‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 44 sur 156 · DATE · texte numérisé non relu

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annuellement jusqu'à sept et huit cents visites de ce genre.

Si les Lettres de la Vén, Mére n'étaient pas maintenant à la disposition du public, nous ne pourrions résister au plaisir de parler longuement du brave Charles de Tadoussac, lapôtre de sa nation, “qui emportait tous les cœurs pour les faire acquiescer à la doctrine que préchait le Missionnaire ;” du bon Victor, à la mémoire rebelle, mais dont l'âme était si remplie de Dieu; du savant Augustin, fils adoptif de uotre Vén. Mère de l’Incarnation ; “ plus instruit, ditelle, des mystères de notre sainte foi que des milliers de chrétiens qui font les savants,” de nombre d’autres vaillants capitaines et généreux guerriers, qui tous étaient les habitués de nos parloirs et l'honneur du Christianisme. Nous nous contenterons donc de citer quelques traits, attirant l'attention sur les exemples de foi et de ferveur que donna ie bon Michel, une des gloires de la nation Huronne.

“ Nous voyons continuellement faire à notre grille des actes de vertu, dit notre Vén, Mère: un Huron instruit par la Mère N. Joseph, étant pressé par d’autres sauvages de sa nation d'aller à la chasse, leur dit qu'il ne pouvait se résoudre d'y aller qu'il n’en eût eu la permission de sa bonne Mère et directrice. Les autres lui répondirent avec une sorte d'indignation et de mépris: Ah! tu n’es pas un homme, mais une femme!” À ces paroles, ce pauvre homme baissa la vue sans oser dire un mot, mais son cœur en fut vivement touché. Il alla déclarer sa peine à sa bonne maîtresse, qui le consola et l'exhorta de supporter cette injure en chrétien, qui doit faire profession de patience et d'aimer ses ennemis, 1l lui répondit en soupirant :“ Ah! Marie, c'est une chose difficile à un homme

d’être tenu pour une femme. Néanmoins, puisque je veux être chrétien, il faut que j'imite Jésus-Christ.” Le voyant dans cette disposition, la Mère Marie de. Joseph lui conseilla d'aller avec les autres, Il y alla et en revint heureusement. [l avait pardonné à son ennemi, mais Dieu en tira le châtiment, car il permit que cet infidèle fût pris par les Troquois.

Victor Sechkivé, bien connu au Ursulines, voulant aller en traite, “ vint se présenter, dit le KR, P, Vimont, au sacrement de pénitence., Après avoir fait ses dévotions, il dit: “ Mon Père, prie Dieu pour moi et pour ma femme et pour mon enfant ; je sais par expérience ce que peut la prière faite sans feintise. Tu vois ma petite fille, Dieu me l’a donnée deux fois; étant cet hiver dans les bois pour faire notre grande chasse, elle tomba malade, de sorte que je n'attendais plus que sa mort. Ma femme ne faisait que pleurer : “Les larmes, lui dis-je, ne ressusciteront pas notre enfant; ayons recours à Celui qui nous l’a donnée et prions-le qu’il nous la donne une autre fois ?

Ils se mirent donc à genoux et firent cette petite prière plus remplie de sentiment que de paroles : “Toi qui as tout fait et qui conserves toui, c'est toi qui as créé cet enfant et qui nous l'as donnée : elie est malade, tu peux la guérir; guéris-la donc si tu veux ; si elle vit, elle croira en toi; elle t'obéira quand elle sera grandè. Si tu ne la veux pas guérir, je ne laisserai pas de croire en toi; je n'en dirai pas nn mot davantage, car tu es le maître, fais ce que tu voudras,” Le lendemain, disait le bon néophyte, ma fille était en aussi bonne santé que tu la vois maintenant !........7

La Vén. Mère, après avoir dit comment les sauvages arrivaient par troupes pour célébrer la fôte de Päques, “ Charles de Tadoussac, continue-t-elle, arriva des pre.

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miers la veille, avec une grande troupe de femmes et de filles pour se disposer à la fête, Après son action de grâces, je lui dis: ‘“ Que veux-tu faire de toutes ces femmes et ces filles?” “ Ma Ningue,me dit-il, c'est-à dire ma Mère, je les ai toujours gardées durant la chasse, et je n'avais garde de les laisser seules, de crainte qu'il ne leur arrivät quelque accident; nous avons toujours prié ensemble et elles n’ont point eu d’autre cabane que la mienne.” Ce bon homme, qui mène la vie d’un saint, n'avait quasi rien rapporté de sa chasse, parce qu’il lui avait toujours fallu nourrir ses hôtesses durant les trois mois de son absence, par un pur zèle de rendre service à Dieu. Il fit preuve d’un zèle apostolique en allant au Saguenay, afin d'inviter de nouveau sa nation à croire en Dieu; à cet effet il me vint trouver et me dit: “ Jete prie de me prêter un crucifix assez grand, je te le rapporterai, je ferai un coffre exprès pour le conserver.” Je lui dis: ‘“ Que veux-tu en faire?” “Je veux, dit-il, aller aider le Père de Quen à convertir ma nation. Il y des lieux très-dangereux où il ne saurait aller, ce sont des cascades où il faut toujours aller à genoux dans les eaux; moi j'irai pour convertir mes gens, et je ferai ce voyage que le Père ne saurait faire sans mourir !”

“ Un Huron nommé Jean-Baptiste, dit le R. P. Lalemant, voulant aller à chasse, et voyant qu'un Français refusait de lui donner quelques vivres qu'il avait achetés, laissa échapper quelques paroles d’impatience. N'apercevant aussitôt de sa faute, il va trouver son confesseur; ne l'ayant point rencontré et ne voulant pas s'éloigner avec un péché sur la conscience, il court aux Ursulines et demande la Mère Marie de S. Joseph. En la voyant à la grille, il Jui dit ces quatre paroles : “ Marie, tu diras à mon confes-

seur quand il sera de retour : Jean-Baptiste a péché, il s'est mis en colère ; il en est grandement fâché, il se tiendra sur ses gardes pour ne plus retomber.” Cela dit, ils s'en va sans autre cérémonie. Arrivé à Sillery, il apprend que son confesseur est de retour à Québec ; il va le trouver sans délai, se confesse, fait sa pénitence, se rembarque dans son canot et part pour la chasse,

Un autre Huron, dit le même Père, allant voir de temps en temps cette bonne Mère NS. Joseph, lui dit un jour: Marie, mes camarades veulent me mener à la chasse, donne-moi conseil, que dois-je faire ? Comme il n’était pas encore baptisé, la Mère lui répondit : “ Si tu désires être bientôt baptisé, demeure, afin d’être plus parfaitement instruit; si tu n'es pas pressé pour jouir de ce bonheur, tu peux aller à la chasse.” ‘“ Je ne snis pas venu parmi les Français, répondit-il, pour amasser d’autres richesses que celles de la foi, voilà l'unique trésor que je veux rapporter en mon pays.” Il fit bien connaître que la grâce de Dien lui avait inspiré ces paroles, car il ne manqua pas un seul jour, durant quatre mois, de venir visiter la Mère Ouarie (c’est ainsi que les Hurons prononcent le nom de Marie, n'y ayant point dans leur langue de lettre labiale). Comme les occupations de la Mère. Joseph ne lui permettaient pas toujours de se rendre au parloir au moment où elle était demandée, Jean-Baptiste attendait des heures entières sans jamais se rebuter, tant ii avait d’ardeur pour des vérités qui lui avaient été jusqu'alors inconnues.”

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