LR PENSIONNAT AYANT L'INCENDIE DE
Îl est grand temps que nous présentions à nos lectrices leurs premières devancières en cette maison, celles sur qui tombèrent les prémices des bénédictions que le Cœur de Jésus réservait à l'œuvre de sainte Angèle, dans le nouveau monde.
Au milieu de l’affluence des indigènes, hommes, , enfants, qui se pressaient autour et à l’intérieur 8 petit cloître pour entendre la consolante nouvelle du salut de leurs âmes, nous avons fait un peu comme nos Mères, nous hâtant de cueillir les fruits dont la saison est passagère, sachant que plus tard
nous pourrions visiter à loisir cette autre partie de la vigne du bon Maître, où les fruits ne seront pas moins doux, que précieux, abondants et permanents,
La bonne éducation des enfants était un point de la plus haute importance, dans l'établissement du pays. Nos pères le savaient; aussi notre Vén. Mère nous dit-elle que, dès le lendemain de leur arrivée en 1639, on amena aux Ursulines, avec les jeunes filles sauvages, “ toutes les jeunes filles françaises qui se purent rencontrer, pour les instruire dans la piété et dans les bonnes mœurs... que l’on était fort soigneux en ce pays de faire instruire les filles françaises.”
Ce fut comme élèves externes que les demoiselles françaises firent d'abord leurs classes aux Ursulines, pendant le séjour des Religienses à la Basse-Ville, Laissons à notre Vén. Mère à nous faire connaître deux jeunes demoiselles qui furent des premières à étrenner le nouveau pensionnat : “ Voici, écrivait-elle à son fils, un honnét gentilhomme, lieutenant de M. le Grouverveur de la N. France, et l’un de nos meilleurs amis. Il m'a promis de vous voir, car il tâche de m'obliger en tout ce qu'il peut, Sa maison, qui est proche de la nôtre, est réglée comme une maison religieuse. Ses deux filles sont nos pensionnaires ; ce sont des jeunes demoiselles qui ont hérité de la vertu de leur bonne mère, qui est une âme des plus pures que j'aie jamais connues, Je vous dis tout ceci, mon très-cher fils, afin que vous honoriez M. de Repentigny, car c’est ainsi qu'il se nomme. Vous le prendrez pour un courtisan, mais sachez que c’est un homme d’une grande oraison et d'une vertu bien épurée. Il passe en France pour les affaires du pays. Vous voyez qu'il y a de bonnes âmes en Canada...” et nous ajouterions volontiers, d'aimables demoiselles aux Ursulines, car
les compagnes des demoiselles de Repentigny étaient dignes de leur être associées, comme il sera démon, * ci-après,
Autant qu'on peut le voir, le pensionnat, avant l'incendie de 1650, se composait annuellement de 18 à 20 élèves, que l’on retrouve, plus tard, enrôlées au service de l'Époux céleste et faisant prenve du plus généreux dévouement, ou dounant au milieu du monde l'exemple des plus belles vertus chrétiennes. Nous les signalerons dans le temps. Aujourd’hui, nous uous contenterons de mettre nos lectrices sur la voie en leur donnant les noms les plus connus, parmi ces premières élèves de notre maison.
Mile. Elisnbeth Couillard. Mile, Catherine de Repentigny,
“ G,. Juchereau de More, Marie Bourdon,
M. Madeleine Nicolet °° M. Hayot,
M. Olivier Le Turdif, “ J, Porchet,
“M, Marsolet, M. Mad, Hertel de Batiscan, ‘M. Couillard, ‘M. Madeleine de Chavigny, 4° Marie M. de Repentigny, “ Jeanne Gadÿroy,
“Marie de la Poterie, ‘© M. Madeleine Badeau,
6 Genev. Bourdon, Marguerite Bourdon,
Mile, Geneviève de Chavigny.
11 existait alors dans le pays un singulier état de choses, si différent de ce que l’on voit de nos jours qu'il y a intérêt à le noter ici en passant. . C'était une gène extrême dans les affaires et les transactions, causée par la rareté de l'argent. D'une extrémité de la colonie à l’antre, même rareté, même embarras, Il était malheureusement dans l'intérêt de la Compagnie des Cent-Associés que les choses demeurassent en cet état : il n’y avait donc que le commerce des échanges et des produits. Les colons achetaient de la Compagnie tous les effets, toutes les provisions dont ils
avaient besoin, et payaient en pelleteries, La peau de castor valait trois francs à Québec.
À ce que nous venons de dire, nous ajouterons J’extrait suivant d'un compte payé en 1646, pour la pension de Mlle. C appartenant à uné des familles marquantes du pays.
Reçu le 13 janvier pour la pension de Mlle. C.
34 cordes de bois de chauffage.
“ le 6 mars 4 cordes de bois de chauflage.
“ Je 13 mars 1 pot de beurre pesant 12 lbs.
“ le 13 nov. 1 cochon gras, 1 baril de pois.
1 barii d'anguille salée,
$18—OUvERTURE DU PREMIER Noviciar; MM. DE LA PELTRIE DEMANDE L'ENTRÉE DE LA R&L1G1ON.
En 1646, entrevoyant la fin des difficultés tonchant la validité de l'érection du Monastère de Québec, on résolut d'ouvrir un noviciat.
Grande fut l'édification dans cette petite communauté, quand on vit l’admirable dame de la Peltrie se présenter aussitôt, demandant à genoux la faveur d’être admise dans la Compagnie de sainte Ursule, d'être regardée comme la dernière, parmi celles qui la vénéraient comme leur chère fondatrice.
Mme. de la Peltrie faisant cette démarche généreuse était suivie de Mlle. Charlotte Barré, ‘ qui ne l'avait pas quittée d’un instant, ‘dit le Récit, depuis son départ de France, l'accompagnant dans tous ses voyages.”
Les supérieurs ne jugèrent pas expédient, pour le bien même de son œuvre, que Mme. de la Peltrie se fit religieuse. Cette âme dévouée qui ne cherchait que l'accomplissement de la volonté divine, reçut cette décision avec une soumission d'enfant, Elle renonça
à son premier dessein, mais ‘ dès lors, dit le Récit, elle résolut de vivre en religieuse, Continnant donc à habiter le cloitre en habit séculier et sans être liée par des vœux, on la vit s'astreindre à toutes les règles et observances de la vie monastique, sans vouloir accepter ni exemptions, ni priviléges, hors celui d'occuper partout la dernière place ; ce qu'elle a fidèlement observé jusqu’à sa mort.”
Mlle. Barré fut donc la première novice de ce Monastère, Mme. de la Peltrie lui donna son trousseau (*) et 3,000 livres de dot. L'acte de donation, signé de la main même de Mme. de la Peltrie, se trouve dans les archives de la maison, ce précieux document ayant { échappé aux incendies,