‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 127 sur 156 · LA GUERRE ET SES ALARMES ; MARIE PROTÉGE ET BÉNIT SA MAISON · texte numérisé non relu

LA GUERRE ET SES ALARMES ; MARIE PROTÉGE ET BÉNIT SA MAISON

Les Jroquoia répandent la terreur dans la colonie entière: Prières publiques— Expéditions dans la Nouvelle-Angleterre— Québec assiégé par les Anglais; les Ursulines ouvrent leurs portes au peuple— Une armée d’une nouvelle espèce: Perte de vaisseaux; Un petit fort au milieu d’une forteresse— Visite des Fondatrices de l'Hôpital-Générai; visite rendue; les Ursulines prises au piége— Dernières Novices au dix-septième siècle: Une cérémonie mémorable; une captive de guerre—Arrivée d’une Ursuline de France — Fondation des Ursulines des Trois-Rivières-—Dernières expéditions au pays des Iroquois ; les Ursulines soldent et équipent deux soldats pour la guerre—Mort du Comte de Frontenac— Encore un mot des séminaristes— Rapports de Mer. de Saint-Valier avec les Ursulines— Première Supérieure Canadienne— Lettre de ia Mère Marie Le Maire des Anges— Coup d'œil à l’intérieur du cloître en 1700— Liste des Religieuses— La vénérée Mère Marguerite de Flécelles de Saint-Athanase—La Mère Marie Le Vaillant de Vo:celles de Sainte-Cécile—Sœurs de la Visitation, Suinte-Anne et Sainte-Madeleine.

TIÈRE ; PRIÈRES PUBLIQUES.

ROIS causes pr''cipales nous ont valu les détails circonstanclés, souvent même minutieux, 4 >que renferment nos Annales sur D d p) & les événements extérieurs, Pre- LA % mièrement, les Ursulines, par l'ancienneté de leur fondation, tou.

chaient à l'établissement de la Foi en ce pays; en socond lieu, elles se trouvaient, par leur œuvre, constamment en contact avec les familles appelées à constituer la société canadienne ; enfin elles habitaient la viile qui, par sa position, est la clef du Canada, par conséquent le point de mire des altaques de l'ennemi: tout ce qui était de nature à affecter le salut de la colonie

était donc d’un immense intérêt pour elles, “ L’'His toire des Ursulines de Québec, a dit avec une grande justesse d'appréciation M. le Chevalier J, C Taché, se trouve intimement liée à l'Histoire du pays.”

Ce sera encore en suivant les Annales du Monastère que nous traverserons les alarmes et les dangers de 1689 et 90. Au chapitre précédent, nous n'avons parlé que des consolations de 1689, afin de réunir en un même chapitre le récit des dernières luttes contre les indigènes,

Les affreux massacres de La Chine (), provoqués par la politique malheureuse du Marquis de Denonville, et aussi sans doute par l’indigne conduite des trafiqueurs d’'eau-de-vie, qui attirait sur le pays la colère de Dieu, avaient glacé d'épouvante toute la colonie ; jamais les [roquois n'avaient été plus redoutés qu'en 1689. ‘ Encouragés par les Anglais, disent les Annales, ils faisaient jour et nuit le guet sur nos

(1) Ce massacre est le plus terrible épisode des gmerres iroquoises. Quatorze cents froquois s'etant assemblés same bruit, descendirent le fleuve; le 4 août, au milieu d'une tempête de pluie et de grêle, ile traversèrent le lac S. Louis et tombèrent inopimément sur le haut de l'île de Montréal. Le lendemain dans la nuit, ile se répandirent gur une étendue de trois lieues et commencèrent un massacre général ‘‘ où ils se surpassérent eux-mêmes en barbarie inouïe.”’ Dieu semblait avoir abandonné le conseil des Français; partout ils furent honteusement vaincus, insullés et moqués par les sauvages, qui paraissaient être les ministres de la justice de Dieu pour châvier les désordres de l'ivrognerie. Dans le seul canton de Lachine, qui avait été le principal théâtre de ces désordres, les Iroquois entevèrent plus de 120 personnes et en brulèrent près de deux cents; les femme” étaient empalées, les enfants rôtis à la broche où sous les cendres chaudes, et autres horreurs indescriptibles. Les Troquois restés maîtres de la campagne, se promenèrent en vainqueurs jusqu'au mois d'octobre, laissant partout des traces sanglantes de leur pas-

sase.—M. de Felmout, M. Ferlaud, passim.

frontières, nous tenant dans de continuelles alarmes. Tous les hommes en état de porter les armes avaient été appelés par le Marquis de Denonville, et l’on ne voyait guère dans les villes et les campagnes que des enfants, des vieillards infirmes et de pauvres mères, qui tremblaient au seul souvenir des horreurs que les Troquois avaient exercées à Montréal,”

L'avenir était sombre, mais le peuple, soutenu et animé par ses pasteurs, mit plus que jamais sa confiance au Seigneur. “ Le 10 juillet 1689, par ordre de Messieurs les Grands Vicaires, on commença les prières des quarante heures à la cathédrale, et ensuite chez les Mères de l'Hôtel-Dieu ; la semaine suivante, elles se firent chez les RR. PP, Jésuites, puis aux Récollets, et enfin dans notre petite chapelle. A la fin des prières des quarante heures, l’on fit une procession solennelle, où la relique de $S. Paul et celles de S. Flavien et de sainte Félicité, furent portées en station aux trois églises de la Haute.Ville, L'on fit encore d’autres processions, et l’on continua à chanter des grand'messes et des saluts pour anaiser la colère de Dieu. Le pays resta donc plongé dans un état d’effroi impossible à décrire.

“ Une lettre du Marquis de Denonville, en date du commencement d'aout, augmenta encore notre désolation. Cette lettre portait qu'il avait quinze ou seise cents Iroquois sur les bras, et qu'un autre parti de quatre cents sauvages, venaient fondre sur la ville des Trois-Rivières et les habitations d’alentour, Cela causa d'autant plus d’effroi que dans toute la ville de Québec, il ne se trouvait que deux cent quarante hommes, dont la plupart étaient marchands et artisans. Cependant M. le Major résolut d'élever des fortilications pour nous défendre, à quelque prix que ce fût.

“ Une palissade du côté de l'Ouest traverse la ville en passant par le milieu de notre cour et de notre jardin: voilà nos fortifications. Tous les hommes en état de combattre ont été divisés en quatre compa- : gnies, et l’on fait faire la sentinelle aux postes les plus dangereux; outre cela, des gardes veillent jour et nuit autour de la ville en cas de surprise.

“ Figurez-vous une ville sans portes ni murailles, et dont les habitants sont allés secourir une autre place : voilà l’état où nous sommes réduits. Non« avons mis toute notre confiance en Dieu, lui seul pert rémédier à nos maux ; c'est pourquoi nous sommes dans des prières continuelles pour apaiser sa justice et attirer sur nous sa protection. S'il est pour nous, nous n'avons rien à eraindre ; mais s’il est contre nous, nous sommes perdus ! Jamais le pays ne s’est vu dans l'état où 1l est et en de si grandes misères, Dieu est le maitre, que sa sainte volonté soit faite !”

Penda:t que nos Mères courbaient ainsi la tête sous le poids des üéaux de Dieu, elles n’oubliaient pas qu'une Communauté cloîtrée ne vit dans la solitude, que pour être plus libre d’apaiser le ciel et attirer ses miséricordes sur le monde, Tout en ajoutant à leurs pratiques ordinaires de piété les exercices publics de dévotion et de pénitence, elles s'en imposaient de spéciales,

“Le jour de $. Laurent, la Communauté fit une procession où l’on alla en station à l'autel des pen- | sionnaires et à l’infirmerie, Notre Rév. Mère portait dans sa châsse le corps de S. Clément martyr; tous | les reliquaires furent exposés dans la chapelle extérieure pendant trois jours, à la grande consolation du peuple. De plus, il fut résolu que nous commencerions les dévotions suivantes, dévotions qui devront

se pratiquer toute cette année pour obtenir de Dien la conservation du pays, l'humiliation des Troquois, et le bon succès des affaires tant générales que particulières.

1° “ Une communion générale chaque semaine,

2° Tous les jours à l'élévation de la sainte Hostie, le chant de O Salutaris Hoslia, et le soir à la fin de matines, celui du Sa/ve Regina.

39 ‘Il sera nommé chaque semaine pour prier à ces intentions cinq religieuses, dont quatre de chœur et une converse: deux diront chaque jour devant le S. Sacrement l'office de l'Immaaculée Conception; les deux autres, le petit oflice de S. Joseph, et la sœur converse, neuf {ve Maria et neuf Gloria Patri. Toutes les pénitences et autres bonnes œuvres devront être appliquées à ces mêmes fins. ”

Les colons étaient strictement tenns de ne s’exposer en aucune manière aux coups des [roquois, d'abord pour leur avantage personnel, et ensuite pour empêcher les Iroquois de se prévaloir de ces triomphes pour s’enhardir, Maigré ces sages mesures, 1l arrivait incessamment des accidents funestes, surtout dans les environs de Montréal et des Trois-Rivières. Le trait suivant des Annales donne une idée de l’état des choses. ‘Le 2 septembre, on apprit que six Français étant à scier du blé dans l'ile Jésus, trois avaient été tués et trois pris vifs par les roquois. Nos sauvages ayant poursuivi ces barbares, les surprirent endormis. Mais pendant qu'ils discutaient s'ils devalent les tuer ou les prendre vifs, les autres s'éveil-

lant se sont enfuis, laissant là nos trois Français que l'on nous a ramenés. Les [roquois qui ant fait ce coup n'étaient que treize.” Le 13 novembre, ces barbares renouvelaient aux habitations de LaChesnaye, vis-à-

LES ads 2 RESTES pra

vis le bout de l’île de Montréal, une partie des horreurs exercées quatre mois auparavant dans l'ile.

$2.—ExPéDirions DANS LA NOUVELLE-ANGLETERRE,

L'arrivée du Comte de Frontenac avait relevé les espérances; il était homme de guerre et infatigable encore malgré ses 68 ans, bien connu et estimé des sauvages. Toutes ses démarches pour arriver à la paix étant rendues inutiles par les colons de la Nouvelle- Angleterre, qui approvisionnaient d'armes et poussaient à la guerre les hordes Iroquoises, il résolut de porter le désastre au cœur même des colonies anglaises, et de leur prouver qu’ils n'étaient pas à l'abri des malheurs qu’ils provoqriaient dans toute l'étendue des établissements français. Trois partis de guerre furent organisés, à Montréal, aux Trois-Rivières et à Québec, et l’on reste stupéfait au récit des prodiges de courage et de force qui furent alors accomplis par une poig: ‘e d'hommes, dans la rigueur de l'hiver, à travers les ‘orêts et les montagnes, à des centaines de lieues du pays, “ Le 5, 6 el T février 1690, disent les Annales, nous avons eu l'exposition du $. Sacrement pour les nécessités publiques, surtout pour l’heureux succès d’un parti qui est allé contre les Iroquois nos ennemis. Les Messieurs de la cathédrale vinrent en procession à notre chapelle le 6, qui était le lundi de la quinquagésime, portant l’image de la sainte Vierge, pour obtenir sa protection et les grâces du ciel sur tout ce pays, particulièrement sur nos guerriers.”

Les succès de ces détachements tinrent du prodige. Deux cent dix hommes de Montréal dont 114 français, ayant à leur tête MM. de Sainte Héiène, d’Ailleboust de Mantet, d'Iberville et de Repentigny, après environ

trois semaines d’incroyables fatignes (1), enlerèrent le fort Corlar où Shenectady (près Albany, capitale de la Nouvelle-Angleterre) ; vingt-cinq sauvages et vingtsept français, commandés par l’ancien prisonnier des Iroquois, le sieur François Hertel des Trois-Rivières, suivi de trois de ses fils, emportèrent le fort Salmon-Falls, après trois mois de marche à travers cent lieues de neiges dans les vallées du S, François et dn Connecticut; enfin les sieurs de Portneuf et de Courtemanche, partis de Québec à la tête de 50 français et de 60 sauvages, atteignirent après quatre mois de misères et de périls, le grand fort Casco (aujourd'hui Falmouth, Port-Elizabeth et Portland), qu'ils anéantirent. (?).

(1) ‘Le fusil en bandoulière, le paquet de provisions sur les épaules, les raquettes aux pieds, la gaieté et l’espérance au cœur, ces braves guerriers poursuivaient gaîment leur pénible voyage. Ils couchaient sur la neige sans abri, sous un ciel pur et brillant comme celui de Naples, mais glacé comme celui de Ja Sibérie ; ils brisaient leur pain avec la hache et l'arrosaient d’une eau qu’ils obtenaient gous une couche de glace épaisse de plus d’un pied, traversant ainsi des centaines de lieues à travers les profondes solitudes de la forêt, sonvent plongés dans l’eau jusqu’au-dessus des genoux.” M, l'abbé Ferland, t. IL, p. 198 de son Cours d'Histoire du Canada.

(2) Quelques écrivains ont voulu faire retomber sur les Français les cruautés exercées parfois sur les prisonniers ennemis par leurs alliés sauvages, notamment dans ces expéditions contre les colonies anglaises. M. l'abbé Ferland, dans son Cours d'Histoire du Canadu, t. T!, p. 204 et suivantes, fait d’abord remarquer que ces expéditions avaient été provoquées par les colons de la Nouvelle- Angleterre, lesquels, alors même que les Iroquois exerçaient leurs horreurs dans le gouvernement de Montréal, les excitaient à continuer leur guerre d’extermination ; que les Français n'avaient plus d'autre moyen de défendre leur pays, leurs foyers, leurs biens et leurs familles contre la confédéraiion iroquoise, alliée des Anglais ; que leur petit nombre les obligeait de s’adjoindre des sauvages, et que malgré tous les efforts, il n'était pas toujours possible d'arrêter 3C

De plus, “ le 3 juin, les Français qui montaient aux Outaouais, ayant fait rencontre de 50 à 60 Iroquois, se battirent vaillamment ; quatre des nôtres furent tués, et deux ou trois, blessés, mais les ennemis furent défaits, et laissèrent bien pour mille écus de bagage. Cette nouvelle fut apportée ici le 16 juin. Le 28 du même mois, à 6 h. du soir, arrivèrent MM. de Portneuf et Le Grardeur de Courtemanche, qui revenaient de l'expédition de l’Acadie. M. Hertel est revenu de la même expédition à la fin de juillet.”

HE | L'honneur des armes françaises avait été relevé, les | Iroquois étaient interdits, au moins pour le moment, et les tribus sauvages qui avaient été ébranlées, se ralliaient à la cause française.

ti Les colonies anglaises, en butte aux incursions de leurs voisins les Abénaquis, amis des Français, et exaspérées du succès des expéditions récentes, se déterminèrent à prendre leur revanche sur Québec même. La déclaration de guerre faite à Louis XIV, l’année précédente, par Guillaume d'Orange, qui venait de monter sur le trône de la Grande-Bretagne, semblait les y autoriser. Ils fondaient leurs assurances de succès sur leurs ressources en tout genre et leur supériorité numérique. (').

leur cruauté naturelle, surtout après les excès dont les Troquois venaient de donner des exemples. Nous ferons remarquer ici que soixante ans plus tard, après une longue paix où le naturel sauvage eut dû être adouci, le Marquis de Montcalm alla jusqu’à exposer sa vie pour empêcher ses sauvages de torturer les prisonniers.

(2) La population de la Nouvelle-Angleterre comprenait alors 200,000 habitants d’origine britannique; ie Canada ne comptait qu'environ 12,000 français,

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93.—QUuÉBKO ASSIÈGÉ PAR LES ANGLAIS ;—LEs URSULINES OUVRENT LEURS PORTES AU PEUPLE,

Les Annales nous ont conservé des détails si circonstanciés du siége de 1690, que nous n'avons qu'à abréger ci et là faute d'espace. Le langage simple et vrai d’un récit fait pour rester à jamais dans l'intimité de la famille du cloître, nous parait avoir son importance. Nos lectrices souriront probablement avec nous, en voyant le ton patriotique que prend de temps en tempsla plume de notre judicieuse Annaliste,

“ Le 7 octobre, on reçut la nouvelle qu’une flotte anglaise de trente-quatre vaisseaux venait pour se rendre maîtresse du pays, et que dès le second jour du mois les Anglais étaient déjà à la Malbaie, Cette nouvelle surprit extrêmement; l’on n’était pas en état de résister ; il n’y avait dans la ville qu'environ deux cents hommes de ia bourgeoisie, M. le Gouverneur étant à Montréal avec toutes les troupes. Aussitôt l’on dépêcha un canot pour porter ces nouvelles à Montréal, En attendant, M. le Major fortifiait la place. On dressa des batteries de canons à la basse-ville, on mit des barricades dans les rues, on fit venir les gens des côtes pour défendre la ville; ensuite on pensa à nous envoyer à Montréal, mais il ne se trouva point de barques; alors il fut résolu de nous envoyer à Lorette, quelques religieuses avec des provisions devant partir d'avance afin de disposer toutes choses. Dès que les voiles des ennemis paraîtraient, on devait envoyer toutes les autres. On fit une cache dans notre caveau où l’on mit le linge, habits, etc. On commença une neuvaine aux Saints Anges, puis une autre à S. Joseph patron du pays, faisant dire tous les jours la messe en son honneur avec un petit éloge de ce grand

saint. L'on faisait aussi une neuvaine à sainte Anne et une autre aux âmes du purgatoire, n'épargnant rien pour tâcher d’apaiser la divine justice et attirer sur le pays la miséricorde de Dieu.

“ Le ciel, exauçant nos vœux, envoya des vents si contraires à nos ennemis qu'ils ne firent pas en neuf jours ce qu'ils pouvaient faire en un demi-jour. Enfin ils arrivèrent le 16 du même mois, à six heures du matin, la ville étant en état de se défendre, ayant environ deux mille hommes pour sa garde, y compris les troupes qui étaient descendues avec M. le Comte de Frontenac; M. de Callières était aussi venu avec les troupes canadiennes d'en haut pour secourir Québec.

“ Ce même jour, les Anglais envoyèrent un trompette pour sommer M. notre Gouverneur de se rendre. Leur lettre était si insolente qu'ils voulaient qu'après avoir livré forts, armes, munitions, magasins, on leur livrät même les personnes à discrétion, ne leur donnant qu'une heure à délibérer. M. le Gouverneur leur répondit comme ils méritaient, savoir: Que Dien ne favoriserait pas des traîtres à leur roi et à leur religion, et qu’il n'avait pas d'autre réponse à leur rendre que par la bouche de ses canons. Il renvoya ainsi l’Anglais sans seulement un mot de lettre, de quoi le général de la flotte, nommé Guillaume Phipps, autrefois charpentier, se fâcha fort et ne pensa plus qu'à nous attaquer de son mieux. Ce fut un mercredi, 18 du courant, fête de S. Luc, que sur les deux heures après n.:di, il tenta la descente entre Québec et Beauport. Quinze à seize cents Anglais prirent terre; le combat s'engagea, et ils furent repoussés avec perte au moins de cent hommes et d'autant de blessés, quoiqu'il n’y eût pas plus de deux cent cinquante Français et Sau-

vages À leur résister. (*) Cependant nous ne perdimes dans ce choc que quatre personnes, et n'eûmes que sept ou huit blessés dont un seul mourut ce soirlà même. Sur les cinq heures du soir ce méme jour, ils commencèrent de leurs vaisseaux à canonner la ville et continuèrent jusque sur les huit heures. Le lendemain, ils recommencèrent encore le matin et le soir, mais avec moins de furie que le jour précédent,

“ Dès le premier soir, un boulet de canon entra par unc fenêtre de notre Communauté, ayant rompu le chassis et le volet, et vint tomber au pied du lit d’une de nos pensionnaires. Un autre boulet de canon emporta le coin du tablier d’une de nos sœurs. Quantité d’autres boulets sont tombés dans nos cours, jardins et parcs; mais par la grâce et protection de Dieu, personne n'a été blessé, nous en avons été quittes pour la peur.

‘“ Pendant ce choc, noire maison était remplie de personnes séculières, outre qne notre classe des externes était encombhrée de meubles et de marchandises, servant de magasin à beauconp de personnes qui avaient apporte leur bagage. Notre pensionnat et la classe de nos sauvagesses étaient occupés par des familles de la ville. Notre Commanauté servait de classe à nos pensionnaires, notre réfectoire, notre noviciat, et les trois caves étaient remplis de femmes et d'enfants, et à peine pouvions-nous sortir de notre cuisine, dans laquelle 1] y avait souvent des personnes séculières. Nous y pren'1ns nos repas debout, à la hâte, à peu près comme les Israélites lorsqu'ils man-

() C’est alors que s'illustra le vaillant Juchereau de Saint-Denis, père de notre religieuse, à la tête de cette ptite troupe où figuraient quarante élèves du Séminaire de Québec,

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