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d'absence, Mme. de la Peltrie revint à ses bons amis de Québec et à sa chère famille du cloître, Il y eut à cette occasion de très-grandes réjouissances. Pour commencer pur les séminaristes : ‘ Quand ces petites plantes la virent de retour, dit le R. P. Vimont, elles la regaréaient comme leur vraie Mère qui les avait toujours bien aimées et bien chéries, Il y a une jeune séminariste qui n'a pas manqué, depuis trois ans, de prier Dieu tous les jours pour elle,
Quant aux religieuses, on essayerait vainement de peindre les sentiments de leurs cœurs, en revoyant au milieu d'elles cette admirable compagne et émule de leurs premiers travaux; notre Vén. Mère de l'Incarnation qui, mieux que toute autre, connaissait le mérite de cette âme généreuse choisie par Dieu luimême pour lui ouvrir les voies du Canada, en éprouvait une consolation indicible. ‘“ Hélas! disait-elle pendant son absence, Madame notre Fondatrice avait coutume de conduire nos séminaristes aux pèlerinages et processions publiques, et de marcher à la tête des femmes et des filles sauvages, après quoi nous leur préparions un festin ; aujourd'hui qu'elle est éloignée, elle est privée de cette consolation; mais nous avons toujours la nôtre qui est de les régaler selon nos faibles moyens.”
Cette douce plainte laisse voir combien ia pensée de la chère absente la suivait partout. On eut pu alors lui dire: Consolez-vons, bonne Mère, la douce et pieuse Dame qu'une vision prophétique vous fit d'abord connaître, revient à vous pour le reste de ses jours, elle va donner au milieu de sa petite Communauté, l'exemple le plus parfait de l’abnégation chrétienne, et bientôt, votre plume si sensible et si vraie tracera à sa louange ces belles paroles : “ Madame
notre Fondatrice court à grands pas dans la voie de 4 la perfection. Je suis ravie de la voir, et si vous la voyiez, vous le seriez comme moi.”
C'est à Mme, de la Peltrie elleméme à nous dire combien, de son côté, elle se trouvait heureuse d’être réunie à ses chères filles, et quelle estime elle faisait des vertus qui se pratiquaient dans le cloître, Voici ce que nous trouvons dans une lettre adressée par Mme. de la Peltrie au K. P. Claude Martin :
“Je puis vous assurer que Notre-Seigneur continue toujours à faire beaucoup de grâces à notre très-aimée Mère Marie de l'Incarnation, et c'est une bénédiction toute particulière de l'avoir en cette petite maison, laquelle, par son exemple et ses paroles, augmente tous les jours en vertus et en sainteté. Elle a tant de charité pour nous, qu’elle daigne bien prendre la peine de nous faire tous les jours des conférences, pour nous enseigner le chemin de la perfection, et je serai bien responsable à notre bon Dieu, si je ne mets en pratique ses bons avis et ses saintes instructions. Oh! que Je vous estime heureux d'appartenir à une personne si sainte et si fidèle aux mouvements de la grâce ! Et moi, que je me tiens obligée à cette aimable Providence de m'avoir associée et unie à une si grande servante de Dieu !?”
“ Je m'estime très-privilégiée de vivre en sa sainte compagnie, que je chéris et honore parfaitement, La paix et l'union règnent heureusement parmi nous, et vous pouvez croire aussi bien que moi que c’est sa vertu et sa sainteté qui nous obtiennent de Dieu des grâces si particulières. Si je lui survis, je vous promets de vous mander bien des nouvelles de sa vie, lesquelles vous feront bien rendre grâces à la divine Majesté des fa | |
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veurs spéciales qu’elle opère dans son âme, qui est assurément une âme d'élite et précieuse à Dieu.
“ Cependant, je vois par votre lettre que vous avez un grand désir de savoir quelque chose de ses vertus, Elle vous écrivit l’an passé, bien au long toute sa vie et toutes les grâces extraordinaires que Notre-Seigneur lui a faites; et après avoir vu tant de merveilles et des grâces si éminentes, que voulez-vous que je vous en dise? Je puis vous assurer que vous savez plus que moi en une manière, mais dans une autre je crois en savoir plus que vous. Je veux parler de ces vertus de la vie commune et régulière qui sont fondées sur les exemples de notre bon Sauveur; c’est surtout ce que je prise dans notre chère Mère puisqu'elle s'y rend si fidèle. Puisque vous le désirez je vous en dirai quelque chose par avance pour votre consolation. La Mère de l'Incarnation a un grand amour pour les personnes qui lui fond du déplaisir, elle leur rend beaucoup de service, et elle les supporte avec amour et charité. Elle vit dans un grand détachement de tout ce qui n’est point Dieu et dans un grand abandon à sa Providence en tous les accidents et les difficultés qui lui arrivent en ce bout du monde. Vous la voyez toujours dans une soumission, dans une paix et dans une tranquillité de cœur inébranlable. Elle est toujours aussi dans une présence de Dieu continuelle et son recueillement intérieur est siadmirable que ni les grandes affaires ni les tracas qui se rencontrent d'ordinaire en ce nouveau pays ne peuvent la distraire. Que voulez-vous davantage ? Si j'avais la dixième partie de ses vertus, ah! que je m'estimerais heureuse! Surtout, je le répète, elle est admirable en l'amour qu'elle porte à ses ennemis, n'ayant que de la douceur et de la bienveillance pour ceux qui lui font de la peine ou du déplaisir.
“Priez Notre-Seigneur qu'il me donne nne semblable vertu ; aimez-le pour moi, adorez-le pour moi, bénissez-le pour moi, louez-le pour moi, qui suis votre toute dévouée dans le Cœur de Jésus.
“ Madeleine de Chauvigny de la Peltrie” 83.—LES PREMIERS AUMÔNIERS DU MONASTÈRE.
Nous parlions au chapitre précédent de l’éternelle reconnaissance de la Communauté, à l'égard des cœurs généreux qui ont été les bienfaiteurs de nos Mères dans l’ordre temporel, assurant par là la stabilité de leur œuvre; que dire maintenant de ces administrateurs fidèles des trésors de la sainte Érlise, qui se donnèrent eux-mêmes, consacrant leur temps, leur santé, toute l’activité et l’ardeur de leurs âmes, à soutenir et à promouvoir le zèle de la perfection et de l'Institut. FES
Nous ferons d'abord remarquer que les Ursulines de Québec n’ont pas toujours en des aumôniers en titre, réunissant, comme aujourd’hui, les fonctions de chapelain et de confesseur, Cela provenait sans doute de la rareté des prêtres et des difficultés des temps.
A l'origine de la colonie, deux grands corps religieux se partageaient les travaux de la mission: les Récollets et les Jésuites ; il ne se trouvait qu'accidentellement un prêtre séculier en Canada. Nos lectrices ont remarqué, dans l'acte de réception des religieuses en 1639, que les RR. PP. Jésuites sont nommés comme “se trouvant seuls d'ecclésiastiques en ce pays.” On sait que les Récollets, passés en France à la prise de Québec en 1629, ne revinrent en Canada que 40 ans plus tard (1670). Jusqu'à l’arri-
vée de Mgr, de Laval en (1659), les RR. PP. Jésuites se trouvaient donc chargés non-seulement des missions et de leur collége, mais encore des communautés religieuses, qu'il fallait pourvoir de chapelains et de confesseurs. Cet assujettissement devait être extrémement onéreux, surtout à cette époque de courses et de voyages en tous sens parmi les tribus sauvages. D'un autre côté, quel courage ne devait pas avoir un prêtre séculier pour s’exiler ainsi en quelque sorte à l’autre bout du monde, au milieu de barbares, dans un pays Où il n’y avait pas encore d’évêque.
M. Antoine Faulx, premier aumônier de notre Monastère, fut un de ces prêtres courageux et désintéressés, Îl arriva ici le 12 août 1641, alors que les Ursulines occupait leur petite maison de la Basse- Ville. Ce même M Faulx se trouve sur la liste des confesseurs de l'Hôtel-Dieu en cette année 1641, On ne lui donnait, dit le récit, que 90 Ib et sa nourriture, Ïl prenait ses repas dans notre parloir et logeait chez nos RR. PP. Jésuites,” Ce digne ecclésiastique aida puissamment sans doute les RR, Pères, dans l'exercice du saint ministère à l’égard de la population française. Que nos lectrices ne s’alarment pas de ce vaste champ ouvert à son zèle. M, Faulx qui, à ce que l’on peut voir, ne parlait pas les idiomes sauvages, pouvait être chapelain et confesseur des Ursulines, confesseur de l'Hôtel-Dieu et de toute la population française de Québec, et n'avoir pas encore la moitié de la besogne d'un aumônier d'Ursulines au temps actuel.
M, Faulx avait vu les Ursulines installées dans leur premier Mouastère lorsqu'il repassa en France, n'ayant séjourné que deux ans à Québec, sa santé ne pouvant soutenir la rigueur du climat,
Son successeur, M. René Chartier, Prieur de la Monnaye (1), entra en fonctions ie 15 août 1643,—digne prêtre qui venait “se donner, dit la Relation, au service des Mères Ursulines, avec désir et dessein de servir Dieu en ce pays le reste de ses jours, et contribuer ce qu'il pourrait de force et d'industrie pour le salut des Sauvages.”
Après s'être dévoué pendant cinq ans au bien commun, avec beaucop de piété et de zèle, M. le Prieur désira revoir la France. Le ler septembre 1648, arrivait son successeur, M. l'abbé Vignal, dont la Communauté reconnaissante a gardé un souvenir ineffaçable, Sa générosité et son dévouement, lors du 1er incendie et dans les années subséquentes, ont laissé des traces qui subsistent encore ; ilen sera parlé plus loin.
M. Vignal logeait près du Monastère, dans une maison peu spacieuse dont la Vén. Mère de l’Incarnation fait mention de temps à autre dans ses lettres. À son départ en 1658, il légua à la communauté cette propriété, comprenant environ un arpent d’étendue, (*) précieuse relique qui est enfin revenue à celles à qui elle avait été léguée.
Les 100 f. que la communauté donnait comme rétribution annuelle à ce digne aumonier, étaient de l'argent placé, paraît-il, à une excellente banque, donnant cent pour un. “ Ce digne prêtre ayant fait défricher, dit le Récit, notre métaierie de St. Joseph, (au nord des Plaines d'Abraham) ; de plus procura à notre maison une rente annuelle de 50 Îbs., par l’emplacement qu'il nous a légué proche notre Monastère.”
(1) Prieuré aux environs d’ Angers.
(2) A l'angle des rues Donnacona et des Jardins; cet emplacement fut racheté par les Ursulines én 1864,
“ En 1660, dit encore le Récit, Mgr. de Laval nous donna pour chapelain et confesseur M. Pelerin. Ce bon et vertueux prêtre ne fut qu'environ dix mois avec nous, ses infirmités l'ayant obligé de repasser en France.”
Sur la fin du siècle (1698), un saint prêtre du Séminaire, M. Dubord, fut nommé par Mgr. de St, Valier, chapelain et confesseur de la Communauté, Malheureusement, la mort frappa ce digne ecclésiastique trois mois seulement après sa nomination.
À l'exception des années mentionnées ci-dessus, la Communauté fut dirigée par les RR. PP. Jésuites jusque vers l'an 1700. Nos lectrices verront plus tard quelles sont les obligations des Ursulines à l'égard des MM. du Séminaire et de MM. les Curés de Québec.