‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 61 sur 156 · ET · texte numérisé non relu

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63.—vTRAITS ÉDIFIANTS SE RATTACHANT À L'INCENDIE; GEV.-AGNÈS SKANUDHARBA.

“ Pendant l'incendie des Mères Ursulines, dit le R. P Ragueneau (!'), une petite fille Huronne (Geneviève Agnès Skanudhar8a) qui y demeurait pensionnaire, n'ayant pu se trouver, nous crûmes pour un temps qu'elle était brûlée. Le père et la mère de cette enfant, tous les parents, quantité de Français et moi-même l'ayant cherchée partout, il ne nous restait aucun doute qu'elle ne fût consumée avec la maison. La résignation à la volonté de Dien était en cette rencontre bien difficile à un père et à une mère qui aimaient cette petite fille comme la prunelle de leurs yeux. Après avoir

‘19 Que, pour conserver une perpétuelle et indissoluble union eutre nos deux Communautés, dorénavant il y aura une entière 80ciété et communication de biens spirituels, et participation réciproque aux bonnes œuvres et prières qui se feront en nos deux Monastères, tant particulières que générales. ...

‘29 Que, pour une plus particulière preuve de cette union et charité que nous désirons établir et conserver éntre nous, et aussi pour suppléer au peu de moyens que l’on a en ce pays de faire dire les suffrages pour les sœurs défuntes : lorsque quelqu’une sera décédée dans l’une des deux maisons, la Supérieure de cette religieuse défunte en donnera avis à l’autre Monastère, dans lequel, (selon que nous nous sommes entrepromis), on dira l'oflice des morts à neut leçons et on chantera une grand’messe, on fera une communion générale, et on dira un chapelet, le tout pour le repos de l’âme de la défunte ; et ce seulement pendant le temps qu’il plaira à Dieu de nous conserver dans ce pays: car, au cas de retour en France, les unes et les autres cesseraient d'être obligées à ces devoirs de charité et d’assistances spirituelles, comme aussi en cas qu’une des deux maisons vint à manquer à l'exécution de ces promesses, l’autre n’aurait plus aucune obligation de son côté.

3° Toutes les susdites Religieuses Hospitalières et Ursulines ont volontairement et de bon cœur remisentre les mains de Notre-Seigneur tout ce qu’elles pourront faire et mériter durant les huit jours qui pré-

(2) Relation, 1651.

versé quantité de larmes dans un calme d'esprit qui témoignait bien que leur cœur trouvait son repos en Dieu, ils se mirent à genoux et lui offrirent leur enfant. Bien plus, ils s’offraient eux-mêmes à brûler dans le même feu s’il voulait le permettre. Jamais ils ne dirent aucune parole d'impatience ni de murmure contre qui que ce soit durant l'espace de deux heures qu'ils crurent que leur petite était brûlée. La plus rude parole que prononcça le père au plus fort de sa douleur fut celle-ci : ‘“ Dieu nous éprouve bien rndement, mais ce nous est assez qu'il nous ait fait miséricorde en nous appelant à la foi: ma fille est maintenant au ciel puisqu'elle a été baptisée, et nous la suivrons parce que nous voulons mourir bons chrétiens.” Cette petite fille nommée (teneviève ayant été heureusement retrouvée, un de nos Pères alla porter la nouvelle aux parents, et sachant bien la portée de leur foi, pour les éprouver davantage, il les interrogea sur les sentiments où ils étaient. “Ce qui m'a le plus touchée, dit la mère, ça été la douleur qu'a sentie ma pauvre

cèderont le décès de chaque religieuse, afin qu’il plaise à sa divine Majesté l'appliquer au profit de cette âme pour lui inériter une sainte et hevreuse mort, et hâter le temps de sa béatitude. A cet effet, toutes les religienses renoncent autant qu’elles peuvent, à toutes les autres intentions qu'elles pourraient avoir (qui ne leur seraient point de vœu) dans l’espace de ces huit jours, pour l'application de leurs prières, souffrances, bonnes œuvres, afin que sa divine Mäjesté l’applique au profit d’icelle : en foi de quoi et pour preuve authentique de notre intention ce présent acte dressé en notre Monastère de Ste, Ursule de Québec ce huitième février mil six cent cinquante et un, et signé au nom de tout le chapitre par

(SR. MaARGUERIT& DE S. ATHANASE, Suérieure, 4 Sr. Marie pe S. JoscPn, Assistante et Secrétaire, (Sn. Anne De STE, CLairé, Conseillère,

#4 Le 8 fevrier 1651.'!

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fille mourant dans les flammes, Je n'ai pu refuser des larmes à la tendresse de mon cœur, mais l’espérance que nous avons de son salut ne nous permet pas de nous plaindre davantage.” ‘ Elle est retronvée ! s’écrie alors le Père, elle est pleine de vie!” Ce fut alors que toute la cabane et tous les parents qui s’y étaient assemblés ne purent plus contenir leurs larmes, mais c'étaient des larmes de joie qui leur fit bénir Dieu. , Cette pétite fiile est maintenant dans la maison des Mères Hospitalières, et il semble que le Seigneur la veuille pour la vie religieuse.”

Le KR. P. Ragueneau ne s'est point trompé en disant que le Seigneur semblait vouloir attirer à lui Geneviève-Agnès. En effet, voyant que nos pauvres Mères ne pouvaient plus la garder comme pensionnaire, elle obtint une place à l’Hôtel-Dieu, et la vie des Hospitalières lui plut à un tel point qu'elle résolut de l’embrasser. Les religieuses l'ayant admise au noviciat, Geneviève-Agnès y demeura huit mois en qualité de postulante. Etant tombée dangereusement malade, cette enfant de bénédiction demanda pour dernière grâce qu'on lui donnât l’habit religieux, Cette faveur lui fut accordée, et elle mourut deux jours après, dans les transports d’une piété et d’une joie toute céleste, car on lui avait aussi accordé la grâce de prononcer ses VŒuX.

$4.—CÉCILE ARENHATSI.

Les sentiments de la pieuse Cécile Arenhatsi ne furent pas moins admirables que ceux des parents de Geneviève.

“ Cette jeune veuve chrétienne, dit encore le R, P. Ragueneau, s'était mise comme servante chez les Mères Ursulines, à dessein de jouir le plus tôt qu’elle

pourrait du bonheur de la vie religieuse. Oécile Arenhatsi n'était âgée que de vingt-trois ans, et elle avait amené avec elle aux Ursulines, une petite fille de six à sept ans nommée Marie, qui était son unique ; mais elles se voyaient aussi peu que si la nature n'eut point eu de part en leur amour, la fille étant au séminaire et la mère parmi les religieuses. (C'est un esprit très-bon, un naturel très-doux, et une volonté encore meilleure, qui, depuis Son bas âge, a toujours crû en dévotion ; lorsqu'elle était encore au pays des Hurons, entendant parler des Naintes Filles, (c'est ainsi que les Hurons appellent les religieuses), tout son cœur s'y portait. Elle n'a été que quatre mois dans l'état du mariage, toujours elle s’est conservée innocente au milieu de la corruption, toujours dans la ferveur et la simplicité.

“ Les Mères Ursulines étaient ravies de la voir parmi elles, car Cécile contentait tout le monde et y vivait contente, voulant plaire à Dieu et l'aimer. Elle fut le plus en danger d'être brûlée lors de l’incendie; étant couchée au plus hant étage, elle se ‘vit investie de flammes de tous côtés. Voyant qu'il était impossible de se sauver autrement, elle se jeta par la fenêtre et tomba assez heureusement. Je lui demandai après, les pensées qu'elle avait eues dans ces flammes. “ J'avais, répondit-elle, offert ma vie à Dieu, et je fusse morte bien contente; mais je crus que Dieu m'obligeait de me sauver, comme je le pouvais faire ; je ne songeais qu’à Ini, et je craignais aussi que ce malheur ne fût arrivé à des filles si saintes, qu'à cause de mes péchés, car je suis indigne de vivre dans leur compagnie” Elle attend avec patience et amour que ces bonnes Mères soient rebâties, et elle espère bien ue mourir jamais qu'avec elles,”

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La jeune et vertueuse veuve n'eut pas, cependant, le bonheur de mourir dans cette ‘ maison de Jésus” où elle avait coulé des jours si heureux. Après quelques mois de noviciat, il fut reconnu que ses forces ne suffiraient jamais au laborieux travail de nos sœurs converses. Suivant l'avis des personnes chargies de sa conduite, Cécile épousa nn homme de sa nation, excellent chrétien de Lorette,

Dans la Relation de 4659, le R,. P. J. Lalemant par-

lait e:usi de la vie édifiante et de la mort toute sainte de notre fervente Huronne.

! “ Nous avons perdu deux de nos bonnes chrétiennes, À dit le père Chaumonot qui a soin de l'Eglise Huronne, | { l'une desquelles nommée Cécile Arenhatsi, avait demeuré deux ans chez les Mères Ursulines, où elle avait pris l'esprit d’une dévotion très-rare, qu’elle a conservé jusques à sa mort, chose assez ordinaire à celles qui ont le bonheur d’être élevées dans ce séminaire de piété. Notre Cécile donc étant aux abois, son confes- Le seur lui demanda si elle n'avait pas regret de mourir, A Hélas! mon Père, dit-elle, j'aurais bien tort de craindre la mort et de ne pas la désirer, puisqu’en me tirant de 1 ce monde, elle me retirera des occasions d’offenser 41 Dieu.

« Il est vrai que j'espère bien que toutes mes confessions ont etlacé mes péchés, mais elles ne m'ont pas rendue impeccable ; ma consolation est que je le serai après cette misérable vie : et puisque l'amour n’est pas assez grand en moi pour faire ce que la mort y fera, que la mort vienne donc pour me délivrer en même temps de la servitude de mon corps et de celle du péché !

‘ Le mari de cette femme était à la chasse, bien

avant dans les bois au moment où elle expira. Cécile lui apparut et lui dit le dernier adicu, lui recommandant surtout de ne jamais quitter la “ prière ” qu'avec la vie, Cet homme, à ce spectacle, se tourne vers son compégnon de chasse, lui raconte sa vision et la mort de sa femme, et aussitôt il se met en chemin pour retourner à Québec. À son arrivée il apprend que sa femme avait expiré dans le même temps où elle s'était fait voir à lui.

“ Le changement de cet homme et sa ferveur () jointe à la constance qu'il garde depuis cet accident aux prières publiques et particu.:res, nous fait croire qu'il s’est passé en cette rencontre quelque chose de bien extraordinaire.”

La petite Marie, fille de Cécile, fut une de ces espiègles qui grimpaient par dessus nos clôtures à la

(1) L'oncle de cette vertueuse Cécile, Joseph Chi8atenh8a, regardé avec justice comme un des apôtres indigènes, se trouvait à Onébee, lors de l’arrivée de nos premières Mères, De retour dan son pays (sur les borde du lac Huron) il fait les exercices spirituels, ‘‘ et va hardiment de bourg en bourg, dit notre Vén. Mère, préchant avec une éloquence du paradis. Ses compatriotes, sachant qu'il ne pouvait avoir cette science naturellement, étaient comme en extase en l’entendant parler. Il leur disait: Ah! si vous saviez la charité qui est parmi ceux qui croient en Dieu, vous ne resteriez jamais comme vous êtes. Encore qu'ils ne se soient jamais vus, ce n’est qu'un cœur et qu'une âme, Je fus ravi l’an passé à Québec, à l’arrivée d'un vaisseau où il y avait des filles vierges vêtues de noir, qui pour l'amour de nous sont venues eu ce pays. Les unes prirent avec elles des filles Montagnaises, qu’elles faisaient manger avec elles et à qui elles donnaient de beaux habits; les autres qui étaient habillées d'une autre couleur pri. ent les malades, qu'elles assistaient et veillaient jour et nuit avec de grandes fatigues, A leur arrivée on fit tant de fête que vous eussiez dit que tous ceux de Québec n'étaient qu'un. Oh! que nous sommes éloignés de cela! Nous vivons comme des bêtes et ne savons ce que c'est que la parfaite charité, laquelle ne se trouve qu'avec ceux qui croient en Dieu.”

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façon des écureuils, et qui prenaient ensuite la clef des champs. Comme sa mère, aussi sage que tendre, persistait toujours à la ramener au Couvent, la fugitive, après plusieurs sorties ‘“ à la sourdine,” finit par se mettre en devoir d’obéir. Rentrée une dernière fois au séminaire, cette enfant se livra au travail, fit de bonnes études, et devint comme sa mère, un modèle de piété pour toutes les femmes sauvages qui habitaient alors la florissante bourgade de Lorette.

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