BALLADE ET ORAISON
ERE Noé, qui plantastes la vigne.
Vous aussi, Loth, qui beustes ou rochier, Par tel party qu’Amours, qui gens engigne, De voz filles si vous feist approuchier (Pas ne le dy pour le vous reprouchier), Archetriclin, qui bien sceustes cest art, Tous trois vous pry qu’o vous vueillez perchier L'ame du bon feu maistre Jehan Cotart.
Jadis extraict il fut de vostre ligne,
Luy qui beuvoit du meilleur et plus chier, Et ne deust il avoir vaillant ung pigne ; Certes, sur tous, c’estoit ung bon archier ; On ne luy sceut pot des mains arrachier ; De bien boire ne fut oncques fetart.
Nobles seigneurs, ne souffrez empeschier L’ame du bon feu maistre Jehan Cotart !
Comme homme beu qui chancelle et trepigne L’ay veu souvent, quant il s’alloit couchier, Et une fois il se feist une bigne,
Bien m’en souvient, a Pestal d’ung bouchier
Brief, on n’eust sceu en ce monde serchier Meilleur pyon, pour boire tost et tart.
Faictes entrer quant vous orrez huchier L’ame du bon feu maistre Jehan Cotart!
ENVOI
Prince, il n’eust sceu jusqu’a terre crachier ; Tousjours crioit : « Haro ! la gorge m’art. » Et si ne sceust oncq sa seuf estanchier L’ame du bon feu maistre Jehan Cotart.
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€, Item, vueil que le jeune Merle Desormais gouverne mon change,
Car de changier envys me mesle, Pourveu que tousjours baille en change, Soit a privé soit a estrange,
Pour trois escus six brettes targes,
Pour deux angelotz ung grant ange:
Car amans doivent estre larges.
Item, j’ay sceu en ce voyage
Que mes trois povres orphelins Sont creus et deviennent en aage Et n’ont pas testes de belins,
Et qu’enfans d’icy a Salins
N’a mieulx sachans leur tour d’escolle.
Or, par l’ordre des Mathelins,
Telle jeunesse n’est pas folle.
j (Si vueil qu’ilz voisent a l’estude ; Ou ? sur maistre Pierre Richier.) Le Donat est pour eulx trop rude :
Ja ne les y vueil empeschier,, Ils sauront, je l’ayme plus chier, Ave salus, tibt decus, Sans plus grans lettres enserchier :
Tousjours n’ont pas clers l’au dessus.
Cecy estudient, et ho!
Plus proceder je leur deffens.
Quant d'entendre le grant Credo, Trop{Âorte elle est pour telz enfans.
Mon long tabart en deux je fens ; Si vueil que la moitié s’en vende Pour leur en acheter des flans,
Car jeunesse est ung peu friande.
Et vueil qu’ilz soient informez
En meurs, quoy que couste bature ; Chaperons auront enformez,
Et les poulces sur la sainture,
(Humbles a toute creature, vf Disans : « Han P Quoy ? II n’en est rien ! ») Si diront gens, par adventure :
« Vecy enfans de lieu de bien! »
Item, et mes povres clerjons, Auxquelz mes tiltres resigné :
Beaulx enfans et droiz comme jons Les voyant, m’en dessaisiné,
Cens recevoir leur assigné,
Seur comme qui l’auroit en paulme, À ung certain jour consigné,
Sur l’ostel de Gueuldry Guillaume ;
Quoy que jeunes et esbatans Soient, en riens ne me desplaist :
Dedens trente ans ou quarante ans Bien autres seront, se Dieu plaist.
Il fait mal qui ne leur complaist ; Iz sont tres beaulz enfans et gens ; Et qui les bat ne fiert, fol est,
Car enfans si deviennent gens.
Les bources des Dix et Huit Clers Auront ; je m’y vueil travaillier :
Pas ilz ne dorment comme loirs Qui trois mois sont sans resveillier.
Au fort, triste est le sommeillier Qui fait aisier jeune en jeunesse, Tant qu’en fin lui faille veillier, Quant reposer deust en vétee Si en escrips au collateur
Lettres semblables et pareilles :
Or prient pour leur bienfaiteur, Ou qu’on leur tire les oreilles.
Aucunes gens ont grans merveilles Que tant m’encline vers ces deux ; Mais, foy que doy festes et veilles, Oncques ne vy les meres d’eulx !
1 Îtem, donne a Michault Cul d’Oue Et a sire Charlot Taranne Cent solz (s’ilz demandent: « Prins ou? »
Ne leur chaille ; ils vendront de manne) Et unes houses de basanne, Autant empeigne que semelle, Pourveu qu’ilz me salueront Jehanne, Et autant une autre comme elle,
Item, au seigneur de Grigny, Auquel jadis laissay Vicestre,
Je donne la tour de Billy Pourveu, se huys y a ne fenestre
Qui soit ne debout ne en estre, Qu'il mette tres bien tout a point.
Face argent a destre et a senestre :
Il m’en fault et il n’en a point.
Item, a Thibault de la Garde. Ÿ Thibault ? je mens, il a nom Jehan;) / Que luy donray je, que ne perde? 4/ (Assez ay perdu tout cest an;
Dieu y vueille pourveoir, amen!)
Le Barillet, par m’ame, voire!
Genevoys est plus ancïen
Et a plus beau nez pour y boire.
Item, je donne à Basanier,
Notaire et greffier criminel,
De giroffle plain ung pannier Prins sur maistre Jehan de Ruel, Tant a Mautaint, tant a Rosnel,
Et, avec ce don de giroffle,
Servir de cuer gent et ysnel
Le seigneur qui sert saint Cristofle.
Auquel ceste ballade donne
Pour sa dame, qui tous biens a ; S’Amour ainsi tous ne guerdonne, Je ne m’esbaÿs de cela,
Car au pas conquester l’ala Que tint Regnier, roy de Cecille, Ou si bien fist et peu parla Qu’onques Hector fist ne Troîlle.
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BALLADE
QUE VILLON DONNA A UN GENTILHOMME, (1) NOUVELLEMENT MARIÉ, POUR L'ENVOYER A SON ESPOUSE PAR LUY CONQUISE A L’ESPÉE,
A poinct du jour, que l’esprevier se bat, Meu de plaisir et par noble coustume,
Bruit la maulvis et de joye s’esbat,
Reçoit son per et se joingt a sa plume, Offrir vous vueil, a ce desir m’alume, loyeusement ce qu’aux amans bon semble.
Sachiez qu’Amour l’escript en son volume.
Et c’est la fin pour quoy sommes ensemble.
Dame serez de mon cuer sans debat, Entierement, jusques mort me consume.
Lorier souef qui pour mon droit combat, Olivier franc, m’ostant toute amertume, Raison ne veult que je desacoustume,
Et en ce vueil avec elle m’assemble,
(1) Robert d’Estouteville.
De vous servir, mais que m’y acoustume ; Et c’est la fin pour quoy sommes ensemble.
Et qui plus est, quant dueil sur moy s’embat, Par Fortune qui souvent si se fume,
Vostre doulx oeil sa malice rabat,
: Ne mais ne moins que le vent fait la plume.
Si ne pers pas la graine que je sume
En vostre champ, quant le fruit me ressemble. Dieu m’ordonne que le fouysse et fume;
Et c’est la fin pour quoy sommes ensemble.
ENVOI
PRINCESSE, oyez ce que cy vous resume :
Que le mien cuer du vostre desassemble
Ja ne sera; tant de vous en presume;
Et c’est la fin pour quoy sommes ensemble.
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€, Item, a sire Jehan Perdrier,
Riens, n’a Françoys, son secont frere.
Si m'ont voulu tous jours aïdier,
Et de leurs biens faire confrere; Combien que Françoys, mon compere, Langues cuisans, flambans et rouges, My commandement my priere,
Me recommanda fort a Bourges.
se 82 —+
Si allé veoir en Taillevent,
Ou chappitre de fricassure,
Tout au long, derriere et devant, Lequel n’en parle jus ne sure.
Mais Macquaire, je vous asseure, A tout le poil cuisant ung deable, Affin qu’il sentist bon l’arsure, Ce recipe m’escript, sans fable.
ee BALLADE
| h reagal, en arcenic rochier,
En orpiment, en salpestre et chaulx vive, En plomb boullant pour mieulx les esmorchier, En suif et poix destrempez de lessive Faicte d’estrons et de pissat de juifve, En lavailles de jambes a meseaulx, En racleure de piez et viels houseaulx, En sang d’aspic et telz drogues vlimeuses, En fiel de loups, de regnars et blereaulx, Soient frittes ces langues envieuses!
En cervelle de chat qui hayt peschier,
Noir, et si viel qu’il n’ait dent en gencive, D’ung viel mastin, qui vault bien aussi chier, Tout enragié, en sa bave et salive,
En l’escume d’une mulle poussive
Detrenchiée menu a bons ciseaulx,
En eaue ou ratz plongent groings et museaulx, Raines, crappaulx et bestes dangereuses, Serpens, lesars et telz nobles oyseaulx,
Soient frittes ces langues envieuses!
En sublimé, dangereux a touchier,
Et ou nombril d’une couleuvre vive,
En sang qu’on voit es palletes sechier
Sur ces barbiers, quant plaine lune arrive, Dont lung est noir, Pautre plus vert que cive, En chancre et fiz, et en ces ors cuveaulx
Ou nourrisses essangent leurs drappeaulx,
En petiz baings de filles amoureuses
(Qui ne m’entent n’a suivy les bordeaulx).
Soient frittes ces langues envieuses!
ENVOI
Prince, passez tous ces frians morceaulx, S'estamine, sacs n’avez, ou bluteaulx, Parmy le fons d’unes brayes breneuses; Mais, par avant, en estrons de pourceaulx Soient frittes ces langues envieuses |
Re
sm 84 —
Œ, Item, a maistre Andry Courault,
« Les Contrediz Franc Gontier » mande; Quant du tirant seant en hault,
A cestuy la riens ne demande.
Le Saige ne veult que contende
Contre puissant povre homme las,
Affin que ses fillez ne tende
Et qu’il ne trebuche en ses las.’
Gontier ne crains : il n’a nuls hommes Et mieulx que moy n’est herité; Mais en ce debat cy nous sommes, Car il loue sa povreté, Estre povre yver et esté, Et a felicité repute
i Ce que tiens a maleureté.
\ Lequel a tort? Or en dispute.
ne 2e
BALLADE