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Mgr. de Saint-Valier consacrait à son Hôpital-Géral de Québec et à ses Ursulines des Trois-Rivières, tous ses bénéfices et ses épargnes, et la rareté d’ar gent qui régnait dans le pays donne un double prix aux sacrifices pécuniaires (*) que s’'imposait le digne Evèque.
Nos lectrices pressentent que nous aurons à les entretenir à plusieurs reprises de cette communauté-sœur, qui se regarde à si juste titre comme fille de la Vén. Mère Marie de l’Incarnation, dont elle a reçu et conservé l'esprit.
$9.—DERNIÈRES EXPÉDITIONS AU PAYS DES Iroquois; Les Urau- LINES SOLDENT ET ÉQUIPENT DEUX SOLDATS POUR LA GUERRE Mour pu Cours De FRoNrenac,
L'expédition de 1693 au canton d’Agnié avait un moment suspendu les brigandages et les assassinats des Iroquois; mais 1ls continuèrent dans leurs tergiversations, trompant les colons Anglais et le gouverne. ment français, ne voulant de la domination ni de l'un ni de l’autre peuple. Frontenac comprenait leurs manœuvres, et les ménageait à propos pour tirer des prisonniers de leurs mains, et donner aux colons le moyen de faire les semailles et les récoltes. Les incursions ayant repris leur cours avec le même acharnement,
() Le billet qui suit montre que Mgr. profitait de tout pour assis. {er la communauté naissante, ‘* Nous reconnaissons que nos chères filles les Ursulines de Québec, nous ont fait remettre les quatre cents francs de la fondation de Mme. de la Peltrie, pour leurs messes, que nous avous fait dire aux intentions portées par la dite fondation pour l’année 1699, échne au mois d'octobre, lesquels quatre cents francs nous avons appliqués à leurs sœurs des Trois-Rivières pour leur aider à <’établir. Fait à Québec ce 4 may 1700,
(Signé,) J&an, Evêque de Québec.”
“au commencement de juin 1696; on fit, disent les Annales, un gros parti pour aller en guerre dans le pays des Onnontagués, M. le Comte y alla en personne, accompagné du gouverneur des Trois-Rivières (M. de Vaudreuil) et de celui de Montréal (M. de Jallières), Le voyage fut heureux. Après avoir fourragéles champs des Onnontagués et brûlé leurs villages, on en fit autant aux Onnéyouths, On s'en revint dans l'espérance que ces derniers, qui avaient promis de suivre nos guerriers, venaient après eux, mais ils n’en firent rien. Les Français arrivèrent à Québec sur la fin d'août.” L'énergie et l’activité du Comte de Frontenac semblaient s’'accroître avec les difficultés; il n'avait pas moins de 76 ans lorsqu'il entreprit cette dernière expédition, qui était tout aussi pénible et périlleuse que les précédentes.
Chaque particulier avait dû contribuer selon ses moyens à la guerre ; c’est alors que les Ursulines, tout en prenant en main les armes de la prière, so/dérent et équipèrent deux soldats, qui ne furent pas, paraît-il, Les moins braves de l'armée,
Deux ans après “le 28 novembre 1698, sur les 8h. de l'après-midi, décéda, après quelques jours de maladie, M le Comte de Frontenac, muni de tous les sacrements de l'Église qu'il reçut en des sentiments très-chrétiens, ayant eu l'esprit présent et le jugement sain jusqu’à la mort. Ila été nniversellement regretté en ce pays, les habitants le regardent comme leur père; aussi pendant les dix-neuf années qu'il a été gouverneur, il a toujours protégé l'habitant. Notre Communauté lui a l'obligation de l'avoir favorisée de sa protection. Il nous a procuré de la Cour une pension annuelle de 1000 £. pour nos sauvagesses.”
Cet éloge du Comte de Frontenac n’est qu'un juste tribut de gratitude de la part de notre Communauté, qui n'eut jamais qu'à se louer de ses procédés envers elle. Non-seulement il nous procura des pensions pour les jeunes filles sauvages, son nom revient encore incessamment, pendant sa longue administration, sur le Registre du pensionnat, comme défrayant la pension de jeunes filles nobles, mais sans fortune, et aussi de petites filles pauvres, “que Monseigneur le Comte prend la peine de faire entrer pensionnaires en notre maison, pour les préparer à leur première Communion.” Il est incontestable que le Comte de Frontenac fut suscité de Dieu pour sauver le pays dans une lutte qui naturellement devait anéantir la colonie française, vu l’effrayante supériorité numérique des colonies anglaises, et les ressources qu'elles mettaient aux mains des Iroquois, (!) Il n'eut pas la consolation de voir l’heureux dénouement des guerres contre les indigènes, mais ses expéditions aux Cantons des Iroquois furent les dernières, et préparèrent le grand traité de paix signé quatre ans plus tard.
(1) M. de Frontenac avait toutes les qualités désirables à peu de chose près, même de la piété puisqu'il faisait une retraite tous les ans, Un seul défant, l’attache sans borne à sa manière de voir et à sa volonté, l’4 entraîné dans des excès pitoyables, surtout à l'égard des supérieurs ecclésiastiques. Ce défaut le rendait insupportable aux conseillers et autres personnages d'importance, tandis qu'avec ges inférieurs, personne n'était plus aimable que M. le comte de Frontenac. I} faut dire qu'un ancien militaire, accoutumé à commander et à se voir cbéi sur le champ, était peu fait pour la discenssion des affaires civiles. Il ne paraît pas avoir beaucoup joui des douceurs de la vie de famiile. La comtesse de Frontenac, qu'on appelait ‘* la divine?” à cause de son esprit, etait de la famille de Lagrange-Trianon, et elle faisait partie de cette société d’élite que fréquentait Mme. de Sévigné, et que la spirituelle Murquise nous fait
Nos lectrices seront heureuses de savoir que l’ancien ami des Français, l’iroquois Grarakonthié, ieur resta constamment fidèle, Quant au fameux huron Kondiaronk, dont la politique machiavéiique avait d'abord été si nuisible, il devint le héros de la grande paix qui rallia aux Français toutes les tribus sauvages de la Nouvelle-France en 1701.
Ainsi, pendant plus de cinquante ans, ies [roquois, vrais Philistins de la Nouvelle-France, avaient invariablement maintenu leur résolution première. Retranchés au centre de l’état de New-York, ils avaient tenu en échec deux des plus grands peuples du monde, et opiniñtrément refusé, comme nation, d’écouter les ‘“ envoyés de Dieu,” le sentiment de leur indépendance absorbant toute l’activité de leur esprit, Il est étonnant comme la Vén. Mère Marie de l'Incarnation avait compris le caractère de ce peuple, et prévu les événements que nous venons de relater.