ENCORE UN MOT DE8 SÉMINARISTES
Nous avons donné l’état du séminaire sauvage jusqu'au second incendie. “ Le jour de $. Laurent, dit le
connaître dans ses lettres. Pauvre comme Job aussi bien que son mari, qui n’avait que ses appointements pour vivre, la comtesse de Frontenac ne daigna cependant jamais réjouir de sa présence ‘ les déserts de l'Amérique.” Leur fils unique, resté aussi en France, périt misérablement dans un duel: ainsi s'éteignit cette famille.
En date de 1707, le duc de S. Simon dit dans ses mémoires: 6 Mourut aussi Mme. de Frontenac, dans un bel appartement que le duc de Lude lui avait douné à l’Arsenal, étant grand-maître de l’artillerie. Elle avait été belle et ne l’avait pas ignoré. Elle et Mile. d'Outrelaise, qu'elle logeait avec elle, donnaient le ton à la meilleure compagnie de la ville e‘ de la cour. On les appelait les ‘ Divines.”’ Mme. de Frontenac était extrêmement vieille, et voyait encore chez elle furce bonne compagnie."
Registre en 1688, on rouvrit la classe des sauvagesses.”
Nos lectrices ont peut-être été surprises de voir le Comte de Frontenac accorder une pension de mille francs en faveur des jeunes filles sauvages, précisément à l’époque où leur nombre avait si considérabiement diminué ; elles ne se rendent peut-être pas compte de l'importance qu'attachaient le Marquis de Tracy, Talon et Frontenac, à l'éducation que dounaient les Ursulines à huit, dix ou douze filles de chefs sauvages de différentes tribus ; le trait suivant servira d'explication.
Après avoir parlé dans les Relations inédites des hautes vertus que pratiquait une fervente chrétienne des environs du lac Huron, (*) le Missionnaire ajoute : “ Elle avait entrepris cette année un assez long voyage, du lac Nipissing au Sault, pour chercher une robe noire, mais l'ayant rencontrée chez les Amikoueks (à trois journées du pays des Hurons. vers le nord), elle s'y est arrêtée, et joignant la dévotion et le zèle à la ferveur, elle s’est logée en un lieu assez proche de la chapelle, pour avoir la consolation d'y mener les femmes et les filles en qui elle reconnaitrait de l’inclination pour la prière, afin de les y instruire et de les faire prier. C’est ce qu’elle fait avec exactitude et avec
(1) Lors de leur dispersion en 1649 et 50, des colonies de Hurons se réfugièrent à l’ouest et au nord du lac Huron. Les Hurons descendus à Québec s'établirent à l’île d'Orléans (bout de l'Ile), ensnite près du fort. S. Lonis en 1658, En 1667, ils s'établirent à Sainte- Foye. Leur bourgade fut transférée à l’ancienne Lorette en 1674, puis en 1693, à la Jeune Lorette, où ils sont encore. Nombre de nos lectrices doivent se rappeler leurs joyeuses excursions au village sauvage, et l'aimable accueil des chefs Vincent et Picard, familles si bien connues aux Ursulines. Vers 1700, les Algonquins se concentraient au Saguenay.
joie, et même avec tant de prudence et de discrétion, qu'elle ne choque aucun des esprits mal faits de cette nation. Elle sait d’ailleurs si bien régler ses mœurs, que les langues les plus médisantes, bien loin de trouver à redire à sa conduite, lui rendent ce témoignage, qu’elle fait honneur à la prière.
“ Cette vertu, dont elle a pris autrefois les premières teintures chez les Mères Ursulines de Québec, ne l’a pas mise à couvert de bien des attaques contre la fidélité qu’elle devait à Dieu et à son baptème, mais elle y a résisté avec constance.”
Cet exemple nous dit l'édification produite par les séminaristes, et de quel secours elles étaient aux missionnaires, exerçant ainsi en quelque sorte les fonctions d’'Ursulines au milieu de leurs tribus.
L’intention n'a donc jamais été d’instruire un grand nombre de filles sanvages, surtout des tribus éloignées, la chose n’étant guère praticable; c'était de bien instruire, d'établir solidement dans Ia foi chrétienne, des filles de familles importantes et considérées, afin que leur piété influât sur leurs compatriotes.
La cause de la diminution des séminaristes a déjà été expliquée. Ajoutons que, malheureusement, l'œuvre de démoralisation commencée par les *‘ coureurs de bois” prenait des proportions toujours plus désolantes ; ces Européens à la vie dépravée, faisaient perdre aux sauvages tout respect et toute estime pour la foi chrétienne. De plus, la guerre qu’il avait fallu pousser avec tant de vigueur contre les [roquois éloigna plus que jamais les sauvages de Québec.
C’est vers l’an 1720, que les Ursulines cessèrent d'ajouter à la formule de leur vœux. Je voue instruclion aux petiles filles sauvages.
S11.—Rarporrs pk Mür. DE SAINT-V ALIER AVEC LES URSULINES.— PREMIÈRE SUPÉRIEURE CANADIENNE ; LETTRE DE LA MËre MaRig DES ANGES.
Mgr. de Saint-Valier continua de donner aux Ursulines de grandes marques de bienveillance. Il ne passait guère d'année sans faire quelque ordination (') dans leur petit sanctuaire. En 1691, aprés les élections il voulut se joindre à ses filles, pour rendre hommage à Marie, la reconnaissant pour première et principale supérieure. C'était le 6 mai, jour de la sainte Famille. ‘“ Après le Te Deum, qui fut chanté en plain-chant, Mgr. nous fit part des sentiments de piété que cette action avait produits en son cœur, nous exprimant sa joie de nous voir d’une manière si spéciale sous la protection de la très-sainte Vierge, nous exhortant avec des paroles pleines de tendresse à recourir à cette divine Mère en toutes nos nécessités spirituelles et corporelles, et à la prier souvent pour le pays. Lui-mème ensuite alla rendre son hommage, remettant avec grande ferveur entre les mains de cette Mère de honté toutes les affaires de son diocèse, et le succès du voyage qu'il allait entreprendre.”
Le zèle de Mgr. de Saint-Valier était infatigable ; dans la visite de son diocèse, “il parcourait une étendue de plus de trois cents lieues avec des travaux et
(1) En 1690, au mois de novembre, le R. P. Bonaventure, Récollet, reçut dans notre chapelle l'ordre de la prêtrise; le 31 mars suivant, M. Pâquet y était fait prêtre et M. Denis, diacre. Plus de six autres prêtres furent ordonnés ici en 1692 et 93, mais les annales ne donnent que le nom de M. de Montigny, ‘‘ lequel dit sa première messe en notre chapelle le 2 mars 1692. Myr. ayant ensuite dit la sienne, entra dans notre Monastère avec le nouveau prêtre, nous donnant à son ordinaire des marques de sa bonté toute paternelle.”
des fatigues incroyables.” En 1695, nos Mères étaient témoin de l'intéressante cérémonie de la consécration de ‘“trente-cinq pierres d’autel.” Mgr. assistait aux petites “ pastorales ” ou dialogues de nos pensionnaires, au “baiser de paix” de la première communion, témoignant une extrême joie de tout ce qui pouvait contribuer à la croissance spirituelle de ces précieuses petites plantes. En 1699, le lendemain du joùûr de l'an, il arrivait soudain aux Ursulines annonçant une grande visite, “ Voulant favoriser M. Saulger, (*) un des intéressés de la Compagnie, Mgr. l'amena au Monastère, accompagné de M. l'Intendant, de quelques autres Messieurs, de Mme. l’Intendante, Mme, la Colonelle, et nombre d’autres dames et demoiselles, et s'étant fait ouvrir les portes, il leur donna la satisfaction de voir toute la maison, se retirant sur les 44h. avec sa compagnie.”
En 1697, le digne Évêque était revenu d'Europe, après trois ans d'absence, tout occupé de ses denx fondations, l'Hôpital-Général de Québec et les Ursu lines des Trois-Rivières, Nos lectrices ont déjà pu voir l’ardeur qui animait Mgr. dans les mesures qu'il croyait de nature à procurer la gloire de Dieu. Nos Mères étaient si pénétrées du sentiment de ses bontés à leur égard, si convaincues de ses bonnes intentions et de son zèle, qu'elles laissaient passer inaperçues diverses difficultés. Voici une de leurs plus grandes épreuves en ce genre,
“ Le 23 avril de l’année 1700, Mgr. disent les Annales, étant entré dans le Monastère sur les 3 heures après-midi, et ayant fait appeler les discrètes, leur
(1) Pierre Sauiger, sieur de Rouville, intéressé dans les fermes gé. nérales d'Occident. Dict, Grénéal. de M. l'abbé Tanguay.
déclara que devant monter le 8 ou 10 mai aux Trois- Rivières, il jaugeait à propos d'emmener avec luinotre Mère Supérieure pour remplacer la Mère Marie de Jésus, qu'il nous ramènerait. Nous suppliâmes alors Mgr. d'attendre jusqu'après nos élections, qui devaient avoir lieu le 7 juin, ou qu'il lui plût les avancer, étant très-difficile d'emmener une Supérieure avant qu'elle se fût démise de sa charge et qu’elle eût été remplacée par une élection canonique. Mgr. n’agréa pas cette représentation, il répondit qu’il avait ses raisons et qu'il emmènerait notre Mère Supérieure. Il demanda aussi une sœur converse, qui lui fut accordée ; seulement nous le suppliâmes de n’'emmener aucune religieuse que de son plein gré. [lncus le promit. Se voyant avec deux religieuses d’assurées, il en demanda une troisième. La Mère Supérieure lui présenta ma sœur de l’Enfant-Jésus, qui était prête à tout. M. son père ayant refusé son consentement, Mgr. ne passa pas outre, n’en emmenant que deux à ce voyage.” L'affaire était grave et de nature à produire du mécontentement, mais Dieu ne le permit pas, les intentions étaient trop bonnes du côté de l'Évèque, et l'esprit trop religieux du côté de la Communauté: ce fut l'occasion de bien des actes de vertu. Mgr. se donna bien garde de mécontenter M. du Puy, en emmenant sa fille, n'ayant point eu de paix du côté de Mme. Couillard (veuve Amyot) qu’il ne lui eût promis de lui ramener la sienne.
“ Le 8 mai, sur les 3h. après midi, Mme. l’Intendante vint au Monastère, et prit en son carrosse notre Rév. Mère ainsi que sœur de la Visitation, pour les conduire à l’Anse des Dames, où elle avait eu la bonté d'envoyer des canotiers pour aller en pèlerinage à S. Michel de Sillery, les chemins ne permettant pas d'y
aller en carrosse. Nos Missionnaires revinrent souper et coucher chez Mme. Drouard, où Mgr. les attendait Mme. l’Intendante, qui les avait accompagnées à Sillery, prit alors congé d'elles et s’en revint avec ses gens à Québec. Lesieur Racine, notre homme d'affaires, arriva aussi à la ville à 10h. de nuit, et nous assura le lendemain matin que le voyage avait été fort heureux. Le lendemain dimanche, après la messe, Mgr. et ses voyagenses continuèrent leur route vers Trois-Rivières.
Voilà donc les Ursulines sans supérieure, la Mère Assistante (Mère Geneviève Bourdon de $S. Joseph) en remplissant les fonctions par interim, officiant aux fêtes de la Pentecôte, à la Rénovation etc.
“ Le 9 juin, le R. P. Bouvart et M. Turpin, ecclésiastique de Mgr. nous ramenèrent des Trois-Rivières, à 9h. du soir, la Mère Marie de Jésus, que nous reçûmes avec bien de la joie. Le lendemain, Mgr. nous annonça les quarante heures pour les élections, qui auraient lieu le 14.” Les élections se firent, et dans les desseins de son adorable Providence, le bon Dieu fit tourner les pensées sur la Mère Anne Bourdon de Ste. Agnès, qui fut ia première supérieure canadienne de notre maison.
La lettre suivante, adressée des Trois-Rivières par la Mère des Anges au R P. de Lamberville, à Paris, nous donne une idée du caractère de la Mère Ste. Agnès, et laisse entrevoir les difficultés, :'e l’époque.
“Mon Révérend Père,—J'ai reçu la iettre dont il vous à plu m’honorer aux Trois-Rivières où je suis depuis le mois de mai, un mois avant le terme de mes six années de charge. Monseigneur était bien aise que la Mère Marie Drouet de Jésus fût à Québec avant l'élection, la croyant capable plus qu'aucune
autre de cet emploi. Il y a eu néanmoins une grande liberté de suffrages, qui sont tombés sur la Mère Anne Bourdon de Saïinte-Agnès, sœur de feu M. de: Dombourg ; elle est la première supérieure canadienne qui aura tenu le timon des affaires dans notre maison de Québec. Je prie Notre-Seigneur que son règne soit paisible ; son esprit et son humeur le sont beaucoup. Je lui ai envoyé la lettre de Votre Révérence afin qu’elle voie l’état des affaires de la maison. C’est une Providence bien grande que l'argent qu’elles ont reçu de ce fermier, sans quoi vous auriez bien de la peine, mon Révérend Père, à payer les lettres de change. Je vous assure que les supérieures ont bien de la peine, car les dépenses sont grandes dans notre maison de Québec.
“ Nous n’en sommes pas encore là à présent dans notre nouvelle fondation des Trois-Rivières; reste à savoir si elle subsistera ou non; je vois des orages et des tempêtes qui s'élèvent et qui la menacent de ruine, Je tâcherai de ne point perdre ma paix et mon repos. sachant bien que Dieu commande à tout. Quoiqu'on me bläme de cette entreprise, je ne puis m'en repentir, après les marques que j'ai eues de la volonté de Dieu ; si je me suis trompée, ce n’a été qu’à la suite de plusieurs personnes plus éclairées que moi, de divers états, ainsi j'en verrai la destruction, au cas que Notre-Seigneur le permette, d’aussi bon œil que j'en verrais l’affermissement, car je ne désire que l’accomplissement de la volonté de Dieu. Comme Monseigneur passe en France, il verra ce qu'il y a à faire pour toutes ces ferventes Ursulines qui demandent à venir ici, il y en deux de Metz en Lorraine, filles de distinction qui auraient cinquante écus de pension, et
qui défraieraient leur voyage; une à Caën et deux autres à Magny.
“ J'ai envoyé deux lettres de change au R. P. Vaillant, l'une de deux cents livres de France, prise sur cinquante écus de ma pension, et quarante livres des Ursulines de Dijon et neuf des Mères de Chaumont. L'autre billet est de quatre-vingts livres sur les quatrevingt-dix-huit que Mme. de Barbesieux a données pour trois petites sauvagesses que nous avons prises ici. Ainsi, mon Rév. Père, nous tâcherons de suivre le zèle que feu la Mère Sainte-Cécile avait pour le salut de ces âmes, qui ont autant coûté au fils de Dieu que les autres; comme nous avons assez près d'ici la la mission de R. P. Bigot, nous en pourrons prendre de chez lui.
« Nous commençons le soin des malades par six lits, que M. l’Intendant (M. de Champigny) donne pour les soldats; nous pourrons en augmenter le nombre quand Monseigneur sera en état d'achever sa fondation. Nous sommes onze religieuses ici; quatre professes de Québec, quatre de la maison, et trois novices, qui ne passeront pas outre sans qu'on ait plus d’assurance touchant l'avenir de la maison, Je vous demande en grâce, mon Révérend Père, la continuation de vos hontés, la participation de vos saints sacrifices et la faveur de me croire, avec tout le respect possible, etc.