‹ Les œuvres de Francoys Villon, texte établiChapitre 2 sur 49 · VII · texte numérisé non relu

VII

‘” Montcorbier, ou encore des Loges, d’un nom de lieu d’où il tenait peut-être ses origines. Ayant de bonne heure perdu son père, François fut re-

” cueilli par maître Guillaume de Villon, bachelier en décrets, chapelain de Saint-Benoît-le-Bétourné, qui le logea dans sa maison, dite la Porte-Rouge, au cloître Saint-Benoît, près le collège de Sorbonne. Il prit le nom de son bienfaiteur et, destiné à suivre l’état de clerc, fut inscrit sur les registres de l’Université. Bachelier à dix-huit ans, en

1449, licencié et maître ès arts en 1452, il n’eût peut-être rien révélé de son court desiin, si sa jeunesse n’avait subi le conire-coup d’une époque troublée. Ses années d’études avaient été particulièrement orageuses. L'Université donnaït alors l'exemple du plus grand désordre. Les leçons

‘ et les prédications venaient d’être suspendues. Les recteurs protestaient contre le Parlement et les écoliers, rebelles à toute discipline, apprenaïent moins les précepies des « sept arts libéraux que la manière de rosser le guet ». Ce n’était point, pour ces derniers, un mince plaisir que de voler les crocs à l’étal des bouchers, décrocher les enseignes el scandaliser les marchands, les bourgeois et les hôteliers de Paris par mille extravagances burlesques et cyniques. Une fâcheuse affaire survenue le 5 juin 1455, jour de la Féte-Dieu, et dans

laquelle noire personnage se rendit coupable d’un homicide sur la personne d’un prêtre, appelé : Philippe Sermoise (ou Chermoye), le fit mettre en prison, juger par la prévôté de Paris et condamner au bannissement.

Ici finit la carrière universitaire de Villon. Peu après commença pour lui une existence nouvelle, qui ne fut point édifiante, et dont les témoignages tiennent lieu et place de fiction dans son œuvre de poète. Sans ressource, sans gîte et sans appui, Villon ne tarda pas à se lier avec quelques compagnons de hasard et d’infortune, anciens écoliers, clercs vagabonds, mendiants et voleurs, qui avaient pris le surnom de coquillarts — synonyme d’audacieux malfaiteurs — et terrorisaient la province. Il erra plusieurs mois, du Nord au Midi, associé à de nombreux méfaits de fous genres, jusqu’au jour où, grâce à d'anciennes amiliés el à la tendre sollicitude de son père adoptif, il obtint des lettres de rémission et put rentrer à Paris. On dit qu’il reprit pendant quelque temps, au cloître Saint- Benoît, sa vie insouciante de naguère, et qu’il serait devenu quelque homme sage, quelque vénérable clerc, sans la traverse d’amours malheureuses el un certain penchant à la perversité. Aussi bien n’avail-il point oublié ses anciennes fréquentations. Il aimaït l'argent, le jeu, la bonne chère et les filles

et, de plus, ne répugnait point à la débauche. Il le fil voir en dévalisant de compagnie, vers la Noël de 1456, la sacristie du collège de Navarre. La crainte du châtiment l’éloigna encore de Paris, et ce n’est point trop dire qu’il ne gagna pas, à parcourir les routes de France avec des malandrins de son espèce, le goût de la vertu, sinon de la tranquillité. |

On le rencontre à Angers, à la fin même de 1456, puis à Blois, où il trouve le moyen de se faire bien voir, grâce à ses talents et à son ingénuité de poète, de cet auire gentil rimeur, le duc Charles d’Orléans. Remis peu après en prison, pour on ne sait quel motif, et en grand danger de perdre la vie, il échappe de nouveau à sa disgrâce, remercie Dieu, prend les Jambes à son cou, comme un homme qui n’a pas la conscience tranquille, traverse le Berry, remonte la Loire, parcourt le Bourbonnaïs, le Forez, gagne le Dauphiné, où il reçoit un cadeau du duc de Bourbon, après quot il revient dans l’Orléanais et passe l’été à Meung-sur-Loire, dans les cachoïs de l’évêque d'Orléans, Thibaud d’Auxigny.

Il a confessé quelque part qu’il y avait, non loin de Meung, un endroit funeste aux enfants perdus : c’est Montpipeau, où son mauvais génie l’avait fait prendre la main dans le sac. Ceïte fois, il devra

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