‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 29 sur 156 · PIÈTÉ ET ZÈLE DE MDE, DE LA PELTRIE · texte numérisé non relu

PIÈTÉ ET ZÈLE DE MDE, DE LA PELTRIE

Nous citerons encore quelques passages des Relations, qui font voir la douce piété et le zèle infatigable de notre bien-aimée fondatrice Mme. de la Peltrie.

‘ Les grandes neiges mi les froids glacés, dit le R. P. Vimont, ne sont pas capables d'éteindre l'ardeur d'une âme qui aime Jésus-Christ. Mme, de la Peltrie, qui n'a point de consolation plus sensible que de visiter les sauvages, s'en vint à St. Joseph de Siliery au travers des neiges pour assister à la messe de mmuit avec les nouveaux chrétiens, et elle était accompagnée de deux ou trois séminaristes. Ces enfants étant de retour aux Ursulines, Agnès se mit à raconter ce qu'un Père avait dit de la naissance du petit Jésus ; elle imita tous les gestes du prédicateur, montrait le rebat que les Bethléernites faisaient de la Ste. Vierge, avec une indignation contre eux et une compassion pour la mere et l'enfant ; elle décrivait le petit Jésus

dans la crèche avec des paroles qui attendrissaient les

bounes Mères...

HISTOIRE DU MONASTÉÈRE. 55

“ La bonne Mme. de la Peltrie, qui a jeté les fondements de ce petit séminaire, a sujet de bénir Dieu de ce qu'il l'a choisie pour un ouvrage qui lui est si agréable. Mais son cœur est grand, le désir qu'elle a de rassembler les pères et mères, encore errants, pour aider à sauver les enfants, lui fait souhaiter des trésors au-dessus de ses forces, Cetle vertueuse dame ne cesse de visiter ces bonnes gens, et ne pouvant parler leur langue, elle leur parle des yeux, et elle leur parlerait bien plus volontiers des mains; car si elle pouvait exercer le métier de maçon ou de charpentier pour leur élever de petites demeures, ou de laboureur pour leur aider à cultiver la terre, elle sy emploierait avec d'autant plus d’ardeur, qu’elle voit de bonnes dispositions en ce peuple pour s'arrêter; mais ses bras sont faibles aussi bien que les nôtres.”

Plus loin le même Père ajoute: “ Si Mme. de la Peltrie les mène en quelque endroit, elles la suivent avec plus d'amour que les enfants n’en ont à suivre leurs vraies mères. J’ai admiré ce que je vais dire; quand cette honnète dame les mène à l'habitation de Sillery, ces enfants se dispersent çà et là pour voir leurs parents; puis, Madame est-elle prête à partir, vous les voyez aussitôt quitter leurs parents pour se ranger auprès d'elle, l'embrassant avec plus d'affection que leurs propres parents.”

Ecoutons l’aimable Dame nous dire elle-mime la

Joie qu’elle a de la piété et de l'affection de ses petites

séminaristes : ‘“ Je ne serais pas satisfaite, écrivait-elle au R. P. Vimont, si je ne vous entretenais de la consolation que je reçois journellement de nos petites tilles.

“J'avais commission, durant la retraite de nos Mères,

de les faire prier Dieu, de leur faire répéter leur leçon ; je ressentais, en faisant cette action, une joie qui ne se peut dire. Leur ayant fait entendre que nos Mères étaient avec Dieu, je leur fis garder, durant huit jours, un silence qui m'étonna; j'en venais bien plus aisément à bout que des Françaises, L'un de ces jours, ayant gardé le lit une matinée pour quelque indisposition, Comme je vins à passer dans leur chambre l'aprés-dinée, ce furent des caresses qui ne sont pas croyables : elles s'écriaient : ‘“ Ningue, ningue, ma mère, ma mère,’ elles se jetaient à mon cou, si bien que j'eus de la peine à m'en défaire. Je vous confesse, mon Révérend Père, que cela me ravit le cœur de voir un si grand naturel en des enfants barbares; anssi est-il vrai que s'ils étaient mes enfants propres je ne pourrais pas les aimer davantage, Étant allée vous voir dernièrement à St. Joseph de Sillery, je laissai deux de mes enfants à la maison; celles-ci ne firent que se lamenter en mon absence, l’on en trouva une dans un petit coin toute éplorée s'écriant ; Daiïar ningue, daiar, venez, ma mère, venez, daiar Madame.” Eiles m'appellenttantôt d’une façon,tantôt d’une autre, croyant ainsi me faire répondre plus tôt, Je ne vous parle point des caresses qu’elles me firent à mon retour, d'aussi loin qu’elles m'aperçurent à travers la palissade de pieux qui forme la ciôture. elles eussent volontiers sauté par dessus pour venir à ma rencontre !...... ÿ

“ J'ai commencé à leur montrer à travailler à laiguille, mais mon principal exercice, c'est de les peigner, laver et habiller, ainsi qne de pourvoir à tous leurs petits besoins ; je ne suis pas capable de chose plus grande. Hélas! mon Rév. Père, encore suis-je trop heureuse de leur pouvoir rendre ces petits services.”

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