‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 30 sur 156 · EME EME TER · texte numérisé non relu

EME EME TER

69—AMÉLIORATIONS À LA RÉSIDENCE DE LA BASSE-VILLE.—POSE DE LA PREMIÈRE PIERRE DU MONASTÈNE, 1641.

Dans la perspective de voir bientôt s'élever le Monastère, qui doit enfin abriter convenablement la petite Communauté des Ursulines et leurs élèves, nous allons encore contempler nos saintes Mères dans leur résidence de la Basse- Ville, au milieu de cette pauvreté qui nous rappelle l'étable de Bethléem.,

Dès l'été de 1640, cet étroit logis devait contenir un assez nombreux personnel. À la première petite colonie e étaient adjointes, comme nous l'avons vu, deux jeunes ‘igieuses de Paris; Îles élèves sauvages on séminaristes (pensionnaires) étaient au nombre de douze à dix-huit, outre celles qui, par surprise ou accident, devaient de temps en temps y passer la nuit, Le moyen de trouver place pour tant de monde nous est naivement expliqué par notre Vén. Mère. “Je vous dirai comment nous pouvons tenir tant de personnes en un si petit lieu. L’extrémité des chambres est divisée en cabanes faites d’ais de pin: un lit est près de terre, et l’autre est comme au plafond, en sorte qu'il y faut monter avec une échelle. Avec tout cela, nous nous estimons plus heureuses que si nous étions dans le Monastère le plus accommodé de la France. [l nous semble que nous sommes trop bien pour le Canada, où, pour mon particulier, je m'attendais de w'avoir, pour tout logement, qu’une cabane d’écorce. Mes Sœurs me disent quelquefois: Si nous avons quelque peine dans le Canada, c’est de n’en pas avoir, et de ne pas assez souffrir.” (*)

Les généreux missionnaires eux-mêmes, dont la vie n'était qu'un tissu d'abnégation et de sacrifices, ne

(> Lettre de la Ven. Mère.

pouvaient voir sans admiration le dévouement de ces âmes héroiïiques. “Quand nous voyons, dit le R. P, Vimont (1), de jeunes personnes délicates renfermées dans leur maison, sur les rives de notre grand St, Laurent, prendre part aux travaux de cette mission, avec une gaieté non pareille ; quand je considère une Dame éloignée de plus de mille lieues de son pays, donner ses biens et sa vie pour le salut de ces barbares, préférer un toit d’écorce à un lambris d'azur, prendre plus de plaisir à converser avec des sauvages qu'à visiter les plus grands de la cour ; quand je contemple une jeune demoiselle à qui un frimas donnait le rhume en France, traverser l'Océan pour venir défier nos longs hivers, ef cela pour dire quelques bonnes paroles à un pauvre sauvage ; non, je ne puis plus douter que Dieu, qui a commencé le grand ouvrage de la conversion de ces peuples, ne daigne l’achever malgré tous les obstacles qui s’y rencontrent.”

Mais nos lectrices cherchent encore ces améliorations que le titre de ce paragraphe leur annonce, Notre bonne Mère va nos écl'irer là-dessus. ‘“ Nous avons fait bâtir, dit elle, ane petite église de bois, qui est agréable pour sa pauvreté, Il y a au bout | une petite sacristie, où couche un jeune homme qui Fi appartient à Mme. de la Peltrie; 1! nous sert de tourier et à nous fournir toutes nos nécessités, On

ne croirait pas les dépenses qu'il nous a fallu faire à dans cette petite maison, ç oiqu'elle soit si pauvre, E. que nus voyons par la couverture, reluire les étoiles à durant la nuit, et qu'à peine y peut-on tenir une chandelle allumée à cause du vent.” (°)

Si nos Mères ne pouvaient encore se conformer à

(t) Selation de 1641 (*) Lzættres de la Vén. Mere.

toutes les exigences d'une vie régulière et cloitrée, elles étaient au moins parvenues à faire les améliorations les plus urgentes. Cette petite église leur procurait l'avantage d’avoir chez elles la célébration du saint Sacrifice ; et la consolation d’avoir tout près d'elles, dans le sacrement de son amour, Celui pour qui elles avaient tout sacrifié, était bien propre à dilater leurs cœurs et à leur faire poursuivre leur œuvre avec allégresse.

Au printemps de 1641, Mme. de la Peltrie put enfin poser la première pierre du Monastère, à la Haute- Ville de Québec, là où se voyait autrefois la florissante bourgade de Stadaconé. Ce terrain sur lequel fut bâti notre premier Monastère est le méme que nous foulons encore aujourd’hui; il avait été concédé par les Cent- Associés, en 1637, pour une institution enseiguante,

Les bâtiments se commençaient donc, malgré les difficultés que lon avait à rencontrer sur un terrain où la main du bücheron avait été requise avant celle du maçon et du menuisier ; à une époque où les matériaux nécessaires à la construction se transportaient avec tant de frais, et où la main-d'œuvre était si rare et si couteuse,

L'entreprise de bâtir ce Monastère, avec des moyens

aussi limités que létaient ceux de nos Mères, sup- ”

pose dans celle qui formait alors tous les plans et présidait à leur exécution, une confiance sans bornes en la divine Providence, Il est vrai que la Vén. Mère avait pour garantie de son œuvre ces paroles qu'elle ne pouvait oublier : “ Allez en Canada, y bâtir une maison à Jésus et à Marie” ‘Il me semble, dit-elle, que la voix de Dieu me poursuit et qu’elle me dit: Dieu veut que tu lui fasses une maison, (Cette voix est

re te

Page 1