‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 33 sur 156 · SE · texte numérisé non relu

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dinal de Sourdis, le Saint Charles de la France, obtint le même privilége en 1618. La maison de Tours, filiation de celle de Bordeaux, avait été fondée en

Au siècle dernier, (1) la Congrégation de Paris comptait à elle seule près de cent communautés; elle est encore la plus nombreuse en France. Celle de Bordeaux est la plus répandue à l'étranger.

Il y a de plus les Congrégations de Toulouse, de Lyon, de Troyes et de Dôle.

Actuellement, on compte plus de 11,000 Ursulines dans le monde.

$12.—MNE. DE LA PELTRIE SUIT Mite, MANCE À MONTRÉAL ; PÈLE- RINAGE DE LA MONTAGNE.

Six ans avant de quitter la France, dans sa vision du Canada, la Vén. Mère avait vu la pieuse Dame qui l’accompagnait la quitter quelque temps pour s'enfoncer plus avant dans l'épaisseur des brouillards. C’est alors que la Mère de l’Incarnation, courant à la Ste, Vierge, reçut de cette divine Mère et de son aimable fils des caresses qui jetèrent son âme dans un nouvel épanouissement de zele et d'amour.

Cette circonstance prophétique va maintenant se réaliser, et éprouver nos Mères dans le sentiment le plus délicat du cœur, celui d'une amitié profonde et sainte, provoquée par Dieu lui-même : si l’on étudie à fond les choses, on voit que Dieu lui-même avait aussi provoqué l'épreuve, et que, de part et d'autre, l'âme graudirait au contact du sacrifice.

Depuis deux ans, Mme. de la Peltrie n'avait fait qu'un avec ses chères Ursulines, mettant en commun

(1) Voir Annales de l'Ordre de Ste. Ursule, (persécutions de 1793) publiées en 1867 par les Ursulines de Clermont-Ferrand.

ses revenus ainsi que ses meubles et autres accommodements, et cette étroite union des cœurs ne contribuait pas peu à adoucir la rigueur des privationssans nom de ce pauvre petit réduit de la Basse-Viile, Le bon Dieu permit que cetie aimable Fondatrice, dont les exemples étaient si entrainants, enthousiasmée à la vue du zèle des premiers colons de Montréal, voulüt elle-même partager leurs dangers, et qu’elle résolût de les suivre. Il n'y avait eu aucun refroidissement entre les cœurs, et Mme. de la Peltrie, évidemment, ne soupçonnait pas les embarras que son éloignement allait créer à cette Communauté naissante, placée en des conditions exceptionnellement difficiles. Les Religivuses de leur côté, extrêémement touchées et reconnaissantes des bienfaits reçus jusque-là ; sachant d'ail. leurs qu'aucun engagement formel ne liait Mme. de la Peltrie à la maison et qu’elle était libre d'aller où elle le trouverait bon, ne firent aucune remarque, sur la gène qu’allait occasionner son départ,

Voici comme notre vieux Récit apprécie cet événement: ‘“ Mme. notre très-honorée Fondatrice, ayant demeuré deux ans avec nos premières Mères dans leur maison sur le quai, quelques personnes de piété lui inspirèrent qu’elle ferait un plus grand bien de monter à Montréal, où elle aurait plus de moyens d'exercer son zèle, C'en fut assez à ce cœur généreux qui aspirait au plus parfait. Elle quitta donc ses chères filles, et emportant ses meubles, monta à Montréal, qui est éloigné de soixante lieues de Québec, Ce fut un coup très-rude à nos Mères, non parce qu'elle retirait ses meubles qui leur étaient très-nécessaires, mais bien à cause du danger évident de sa

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vie auquel elle sexposnit, vu les incursions des Iroquois qui étaient fréquentes en ce 1ieu,”

Dans ses écrits, la Vén. Mere garde le silence sur ce fait, autant par délicatesse de charité que par prudence, cette démarche de Mine. de la Peltrie pou- Vant avoir en France une tous autre covieur, et nuire à l'œuvre de Dieu. Lune seule de ses le'tres, (1642) une lettre contidentielle où elle epanche son àme, nous donne quelques details sur cet événement. Le passage suivant nous laisse voir les sentiments de son cœur si sensible, sa piété, sa charité, son abnégation complète : “ Nous laissäines tort enlever sais ancune répugnance, mais plutôt, à vous dire mon cœur, en les rendant je sentais une ronde joie en moi-même, m'imuginant que noire bon Dien me traitait comme S. François, que son père abandonn:, et à qui il rendit jusqu’à ses propres habits, Je me dépouillai donc de bon cœur de tout, laissant le séminaire duns une très-grande pauvreté...” Après avoir dit qu'il n'était resté que pour coucher trois séminaristes, la Vén. Mère ajoute, “ et cependant, nous en avons quelquefois plus de quatorze. Nous les laissons coucher sur les planches, mettant sous elles ce que nous p ‘uvons pour en adoucir la dureté, et nous empruntons au magasin des peaux pour les couvrir, notre pauvreté ne nous permettant pas de faire autrement. De vous dire que notre bonne Fondatrice a tort, je ne le puis

‘ selon Dieu .….. ses biens n'étant pas suffisants pour

l'entretenir dans les voyages qu'elle fait... Elle a tant de piété et de crainte de Dieu que je ne puis douter que ses intentions ne soient bonnes et saintes.”

Cependant, les Ursulines avaient non seulement à se meubler et à se nourrir ainsi que leurs chers néo-

phytes, mais il leur fallait encore poursuivre la construction de leur Monastère, dont les fondations avaient été jetéss au printemps de l’année précédente ; leur perplexité était extrême. “Ce grand changement, écrivait la Vén. Mère, a mis nos affaires dans un très-mauvais état : car M. de Bernières, qui en a

la conduite, me mande qu’il ne les peut faire avec le

peu de fondation que nous avons, qui n’est que de neuf cents livres. Les Mères Hospitalières en ont trois mille et madame la Duchesse d’Aiguillon leur fondatrice les aide puissamment, avec tout cela elles ont de la peine à subsister, C’est pourquoi M. de Bernières me mande qu'il nous faut résoudre, si Dieu ne nous assiste d'ailleurs, de congédier nos séminaristes et nos ouvriers, ne pouvant suflire à leur entretien, puisque pour payer le fret des choses qu'il nous envoie, il lui faut trouver neuf cents livres, qui est tout le revenu de notre fondation. Et de plus, dit-il, si Madame votre Fondatrice vous quitte, comme j'y vois de grandes apparences, il vous faudra revenir en France, à moins que Dieu suscite une autre personne qui vous soutienne,”

Le courage de notre admirable Mère ne se dément pas, non plus que son invincible confiance en la Providence divine. ‘“ Ne direz-vous pas, continue-t-elle, que tout est perdu ? En effet,;'on le croirait s’il n’y avait une Providence amoureuse qui a soin des plus petits vermisseaux de la terre. Cette nouvelle a beaucoup affligé nos amis qui en savent l’impo:tance ; et néanmoins mon cœur est en paix par la miséricorde de notre bon Jésus, pour lequel nous travaillons. Dans la confiance que j'ai en son amour, j'ai résolu de retenir nos séminaristes et d'aider nos pauvres sau-

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