XIV INTRODUCTION
Bossuet () dont le génie puissant aimait à s'appuyer sur l'autorité si imposante de la tradition catholique, s'explique ainsi sur l'efficacité de la prière des âmes saintes: “ Tout ce qui se fait de bien dans l'Eglise, et même par les pasteurs, se fait par le secret mouvement de ces colombes innocentes qni sont répandues par tonte la terre. C’est aussi, dit-il, le sentiment de St. Augustin, fondateur de plusieurs ordres religieux.”
Développant fidèlement la même pensée, un pieux auteur (?) de nos jours a dit: ‘ Entre le vestibule et l’autel, des, vierges chrétiennes unies aux prêtres de Jésus-Christ, demandent grâce et s’écrient : Epargnez, Seigneur, épargnez votre peuple. Parce Domine, parce populo tuo, ne in ælernum irascaris nobis. Elles s'offrent en holocauste par les sacrifices qu'elles s'imposent ; elles prient pour ceux qui ne prient pas, et, à l'exemple de l’Agneau sans tache, elles se font victimes pour les péchés du monde, en expiant sur leur chaste chair les iniquités de la terre: voilà leur mission au milieu du siècle.”
Pouvons-nous douter que ce ne füt le même esprit de dévouement qui présida à la fondation de notre Monastère, et qui inspira, à ces âmes héroïques, la sublime pensée d’eriger sur ce rocher sauvage de Québec, un petit camp de pénitence et d'expiation ? Non, certainement; et par la suite de cette histoire, nos lectrices verront que tels étaient aussi les sentiments des Archevêques de Tours et de Paris. de Mgr. de Laval et des premiers missionnaires du Canada, des Vice-Rois et des premiers Gouverneurs de la colonie. Le bon peuple lui-même, attribuait en grande partie à la prière des
(1) Discours sur l'Unité de l'Eglise.
(2?) Ozanam.
INTRODUCTION. xv 1% religieuses, la protection que le ciel étendait visible- Fr ment sur leur commune patrie.
5 Le R. P.J. Lalemant exprimait à peu près la même 1e pensée quand il disait dans Les “ Relations ” : “ Le qua-
trième sujet de consolation que je voyais dans ce pauvre pays désolé, c'est le courage et la générosité de nos religieuses tant Hospitalières qu'Ursulines. C’est une des espérances que j'ai de la conservation du pays, ne pouvant penser que Dieu abandonne des âmes de cette nature, si saintes et si charitables. Il me semble 4 que tous les anges du Paradis viendraient plutôt à ‘44 leur secours.”
Quant à nos bonnes Mères, leur courage au milieu 1 ï des périls ne faillit jamais, car leur confiance en Dien n était parfaite. “ N'ayez point d'inquiétude à mon s. sujet, écrivait la Vén. Mère de l’Incarnation à son fils. Quelque délabrées que soient les affaires, je ne vois aucun sujet de craindre, et si je ne suis bien trompée, les croix que l'Eglise sonffre maintenant seront son exaltation ; tout ce que j'entends dire ne m’abat point “4 le cœur.”
Ainsi pensaient toutes ces premières religieuses qui à avaient eu la générosité de s'immoler en Canada.
n Associées fidèles des Martyrs et dignes émules de # leur ferveur, elles se montrèrent toujours à la hauteur de leur mission, remplissant avec bonheur les devoirs qui leur étaient imposés par les liens communs de leur apostolat. À la vérité, les exemples étaient entrainants; car, comme l’a dit un grave au- “, teur de nos jours: ‘ C’est Dieu que l’on sent dans les F. saints; ” et de même que les pèlerins d'Orient et d'Oc- | cident qui visitaient les saints solitaires de la Thébaiïde ne et de la Syrie, revenaient dans leur patrie l’âme toute à imprégnée des exemples de sainteté qu'ils avaient vus;