‹ Les œuvres de Francoys Villon, texte établiChapitre 18 sur 49 · SUR LE MESME PROPOS · texte numérisé non relu

SUR LE MESME PROPOS

our ce, amez tant que vouldrez,

Suyvez assemblées et festes, En la fin ja mieulx n’en vauldrez Et si n’y romprez que vos testes ; Folles amours font les gens bestes :

Salmon en ydolatria, Samson en perdit ses lunetes.

Bien est eureux qui riens n’y a!

Orpheüs, le doux menestrier, Jouant de fleustes et musetes, En fut en dangier d’un murtrier Chien Cerberus a quatre testes ; Et Narcisus, le bel honnestes, En ung parfont puis se noya Pour l’amour de ses amouretes.

Bien est eureux qui riens n’y a!

Sardana, le preux chevalier, Qui conquist le regne de Cretes, En voulut devenir moullier

Et filler entre pucelletes ;

David le roy, sage prophetes, Crainte de Dieu en oublia, Voyant laver cuisses bien faites.

Bien est eureux qui riens n’y a!

Amon en voulst deshonnourer, Faignant de menger tarteletes,

Sa seur Thamar et desflourer,

Qui fut inceste deshonnestes ; Herodes, pas ne sont sornetes, Saint Jehan Baptiste en decola Pour dances, saulx et chansonnetes.

Bien est eureux qui riens n’y a!

De moy, povre, je vueil parler :

J’en fus batu comme a ru toiles,

Tout nu, ja ne le quier celer. 4 Qui me feist maschier ces groselles, { Fors Katherine de Vausselles P

Noel le tiers est, qui fut la.

Mitaines a ces nopces telles.

Bien est eureux qui riens n’y a!

Mais que ce jeune bacheler Laissast ces jeunes bacheletes P

Non ! et le deust on vif brusler

Comme ung chevaucheur d’escouvetes.

Plus doulces luy sont que civetes ; Mais toutesfoys fol s’y fya :

Soient blanches, soient brunetes,

Bien est eureux qui riens n’y a!

€, Se celle que jadis servoie

De si bon cuer et loyaument,

Dont tant de maulx et griefz j’avoic Et souffroie tant de torment,

Se dit m’eust, au commencement, Sa voulenté (mais nennil! las), J’eusse mis paine aucunement

De moy retraire de ses las.

is

Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit preste d’escouter Sans m’acorder ne contredire; Qui plus, me souffroit acouter Joignant d’elle, pres m’accouter, Et ainsi m’aloit amusant,

Et me souffroit tout raconter ; Mais ce n’estoit qu’en m’abusant.

Abusé m’a et fait entendre

Tousjours d’ung que ce fut ung aultre, De farine que ce fust cendre,

D’ung mortier ung chappeau de faultre, De viel machefer que fust peaultre, D’ambesars que ce fussent ternes, (Tousjours trompeur autruy enjaultre Et rent vecies pour lanternes),

Du ciel une paelle d’arain,

Des nues une peau de veau,

Du matin qu’estoit le serain,

D’ung trongnon de chou ung naveau, D’orde cervoise vin nouveau,

D’une truie ung molin a vent

Et d’une hart ung escheveau,

D’ung gras abbé ung poursuyvant,

Ge 51 +

Ainsi m'ont Amours abusé

Et pourmené de l’uys au pesle.

Je croy qu’homme n’est si rusé, Fust fin comme argent de coepelle, Qui n’y laissast linge, drappelle, Mais qu’il fust ainsi manyé

Comme moy, qui partout m’appelle L’amant remys et regnyé.

7 (g Je regnie Amours et despite Et deffie a feu et a san

Mort'par elles'me e pre épite, U.

Et ne leur en chault pas d’ung blanc.

Ma vielle ay mys soubz le banc ; Amans je ne suyvray jamais:

Se jadis je fus de leur ranc,

Je desclare que n’en suis mais.

Car j’ay mys le plumail au vent,

Or le suyve qui a attente.

De ce me tais doresnavant,

Car poursuivre vueil mon entente.

Et s’aucun m’interroge ou tente Comment d’Amours j’ose mesdire, Ceste parolle le contente :

« Qui meurt, a ses loix de tout dire. »

. = 52 Je congnois approcher ma seuf; Je crache, blanc comme coton, lise Jacoppins gros comme ung esteuf. 4:

| Ÿ Qu’est ce a dire? que Jehanneton Plus ne me tient pour valeton, 5° Mais pour ung viel usé roquart :

De viel porte voix et le ton, ’ Et ne suys qu’ung jeune coquart."" .

Ta: < draft ones Dieu mercy et Tacque Thibault, Qui tant d’eaue froide m’a fait boire, Mis en bas lieu, non pas en hault, Mengier d'angoisse mainte poire, Enferré... Quant j’en ay memoire, Je prie pour luy ef reliqua, Que Dieu luy doint, et voire, voire!

Ce que je pense. ef celera.

40 Nt RE Toutesfois, je n’y pense mal Pour luy, ne pour son lieutenant, Aussi pour son official, Qui est plaisant et advenant ; Que faire n’ay du remenant, Mais du petit maistre Robert.

Je les ayme, tout d’ung tenant, Ainsi que fait Dieu le Lombart.

Si me souvient bien, Dieu mercis,

Que je feis a mon partement

Certains laiz, l’an cinquante six, -—— Qu’aucuns, sans mon consentement, Voulurent nommer Testament ; | Leur plaisir fut et non le mien. 0

e. . A Mais quoy ? on dit communement \/ Qu’ung chascun n’est maistre du sien.

Pour les revoquer ne le dis,

Et y courust toute ma terre;

De pitié ne suis refroidis

Envers le Bastart de la Barre :

Parmi ses trois gluyons de fuerre, Je luy donne mes vieilles nates; Bonnes seront pour tenir serre, Et soy soustenir sur les pates.

S’ainsi estoit qu'aucun n’eust pas

Receu les laiz que je luy mande, J’ordonne qu’après mon trespas

À mes hoirs en face demande.

Mais qui sont ils? S’on le demande : / Moreau, Provins, Robin Turgis.

De moy, dictes que je leur mande,

Ont eu jusqu’au lit ou je gis.

Somme, plus ne diray qu’ung mot, Car commencer vueil a tester :

Devant mon clerc Fremin qui m’ot, S’il ne dort, je vueil protester

Que n’entens homme detester

En ceste presente ordonnance,

Et ne la vueil magnifester

Si non ou royaume de France.

Je sens mon cuer qui s’affoiblit

Et plus je ne puis papier.

Fremin, sié toy pres de mon lit, Que l’on ne me viengne espier ; Prens ancre tost, plume et papier; Ce que nomme escry vistement, Puys fay le partout coppier ;

Et vecy le commancement.

Ou nom de Dieu, Pere eternel, Et du Filz que Vierge parit, Dieu au Pere coeternel, Ensemble et le Saint Esperit, Qui sauva ce qu’Adam perit

Et du pery.pare les cieulx.

enr

Qui bien ce croit, peu ne merit, Gens mors estre faiz petiz dieux.

Mors estoient, et corps et ames,

En dampnée perdicion,

Corps pourris et ames en flammes,

De quelconque condicion.

Toutesfois, fais excepcion

Des patriarches et prophetes ;

Car, selon ma concepcion,

Oncques n’eurent grant chault aux fesses.

Qui me diroit : « Qui vous fait metre 7 STtres avant ceste parolle,

Qui n’estes en theologie maistre ?

À vous est presumpcion folle ! »

C’est de Jhesus la parabolle Touchant du Riche ensevely

En feu, non pas en couche molle,

Et du Ladre de dessus ly.

Se du Ladre eust veu le doit ardre, Ja n’en eust requis refrigere, N’au bout d’icelluy doit aherdre Pour rafreschir sa maschouëre.

Pyons y feront mate chiere,

. Danone] .

Qui boyvent pourpoint et chemise, Puis que boiture y est si chiere. ; Dieu nous en gart, bourde jus mise!

| me 56 — is LE Ou nom de Dieu, comme j’ay dit, Et de sa glorieuse Mere, Sans pechié soit parfait ce dit Par moy, plus megre que chimere ; e je n’ay eu fievre eufumere, Cÿ m’a fait divine clemence; Mais d’autre dueil et perte amere Je me tais, et ainsi commence.

Premier, je donne ma povre ame

” A la benoiste Trinité, Et la commande a Nostre Dame, Chambre de la divinité,

; Priant toute la charité

L/ Des dignes neuf Ordres des cieulx

Que par eulx soit ce don porté Devant le Trosne precieux.

Item, mon corps j’ordonne et laisse À nostre grant mere la terre ;

Les vers n’y trouveront grant gresse, Trop luy a fait fain dure guerre.

Or luy soit delivré grant erre :

De terre vint, en terre tourne;

Toute chose, se par trop n’erre, Voulentiers en son lieu retourne.

Item, et a mon plus que pere, Maistre Guillaume de Villon,

Qui esté m’a plus doulx que mere A enfant levé de maillon :

Degeté m’a de maint bouillon,

Et de cestuy pas ne s’esjoye,

Si luy requier a genouillon

. Qu’il m’en laisse toute la joye ;

Je luy donne ma librairie,

Et le Rommant du Pet au Deable, Lequel maistre Guy Tabarie Grossa qui est homs veritable ; Par cayers est soubz une table. :

Combien qu’il soit rudement fait, La matiere est si tres notable Qu’elle amende tout le mesfait.

Item, donne a ma povre mere

Pour saluer Nostre Maistresse,

Qui pour moy ot douleur amere, Dieu le scet, et mainte tristesse :

Autre chastel n’ay, ne fortresse,

Ou me retraye corps et ame,

Quant sur moy court malle destresse, Ne ma mere, la povre femme!

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