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LES SAUVAGES AMÈNENT DE TOUT PETITS ENFANTS AU MONASTÈRE

Ce n’est pas un des traits les moins charmants de cette époque, si fertile en dévouements de tout genre, que celui qui nous montre de pauvres petits enfants reçus au Monastère et nourris ‘ à la cuillère” par leurs Mères adoptives, Le Dieu de charité pouvait seul inspirer le courage de se charger ainsi d'enfants au berceau, qui n’exigeaient pas seulement les sollicitudes du jour, mais auxquels il fallait encore sacrifier le repos de la nuit.

Dès l’année 1643, la Mère Marie de S. Joseph avait pris pour sa part une frêle petite créature de quelques mois, qu'une mère pauvre et désolée était venue lui offrir au parloir. Nous allons donner ici quelques détails sur ces touchantes adoptions, “ Une bonne femme chrétienne, dit le R. P. Vimont, ayant eu deux petites filles jumelles, demandait il y a peu de temps à un de nos Pères, si les Mères Ursulines ne pourraient pas prendre un de ses enfants, parce qu’elle ne pouvait les nourrir tous deux. Le Père répondit que l'enfant était trop petit, n'étant encore qu'au maillot. “Il est vrai, répliqua cette femme, les religieuses n’ont pas les moyens des mères naturelles, mais elles ont tant de charité et tant d'esprit qu’elles trouveront bien le moyen de lui sauver ia vie.” Eile disait cela à raison que les Ursulines ont eu avec elles trois petites orphelines auxquelles il fallait faire l'office de nourrices, “11 y en a une.autre qui n'a que trois ans et qui a été trois mois de l’année percluse de tous ses petits membres, si bien qu’elle n'avait de libre que la langue. Cette petite est

douée d’une intelligence tellement précoce, que sa raison semble avoir devancé le temps où elle se découvre dans les enfants ordinaires : et les hénédictions du ciel lui ont été données avec abondance, car elle est vouée à Dieu par son père et sa mère dès sa naissance. 11 n’y a rien de si obéissant, rien de si complaisant, c’est une humeur de sucre et de miel. Cette douceur charmante n’a pas peu servi à soulager les peines de ses maîtresses, car il fallait qu’elles la tinssent jour et nuit sur leurs bras. Elle se nommait Charité ; et lorsque ses douleurs, devenues plus poignantes, lui tiraient les larmes des yeux, si on lui disait: ‘“ C’est assez pleurer, Charité, priez Dieu maintenant ;” elle se mettait aussitôt à chanter l’Ave Maria ou quelque autre prière. Il arriva une fois que sa maîtresse fut obligée de la lever quatre fois durant une nuit , le lendemain on lui dit : “ Charité, vous avez bien donné de la peine à votre maîtresse !—ITl est vrai, répondit l'enfant, mais ma maîtresse est patiente, elle m'a fait ce qu'elle ferait pour l'Enfant Jésus...” Cette petite fille est admirable ; les Mères ne chantent presque rien au chœur que cette innocente n'en retienne quelque chose, variant les chants et les entonnant aussi gentiment qu’une grande personne. Cela console fort ces bonnes religieuses, de voir de si douces inclinations en de pauvres sauvages dont la race a été depuis tant de siècles si peu. cultivée...”

Le fragment suivant nous donnera quelque idée de la douceur inaltérable de la Mère de l’Incarnation au milieu de ces petites filles sauvages. Un jour que le R,. P. Jérôme Lalemant visitait la classe des élèves sauvages, il s'informa avec bonté si elles se trouvaient bien au Couvent, et si elles désiraient y rester encore longtemps. Alors, ces petites prirent un air grave et

mystérieux, et. se pressant autour du Père comme si elles eussent eu à lui confier un grand secret: “ Vous voyez, Père, dirent-elles, que nos robes sont vieilles et usées et que l’on ne nous en donne point de neuves ; nous n'avons pas bonne mine comme les Françaises et cela nons rend tristes.” Le Père ne put s'empêcher de rire et il rapporta cela à la Mère Supérieure de la manière la plus aimable, La Mère de l’Incarnation, sans s'étonner de leurs plaintes et sans rappeler à ces enfants toute la charité dont on avait usé à leur égard, alla tout de suite chercher une pièce de belle serge rouge et leur tailla à toutes des robes et des mitaines ; cette bonne Mère voulut de plus leur avoir des bas et des souliers neufs, et les habiller de ses propres mains. Elle fit tout cela ‘ de crainte, disait-elle, que ces petites ne reçussent pas avec plaisir dans leurs cœurs les semences de la foi, et que le chagrin n’empêchât ces semences divines de jeter des racines assez profondes pour produire les fruits d’une vie pure et vraiment chrétienne,”

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