XII INTRODUCTION
tachent plus de souvenirs qu'il n’y a de pierres posées dans ses vieilles fondations
Les Révérends Pères de la Compagnie de Jésus, tout occupés de la prédication de l'Evangile et des œuvres extérieures de l'apostolat, obligés de suivre les sauvages dans leurs courses lointaines, remontant ou descendant avec eux lesfleuves dans leurs canots d'écorce n'avaient cependant encore aucune ressource pour l'éducation des jeunes filles. Sachant que la femme est appelée à un grand apostolat par le dévouement et la charité ; que cet être faible et fragile comme la fleur des champs, est néanmoins doné d’une force mystérieuse et puissante, pour seconder l’homme apostolique dans l'œuvre de Ja régénération du monde, ils ne craignirent pas de linviter à partager leur vie de privations et de sacrifices, atin de concourir avec eux à la conversion des sauvages et à la civilisation du Canada.
La tâche était rude et diflicile ; car si l’apathie d’un peuple peut offrir d'immenses obstacles à sa conversion, si, comme dit Lacordaire (*), “ on n’arrache pas en un jour, une population tout entière à la torpeur d’une oisiveté invétérée et au libre épanchement des plaisirs ; ” nous oserons dire que le caractère farouche des sauvages de l'Amérique du Nord, leur indépendance au milieu de ces vastes forêts, devaient opposer une barrière presque Insurmontable aux enseignements de la religion de Jésus-Christ.
* Déjà les lroquois, que la dernière expédition de Champlain avait forcés de faire la paix avec les Hurons, levaient le masque et envoyaient jusqu’au centre de la colonie leurs féroces guerriers. Le pays était dans une extrème désolation, chacun tremblait pour l'avenir! La vue de ces dangers, bien loin cependant
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INTRODUCTION. XHII
d'effrayer les Ursulines et les Hospitalières, qu'un même héroisme avait rassemblées sur ces bords, les remplissait au contraire d’un désir insatiable de se prodiguer tout entières, à la conquête des âmes rachetées du sang de Jésus-Christ. Heureuses d’être appelées à une aussi haute vocation, de s'associer à des hommes tels que les de Brebeuf, les Lalemant, les Le Jeune, les Jogues, les Garnier, les Daniel, les Chaumonot, les Bressani et tant d’autres, qui arrosaient de leurs sueurs et “réchauffaient de leur sang les sillons glacés de la Nonvelle-France,” elles se dévouaient avec joie, pour apprendre le chemin du ciel à ces enfants de la nature, qui n'en connaissaient d'autre que celui du vice, et dont les espérances se bornaient à une chasse abondante d’orignaux, de caribous et de castors ! Ce zèle infatigable, cette foi vive, cette ardente piété, ce désir de l’apostolat au berceau de notre patrie, ne rappellentils pas les premiers siècles de l'Eglise ?
Mais de quelle utilité pouvaient être au pays, à cette époque, deux Communautés üe religieuses cloîtrées ? Nous répondrons volontiers par les belles pareles de Crégoire-le-Grand. Au milieu des angoisses de Rome tant de fois saccagée par les Lombards, par la peste et Ja famine, ce saint Pape ne conservait qu'un motif d'assurance, la prière de trois mille Vierges, recueillies des Monastères ruinés d'Italie, ‘ Sans elles, écrivait-il, pas un de nous n'aurait pu subsister ici tant d'années au milieu des Lombards.” “Il voyait, comme Moise au pied du Sinaï, le bras du Seigneur se lever dans l'éternité, et son glaive prendre le tranchant de la foudre. Mais il voyait aussi la prière du pauvre pénétrant les nues ; les larmes de quelques vierges tombant pour contre-poids dans la balance où Dieu pesait l’empire, et le saint Pape se rassurait.”