‹ Les œuvres de Francoys Villon, texte établiChapitre 25 sur 49 · BALLADE DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT · texte numérisé non relu

BALLADE DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT

J ù E j'ayme et sers la belle de bon hait,

’en devez vous tenir ne vil ne sotP Elle a en soy des biens a fin souhait.

Pour son amour sains bouclier et passot; Quant viennent gens, je cours et happe ung pot, Au vin m’en fuis, sans demener grant bruit; Je leur tens eaue, frommage, pain et fruit.

S’ilz paient bien, je leur dis : « Bene stat; Retournez cy, quant vous serez en ruit, En ce bordeau ou tenons nostre estat ! »

Mais adoncques il y a grant'deshait,

Quant sans argent s’en vient couchier Margot; Veoir ne la puis, mon cuer a mort la haït.

Sa robe prens, demy saint et surcot,

Si luy jure qu’il tendra pour lescot.

Par les costés se prent, «c’est Antecrist »

Crie, et jure par la mort Jhesucrist

Que non fera. Lors j’empongne ung esclat; Dessus son nez luy en fais ung escript,

En ce bordeau ou tenons nostre estat.

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Puis paix se fait, et me fait ung gros pet

Plus emflambé qu’ung vlimeux escharbot.

Riant, m’assiet son poing sur mon sommet, Gogo me dit, et me fiert le jambot.

Tous deux yvres, dormons comme ung sabot.

Et, au resveil, quant le ventre luy bruit, Monte sur moy, que ne gaste son fruit.

Soubz elle geins, plus qu’un aiz me fait plat; De paillarder tout elle me destruit,

En ce bordeau ou tenons nostre estat.

Vente, gresle, gelle, j’ay mon pain cuit.

le suis paillart, la paillarde me suit.

Lequel vault mieulx? Chascun bien ne) L’ung vault autre; c’est a mau rat mau chat.

Ordure amons, ordure nous assuit ;

Nous deffuyons onneur, il nous deffuit,

En ce bordeau ou tenons nostre estat.

€, Item, a Marion l’Idolle Et la grant Jehanne de Bretaigne Donne tenir publique escolle Ou Pescollier le maistre enseigne.

Lieu n’est ou ce marchié se tiengne, Si non a la grisle de Mehun ;

De quoy je dis : « Fy de l'enseigne, Puis que lPouvraige est si commun ! »

Item, et a Noel Jolis,

Autre chose je ne luy donne

Fors plain poing d’osiers frez cueillis En mon jardin ; je l’abandonne.

Chastoy est une belle aulmosne, Ame n’en doit estre marry :

Unze vings coups luy en ordonne Livrez par la main de Henry.

Item, ne scay qu’a l’Ostel Dieu Donner, n’a povres hospitaulx ; Bourdes n’ont icy temps ne lieu, Car povres gens ont assez maulx.

Chascun leur envoye leurs os.

Les mendians ont eu mon oye ; Au fort, ilz en auront les os :

À menue gent menue monnoye.

| ( Item, je donne a mon barbier, Qui se nomme Colin Galerne, Pres voisin d’Angelot Perbier, Ung gros glasson (prins où ? en Marne),

Affin qu’a son ayse rene) De lPestomac le tiengne près Se l’yver ainsi se gouverne, Il aura chault l’esté d’après.

Item, riens aux Enfans Trouvez; Mais les perdus faut que consolle.

Si doivent estre retrouvez,

Par droit, sur Marion l’Idolle.

Une leçon de mon escolle

Leur liray, qui ne dure guere.

Teste n’ayent dure ne folle ; Escoutent ! car c’est la derniere.

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