‹ Les œuvres de Francoys Villon, texte établiChapitre 3 sur 49 · XI · texte numérisé non relu

XI

à la clémence royale de recouvrer sa liberté. Le roi Charles VII venait alors de terminer sa triste existence (22 juillet 1461). Le pauvre Villon élait « en chartire étroite et dure » quand Louis XI, nouvellement sacré, traversant Meung-sur-Loire, pour se rendre à sa bonne ville de Tours, délivra, en don de joyeux avènement, plusieurs prisonniers, parmi lesquels était le poëte de la Porte-Rouge.

Il allait enfin pouvoir rentrer à Paris et réunir les poèmes qu’il avait depuis longtemps composés.

Soudain on perd sa irace; on sait seulement qu’il revint au cloître Saint-Benoit.

Un soir dé l’automne 1462, il assiste à une rixe devant la boutique de François Ferrebouc, rue Saint-Jacques. Condamné pour ce fail « à étre pendu et estranglé », il interjette appel de la sentence du Châtelet, fait annuler le jugement, mais, en raison de ses mauvais antécédents, se voit, par un arrêt du Parlement (le 5 janvier 1463), frappé de bannissement, pour dix années, de la ville, prévôté et vicomté de Parts.

C’est tout. À celte date, Villon n'avait guère plus de trenite-deux ans, mais la pauvreté, la maladie, les excès, l’avaient marqué, vieilli. Il est croyable qu’il mourut jeune. Rabelais a rapporté sur lui de plaisantes histoires. En fait, a-t-on dit, le poète du Grant Testament finit modestement dans une

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de ces nombreuses « escripltoires » établies autour de Saint-Jacques-la-Boucherie, sortes d’ateliers de copistes où les clercs trouvaient à s’occuper.

« Sa vie s’accorde si bien avec ses œuvres, observe M. Anatole France, que des psychologues très fins, des connaïsseurs très experts, se sont demandé st les ballades de Maître François n’auraïent pas été composées par un poèle de cabineï, jaloux de faire parler et vivre un clerc coquillart. Les larrons qu’on va pendre ne chantent pas st bien, disent-ils, la maraude, la prison et la corde. C’est affaire d’un homme d’esprit qui s’amuse au coin de son feu, d’un magistrat lettré, par exemple. »

Pour nous, Villon est un écrivain populaire d’un génie supérieur, .qui ne Chanta que ce qu’il vit ou ressenlit, au cours d’une existence aventureuse : out à la fois un témoin des mœurs du Moyen-Age el un poète du cœur. Sa poésie coule de source. Il faut aller jusqu’à Mathurin Régnier — d’autres diront jusqu’à Paul Verlaine — pour trouver un maitre aussi original dans ses accents, aussi sincère d'inspiration. Il a même, sur ces derniers, l'avantage d’être resté le créateur d’un art qui s’exprime en loule indépendance et qui n’emprunte, semble-t-il, l’appareil litiéraire que pour le soumeltre à la dauble épreuve de la passion et de. la douleur humaines.

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