CATHERINE OU LA PETITE PRÉDESTINÉE
“ Il nous est mort une de nos séminaristes âgée seulement de six ans, dit la Vén. Mère ; c'était une enfant la plus éclairée qu’on püt se l'imaginer et extrémeinent patiente : elle était hydropique. Par l'ordre de nos médecins, il fallut lui faire la ponction. Elle vit faire cette opération par diverses fois sans se plaindre, et deux fois le jour ouvrir sa plaie comme un robinet et en tirer plusieurs mesures d’eau ; elle était sondée dans les intestins fréquemment ; elle regardait et souffrait cela en souriant et disant : Mon Dieu, je vous l'offre. Les médecins en étaient ravis, et l’un d'eux, qui venait de France, m’a dit plusieurs fois, par
. adwiration, qu'il n'avait jamais vu un si grand esprit, ni une telle patience, ni une piété semblable, Elle se confessait fréquemment ; Mgr. natre digne Prélat la jugea capable de recevoir le saint Viatique et la sainte Onction. Un jour avant sa mort, qu’elle était
en convulsion et comme en agonie, son confesseur ne croyant pas qu’elle pût parler, se retira; alors d'une voix ferme elle l’appela, disant : Mon Père, je veux me confesser; elle le fit avec intelligence, Ce Père et nous toutes en étions dans l'admiration. Elle était
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fille de sauvages, mais elle n’en avait ni la façon ni l'humeur, ni les mœurs. Vous voyez, mon aimable Mère, que la grâce prend son siége dans certaines àmes prédestinées.”
Le vieux Récit nous dit que cette petite innocente mourut sur la fin de juin 1671, qu’elle était Algonquine, et s'appelait Catherine, Le médecin du Monastère
était alors M. de Bonamour. La petite malade avait été mise dans l’infirmerie des religieuses où nos Mères la veillèrent pendant plus d’un mois.
Lorsque ses compagnes de classe allaient la visiter, elle leur disait en souriant: ‘“ Catherine s’en va voir Jésus et Marie sa mère! Catherine sera heureuse au Ciel, elle priera pour vous.” Ce fut dans ces sentiments que l'âme prédestinée de la petite Algonquine s’élança au-devant de ce Grand-Esprit qu'il lui avait été donné de connaître et d'aimer dans la ‘“ maison des Vierges.” Penchée sur sa petite couche avec une affection de mère, Mme. de la Peltrie lui parlait de Dieu et lui donnait des commissions pour les bons anges, surtout pour ceux du Monastère, des Religieuses et des Sauvages. Comme on se doutait peu qu’elle serait la première à la rejoindre au Ciel !
“ Après sa mort, Catherine fut habillée de blanc et exposée dans l'Église. Les sauvages accoururent en foule pour prier autour de sa bière. Le clergé vint la prendre et l’enterra avec solennité dans le cimetière de l’église Notre-Dame de cette ville.”
$9.—FRANCISATION DES SAUVAGES,
Cette question a donné lieu à bien des théories et des discussions, Si l’on entend par francisés, des sauvages devenus pieux, bons, charitables, sous l'influence
du christianisme, nos Mères ont francisé à peu près toutes les filles qui leur ont passé entre les mains ; mais s’il s'agit d'enfants de la forêt attachés à la vie sédentaire et aux mœurs de peuples civilisés, la généralité des sauvages s’est montrée jusqu’à ce jour peu susceptible de ce genre de progrès. ‘“ Un Français devient plutôt sauvage, disait la Mère de l’Incarnation, qu'un Sauvage ne devient français” (')
Vers l’an 1668, le Roi voyant que Dieu avait bénises armes, prit des mesures pour tâcher de franciser la race indigène, afin de n'avoir plus qu’un seul peuple dans sa lointaine colonie. On voulut commencer par la jeunesse, et l’on plaça au séminaire des M. E. de Québec et aux Ursulines, un certain nombre de jeunes garçons et de jeunes filles sauvages. Ce dessein montrait du côté du gouvernement une grande bienveillance pour la race indigène ; mais d’après l'expérience
(4 (1) La vie sauvage leur est si charmante à cause de sa liberté, écrivait la Vén. Mère en 1668, que c'est un miracle de les pouvoir captiver aux façons d'agir des Français, qu'ils estiment indignes d'eux, faisant gloire de ne travailler qu’à la chasse, ou à la navigation ou à la guerre. Les enfants apprennent tout cela quasi dès la naissance. Les femmes et les filles canotent comme les hommes. Jugez de là s'il est aisé de les changer après des habitudes qui leur sont comme naturelles.” Parlant des Jroquoises : ‘Je ne sais pas si elles seront plus capables d’être civilisées que les autres, ni sielles retiendront la politesse française dans laquelle on les élève. Je v'attends pas cela d'elles, car elles sont sauvages, et cela suffit pour ne le pas espérer” La Vêén. Mère parlait ainsi après une expérience de trente années, les Uraulines s'étant même ‘‘ cotisées avec les RR. Pères Jésuites pour défrayer les dépenses nécessaires à ces essais.” Le R. P.F, Martin, S.J. dit que le plan de franciser les sauvages auquel poussait le gouvernement, avait été tenté inutilement par les missionnaires, et reconnu par eux impossible pour le moment. Les ennemis des missionnaires, Frontenac surtout, s’en ferout une arme contre eux.