‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 128 sur 156 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEBSTER, N.Y

geaient l'agneau paschal, et dans les mêmes dispositions.

“ La première nuit, nous la passâmes devant le trèssaint Sacrement en prières. Le R. P. Germain était aussi resté en prière au pied de l'autel, dans la chapelle extérieure, afin de nous assister au moment du danger. À minuit, voyant que tout était tranquille, il pensa que les soldats pourraient avoir un plus grand besoin de son ministère, et il se rendit dans les corps de garde, pour exhorter ces braves gens à se mettre bien avec Dieu par une vraie pénitence. Pour les autres nuits, quelques-unes prenaient leur repos dans la sacristie, les autres dans leur cellule, toutes vêtues, attendant à chaque instant le moment qui devait terminer sa vie. Monseigneur était à Montréal lorsque la nouvelle du siége lui parvint. Il interrompit aussitôt sa visite pastorale et le 12, il était aux portes de la ville, où il fit son entrée à la lueur des flambeaux vers dix heures du soir, Dès le lendemain, il vint nous consoler et ne manqua pas de nous visiter tous les jours que dura le siége.

‘“ Pendant tout ce temps, nous étions en prières continuelles ; il y avait dans le chœur les figures de Jésus, Marie, Joseph, devant lesquelles brûlait continuellement un cierge, et où il y avait toujours une religieuse en prière. Nous prêtämes aussi en cette occasion notre tableau de la sainte Famille, qui fut exposé au haut du clocher de la Cathédrale, pour témoigner que c'était sous les auspices de cette sainte Famille et sous sa protection, que l’on voulait combattre les ennemis de Dieu et les nôtres. La plupart des soldats recherchaient avec empressement des passeports de l’Immaculée Conception ; nos sœurs ne pou. vaient suflire à en écrire pour contenter la piété de ces

bonnes gens. Enfin les ennemis, après avoir vainement tenté de se rendre maîtres du passage et de la petite rivière (S. Charles), ayant été repoussés vigoureusement par nos braves Canadiens, désespérèrent de venir à bout de leur entreprise et se retirèrent, la nuit du samedi au dimanche, 22 du courant.

“ La veille, jour de sainte Ursule, Monseigneur vint dire la messe à laquelle les religieuses communièrent. Ensuite, voyant que la guerre et le trouble qu'elle apportait empêéchaient que nous eussions le sermon, il emmena avec lui M. de la Colombière sur les deux heures de l'après-midi, lequel nous fit une très-fervente exhortation en l'honneur de sainte Ursule, observant que le grand danger où nous étions de mourir pour la conservation et maintien de la foi, par la main des ennemis de la sainte Église, était la plus illustre manière de célébrer cette fête. Ensuite il nous exprima de grandes conjouissances sur notre bonheur prochain d’être vierges et martyres, imitant de si près notre glorieuse patronne. Comme il finissait son exhortation, Monseigneur commença d’un ton plein de ferveur Maria Mater gratiæ, ce qui nous persuada presque à toutes que nous étions arrivées au dernier moment de notre vie. La consternation était d'autant plus grande que l’on devait livrer un grand combat ce jour-là même, sur les quatre heures du soir.

“ La veille de la Sainte-Ursule, on avait jugé le danger si pressant, qüe sur les onze heures du matin, le R. P. Germain était venu consommer les saintes hosties, et nous restimes sans avoir le $. Sacrement ; mais Monseigneur nous étant venu voir l’après-dinée, ordonna que dès le lendemain matin on nous le rendit, ce qui fut exécuté. Nous ne pümes dire les grandes matines de sainte Ursule, fante de livres pour l'office,

Ja cache tenant engloutie la plus grande partie de nos livres de chœur ; Monseigneur voulut que l’on fit une demi-heure d’oraison extraordinaire, afin de ne rien diminuer du temps destiné au service de Dieu. Cependant les premières et les secondes vêpres furent chantées aussi bien que le salut, où Monseigneur nous donna lui-même la bénédiction du S. Sacrement.

‘“ Le lendemain de leur déroute, les ennemis ayant voulu se hasarder à reprendre quelques pièces de canons et autres bagages, abandonnés le soir précédent sur les rives de Beauport, ils furent si chaudement reçus qu'ils se sauvèrent en toute hâte.

“ Ce qui leur déplaisait davantage était qu'ils ne pouvaient mettre à terre en aucun endroit proche des habitations sans être aussitôt battus par nos habitants, qui leur tuaient toujours quelques-uns de leurs gens. Lis perdirent tout à fait cœur et courage quand ils apprirent que l’armée qui devait venir par en haut n'avait eu aucun effet. (:) D'ailleurs le froid commençait à se faire sentir assez vivement à des personnes vêtues à la légère, qui avaient pris leurs mesures pour être ici à la mi-septembre, Quelques-uns de leurs vaisseaux avaient été fort endommagés par nos canons, qui avaient presque toujours fait effet ; l'Amiral ne pouvait suivre les autres ; on ne parvenait

(1) Une armée de 4,000 hommes, y compris les auxiliaires Iroquois et Loups, devaient agir de soncert avec les forces navales, et fondre sur Montréal, aussitôt que les troupes de Phipps se seraient conventrées sur Québec. Mais Dieu déconcerta tous ces projets; la petite vérole s'étant déclarée parmi les soldats anglais, les Iroquois abandonnèrent avec insultes et reproches leurs alliés malheureux, Ces seize cents hommes vêtus à la lésère, souffrirent extraordinairement du froid quand ils eurent traversé nos frontières, et après quel. ques vains efforts pour approcher des habitations, ils durent tristement reprendre la route de leur pays.

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point à l'étancher quoiqu'on fût aux pompes nuit et jour.

“ Lorsque la flotte ennemie fut à quelques lieues de Québec, ils envoyèrent redemander leurs prisonniers; ils en rendaient près de vingt des nôtres, mais ils furent obligés de se contenter de seize des leurs, encore la plupart étaient des enfants. Ils se retirèrent ensuite le plus vite qu'ils purent, laissant le pays dans une grande et universelle joie de se voir libre d’un si fAcheux voisinage (!)

“ On ne savait comment témoigner sa gratitude à la divine Majesté, reconnaissant que c'était un coup de sa puissance qui nous avait délivrés et que nous n’avions aucune part à cette victoire. Pour cet effet, Monseigneur ordonna une procession générale d’actions de grâces ; le dimanche dans l’octave de la Toussaint, 7 novembre, l’on porta l'image de la sainte Vierge aux quatre églises où l'on alla en station, et l'on chanta le Te Deum à la Cathédrale. On fit aussi un feu de joie ce même soir. De plus, Monseigneur a désigné que la chapelle que l'on doit faire à la Basse- Ville serait bâtie sous le titre de Notre-Dame de la Victoire, conformément au vœu que l’on en avait fait.

(1) Cette victoire gagnée à Québec par une poignée de Français et de Canadiens fit grand bruit en Europe, surtout à Pas où l'on admira beaucoup l'audace et le sang-froid guerrier du Comte de Frontenac. Fier de ses sujets du Canada, Louis XIV fit frapper une médaille pour perpétuer le souvenir de cet exploit. D'un côté du mé daillon, on voit la tête du Roi; de l’autre, la France conquérante assise sur des trophées au pied de deux arbres du pays, sur des rochers d'où s'échappe un torrent; un castor va se réfugier sous un bouclier. Pour devise on y a inscrit ces mots: Kebeca liberata M. DC, XC ; et au revers: Francia in novo orbe victrir.— Québec délivré, 1690 ; — La France victorieuse dans le Nouveau-Monde.

Chaque année, il y aura une fête et une procession en l’honneur de la très-sainte Vierge le quatrième dimanche d'octobre.”

Tout en bénissant Dieu, il y avait encore grand sujet d'implorer sa miséricorde, car “ nous étions menacés d’un autre fléau non moins terrible que celui de la guerre; la famine était déjà si grande que nous étions obligées de préparer de grandes marmites de potage pour donner aux pauvres et aux soldats. Dans notre extrême besoin nous implorions le secours du ciel pour l’heureuse arrivée des vaisseaux de France. La saison, qui était déjà avancée, excitait néanmoins nos craintes ; mais enfin le ciel eut encore pitié de nous, en préservant de la rencontre de l'ennemi les navires qui venaient à notre secours. Ces vaisseaux, chargés de lard et de farine, d'argent et de munitions, parurent le 15, le 16 et le 17 novembre, mais le froid était si grand qu’à peine pouvaient-ils aborder au quai à raison des glaces, et ce que l’on n'avait jamais vu, la rivière S. Charles était si bien prise que l’on passait sans crainte sur la glace comme au cœur de l'hiver, On désespérait qu'aucun vaisseau pût retourner en France pour y porter de nos nouvelles, quand tout à coup le temps s'étant fort ado ci, les glaces s’éclipsèrent de telle sorte que le 26 novembre, sur les 5h. du soir, la Frégate, qui était un des trois vaisseaux, partit et eut un vent si favorable que le lendemain sur les 8 h. du matin elle passa à l'Ile aux Coudres, mais avec une si grande agilité que des canots qui voulaient la rejoindre ne le purent jamais.

$4.— UNE AVMÉE D'UNE ROUVELLE E*PÈCK; PERTE DE VAISSEAUX ; UN PETIT FORT AU MILIEU D'UNE FORTERESSE,

L'hiver de 1690-91 fut comparativement, pour la population de Québec, une époque de tranquillité, et tous semblent en avoir profité pour re‘ourner à leurs foyerset mettre ordre à leurs affaires. Les nombreuses familles auxquelles les Ursulines avaient donné l'hospitalité s'étant retirées chez elles, les élèves françaises ainsi que les séminaristes reprirent régulièrement leurs classes, et nos bonnes Mères se livrèrent de nouveau avec joie aux fonctions de l’Institut.

En septembre 1692, les Annales disent: “ Les Iroquois et les Anglais continuant à nous faire la guerre, nous ont donné tout l'été de fréquentes alarmes. De plus ce pays a encore été affligé d’un autre fléau.”

Nos lectrices se demandent sans doute quelle épreuve peut être appelée fléau au milieu de si grandes misères. Peut-être aussi sont-elles versées dans les traditions de nos campagnes, et se rappellent-elles qu’en certains endroits, on chante encore aujourd’hui “la grand’messe pour les chenilles.”

En effet, ‘ce fléau, dit l’Annaliste, était une multitude de chenilles si prodigieuse qu'elles ont en moins de rien dévoré tous les foins et l’herbage, détruit ensuite le blé-d'fnde et l'avoine, tellement que la ruine entière des grains paraissait inévitable. Elles eussent tout consumé si Dieu, fléchi par les vœux et les prières de son peuple, n'eut apaisé sa colère et usé envers nous de sa grande miséricorde, en faisant périr ces insectes à la suite d’une procession solennelle où l'on porta les saintes reliques. Du moment que cette procession fut rentrée dans l’égiise, on vit

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sortir des champs toute cette vermine, et en si grande quantité que les chemins en étaient couverts d’un demi-pied d'épais.(!) Ces insectes faisaient en marchant une espèce de bruit qui s'entendait d'assez loin, et allaient se jeter dans le fleuve ou dans les ruisseaux, ou mouraient sur les grands chemins.

“ Dans cette affliction générale, notre Communauté a eu la plus grande obligation à la divine Bonté, car bien que nos grains aient été environnés d’une armée de cette vermine, nous n'avons pas perdu un seul épi de blé ou d’autres grains, quoique ces insectes n'aient pas épargné les chardons et autres mauvaises herbes qui les entouraient.

“ Le pays a aussi souffert par le naufrage de plusieurs vaisseaux, dont trois ont péri en s’en retournant d'ici l'an dernier. En outre, trois navires chargés de provisions et de marchandises pour la colonie, qui firent voile pour notre port au mois d'août, ont été perdus: le premier a coulé à fond en pleine mer, le second appelé le “ Jacob” a été pris par les Anglais, et le troisième a péri en vue de Québec avant d’être déchargé! Tous ces accidents augmentaient le prix des vivres et nous étions dans un état de gène fort voisine de la misère, Cependant une nouvelle des plus agréables vint bientôt nous réjouir. Le 9 août l’on apprit que Mgr. de Saint-Valier revenait de France en bonne santé ; cela nous causa une joie d'autant plus vive que nous n'avions pas eu de ses nouvelles depuis longtemps. La flotille était de dix vaisseaux, mais

(1) Nous avons trouvé au Monastère une ancienne bannière commémorative du ‘ miracle des chenilies”? ; elle ne porte pas de date, mais à ses marques de vétusté elle doit remonter à cette époque. On y voit quantité de chenilles attachées aux grains et aux arbustes, se détournant précipitamment pour courir à la mort,

dès leur arrivée à Tadoussac, ce digne Évêque avait tant hâte de revoir son troupeau, qu'il prit une barque de pécheur et arriva vers le 15. Bientôt nous eûmes le plaisir de le voir, et la joie fut grande de part et d'autre. ”

La perte de vaisseaux venant de France était un grand malheur pour la colonie ; les lignes suivantes nous donnent quelque idée de la gène où l'on se trouvait réduit par de semblables accidents.

“ Au commencement d'août (1694) l’on apprit que le $S. Joseph avait été pris par les Anglais Nous avions dedans tout ce qui nous venait de France, tant des provisions de houche que les étoffes et toiles, etc. et les ballots de Paris Nous avons perdu dans ce vaisseau huit mille francs sans compter les incommodités où cetie perte nous a réduites, n'ayant pas un morceau d’étoffe pour raccommoder nos robes. Nous avons été obligées de faire teindre les vieux rideaux verts de l'église pour les raccommoder ”

Les Iroquois cependant n'étaient pas encore domptés ; 1l fallait, pour en venir là, porter la désolation et ls ruine au centre même des Cinq-Uantons, ainsi qu'avait fait le Marquis de Tracy. Frontenac ne recula pas. Au printemps de 1698, dit l'Annaliste, nous eûmes nouvelle de l’heureux retour Cu parti qui était allé vers Agnié. Ils étaient partis le 25 janvier, au nombre de 600 et sont revenus à la fin de mars, après avoir échappé de grands dangers et souff rt de grandes fatigues et misères. L'expédition a eu une heureuse issue, ayant brülé les trois villages d’Agnié et tué nombre d'ennemis.” L'état de la colonie était si critique qu'on s'occupa de nouveau de mettre la capitale en état de siége. “ Le 13 mai, M. le Gouverneur et M. l'Intendant, voulant pourvoir à la sûreté du

pays, résolurent de rétrécir les limites de la ville et d'y faire des fortifications.” La palissade où l'on avait établi un corps-de garde en 1689, pour défendre la ville du côté des Plaines, ou des ‘“ Champs ” comme on les appelait alors, ne suflisant plus, “ ils ordonnèrent de meltre bas notre grange et nos étables, et de faire abattre un petit bois qui était dans notre enclos faisant passer une courtine au milieu de notre cour et jardin, prenant toute la terre de notre clos et partie du bois pour mettre dans la terrasse.”

C'était un grand sacrifice pour les Religieuses de voir l'enceinte du cloitre ainsi envahie, (') et de se trouver dans le voisinage immédiat des soldats de la garnison. Comme leur cœur aussi dut se serrer en entendant les coups de hache des impitoyables bûcherons, qui faisaient disparaitre ces souvenirs de la forêt primitive, dont les échos avaient tant de fois répondu aux accents de la prière et des saints cantiques, tout en réjouissant la jeune et Joyeuse population de leurs frais ombrages! Mais rien ne devait sembler diffisile en vue du salut de la patrie.

La Communauté reçut du gouvernement une indemnité de 2,000 lbs, pour une perte dont la valeur excédait 8,000 Ibs., sans compter les incommodités qui en résultaient. “ M. La Vigne dit le Vasseur, notre voisin, voyant la gène où nous nous trouvions, nous offrit un terrain pour y mettre notre grange et nos étables, ce que nous acceptämes pour la somme de 850 Ibs. et huit mois de pension de Mlle. La Vigne sa tille, équivalant à 100 francs.”

L'emplacement de ce fort Sainte-Ursule est indiqué dans l’histoire du KR. P.de Charlevoix. Il en fut encore

(1) Ces travaux s'étendaient jusqu'aux limites des parterres actuels des élèves.

question en 1711, où l'asile de la prière fut de nouveau envahi par les soldats et troublé par le bruit des armes, ainsi que le verront nos lectrices au second tome de notre Histoire,

Au milieu de ces alarmes, la confiance en la protection de Dieu était si grande que l’on se tenait comme assuré du salut du pays. C'est à cette époque même que Mgr. de Saint.-Valier fonda son Hôpital-Général de Québec, qui devait offrir une si belle floraison de vertus,

$5.—viSTTE DES FONDATRICES DE L'HÔPITAL-GÉNÉRAL; UNE VISITE RENDUK; LES URSULINES PRISES AU PIÉGE,

La fondation de l'Hôpital-Général de Québec par l'Hôtel-Dieu, en 1698,donna lieu, dans notre Monastère, à une véritable fête de famille. Les trois fondatrices de cet asile des pauvres ayant eu permission de nous faire visite, passèrent avec nous la journée du 26 mars, Elles étaient conduites par M. de la Colombière et la Rév. Mère Françoise Juchereau de 5. Ignace, Supérieure de l'Hôtel-Dieu de Québec.

A. la tête du nouvel établissement se trouvait comme supérieure la Mère Louise Soumande de S. Augustin ; elle avait pour compagnes les Mères Marg. Bourdon de S. Jean-Baptiste, Assist., et Genev. Gosselin de Ste, Madeleine ; sœur Mad. Bacon de la Résurrection, converse, leur avait été adjointe. Les deux premières étaient d'anciennes élèves estimées et chéries dans notre maison. Cette jnurnée se passa dans une joie très-intime et cordiale ; “ nous eûmes le bien de les posséder depuis dix heures du matin jusqu’à quatre heures du soir.’ Quelles donces effusions de cœur entre ces servantes de Dieu qui, en se rencontrant, ne

cherchaient d'autre consolation que de s'animer d’une nouvelle ardeur au service du divin Maitre !

Cinq jours plus tard, le ler avril, ces ferventes religienses firent leurs adieux aux Mères et Sœurs de l'Hôtel-Dieu pour aller prendre possession de leur Couvent de ‘“ Notre-Dame des Anges,” don de leur digne et généreux fondateur Mgr. de Saint-Valier, (*) Ce séjour charmant et solitaire consacré à l'exercice de toutes les vertus par les RR. PP. Récollets, avait été cédé par eux au zélé Prélat, qui leur donna en échange un lot de terre sur la rue SN. Louis, entre notre Monastère et le Château (*).

Leur fondation étant bien établie, les Rév. Mères de l’Hôpital-Général proposèrent à notre Communauté une union de prières, semblable à celle qui avait été contractée entre nos premières Religieuses et celles de l'Hôtel-Dieu. On acquiesça de grand cœur à cette proposition, à la réserve de l'office des morts et du

service funèbre, les Constitutions de Paris adoptées

(?) Toutes nos lectrices savent que les Hospitalières de Québec remontent, par leur maison-mère de Dieppe, à la belle et féconde époque de S. Louis, L'œuvre des deux Communautés, quoique en faveur de l'humanité souffrante, n’est pas absolument la même, puisque l'Hôtel-Dieu accueille et soigne des malades passagers, tandis que l’Hôpital-Général est destiné à prendre soin d'un nombre déterminé de pauvres infirmes.

Après avoir exercé une variété de bonnes œuvres, l'Hôpital-Géné” ral de Québec ouvrit, en 1725, un pensionnat, où l’on a donné l'éducation la plus soignée jusqu’à l’année 1868. Quatre ans plus tard, nous avions l'extrême plaisir de recevoir au Monastère la R. M.S8, Zéphirin et les autres R. Mères de l’Hôpital-Général qui allaient établir à S. Sauveur de Québec l'Hôpital du Sacré-Cœur, fondé par Mgr. E. A. Taschereau, Arch. de Québec.

Dans les commencements, les RR. Mères de l’Hôtel-Dieu gardaient d'ordinaire quelques élèves pensionnaires.

(2) Emplacement de l’église anglicane actuelle.

en 1681, ne permettant pas de s'imposer des obligations de cette nature. L'acte d'union (') fut signé avec joie de part et d'autre. Bien des circonstances sont venues depuis resserrer les liens qui ont uni, dès leur origine, les Ursulines et les Hospitalières de cette ville,

(1) ‘Nous Supérieure et Religieuses Hoapitalières de ln Miséricorde de Jésus de l'Hôpital Général de Québec, avons entendu la lecture d’une copie de l'acte signé par les Rév. Mères Ursulines de Québec, par lequel elles nous font connaître vouloir bien donner part et Communication aux prières et bonnes œuvres qui se feront dans leur sainte Communauté, tant en particulier qu'en général, et de plus accorder au décès de nos religieuses, une communion, un chapelet, et tout ce que chacune des leurs pourra fare de bonnes œuvres pendant les huit jours qui précèderont la, décès de nos défuntes, afin de leur mériter une sainte mort et de hâter le temps de leur béatitude.

‘ Remplies de reconnaissance, nous souhaiterions pouvoir témoigner notre gratitude pour Ja condesceudance qu'ont eue les Révé:rendes et très-honorées Meéres à la très-humble prière que nous leur avons faite de nous accorder cette grâce, afin de nous uuir plus particulièrement à elles par le lien de la sainte charité de Jésus-Christ Notre-Seigneur, et qu'aidées par le secours de leurs saintes prières, nous puissious dans notre nouvel établissement mener une vie sainte et conforme à notre saint institut.

‘ Nous les prions d’agréer que nous leur offrions la communication des biens spirituels, et la participation à toutes les bonnes œu vres et les prières qui se feront dans cette Communauté tant qu'elle subsistera: nous nous engageons de plus à faire une communion générale et à dire un chapelet pour le repos de chaque défunte de leur Communauté, aussitôt que 14 Rév, Mère Supérieure nous aura donné avis de son décès ; e* :a outre chacune dans son particulier offrira à Dieu tout ce qu'elle pourra faire de bonnes œuvres durant les huit jours qui le précèderont, renonçant pour cet effet autant que nous le pourrons à toute autre intention afin de mériter aux mourantes une sainte mort et de leur procurer an plus tôt le bonheur éternel,

‘6 En foi duquel engagement, cet acte a été dressé en notre Communauté de Notre-Dame des Anges de Québec, que nous avons

Quelques mois après la fondation de l'Hôpital-Général, sur la fin d'août, nos Mères eurent l'extrême plaisir de visiter le nouvel établissement. Mgr. ayant jugé à propos de faire voir aux Ursulines leurs terres situées sur la rivière S. Charles, ne manqua pas de leur imposer l’agréable devoir d’aller prendre le diner chez ses bonnes Hospitalières de la Petite Rivière. Les conducteurs de cette excursion champêtre furent le R. P. Raffeix et M. de la Coiombière.

La messe de communauté ayant été dite de grand matin, nos six voyageuses sortirent du Monastère vers cinq heures, et cheminèrent dans un équipage fort modeste vers les bords de la rivière S. Charles. Après avoir fait le tour des terres, examiné les chaussées, clôtures, etc., elles se rendirent vers midi à l'Hôpital. Quelle joie de se revoir! Pour les trois sœurs Bourdon surtont, les moments furent précieux puisqu'elles étaient alors réunies pour la dernière fois, Les heures

s’'éeoulaient trop vite; que de choses bonnes et édifiantes l’on avait à se dire !

À deux heures, l’aimable causerie fut un moment suspendue par l'arrivée de sœur Catherine, fille de confiance et messagère de l'Hôtel-Dieu, qui apportait une lettre obligeante signifiant aux Ursulines qu’on les attendait au retour du voyage, et sans retard.

signé, nous Supérieure et Conseillères au nom de tout le chapitre, et fait sceller du sceau de notre Monastère, le douzième de janvier, l’an de uotre salut mil sept cent deux.

Sr, Marie GaBRiBLLe DENIS DE L'ANNONCIATION, Supérieure, Sr, Louise SOUMANDE DE S. Avausrix, Maîtresse des novices, ‘6 Sr, Marie M. SOUMANDE DE LA Concepriox, Conseillère, SR. Marie G. Gossezin pk Sre, MapeLeine, Conseillère, SR, Marie-Marauerire Bourpon pi S. Jkan-BaAPTisTs,

Assistante et Secrétaire du Chapitre.”

ré- L'opposition fut si pressante, que nos bonnes Mères me ne purent s'éloigner de Notre-Dame des Anges que ant sur les trois heures, res Les voilà donc en route pour Québec; mais bientôt de elles aperçoivent le carrosse de Mme. de Champigny ; ner elle venait en personne les prier d'entrer au palais de Les l'Intendant. Nouvel embarras pour les Ursulines! Il le était tard ; comment satisfaire cette gracieuse amie sans désobliger les Mères de l’'Hôtel-Dieu? La quesand tion fut bientôt résolue en faveur de ces dernières ; ers d’ailleurs, on n'avait pas de permission. Mme. de tort Champigny ne se laissa pas payer d’excuses. Elle res donne ordre à son cocher de rebrousser chemin, renées, tre an palais et fait fermer les portes de la ville, Les ital. Ursulines étaient prises au piége; pour pénétrer dans sed la ‘“ Forteresse” il ne restait qu'un passage, je pa- Îles lais de l’Intendant. L'’aimable hôtesse se présente à ures la porte, on entre avec elle, et après mille civilités de édi- part et d'autre, M. et Mme. de Champigny firent passer nos Religieuses par une porte privée qui communinent quait avec les remparts, et les accompagnèrent jusde qu'aux portes de l'Hôtel-Dieu.

tait Les Rév. Mères Hospitalières, qui les attendaient d'on dans leur église, les reçurent au chant du Laudate en ard. musique. Î[l serait difficile de raconter toutes les preuves de tendre amitié dont nos bonnes Mères furent je à l'objet en cette occasion : qu'il suffise de dire que la 7 Mère Marie du Breuil de $, Joseph, supérieure, ainsi ess, que ses compagnes de voyage, n’arrivèrent que vers ices, huit heures du soir, “ Nous rentrâmes dans notre maison bien lasses et bien fatiguées, comme autrefois la Colombe dans l'arche. Dire toutes les honnêtetés, amitiés et cordialités que nous reçûmes de ces Rév. re.”

Mères n'est pas possible, nous le laissons à imaginer.

on éme

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