‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 95 sur 156 · AA · texte numérisé non relu

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qu'elle en avait faite, la Mère de l’Incarnation comprit aussitôt l’inutilité de l’entreprise ; “ car c’est à peine, disait-elle, si sur cent nous en avons francisé une.” En effet, à la fin de l’année, il ne restait plus qu’un petit sauvage au séminaire des M. E. de Québac, et nos Mères en revenaient à leur premier mode d’enseignement dans des classes separées.

Quand la Mère de l’Incarnation dit qu’elles en ont à

peine francisé une sur cent, elle nous donne à entrevoir :

le grand nombre de filles sauvages qui ont été instruites dans cette maison; car on trouve dans ses écrits et dans nos registres, un nombre assez considérable de jeunes filles sanvages parfaitement francisées, comme l'on disait alors. * Nous avons francisé plusieurs filles sauvages, Huronnes et Alzonquines, que nous avons ensuite mariées à des Français, qui font fort bon ménage,” écrivait la Vén. Mère.

“ Nous n'avons néanmoins francisé, ajoutait-elle, que celles dont les parents l’ont bien voulu, et quelques pauvres orphelines dont nous étions les maîtresses.” On compte jusqu’à huit jeunes filles sauvages que nos Mères jugèrent capables de la vie religieuse, et qui se fussent en effet consacrées à Jieu si la Providence n'eut permis divers accidents qui les en empêchèrent, Les deux filles sauvages qui se firent sœurs de la Congrégation de N. D, à Montréal, vers 1681, moururent jeunes ; il en fut de même de celle qui se fit religieuse à l'Hôtel-Dieu de Québec.

Quelques historiens paraissent avoir attaché beaucoup trop d'importance à l’idée de la francisation des sanvages ; si la nature errante et vagabonde de ces enfants des bois leur ôtait la stabilité nécessaire à la culture des sciences et des arts, (c'est ce que l’on entendait, pensons-nous, par francisation), ils n’en comprenaient

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pas moins les enseignements du christianisme, cette civilisation par excellence ; et ils n’en pratiquaient pas moins les vertus, comme il est facile de le voir par le peu que nous avons extrait des écrits du temps, en ce qui reg ‘« l'œuvre de nos Mères. (1)

$10.—ÉTuDE DES LANGUES SAUFVAGES,

L'étude des langues sauvages fut sans contredit le plus rude travail de nos Mères, en ce pays. Dès leur arrivée :.: .,?, elles sy portèrent avec une ardeur

(1) On ne 4.12 s'étonner de trouver dans certains écrits du temps des passages dé,iv rables à nos Mères, car leur œuvre, comme tov::s les Givres de Dieu 1: à plusieurs reprises en butte à des calomniis répandues on Frs + il y avait aussi des gens jaloux des concessions de terres ‘nc :. que la Compaguie de la Nouvelle-France avait fuites aux Ursulines de Québec. Écoutons la défense toute sage et toute sainte de la Mère de l’Incarnation, une fois entre autres où l’on s’appuyait sur le silence de la Rejation, pour donner créance à ces faussetés. À la fin d’une longue lettre (1668) où elle détaille à son fils les travaux de sa Communauté, lettre dont nous avons extrait une bonne partie de ce qui précède, elle ajoute :

‘ Voilà les fruits de notre petit travail, dont j'ai voulu vous dire quelques parucularités, pour répondre aux bruits que vous dites que l’on fait courir en France que les Ursulines sont inutiles en ce pays. Nos Révérends Pères et Mgr. notre Prélat sont ravis de l'éducation que nous donnons à la jeunesse. Ils font communier nos fiiles dès l’âge de huitans, les trouvant aussi instruites qu’elles le peuvent être, Que si l’on dit que nous sommes iciinutiles, parce quela Relation ne parle point de nous, il faut dire que Mgr. notre Pré'at est inutile, que son Séminaire est inutile, que le Séminaire des Révérends Pères est inutile, que MM. les Ecclésiastiques de Montréal sont inutiles, et enfin que les Mères Hospitalières sont inntiles, parce que les Relations ne disent rien de tout cela. Et cependant c'est ce qui fait le soutien, la force, et l'honneur même de tout le pays. Sila Relation ne dit rien de nous, ni des Compagnies ou Séminaires dont je viens de parler, c'est qu’elle fait seulement mention du progrés de l'Évangile. Mon

:très-cher fils, ce que nous faisons en cette nouvelle Eglise est vu de Dieu et non des hommes; notre clôture couvre tout, et il est dif-

extraordinaire. D'abord, la Mère de S. Joseph seule étudia le Huron; la Vén, Mère et la Mère Ste. Uroix s'appliquèrent à l'Alguquin (}. ‘“ Nous étudions la laugue Algonquine par préceptes et par méthode, écrivait la Vén, Mère en 1640, ce qui est très-diflicile, Il faut que je vous dise qu'en France, je ne me fusse jamais donné la peine de lire une histoire, et maintenant il faut que je lise et médite tonte sorte de choses en sauvage. Nous faisons nos études en cette langue barbare, comme font ces jeunes enfants qui vout au collége pour apprendre le latin. Nos KR. Pères, quoique grands docteurs, en viennent là aussi bien que nous, et ils le font avec une. affection et une docilité incroyable,”

À la dispersion de la nation huronne, la Vén. Mère écrivait : “ Vous rirez peut-être de ce qu’à l’âge de cinquante ans, je cominence à étudier une nouvelle langue, mais il faut tout entreprendre pour le service de Dieu et le salut du prochain.”

La Vén. Mère de l’Incarnation se rendit parfaitement maîtresse de ces différents idiomes,” Mon occupation les matinées d'hiver est d'enseigner les langues sauvages à nos jeunes sœurs. Îl y en a qui vont jusqu’à savoir les préceptes et à faire les parties, pourvu que je leur traduise le sauvage en français. Mais pour

ficile de parler de ce qu'on ne voit pas. Il en est:tout autrement des Mères Hoxpitalières : l'Hôpital étant ouvert, et les biens qui s’y font étant vus de tout le monde, on pourrait louer avec raison leurs charités exemplaires. Mais enfin, elles et nous attendons la récompense de nos services de Celui qui pénètre dans les lieux les plus cachés, et qui voit aussi clair dans les ténèbres que dans Ja lumière, cela nous suffit.

(1). Le Huron et l'Algonquin étaient les langues-mères du pays.

ce qu'il y à d'apprendre un certain nombre de mots du dictionnaire, c'est une peine, ce sont des 6 ines! De toutes nos jeunes sœurs, il n’y en a qu’une qui pousse avec vigueur. La Mère Assistante (Mère S. Athanase)et la Mère sainte Croix sont assez savantes, parce que dans le commencement nous apprîmes le dictionnaire par cœur. Comme ces études sont très-difficiles j'ai résolu de laisser avant ma mort le plus d'écrits que je pourra, Depuis le commencement du carème dernier (1668) jusqu'à l’Ascension, j'ai écrit un gros livre Algonquin d'Histoire Sacrée et de choses saintes, avec un dictionnaire et un catéchisme Iroquois, que l'on estime un trésor. L'année dernière, j'ai écrit un gros dictionnaire Algonquin à l'alphabet français, et j'en ai un autre à l'alphabet sauvage.” (!)

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