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vages jusqu'à la fin, J'ai encore retenu nos ouvriers pour bâtir le séminaire... Après ce que M. de Bernières m'a écrit, il sera sans doute épouvanté, voyant > que je lui demande des vivres comme à l'ordinaire, et de plus, que je lui envoie des parties pour six mille livres, qui ont été employées à payer les gages de nos ouvriers, et à l'achat des matériaux de notre bàtiment, sans parler du fret du vaisseau : car en tout cela nous n'avons que la Providence de noire bon , Dieu”
Quelque temps après son arrivée à Montréal, dans l'été de 1642, Mme. de la Peltrie écrivit à la Vén. Mère de l'Incarnation qu’elle “ cherchait à y faire un second établissement de notre Ordre, au cas qu'elle rentrât dans la jouissance (*) de son bien.” Son zèle pour la conversion des sauvages était si sincère qu'elle songea séricusement à se rendre jusqu'aux lointaines et difficiles missions du lac Huron. Elle avait même fait préparer à ses frais un grand canot de voyage et retenu des canoteurs, quand un Père Jésuite, qui arrivait de ces missions, l’en dissuada complètement.
est pendant le séjour de Mme. de la Peitrie à Montréal qu’eut lieu le fameux pèlerinage de la Montagne, que le R. P. Vimont rapporte comme suit, dans les Relations: ‘“ Dieu nous a fait voir le soin qu’il a de cette habitation, la défendant cet hiver contre les eaux qui par une crüe extraordinaire, la menacèrent d’une ruine totale, s’il n'en eut par sa Providence arrêté le cours; elles couvrirent en peu de temps les prairies et les lieux voisins du fort; chacun se retire
(3) Nos lectrices se rappellent qu'on fit en France la plus vive opposition à ce que Mme, de la Peltrie entrât dans la pleine possession de ses droits.
à la vue de cette inondation qui augmentait dans l'endroit même le plus assuré. On a recours aux prières. M, de Maisonneuve se sent poussé intérieurement d'aller planter nne croix au bord de la petite rivière près de laquelle est bâtie l'habitation, qui commençait à se déborder, pour prier sa divine Majesté de la retenir dans son lieu ordinaire, si cela devait être pour sa gloire, ou de leur faire connaitre le lieu où il voulait être servi par ses fidèles de Montréal, afin d’y mettre le principal établissement, au cas qu’il permit que les eaux vinssent à ruiner l'habitation commencée. Il proposa aussitôt ce sentiment aux Pères, qui le trouvèrent bon ; il l'écrit sur un morceau de papier, le fait lire publiquement, s’en va planter la croix que le Père bénit, au bord de la rivière, avec l'écrit qu'il attache au pied, s’en retourne avec promesse qu’il fait à Dieu, de porter une croix lui seul sur la montagne de Montréal, s’il lui plait accorder sa demande,
“ Les eaux néanmoins ne laissèrent pas de passer . outre, Dieu voulant éprouver leur foi. On voyait rouler de grosses vagues, coup sur coup, remplir les fossés du fort, monter jusqu'à la porte de l'habitation, et sembler devoir engloutir tout sans ressource ; chacun cependant regarde ce spectacle sans trouble, sans crainte et sans murmure, quoique ce fût au cœur de l'hiver, à minuit le 25 décembre, lors même qu'on célèbre la naissance du fils de 'Jieu én terre. Monsieur de Maisonneuve ne perd pas courage, espérant voir bientôt l'effet de sa prière, ce qui ne tarda guère, car les eaux après s'être arrêtées rn peu de temps au seuil de la porte sans croître davantage, se retirèrent peu à peu laissant les habitants hors de danger. M. de Maisonneuve voulant exécuter sa promesse emploie sans délai
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ses ouvriers, les uns à faire le chemin, les autres à couper les arbres, et d’autres enfin à faire la croix ; M. de Maisonneuve lui-même met la main à l'œuvre pour les encourager par son exemple. Le jour étant venu, qui fut le jour des Rois, qu'on avait choisi pour cette cérémonie, on bénit la croix, on fait M, de Maisonneuve premier soldat de la Croix avec toutes les cérémonies de l'Église; il la charge sur ses épaules, quoique très-pesante, marche une lieue entière chargé de ce fardeau, à la suite de la procession, et la plante sur la cime de la montagne. Le Père du Perron y célébra la messe, et Mme, de la Peltrie y communia la première.
‘ On adore les saintes reliques qu'on avait enchassées dans la Croix, et depuis ce temps-là, ce lieu fut fréquenté par divers pélerinages.”
Quelle impression devaient produire sur les sauvages ces exemples donnés par des personnes si hautement respectées.
A Montréal comme à Québec, Mme. de la Peltrie était de toutes les bonnes œuvres. Y avait-il des, baptêmes ou autres cérémonies religieuses, toujours on y rencontrait la pieuse et aimable Dame qui avait tout sacrifié pour le salut des pauvres sauvages, Voyonsla au baptême du fervent Joseph Semasasik8eie, comme elle jouit du bonheur de ce nouveau chrétien lavé dans le sang de l’Agneau! A l'issue de la céré. monie, cette gracieuse marraine fit présent à son tilleul d’une belle arquebuse. Au baptême et au mariage du célèbre chef Le Borgne,” elle voulut que sa femme, dont elle était marraine, portât le nom de Marie-Madeleine, et elle lui fit des présents dignes de sa générosité, l’engageant à vivre toujours d’une manière conforme à la sainteté du christianisme.
Cet épisode du voyage de Mme. de la Peltrie à Montréal a été commenté diversement, c'est pourquoi nous avons cru devoir citer nos anciens documents, qui s’accordent avec les Relations de 1648.
M. l'abbé de la Tour entr'autres qui écrivait vers 1749, après avoir rapporté l’arrivée à Québec, en 1641, de M. de Maisonneuve, de Mlle, Mance et de ceux qni les accompagnaient, ajoute: “On fit ce que l’on put pour les arrêter à Québec. La colonie, qui n’était alors composée que de deux à trois cents personnes, aurait voulu profiter de ce renfort : on leur offrit l'Ile d'Orléans pour faire leur établissement ; on s’efforça de les intimider par la vue des [roquois qui désolaient tout le pays et qui étaient encore plus près de Montréal. “ Je ne suis pas venu pour délibérer, mais pour exécuter, répond M. de Maisonneuve ; y eut-il à Montréal autant d'Iroquois que d'arbres, il est de mon devoir et de mon honneur d'aller y établir une colonie.” Il partit sans différer, et arriva, le 14 octobre, à l'Ile de Montréal. Le lendemain, fête de Ste, Thérèse, il en prit possession au nom de la compagnie. Peu ce jours après, un des plus notables de Québec vouint y être associé ; il lui avait déjà donné sa maison pour retirer ses marchandises: ce fut dans la suite un entrepôt utile et un correspondant fidèle, Mademoiselle Mance passa l'hiver à Québec tandis que les autres allaient à la découverte : on lui fit bien des instances pour l'y retenir, mais loin d’être ébranlée, elle gagna Mme. de la Peltrie, fondatrice des Ursulines, qui, donnant un peu trop dans le goût des nouveaux établissements, voulait avoir part aux fondations de Montréal, comme elle en avait eu à celle de Québec. Cette dame suivit Mlle. Mance lorsqu'elle
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s'en alla au Printemps de 1642, mais rendue à sa première vocation elle revint bientôt à Québec, où elle passa saintement le reste de sa vie.”
Nous aurons occasion de parler ci-après de ce consolant retour.
$13.—0N CONTINUER LA CONSTRUCTION DU MONASTÈRE: LA DIVINE PROVIDENCE BÉNIT D'UNE MANIÈRE MERVEILLEUSE LES OV- FRANDKS DE LA CHARITÉ; BIENFAITEURS DE NOTRE MAISON,
Comme nos lectrices ont pu le voir à l’article précédent, les Ursulines se trouvèrent dans une position des plus critiques, au départ de Mme. de la Peltrie pour Montréal: six religieuses à nourrir et à entretenir, de 15 à 18 pensionnaires sauvages également à pourvoir de tout, des néophytes sauvages, homines et femmes, dont il était venu jusqu'à 800 dans l’année, à qui l’on ne pouvait distribuer le pain de la parole de Dieu qu’autant qu'on leur procurât le pain matériel ; et cela, dans un pays où ne se trouvait presque aucune des premières nécessités de la vie, dans un pauvre logis d'emprunt, à 1200 lieues de la France !
Tout en s’'épuisant pour faire face à ces besoins de tous les instants, les Religieuses tournaient d'anxivux regards vers ce bâtiment commencé depuis plus de douze mois, qui ouvruit à leur apostolat une si belle perspective, mais qui, malgré tous les efforts et les sacrifices, n'était pas encore en état de les abriter, En septembre 1642, il était déjà dû 6,000 Ib, pour frais de construction, et deux mois plus tard, lorsque les religieuses y entraient, le bâtiment n'avait absolument que les murs, un toit, des planchers de bas, et quelques cloisons.
La Vén. Mère ne désiste pas néanmoins de l'entreprise de bâtir son Monastère et c'est ici qu'il faut reconnaitre le miracle de la Providence divine. Si les documents du temps n'en disent rien, les faits parlent d'eux-mêmes. D'où vinrent en effet les 50,000 Ib. que coûta ce Monastère de 92 X 28, en pierre, à trois étages? De la France, sans doute, en bonne partie, par le moyen d ': M. de Bernières, gérant des biens de ia fondatrice, des Communautés de Paris et de Tours, et autres Bienfaiteurs dont lu liste nous a été conservée par nos anciennes Mères. Mais cette liste même est une preuve manif:ste de l'intervention divine, En effet, le total des sommes reçues, de 1640 à 1651, est de 23,332 1b.,, en moyenne 2,000 Ib, par année, à l'exception de l’année 1645, où la Reine fit un don de 2,000 Ib. On reçut aussi des effets et des rafraichissements, mais en petite quantité, la Mère de l'Iucarnation demandant surtout de l'argent pour hâter les travaux et rendre le Monastère habitable, tant pour les Religieuses que pour les élèves françaises et les séminaristes sauvages, Que l’on considère maintenant que les accidents sur mer, comme en 1643 cù fut perdu le vaisseau qui apportait aux Ursulines, aussi bien qu'aux RR, Pères et à l'Hôtel-Dien, la plus grande partie des provisions et autres secours, obligèrent souvent d'appliquer une partie des sommes reçues aux nécessités les plus urgentes, la détresse étant telle que dans la circonstance dont nous parlons, ces belles paroles s'échippaient du cœar de la Vén. Mère : ‘“ Dieu nourrit les oiseaux du ciel et les animaux de la terre, nous laisserait-il mourir !......"” Comment fut donc bâti et payé ce Monastère ? Dieu multiplia-t-il entre les mains de la Vén. Mère de