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NOUVELLES ABPIRANTES À LA VIE RELIGIEUSE

L'héroïque vertu et l’'admirable piété qui éclatèrent dans nos Mères, à l’époque du second incendie, paraissent avoir donné à leurs élèves une haute idée de la vie religieuse ; six d’entre elles n’attendaient que la réouverture du noviciat et l’âge requis pour solliciter leur entrée.

Je fut d’abord, en 1688, le 11 octobre, Mlle, Marie- Elisabeth d’Ailleboust, lille de “ noble homme Messire Charles d’Ailleboust de Coulonge, Sieur des Musseaux, et de Damoiselle Marie Le Grardeur de Repentigny, née et baptisée à Ville-Marie de Mont-Royal.” Cette petite-nièce du troisième gouverneur de la colonie fut digne de ses ancêtres par sa piété et son dévouement. Elle prit à sa vêture, qui eut lieu le 29 janvier, le nom de Marie de Ste. Croix. Mgr. fit la cérémonie et le sermon, le tout ayant lieu pour la première fois l’après-dinée. Comme il fallait entrer dans la clôture pour assister à la cérémonie, Mgr. jugea des permissions à accorder, La petite chapelle fut littéralement encombrée. “ On avait ménagé un petit réduit

au milieu duchœur pour faire la cérémonie, et au-delà des bancs, qui faisaient cette séparation, étaient d’un côté nos pensionnaires, et de l’autre, les dames séculières. Les messieurs étaient avec les ecclésiastiques. La cérémonie terminée, Mgr. voulant donner entière satisfaction à l'assistance, dit que ceux et celles qui désiraient voir le bâtiment neuf le suivissent. Prenant alors par.la main M. le Marquis de Denonville, et accompagné de M. de Champigny, Intendant, de nombre d’Ecclésiastiques, de la plupart des Pères Jésuites, et d'une suite considérable de messieurs et de dames, il parcourut en entier le Monastère,” sans oublier ces petites cellules à loquets de bois, sans luxe ni superflu, qui aujourd’hui excitent si fort la curiosité des visiteurs et lintérêt des antiquaires. La tournée fut tellement aimable qu'il était 6 h. du soir quand on put fermer les grandes portes. Le 12 février 1691, la Mère Ste. Croix prononça ses vœux ‘“ en présence de M. Joseph de la Colombière, prêtre, directeur du Séminaire de Montréal, Mme. l’Intendante et Mademoiselle Babel entrèrent, dinèrent à notre réfectoire, passèrent la récréation avec nous, et sortirent sur les 3 h

Six semaines après l'entrée de Mile d’Ailleboust, le 25 novembre 1688, se présenta au noviciat Mlle Louise-Rose de la Naudière, “fille de noble homme Thomas de la Naudière, Commandant à Montréal, et de Damoiselle Marguerite-Renée Denis” Le 19 avril suivant, Mgr, lui donna le saint Habit sous le nom de Louise-Rose de Ste. Catherine; cette petite postulante n'avait pas encore quinze ans, re qui obligea de retarder sa profession. “ Cette cérémonie se fit encore dans notre petite chapelle sous la communauté, et le privilége de visiter la maison fut accordé comme à la

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précédente vêture. Il était 7 h. du soir que la première table n'était pas finie. Toutes les religieuses FL étant extrémement fatiguées, nous remimes au lenpi demain à dire Matines, nous consolant de cette irré- La gularité par la pensée que c'était la dernière cérémonie qui se faisait ainsi à l’intérieur du cloître. La Mère Ste, Catherine fit profession le 26 mai 1691, entre les mains de M. Claude-Louis Trouvé, prêtre du sémipaire S. S. de Montréal. Mme. l’'Intendante et ses deux demoiselles entrèrent, mais seulement pour la cérémonie, que M. le Comte de Frontenac honora de sa présence.” | Le 14 avril 1689, les Trois-Rivières fournissaient leur contingent au Monastère dans la personne de Mile. Marie-Anne Robineau, ‘“ fille du Baron René Robineau, ancien officier du régiment de Turenne et Chevalier de l’ordre de S. Michel, et de Mine. Marie- Aune Le Neuf de la Potherie. Elle nous fut amenée Hi l'après-dinée par Mme. sa mère, Mme. la Marquise de Denonville, Mlle sa fille ainée et Mme. l'Intendante. Mme, sa mère eut en cette occasion permission de visiter le Monastère, ce qui lui fut une grande satisfaction et la consola beaucoup.” Mlle, Robineau prit le saint habit sous le nom de Marie-Anne de la Trinité, le 18 juillet 1689, dans la nouvelle chapelle dont nous parlerons ci-après. “Mme. de Bécancour, sa mère, eut de nouveau la satisfaction d'entrer à l’intérieur du Monastère, ainsi que Mme. sa bru et sa sœur Mile. Denis; c'étaient d'anciennes élèves et l'agrément fut réciproque. A la cérémonie de profession, ‘“ Mme. l'Intendante, qui était entrée avec Mme, de Bécancour, emmena cette dernière dîner chez elle. M. le Comte honora encore de sa présence la cérémonie et tout se passa avec bien de la joie et de la douceur.”

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Le 25 avril de la même année (1689) se présentèrent deux jeunes demoiselles de Québec : La première fut Mlle, M. Madeleine de Comporté, fille de M. Philippe Gauthier, sieur de Comporté, Conseiller du Roy et Prévost des Maréchaux de France en ce pays, et de Mme. Marie Basire, elle porta en Religion le nom de Mère Ste. Agathe, “ Mgr. notre Prélat lui donna l’habit et permit l'entrée du Monastère à Mme. l'Intendante et à Mlle. Pugibault, sa cousine, à Mme. la Lieutenante du Roy, tante de lanovice, à Mile. Grandville et à Mile. Gobin sa tutrice.” Deux ans plus tard, “ M. le Comte honorait de sa présence la cérémonie de sa profession.”

La seconde postulante de Québec fut Mile. Marie- Made! ‘ine Drouard, en religion de S. Michel, fille de M. Jean Drouard et de Mme. Marguerite Pilote, Elle était née à la Canardière près Québec, et poussa sa vigoureuse et utile carrière jusqu’en 1756.

Le 15 novembre 1689, le village de Champlain députait à son tour vers le cloitre une de ses enfants, Mlle. Jeanne Chorel de Saint-Romain, en Religion de Ste. Ursule, fille de M. François Chorel de Naint. Romain et de Mme. Marie-Anne Aubuchon. A sa prise d’habit, Mme. l'Intendante et Mme. de la Prade seules entrèrent dans le Monastère: l'infatigable Comte de Frontenac se trouvait encore à cette profession religieuse,

De ces six novices, la plus âgée avait dix-sept ans; leurs mères avaient été formées à la vertu par la Vén. Mère Marie de l’Incarnation, et à l'exception d’une seule, elles-mêmes allaient transmettre au second siècle de la fondation les traditions du 50ième anniversaire.

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$9.—Lr 5OIÈME ANNIVERSAIRE LE L'ARRIVÉE DES PREMIÈRES Re- LIGIEUSES.— Hommace pe Pifré À Marie Er Jossen.

Nos lectrices se rappellent cette petite chapelle de 28 + 17, au bout du bâtiment (extrémité est du monastère primitif) où les saints mystères furent célébrés pour la première fois, sur cet emplacement occupé encore aujourd'hui par la famille Ursuline. Depuis un demi-siècle, il s'était passé bien des choses: les Martyrs avaient cueilli la palme et ceint l’immortelle couronne ; nos Fondatrices étaient allées à leur éternel repos; une seule d’entre elles, la vénéree Mère de Flécelles de S. Athanase, était là comme un monument vivant des traditions primitives, reliant après deux conflagrations désastreuses, les souvenirs du passé à ceux que le troisième monastère devait transmettre à notre génération actuelle. Après bien des pérégrinations, elle revenait adorer le Cœur de Jésus dans son sacrement d'amour, à l'endroit même où elie s'était agenouillée pour la première fois, sur le site de la Haute-Ville.

“ Ce fut le 23 juin 1689, que M. de Merlac, Grand- Vicaire de Mgr. de Québec, ayant dit la messe dans notre pelite chapelle sous la communauté, porta le S. Sacrement dans la nouvelle chapelle au bout du bâtiment. On avait fait une allée d'arbres et de branchages, et jonché de fleurs le chemin par où devait passer le NS. Sacrement. Toute la communauté marchait processionnellement, portant le manteau d'église et un cierge ardent à la main; les pensionnaires suivaient. On chanta pendant la procession le Pange lingua, puis l’antienne O Sacrum, le verset et l’oraison. Le lendemain, jour de la Nativité de S. Jean-Baptiste, la sainte messe fut dite en ce lieu.”

C'est là que le ler août où célébra le 50ième anniversaire de l’arrivée de la Vén, Mère Marie de l’Incarnation et de ses compagnes. Dans quels sentiments ces Religieuses, dont le premier mouvement du cœur au milieu de l'épreuve était un élan de reconnaissance, célébrèrent-elles cet anniversaire ?,,..., À l’époque même où nous sommes, elles avaient besoin de se rappeler le courage des premières Mères et leur confiance en la protection de Dieu, car le cri de guerre des Iroquois, avait de nouveau jeté l'épouvante dans la colonie. Avant d'entrer dans le détail de ces nouvelles épreuves, disons que le petit sanctuaire où le bon Dieu vient de ramener les Ursulines (bien connu de nos lectrices sous le nom de vieux dépôt), a tenu lieu d'église pendant plus de 58 ans : de 1642 à 1650, de 1652 à 1667, où le service divin fut transféré à la jolie église de Mme. de la Peltrie ; enfin de 1689 à 1724, où l’on prit possession de l’église actuelle, Voyons maintenant introniser deux antiques statues, que nos lectrices ont bien des fois saluées pendant leur séjour au Monastère. Le 7 Décembre (1689) une procession forméedes Religieuses et de leurs élèvesse dirigeait en chantant des hymnes vers la salle de communauté, portant sur un brancard soigneusement orné, deux jolies statues: l’une de Marie conçue sans péché, l'autre du bon père $S, Joseph. Arrivée au lieu désigné, la procession fait halte; on place avec respect la Vierge dans sa petite niche au-dessus de la porte d'entrée, et toute l'assistance tombe à genoux. On entonne le Tola pulchra es, chant pieux que la tradition nous a transmis dans sa naïve harmonie, et qui se répète chaque année au retour de cette solennité touchante, Après ce salut à la Vierge tutélaire, la procession prend la route du grand escalier S. Augustin, et l’on

pose la statue de SN, Joseph que l'on y vénère encore

Quelques jours auparavant, c'est-à-dire le 21 novembre, on avait placé, d’une manière non moins solennelle, une statue de la bonne Madone au-dessus de la porte d'entrée du Monastère, et au-dessus de la porte de la cuisine, la belle petite statue de l’aimable et tant aimé père S. Joseph, qui a été depuis transférée à la chapelle du chœur actuel, Au sujet de ces petits oratoires domestiques notre vénéré Père Thomas Maguire, dont l’âme pieuse s'épanouissait à la vue de tout objet qui élevait sa pensée vers le ciel, a laissé dans ses notes historiques les réflexions suivantes: “ Qui pourrait décrire les douces émotions qui s'élèvent dans l'âme à la vue de ces monuments de la ferveur du temps passé! Ici, c'est un autel au saint Enfant-Jésus érigé autrefois par la piété la plus tendre : là c'est une antique image de la Mère de Dieu placée en ce lieu dans un temps d’aflliction, et devant laquelle tant de vierges pieuses ont depuis épanché leurs cœurs ! Ailleurs, c'est un petit oratoire orné par des mains pures, et dédié au dernier membre de la sainte Famille, le père nourricier de Jésus. Quel cœur ne serait attendri jusqu'aux larmes en contemplant ces objets et tant d’autres, qui parlent aux yeux et qui rappellent d’une manière si sensible les chastes joies, les douleurs profondes, le courage soutenu des saintes fondatrices, et de tant d’autres vertueuses filles de sainte Ursule, qui ont fait la gloire de ce Monastère et qui sont maintenant placées dans le sein de Dieu !.....….. C'est du haut de ce séjour de paix et de bonheur, qu’elles contemplent avec un tendre intérêt leurs sŒurs qui sont encore dans la catrière; elles suivent d'un œil attentif leurs progrès dans la ferveur, épiant, pour ainsi dire, le moment où

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quelqu'une d’eiles doit briser ses chaînes pour aller se réunir à elles.”

La ère Cécile Micher De Salnte-Croir, Protesse de Di: pt, 1839-1087.

La Mère Cécile Richer de Ste, Croix nous reporte à cette époque où le Cœur de Jésus fagonnait lui-même en quelque sorte les pierres fondamentales de l’édifice de notre Monastère.

Aux deux Ursulines de Tours devait, dans le principe, s'adjoindre une Ursuline de Paris, communauté solidement établie, capable de porter grand secours à cette nouvelle fondation en pays sauvage; personne n'avait songé aux Ursulines de Dieppe, communauté pauvre et fondée assez récemment, (?) Cependant, c'était une religieuse de cette maison que la Providence avait destinée à accompagner les premières femmes-apôtres de la Nouvelle France. ‘“ Nous trouvâmes à Dieppe, dit la Vén, Mère, la Mère Cécile de Ste, Croix, religieuse très-vertueuse et trèssage, qui était en des ardeurs incroyables d'exposer sa vie aux tempêtes et aux dangers de la mer, pour coopérer avec nous, dans les emplois propres à notre Institut, au glorieux dessein de la conversion de ces nations barbares.”

La Mère Ste. Croix a traversé toutes les phases difficiles du premier demi-siècle: petite-vérole à la Basse-Ville, étude des langues sauvages, premier et second incendie, alarmes des Iroquois, disettes, etc., ete, Elle semble avoir toujours eu à l'esprit cette parole de la Vén. Mère: C’est peu à un voyageur d'entrer dans le droit chemin qui doit le conduire au terme, s'il n'y mure che et s'il n'y avance, Elle s'était donnée au Canada avec toute la générosité d’une victime qui s'immole, bien décidée à ne point compter les sacrifices. Tont d’abord, elle se rendit compte des quaiités éminentes de la Mère Marie de l’Incarnation et de la Mère Marie de S. Joseph, et se réjouit de cette occasion favorable de cultiver son attrait pour l'obscurité et l'oubli ; modeste violette, elle cachait sa fraîcheur sous le magnifique épanouissement de la rose et du lis.

() La communauté de Dieppe fut fondée en 1624 par les Ursulines d'Eu.

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