourvoyant à tous nos besoins avec une extrême bonté et nous prêtant du linge, car nous n'avions sauvé que ce que nous avions sur nous.”

“ Le lendemain de notre incendie, jour de sainte Ursule notre bienheureuse patronne, la fête s’en fit avec solennité chez nos chères hôtesses: l'on y chanta la

grand'messe, les vêpres et le salut. Mgr. de Saint. Valier nous fit la grâce de nous venir dire la messe et nous communia toutes, puis il nous fit une très. belle exhortation, se venant consoler avec nous sur notre accident, dont il paraissait plus touché que nousmêmes.”

Cette fête patronale à l'Hôtel-Dieu est une des nlus vivantes traditions de notre Monastère. Zu haut du ciel sans doute, sainte Ursule et ses Compagnes se plurent à répandre des faveurs insignes sur ces pieuses amies, qui exerçaient la charité comme les saints seuls savent le faire.

“ Pendant notre séjour chez les charitables Mères Hospitalières, nous assistions à toutes leurs observances, (‘) disant l'office avec elles, les accompagnant à l'oraison, à la messe, au réfectoire et à la récréation ; nous allions aussi servir les pauvres; le reste du jour nous nous tenions en notre département. Notre Mère sortait tous les jours pour aller avec une compagne, visiter nos chères sœurs dans la petite maison de Mme, de la Peltrie, et pour hâter le rétablissement du Monastère.

“ Nos supérieurs ayant jugé qu'il était de convenance que notre Mère, accompagnée de plusieurs d’: tre nous, allât rendre visite à M. et à Mme. de Denonville, cela fut exécuté le dimanche dans l’octave de la Toussaint, Mme. Bourdon et Mme. de Villeray vinrent à midi nous prendre en leurs voitures, pour nous mener au château S, Louis, où M. et Mme. la Marquise nous firent tout l'accueil possible, nous donnant tous les témoignages imaginables de bonté, Nous ne sortimes du château que sur les quatre à cinq heures

(:) La Communauté de l’Hôtel-Dieu se composait alors de vingt et une Religieuses de chœur et six converses.

du soir. Après avoir pris congé dun Marquis et de sa famille, nous nous rendîmes à l’hôtel de M. l’Intendant, et comme Madame était au lit,on nous conduisit à sa chambre où nous fûmes comblées d’amitiés, Mais il fallut bientôt partir, car il se faisait tard, et nous voulions aller donner le bonsoir à nos pauvres sœurs, qui étaient dans la petite maison de Madame notre Fondatrice, Enfin nous rentrâmes vers sept heuies à l'Hôtel-Dieu, bien lasses d’avoir tant couru et voyagé.”

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