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été gouvernante, pressée du désir de se consacrer à Dieu, obtint de son mari, quoiqu'il y eût de grandes difficultés, d'entrer dans notre Monastère pour essayer de la vie religieuse, et que dans le cas où elle y put réussir, il se ferait d'Église. Après un mois d’épreuve, elle reconnut que l’entreprise était au-dessus de ses forces. Elle sortit et retourna avec son époux, continuant à vivre dans leur piéié ordinaire.”
Dix ans plus tard (1663) le Récit dit que “ Mme, d'Ailleboust, étant veuve, (*) eut désir de faire une seconde tentative et demanda l'entrée de notre noviciat.”
Mme. d’Ailleboust avait alors 48 ans. Sa haute piété, sa franche et généreuse volonté de se donner à Dieu, l'amitié de nos saintes Mères, ainsi que la douce société de sa propre sœur Philippe-Crertrude, lui rendaient fort agréable la vie retirée du cloitre, Cependant, il parut évident que le ciel n'avait pas donné à cette pieuse dame la même vocation qu'à sa sœur, la Mère S. Dominique. Sa vivacité extraordinaire souffrait des exercices de la régularité, que la grâce rend si faciles aux personnes qui ont nne vraie vocation, Après huit ou neuf mois d'épreuve passés au milieu d’une joyeuse troupe de novices, cette aimable dame,
(1) M. Louis d'Ailleboust de Coulonge, décédé à Montréal dont il était gouverneur, en 1660, était venu en Canada dès 1643, pour contribuer à l'établissement de l'île de Montréal, dont il fut un des premiers seigneurs, Îl traça lui-même et fit exécuter des plans de fortification, qui furent d'un grand secours à M. de Maisonneuve pour maintenir l'habitation contre les lroquois. 1l était gouverneur des Trois-Rivières, lorqu'il fut appelé au gouvernement de , 1 colonie, de 1648 à 1651. Six ans plus tard, il revint à Québec comme Admi. nistrateur. Il est le seul gouverneur de la Nouvelle-France qui soit resté dans le pays après son temps d'office. Sa femme et sa bellesœur l'avaient suivi en Canada par pur zèle du salut des sauvuges,
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aussi humble que pieuse, ‘“ se jugea ellemême incapable d’être religieuse.” Elle quitta donc le Monastère, et reprit au milieu du mohde sa vie de bonnes œuvres et d'édification. Elle eut avec Mgr. de Laval et le R. P. Chaumonot, une large part à l’établissemer de la société ou confrérie de la Sainte- Famille.
Plus tard, lorsque des fièvres contagieuses se déclarèrent parmi les troupes qui avaient accompagné le Marquis de Tracy, on vit Mine. d’Aillehoust s'offrir avec d’autres dames pienses de Québec, pour venir en aide aux religieuses de l'Hôtel-Dieu,
Son mérite brilla à tel point que M. de Courcelles, Gouverneur, et M. Talon, Intendant, lui offrirent tous deux leur main, et il ne tint qu'à elle d'être une seconde fois dame du château $. Louis, Mais cette femme généreuse sut rester fidèle à sa résolution, et pour ne plus entendre parler d’alliances humaines, elle rompit tout à fa: avec le monde et se retira à l'Hôtel-Dieu où elle avait loué des appartements.
C'est là qu'elle mourut, le 7 juin 1685, comblée de mérites et aspirant à la possession de son Dieu. Elle était âgée de soixante-sept ans. Sa picuse sœur, la Mère P. Gertrude de S. Dominique, l'avait devancée au ciel de plusieurs années, ainsi qu’une autre de ses sœurs qui était religieuse Bénédictine en France.
$18,——SAINT JOSEPH PREMIER PATRON DU PAYS—SAINT JOSKPH GARDIEN DU MONASTÈRE.
Détachons encore quelques pages des Relations, qui nous ont conservé de si charmants souvenirs de l'enfance de la colonie, et disons un mot du Père et Gardien de notre Canada,
Dès ces premiers temps où les dignes fils de S, François d'Assise (les Pères KRécollets), arboraient sur le
vieux rocher de Stadaconé la croix glorieuse de notre divin Sauveur, on avait, d'après un vœu public, choisi S. Joseph pour premier patron du pays et pour protect-ur de cette Église naissante. Cette solennité, qui avait rassemblé tous les habitants français et plusieurs sauvages chrétiens, s'était faite à Québec le 19 mars 1624,
Treize ans plus tard, la Relation donnait d'’intéressants détails sur la fête de ce cher patron du Canada, qu’on avait cette année-là (1637), gaiment célébrée dès la veille, ‘“ La fête du glorieux S. Joseph, père, patron et protecteur de la Nouvelle-France, est l’une des grandes solennités de ce pays. La veille de ce jour qui nous est si cher, on arbora le drapeau national et fit jouer le canon comme au jour de la fête de l’Immaculée Conception. M. le Gouverneur (le Chevalier de Montmagny) fit faire des feux de réjouissance aussi pleins “ d'artifices,” que j'en ai guère vus en France. D'un côté on avait dressé un pieu sur lequel paraissait le nom de S. Joseph en lumière ; au-dessus de ce nom sacré brillaient quantité de chandelles à feu, d'où partaient dix-huit à vingt petits serpenteaux qui firent merveille, On avait mis derrière cette première invention, quatorze grosses fusées qu’on fit enlever les unes après les autres, au grand étonnement des Français et des Sauvages surtout, car ils n'avaient jamais rien vu de semblable. Ils admiraient la pluie de feu et les étoiles qui retombaient de fort haut, Le feu des fusées se portait tantôt tout droit, tantôt en arcade, et toujours bien haut en l'air. Près de là, on avait construit un petit château fort bien proportionné et enrichi de diverses couleurs ; il était flanqué de quatre diverses tourelles remplies de chandelles à feu, qui faisaient
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voir par leur clarté toute cette petite batterie à découvert,
#“ Le Sieur Bourdon avait dressé cette machine, et le Sieur de Beaulieu avait composé las feux d'artifice. Sur le soir M. le Gouverneur, M. de l'Isle et tous nos Messieurs, sortirent du fort et vinrent auprès de l'église au lieu destiné pour ces feux de joie. Tous les habitants des côtes voisines de Québec se trouvèrent à cette réjouissance.
“ Le jour de la fête, notre église fut remplie de monde et de dévotion, quasi comme au jour de Pâques, chacun bénissant Dieu de nous avoir donné pour protecteur, le protecteur et l’ange gardien (pour ainsi dire) de Jésus Christ son fils.
“ C’est à mon avis par sa faveur et par ses mérites, que les habitants de la Nouvelle-France ont résolu de recevoir toutes les bonnes coutumes de leur ancienne patrie et de refuser l'entrée aux mauvaises
On trouve encore mention de la fête en 1646 comme suit : ‘“ Le 18 mars, dit le R. P. Lalemant, entre sept et huit heures du soir, se fit le feu de joie en l'honneur de S. Joseph.
“ Le 19, jour de la fête, quand on sonna l’'Ange/us, on tira le canon, et à la messe trois ou quatre coups à
l'élévation avec quelques salves de mousqueterie, La grand'messe fut chantée à dix heures et les vêpres ensuite.......les complies se dirent entre deux et trois : ensuite on fit le sermon ; puis on alla aux Ursulines faire le salut de S, Joseph.”
L'on observa à peu près le même ordre les années suivantes, notre Monastère servant comme de point de réunion pour fêter S. Joseph. Quelquefois nos Mères cantribuaient à la réjouissance commune per
leur ‘ feu de joie au Couvent,” comme le dit la Relation de 1661: “ Il y eut trois feux le soir, nos écoliers, M. Couillard et les Ursulines” La dévotion à $. Joseph s'est perpétuée jusqu'à nos jours, et ‘“ feux de joie” exceptés, le 19 mars se célèbre encore au Monastère avec le même entrain et le même bonheur.
Le choix fait par la colonie en 1624 de S. Joseph pour ‘“ Gardien du ('anada,” nous explique la grande part qu’il voulut prendre à ln fondation de ce Monastèré. Il était en effet du devoir de S. Joseph de pourvoir à l'avenir de son héritage ; et pour ne parler que de ce qui concerne notre maison, il est à remarquer qu'il s’est intéressé à la vocation des trois principales Fondatrices, d’ane manière plus ou moins miraculeuse : aussi est-il resté ‘“ Maitre et Seigneur” de ce Monastère, de même que Marie en est ‘“ Dame et Maîtresse ”
Dès lors, à chaque office, à chaque principale porte, se dessinait l’image de ce bon Père qui du haut du ciel étend sa protection sur ses enfants; la croix du vieux clocher (‘) portait au hant des airs son nom vénéré, tandis que sa grande et majestueuse figure, dominant le portail, veillait à la garde du sanctuaire.
Que nos lectrices reviennent par la pensée à l’intérieur du cloître, au jour (19 mars) où pour fêter leur saint patron, l’église et la chapelle ont revêtu leur plus ricke parure. La journée presque entière se passe au pied des autels ; religieuses et élèves, toutes à l’envi portent à S. Joseph l'hommage de leur reconnaissance pour le passé, de leur amour pour le présent, de leurs désirs et de leurs vœux pour l'avenir. N’est-
(1) Ce fut en 1831 que, pour la construction des classes de sainte
Ursule, on dut abattre ce vieux clocher qui, depuis près de deux siècles, donnait à l'aile S. Augustin un air si monastique.
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il pas vrai que sa figure parait alors plus radieuse ? car il aime à se voir chargé de commissions et de requêtes pour le doux et divin Enfant quil tient entre ses bras.
Quand ce beau jour touche à son déclin, la famille religieuse se réunit de nouveau pour saluer son glorieux protecteur. Elle se transporte d’abord aux endroits sur lesquels S, Joseph n'a cessé de veiller durant l’année, Au lieu des “ feux de joie” du temps passé, les images et les statuettes du patron bien-aimé sont entourées de fleurs et de flambeaux. lei, c'est S. Joseph à l'argent, qui garde le dépôt et éloigne les voleurs; au haut du grand escalier qui conduit au grenier, c'est S Joseph au blé, chargé de pourvoir ses enfants du pain de chaque jour ; à la cuisine, c'est S, Joseph au labeur, bénissant depuis deux siècles les humbles travaux des servantes du Seigneur, étendant de là sa surveillance sur les détails de l’économie extérieure, Mais arrêétons-nous devant l'infirmerie pour saluer d’un chant plus suave encore celui qui en garde l'entrée; S. Joseph nous y réserve son plus doux sourire, s’engageant à nous consoler dans la maladie et à réjouir notre mort. Nous voici maintenant au lieu saint; entourons ce petit autel où il garde le tombeau de nos Mères avec la même fidélité qu'il a gardé leur
œuvre. Ce salut est le dernier et aussi le plus touchant. Qu'il y a de charmes dans ces chants dont la dévotion et la ferveur font la plus grande harmonie, et que les anges, sans doute, s'empressent de recueillir et de présenter à celui qui partage leurs fonctions de gardiens et de guides!
La fête par excellence étant passée, d’autres fêtes secondaires viennent tour à tour entretenir la piété
filisie envers le saint époux de la Vierge Immaculée : on lui rend encore hommage en prose et en vers, (') et en toute occasion on sait à qui avoir recours pour porter ses requêtes aux pieds de l'Éternel.
(1) Dans les stances suivantes, que nous dérobons aux modestes muses du cloître, nos lectrices retrouveront sans doute d'agréubles souvenirs des hommages qu'elles ont eiles-mêmes adressés, dans l'enceinte du Monastère,