CHANSON
u retour de dure prison, Ou j'ai laissié presque la vie, Se Fortune a sur moy envie,
{1) Ou Bergeronnette. Certains éditeurs la dénomment : Rondeau.
Jugiez s’elle fait mesprison !
Il me semble que, par raison,
Elle deust bien estre assouvie Au retour.
Se si plaine est de desraison
Que vueille que du tout devie,
Plaise a Dieu que l’ame ravie
En soit lassus en sa maison, Au retour !
ee
€, Item, donne a maistre Lomer, Comme extraict que je suis de fée, Qu’il soit bien amé (mais d’amer Fille en chief ou femme coeffée, Ja n’en ayt la teste eschauffée)
Et qu’il ne luy couste une noix Faire ung soir cent fois la faffée, En despit d’Ogier le Danois.
Item, donne aux amans enfermes, Sans le laiz maistre Alain Chartier, A leurs chevez, de pleurs et lermes Trestout fin plain ung benoistier, Et ung petit brain d’esglantier,
Qui soit tout vert, pour guipillon, Pourveu qu’ilz diront ung psaultier Pour l’ame du povre Villon.
Item, a maistre Jacques James, Qui se tue d’amasser biens, Donne fiancer tant de femmes { Qu'il vouldra ; mais d’espouser, riens.
Pour qui amasse il? Pour les siens.
Il ne plaint fors que ses moreeaulx ; Ce qui fut aux truyes, je tiens Qu’il doit de droit estre aux pourceaulx.
Item, sera le Seneschal,
Qui une fois paya mes debtes,
En recompence, mareschal
Pour ferrer oes et canettes.
Je luy envoie ces sornettes
Pour soy desennuyer ; combien, S'il veult, face en des alumettes :
De bien chanter s’ennuye on bien.
Item, au Chevalier du Guet
Je donne deux beaulx petiz pages, Philebert et le gros Marquet,
Qui tres bien servy, comme sages, La plus partie de leurs aages,
Ont le prevost des mareschaulx. Helas ! s’ilz sont cassez de gages, Aller les fauldra tous deschaulx.
Item, a Chappelain je laisse
Ma chappelle a simple tonsure, Chargiée d’une seiche messe
Ou il ne fault pas grant lecture.
Resigné luy eusse ma cure,
Mais point ne veult de charge d’ames ; De confesser, ce dit, n’a cure,
Sinon chamberieres et dames.
Pour ce que scet bien mon entente Jehan de Calais, honnorable homme, Qui ne me vit des ans a trente
Et ne scet comment je me nomme, De tout ce testament, en somme, S’aucun y a difficulté,
Oster jusqu’au rez d’une pomme
Je luy en donne faculté.
De le gloser et commenter,
De le diffinir et descripre, Diminuer ou augmenter,
De le canceller et prescripre, De sa main et ne sceut escripre, Interpreter et donner sens,
A son plaisir, meilleur ou pire :
A tout cecy je m’y consens.
Et s’aucun, dont n’ay congnoissance, Estoit allé de mort a vie,
Je vueil et lui donne puissance,
Affin que l’ordre soit suyvie,
Pour estre mieulx parassouvie,
Que ceste aumosne ailleurs transporte, Sans se l’appliquer par envie ;
À son ame je m’en rapporte.
Item, j’ordonne a Sainte Avoye,
à Et non ailleurs, ma sepulture;
| Et, affin que chascun me voie, Non pas en char, mais en painture, Que l’on tire mon estature D’ancre, s’il ne coustoit trop chier.
De tombel P riens : je n’en ay cure, Car il greveroit le planchier.
Item, vueil qu’autour de ma fosse
Ce que s’ensuit, sans autre histoire, Soit escript én lettre assez grosse, Et qui n’auroit point d’escriptoire, De charbon ou de pierre noire,
Sans en riens entamer le plastre; Au moins sera de moi memoire, Telle qu’elle est d’ung bon follastre :