‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 90 sur 156 · M, DE TRACY ; SES EXPÉDITIONS CONTRE LES IROQUOIS · texte numérisé non relu

M, DE TRACY ; SES EXPÉDITIONS CONTRE LES IROQUOIS

Le vieux rocher de Québec sembla tressaillir de joie en voyant, ie 30 juin 166/, débarquer sur nos rives, M. de Tracy, Vice-Roi (°) de la Nouvelle-France et Lieutenant-Général du Roi dans l'Amérique Septentrionale. Il était accompagné du Chevalier de Chaumont, son premier conseiller et son secrétaire intime. Louis XIV, si heureux dans la nomination de ceux qu'il chargeait de soutenir sa gloire et ses intérêts, ne pou- Vait mieux choisir son représentant, car tout en celui: ci commandait le respect, l’amour et la confiance des populations soumises à son gouvernement. “ Ce haut et puissant seigneur” avait déjà fait rentrer dans l'obéissance les habitants de Cayenne, qui s'étaient ligués avec les Hollandais contre le roi de France; il venait maintenant en Canada pour assurer la prospérité du pays en portant le désastre dans les cantons Jroquois.

Ce gracieux représentant de Sa Majesté Tres-Chrétienne, ne permit pas qu'on lui fit une réception dispendieuse et bruyante; mais dès ses premiers pas sur le sol canadien, il vit qu'il avait affaire à un peuple

(2) La qualité de Vice-Roi de la Nouvelle-France a été contestée au marquis de Tracy. Nous la conservons ici d’après les Lettres de la Vên. Mère de l'Incaruation. De plus notre vieux Récit dit : ‘6 Cette même aunée 1665, arriva M. de Tracy, qui venait en qualité de Vice-Roi."”

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honnête et loyal, et il souriait comme un père à ses chaleureux transports. Ce fut vers le lien saint que M. de Tracy dirigea tout d'abord sa marche, suivi du cortége le plus magnifique que l’on eût encore vu à Québec. En avant, vingt-quatre gardes et six pages d'honneur en costuine de cour; venait ensuite le Vice- Roi entouré d'officiers dont le brillant uniforme étincelait d'or et d'argent; en arrière étaient six laquais portant livrée; des militaires fermaient la marche, suivis du peuple dont les cris d'allégresse ajontaient encore au concert des cloches et des canons. Mgr, de Laval, qui attendait le Marquis à la porte de l'Église, lui présenta l'eau bénite et la croix et le conduisit au siége d'honneur qu on lui avait préparé ; mais ce gentilhomme vraiment chrétien se tint à genoux sur le pavé comme le dernier mousse de l'équipage, pendant que le sanctuaire retentissait de l'hymne d'actions de grâces.

M. de Tracy fut enchanté de l'aspect du pays. Il aimait le peuple comme un père aime ses enfants, c'està-dire avec un constant désir de le rendre heureux ; ce à quoi tendirent tous ses efforts, Il aimait aussi les pauvres sauvages ; il écoutait avec bonté leurs (1) ha. rangues improvisées et recevait même leurs petits présents.

(1) Nous croyons faire plaisir à nos lectrices, en leur donnant ici quelques extraits de la première adresse qui fut présentée à M. de Tracy par les Hurons. Le premier orateur huron parla ainsi :

& Grand Ononthio, tu vois à tes pieds les débris d'une grande terre. Ce ne sont maintenant que des cadavres qui te parlent, à qui l’Froquois n'a laissé que des.os, en ayant dévoré la chair après l’avoir grillée sur les échafauds. Il ne nous restait qu’un petit filet de vie, quand avec bien de la peine, ayant levé les yeux, nous avons aperçu sur la rivière les navires qui te portaient et avec toi tant de soldats qui nous sont envoyés par ton grand Ononthio et le nôtre,............ Mais

La joie fut grande dans la colonie à l’arrivée des derniers vaisseaux (septembre 1665) qui portaient le colonel de Salières et son état-major, le nouveau gouverneur M. de Courcelles, l’intendant M. Talon, ainsi que le reste du régiment de Uarignan. Ils entrèrent au port aux acclamations du peuple réuni sur le rivage pour les recevoir,

Québec qui venait d’être honoré du nom de ville, présentait alors un aspect des plus pitoresques : les édifices religieux en assez grand nombre et de belles dimensions; le château NS. Louis assis comme par enchantement au-dessus du port ; les soixante et dix maisons ‘“‘pierrotées” des Français, groupées de distance en distance sur le haut du vieux rocher; tout était de nature à prévenir favorablement l'étranger, Ajoutons à cela les arbres séculuires qui ombrageaient en tout lien les habitations des Français, et le “ wigwam ”? solitaire qui, perché ça et là, mélait ses grâces sauvages à la variété du tableau, et nos lectrices auront une idée assez juste du lieu choisi pour être la résidence du Vice- Roi français, et du nombreux cortége d'hommes distingués qui l’accompagnaient au Canada.

L'é.ément joyeux dans lequel vivait alors comme aujourd'hui cette population franco-canadienne, reçut une vitalité toute nouvelle par l’arrivée de ce fameux régiment de Carignan, dont l'histoire du pays comme

après tout, quoique je t'entende, que je te voie de mes yeux et qne j'embrasse tes pieds, Ia joie que tu apportes est si inopinée, qne j'au rais peur d'être déçu par un beau songe, si je ne me sentais déjà tout fortifié par ta seule présence, Sois le bienvenu, 6 généreux Ononthio, et reçois ce petit présent du erû de notre terre, pour marque de la joie que nous cause ton heureuse arrivée.”

En prononçant ces dernières paroles, l'oratenr avait déposé anx pieds du Vice-Roi une peau d’orignal, que eelui-ci reçut avec une grâce et une dignité qui charmèrent ces bons sauyages.

nos' vieilles traditions, nous ont tant de fois redit les beaux faits d'armes.

Ces quatre-vingts officiers en brillant uniforme jetaient un grand éclat dans le pays. Cependant on leur laissa peu le Lisir de chevaucher (!) élégamment dans les vertes avenues de sainte Foye ou de la Grande Allée, il en fallut bientôt venir à la réalité de leur mission. Trois semaines après l'arrivée des premiers vaisseaux, la Mère de l’Incarnation écrivait: ‘ Les compagnies sont déjà parties avec cent Français de ce pays et un grand nombre de sauvages pour prendre le devant et s'emparer de la rivière des Iroquois, et pour y faire des forts, et les garnir de munitions. L'on fait cependant ici un grand appareil de petits ét de grands bateaux plats pour passer les bouillons de l’eau qui se rencontrent dans les sauts.

“ M. de Tracy a déjà fait de très-beaux règlements : je crois qu’il est choisi de Dieu pour l'établissement solide de ces contrées, pour la liberté de l'Église, et pour l'ordre de la justice, (C’est un homme d’une haute piété ; toute sa maison, ses officiers, ses soldats imitent son exemple. Cela nous ravit, et nous donne beaucoup de joie. Ce qui les anime tous, est qu'ils vont à une guerre sainte, et qu’ils vont combattre pour la foi. M. de Tracy, quoique âgé de soixante-deux ans, y veut aller en personne, afin que rien ne manque pour assurer cette expédition.”

“ Quant au reste de l’armée, écrivait en septembre la Vén. Mère, à l’arrivée des derniers vaisseaux, “elle est en bonne disposition de signaler sa foi et son courage, et l’on tâche de leur inspirer de véritables senti. ments de piété et de dévotion. C'est en cela que les

(1) Avec le régiment de Carignan parurent pour la première fois des chevaux en Canada.

Pères font merveille, Il y a bien cinq cents soldats qui ont pris Le scupulaire de la sainte Vierge. C'est nous qui les faisons, à quoi nous travaillons avec bien du plaisit Ils disent tous les jours le chapelet de la sainte Famille avec tant de foi et de dévotion, que Dieu a fait voir par un beau miracle (!) que leur ferveur lui est agréable; ce miracle a beaucoup angmenté la dévotion dans l’armée.”

Nous ne dirons rien de la difficile et, gloriense expédition du Marquis de Tracy au pays des [roquois, de ce voyage de plus de cent cinquante lieues à travers les bois et les rivières, le chef comme le soldat devant porter sur son dos vivres, armes, bagage, etc. La Mère de l’Incarnation, qui reçut la visite dun Marquisde Tracy et de ses principaux officiers, à leur retour de cette campagne, nous en donne un (*) détail plein d'intérêt et de charmes, en ayant appris les circonstances du Chevalier de Chaumont, compagnon d'armes du Marquis de Tracy. ‘ Notre-Seigneur, ajoute-t elle, a exaucé les prières que nous faisions ici pour le succès de cetie guerre. L’oraison de quarante-heures a été continuelle

(1) Un lieutenant du régiment de Carignan, ne s'étant pu trouver à l'assemblée pour le réciter (le chapelet de la sainte Famille), il s'était retiré dans uu buisson pour le dire en son particulier, La sentinelle ne le distinguant pas bien, crut que c'était un Iroquois qui s’y était caché, il le tire quasi à brûle-pourpoint et se jette aussitôt dessus croyant trouver son homme mort. Il le devait être en effet, la balle lui ayant donné dans la tête deux doigts au-dessus de la tempe. Miis la sentinelle fut bien étonnée de trouver son lieutenant à terre tout en sang, au lieu d’un iroquois. On le prend, on fuit son procès; mais celui que l’on croyait mort se lève, disant qu'il demandait aa grâce et que ce n’était rien. Et en effet, l'ayant visité, on trouva la balle enfoncée mais l’homme sans péril, ce qui a été approuvé miracle.”'— Lettres de la Vén. Mère. |

(?) Voir Lettres de la Mère de ‘Incarnation.

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depuis le premier d'octobre jusqu'au second de novembre, que nous avons appris des nouvelles de M. de Tracy et de l’armée, Les prières n'étaient pas moins continuelles dans les familles en particulier que dans les églises pour le public, Mais ayant appris la nouvelle de la déroute des ennemis,nous avons changé nos prières en actions de grâces, et le 7e Deum a été chanté avec beancoup de ponpe et de solennité ”

Cette joie devait retentir bien profondément dans le cœur de nos Mères, tant pour l'intérêt qu’elles portaient à la colonie et à la conversion des sauvages, que pour le désir de leur propre conservation en ce pays, l'audace des Iroquois ayant porté le désordre jusqu'au centre même des établissements français.

D'autres motifs encore devaient réjouir ces véritables Ursulines, comme nous allons le voir dans les paragraphes suivants.

$3,—DEUX CAPTIVES RAMENÉESR DES CINQ-CANTONS PAR LE MARQUIS DE TRACY—-IROQUOISES AUX URSULINES,

Deux jeunes filles françaises de nos campagnes, enlevées encore enfants par les sauvages, étaient retenues avec un grand nombre de prisonniers de guerre au-delà du lac de Gannentaha (Etat de New-York). Elles furent rachetées et ramenées au pays par le Marquis de Tracy, et placées par lui au pensionnat, Ce fut avec un véritable intérêt que nous découvrimes dernièrement leurs noms sur le vieux registre du Monastère. Voici les termes propres du document. “ Le 28 mai 1666, sont entrées Marie M. Bourgery, âgée de quinze ans, et Anne Buillargeon, âgée de dixhuit ans, qui avaient été prises par les Iroquois, et ramenées au pays par nos troupes. Elles nous ont été données par Mgr. de Tracy pour étre instruites. C’est

ce bon seigneur qui doit payer leur pension, quarantehuit écus par an.”

A l'entrée de ces jeunes filles an Monastère eut lieu un incident fort touchant. En apercevant dans la salle de Communauté le portrait de la Mère $S, Joseph, décédée en 1652, Anne Baillargeon s'écria, comme toute hors d'elle-même: ‘“ Ah! c’est elle, c'est celle là qui m'a parlé ; elle avait le même habit!” Nos Mères, fort étonnées, lui demandèrent l'explication de ces paroles. Elle leur raconta alors qu'ayant été faite captive à l’âge de neuf ans, elle prit tellement goût à la vie hbre et errante, au milieu des forêts, qu'elle se détermina à passer parmi les sauvages le reste de ses jours. Quand les Français eurent contraint ces barbares à rendre tous leurs prisonniers, Anne Baillargeon se cacha dans les bois, de crainte qu'on ne l’obligeñt à quitter la famille sauvage qui l'avait adoptée, Mais au moment où elle croyait avoir échappé, une religieuse Jui était apparue, la menaçant de la châtier sévèrement si elle ne s’en retournait avec les Français. Toute saisie de frayeur, elle sortit du bois et alla se réunir anx autres captifs que l’on mettait en liberté. M. de Tracy l’aperçut auprès de la jeune Madeleine Bonrgery; il les adopta toutes deux et voulnt bien pourvoir à leur entretien et à leur éducation comme si elles eussent été ses propres filles.

L'une d'elles, après avoir passé quelque temps à nos classes, fit essai de la vie religieuse Elle fut plusieurs mois au noviciat en qualité de sœur converse. Ce genre de vie paraissant lui être contraire, elle retourna dans le monde, où sa compagne était avantageusement établie depuis quelques mois.

Après les brillantes victoires du Marquis de Tracy sur les Iroquois, ceux-ci, craignant leur entière des-

truction, s'estimèrent heureux de pouvoir demander la paix, et de donner même plusieurs de leurs f milles en otage, “ L'on instruit, dit la Vén. Mère, leurs familles sédentaires et d’otage, dont plusieurs doivent être baptisés le jour de la Conception de la sainte Vierge, qui est la fète de toutes ces contrées. Une femme Iroquoise vint nous donner sa fille, à condition qu'elle serait française comme nous. Cette enfant, qui a beaucoup d'esprit, a tellement pris goût aux mystères de la foi et à l'humeur française, qu’elle ne veut plus retourner chez ses parents. Elle tient de l'humeur des femmes de sa nation, qui sont les créatres du monde les plus douces et les plus dociles, Le zèle et la charité de M. de Tracy se sont signalés dans cette transinigration, car outre celles de la nation Iroquoise, il nous a encore donné d’autres femmes et filles sanvages qui étaient captives, et qui dans leur captivité avaient oublié notre langue et nos saints mystères. Il les a habillées et nous a généreusement payé leur pension. De notre part nous n'avons pas perdu notre travail ni nos soins, Car nous avons avec l'aide de la grâce réveillé leurs premiers sentiments, et ressuscité la foi, qui était pour ainsi dire éteinte en leurs âmes.”

$4.-—PROCESSION DES SAINTES RELIQUES —DÉDICACE DE NOTRE ÉGLISE—-DÉPART DU MARQUIS DE TRACY-——M. DE COUR- CELLES RT L'INTENDANT TALON,

Cette année 1666, déjà célèbre par les victoires remportées sur les [roquois, fut encore remarquable par les témoignages extérieurs de piété donnés par les fidèles de cette ville. Nous citerons entre autres la procession des saintes reliques, dont la Mère de l'Incarnation nous fait un tableau si vivant. Outre les corps de S,

atomes ‘

Flavien et de sainte Félicité, donnés par le S. Père à l'Église du Canada en 1662, on portait des reliques insigties empruntées aux autres églises. “ Il ne s'était point encore vu dans ces contrées, dit la Vén. Mère, une si belle cérémonie. Il y avait à la procession quarante-sept ecclésiastiques en surplis, chapes, chasubles et dalmatiques. Comme il fallait porter les reliques dans les quatre églises de Québec, nous eûmes la consoiation de voir cette magnifique cérémonie. M. de Tracy, vice-roi, M. de Courcelles, gouverneur, M. Ta'on, intendant, et l’Agent de la Compagnie, M. le Barrois, portaient le dais. Les plus élevés en dignité d’entre les ecclésiastiques portaient les quatre grandes châsses sur des brancards magnifiquement ornés, et environnés d'un grand nombre de flambeaux. La procession sortant d’une église y laissait une châsse. La musique ne cessa point, tant dans les chemins que dans les stations. Dansla chapelle du château, où l’on avait préparé un beau reposoir, les saintes reliques furent saluées par plusieurs déchargesgénérales de l’artillerie, Monseigneur suivait les saintes reliques et la procession en ses habits pontificaux. Je n'aurais jamais osé espérer de voir une si grande magnificence dans l'Église du Canada, où quand je suis venue je n'avais rien vu que d’inculte et de barbare.” (°)

Quelques jours avant la procession des saintes Reliques, Mgr. de Laval avait consacré l’église paroissiale, sous le titre de l’Immaculée Conception, avec une

grande pompe; la nôtre ne fut dédiée que l'année suivante.

(:) Il arriva dans notre église pendant cette procession un accident qui faillit devenir funeste. Le plancher se trouva trop faible pour porter une si grande foule et s'enfouça; heureusement, personne ne fut blessé.

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La première pierre en avait été posée au mois de jnin de l’année 1656. “.Le jour de l’Ascension, cette année 1656, dit notre vieux récit, M. de Lauson s’étant'rendu à la chapelle avec sa suite, la procession ayant en tête le clergé, se rendit à l'issue des vêpres à l'endroit où les fondements avaient été creusés, et le R. P. LeMercierS. J., Supérieur du Collége, ayant béni la première pierre, elle fut posée par le Gouverneur au nom de Jésus, Marie et Joseph.”(1) |

Mme. de la Peltrie s'était chargée avec beaucoup d’ardeur et de générosité des frais de cette église ; mais plusivurs pertes et autres accidents en retardèrent tellement la construction qu’elle ne fut achevée qu'en 1667, par le généreux concours de M. de Tracy.

Quelques jours avant son départ, M. de Tracy voulut donner à nos Mères une dernière preuve de sa cousidération, en assistant à la dédicace de cette église, La cérémonie eut lieu le 17 août 1667. “ Monseigneur, notre Évêque, dit la Vén. Mère, fit la dédicace de notre église à la prière de M. de Tracy, sous le nom du grand S. Joseph, avec une magnificence extraordinaire. Tout y fut ravissant, et les cérémonies y furent exactement à la Romaine.”

Au mois d'avril précédent, le généreux Vice-Roi avait posé, sous la bénédiction de Mgr. de Laval, la première pierre de notre chapelle sainte Anne, dont il voulut lui-même faire tous les frais. Cette chapelle Jui coûta plans de deux mille cinq cents livres. M de

(1) L'entrée de cette église faisait face à la rue S. Louis; la chapelle extérieure ainsi que le sanctuaire s'étendaient dans la direction de la rue du Parloir. Les points exacts où se trouvaient les pierres «acrées du muître-untel et de l'autel de la chapelle sainte Anne, sont indiqués dans le corridor actuel qui conduit au chœur, par ces petites croix en clous jaunes que nos lectrices ont bien souvent remarquées,

Tracy rendit en outre un service signalé à notre Communauté, en mettant fin aux calomnies qu'on avait répandues en France contre nos Mères, afin de leur enlever une partie de leurs propriétés.

“ Nous allons perdre M. de Tracy, écrivait la Vén Mère à la fin d'octobre 1667. Le Roi, qui le rappelle en France, a envoyé un grand vaisseau de guerre pour l'emmener avec honneur, Cette nouvelle Église et tout le pays, y fera une perte qui ne se peut die, car il a fait ici des expéditions qu'on n'aurait jimais osé ertreprendre ni espérer. Dieu a voulu donner cela à la grande piété de son serviteur, qui a gagné tout le monde par ses bonnes œuvres, et par les grands exemples de vertu et de religion qu'il a donnés à tout le pays. On l’a vu plus de‘six heures entières dans l'église sans en sortir. Son exemple avait tant de force que le monde le suivait comme des enfants suivent leur père. Il a favorisé et soutenu l'Église par sa piété et par le crédit qu’il a universellement sur tous les esprits. Nous perdons beaucoup en lui pour notre particulier: c'est le meilleur ami.que nous ayons eu depuis que nous sonmes en ce pays” Le Récit ajoute : “ Le bon Seigneur avait une tendresse particulière pour notre Communauté, laquelle il a obligée de toutes les manières possibles, De retour en France, il fit augmenter de 200 lbs, la pension que nous recevions sur le pays, qui n'était que de 300 lbs ( }, Le R. P,

(t) Les personnes qui étaient en rapports intimes avec la communauté, se rendaient facilement compte des charges qui pesaient sur elle, surtout pour l'entretien des filles sauvages ; aussi voit-on le Vicomte d'Argenson, le Marquise de Tracy, l'Intendant Talon, leur venir en aide. ‘Cette dépense n’est pas croyable, disait la Vén. Mère. L'année dernière (1662), il nous en coûta pour le trousseau de deux, 600 Ibs. ; nous les avons ncurries et entretenues, l’une

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Bardy, Jésuite, confesseur du Marquis de Tracy, s'en est retourné avec lui. Il s'est montré grand ami et bienfaiteur de notre maison.”

Le Marquis de Tracy, heureusement, laissait au Canada deux hommes capables de continuer son œuvre : M. de Courcelles dont la vie ne fut qu'une suite de nobles dévonements (') et “qui gouverna pendant sept années, dit le Récit, à la satisfaction générale” ; et le fameux Intendant Talon, sous qui “ le pays s’est plus fait, disait notre Vén. Mère, et les affaires ont fait plus de progrès que depuis que les Français y habitent.” (*) Nous verrons à l’article des séminaristes, que M. Talon était à juste titre particulièrement connu et chéri au Monastère.

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