‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 62 sur 156 · RESSOURCES DES RELIGIEUSES APRÈS L'INCENDIE · texte numérisé non relu

RESSOURCES DES RELIGIEUSES APRÈS L'INCENDIE

Nous avons laissé nos Mères faisant leurs adieux aux religieuses Hospitalières ; voyons-les revenir sous la conduite de leurs bons anges aux lieux qui ont été témoins, il ÿ a à peine trois semaines, de leurs angoisses et de leur céleste résignation. Que d'édifiantes impressions elles empiortaient avec elles de leur séjour à l’Hôtel-Dieu ! Leur âme était toute embaumée des vertus de ces héroïiques Fondatrices, particulièrement de la sainteté si précoce de la vénérée Mère Cath. de Longpré de St. Augustin. (?)

Mais entrons avec nos Mères dans le pauvre réduit où elles sont venues se réfugier, Comment raconter cv qu'il y ent à souffrir dans cette petite maison de Mme. de la Peltrie ? On se rappelle que cette maison n'avait que trente pieds sur vingt. Il ne s'agissait pas seulement d’y trouver place pour une famille de treize personnes, sans compter plusieurs pensionnaires, il fallait encore à ces infatigables ouvrières, le moyen de réunir autant que possible autour d'elles l’autre

(1) La vénérée Mère S. Augustin, arrivée à Québec en 1648, n'était alors âgée que de 16 ans. Elle décéda en 1668, laissant une grande réputation de sainteté,

partie de leur troupeau dispersé : elles sonffraient moins de se voir privées de tout, que de se trouver dans la nécessité de suspendre l'instruction de leurs chers néophytes. Dans ce petit local, qui n'avait que deux chambres, elles durent donc trouver chapelle, classe et parloir, cellules, réfectoire et cuisine. Quant aux cellules, on en revint à l’expédient de la Basse- Ville, et les lits s’'étendirent à doubles rangs sur des tablettes. Là aussi était l’infirmerie ; car il en fallait une à cette petite famille où la vie précieuse d’une sœur bien-aimée s’éteignait lentement, au milieu des privations et des souffrances.

Cependant l’on n'était qu'à la fin de janvier, et plusieurs mois devaient s’écouler avant qu'on pût espérer ancun secours de France, Toute pénible que fût leur position, nos héroïiques Mères étaient loin d'avoir perdu courage ; les épreuves au contraire donnaient un nouvel éclat à leur vertu; pleines de l’esprit de Jésus-Christ, “elles étaient comblées d’une

sainte joie de se voir si pauvres, qu’elles étaient obli:

gées de recevoir l’'aumône des pauvres mêmes.”

Les Ursulines éprouvèrent en cette occasion d’une manière bien consolante, l'intérêt et l'affection que leur portait toute la colonie. Nos lectrices se rappellent avec quelle libéralité les bonnes Mères de l'Hôtel- Dieu les pourvurent de leurs premières nécessités, “ Nos Révérends Pères, ajoute la Mère de l’Incarna: tion, nous ont secourues de toute l'étendue de leur pouvoir, jusqu'à nous envoyer les étoffes qu'ils avaient en réserve pour se faire des habits, afin de nous reyêtir. [ls nous ont encore donné des vivres, du linge, des couvertures, des journées de leurs frères et de

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leurs domestiques (!); enfin sans la charité dont nous

. avons été entourées, nous serions mortes de faim et de misère. M. le Gouverneur d’Ailleboust et Madame sa femme nous ont aussi assistées. Enfin nous avons été l’objet de la compassion et de la charité de tou nos amis. La compassion est passée même jusqu'aux pauvres : l’un nous offrait une serviette, l’autre uné chemise, l’autre un manteau. Un autre nous donnait une poule, un autre des œufs, et un autre d’autres choses. Parmi tant de témoignages de compassion, nos cœurs étaient attendris au dernier point. Vous savez la pauvreté du pays, mais la charité y est encore plus grande. Cependant il n’y a que la divine Providence qui nous puisse relever de la perte de nos biens, qui se monte à plus de cinquante mille livres, que valaient notre Monastère et nos meubles.”

Cette année, pour comble d'infortune, les vaisseaux arrivèrent extrêmement tard, et comme on ignorait en France l'accident de l'incendie, ces vaisseaux n’apportaient aux Ursulines que le secours ordinaire. Mais Dieu, qui n’abandonne jamais les siens lors même qu’il les éprouve le plus rudement, ne permit pas, pendant ce pénible été de 1651, qu'elles manquassent du pain de chaque jour ; et quand vint l’automne, il les soulagea d'une manière presque miraculeuse. Elles avaient une petite métairie (fief S. Joseph) qu'elles étaient dans l'impuissance de faire valoir. C’est alors que M. Vignal, leur chapelain, touché de la misère où se trou-

() Voici un trait qui prouve combien fut délicate la charité des RR. PP. Jésuites envers les Ursulines en cette occasion. ‘Le 2 jan. vier 1651, la conclusion fut prise, unanimi omnium Patrum consensu imo et fratrum, de nous priver de nos desserts afin de secourir ces bonnes Mères qui ont plus de nécessité de ces douceurs que nous.” Extrait du Journal des Jésuites.

vait réduite au printemps cette pauvre Communauté, résolut de cultiver leurs champs. 11 y alla en personne ; et, non content de surveiller les domestiques, il y travailla lui-même et plus qu'aucun autre comme simple laboureur ! Dieu bénit tellement la charité de ce généreux ami, que cette terre donna une quantité prodigieuse de blé, de pois et d'orge ; ce qui fut dans l’automne une ressource inappréciable.

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