‹ Les œuvres de Francoys Villon, texte établiChapitre 43 sur 49 · EN FORME DE BALLADE · texte numérisé non relu

EN FORME DE BALLADE

ous mes cinq sens: yeulx, oreilles et bouche, Le nez, et vous, le sensitif aussi; Tous mes membres ou il y a reprouche, En son endroit ung chascun die ainsi :

« Souvraine Court, par qui sommes icy, Vous nous avez gardé de desconfire.

Or la langue seule ne peut souffire À vous rendre souffisantes louenges; Si parlons tous, fille du souvrain Sire, Mere des bons et seur des benois anges! »

Cuer, fendez vous, ou percez d’une broche, Et ne soyez, au moins, plus endurcy Qu’au desert fut la forte bise roche Dont le peuple des Juifs fut adoulcy :

Fondez lermes et venez a mercy;

Comme humble cuer qui tendrement souspire, Louez la Court, conjointe au Saint Empire, L’eur des Françoys, le confort des estranges, Procreée lassus ou ciel empire,

Mere des bons et seur des benois anges!

Et vous, mes dens, chascune si s’esloche; Saillez avant, rendez toutes mercy,

Plus hautement qu’orgue, trompe, ne cloche, Et de maschier n’ayez ores soussy ;

Considerez que je feusse transsy,

Foye, pommon et rate, qui respire;

Et vous, mon corps, qui vil estes et pire Qu’ours ne pourceau qui fait son nyt es fanges, Louez la Court, avant qu’il vous empire,

Mere des bons et seur des benois anges!

ENVOI

PRINCE, trois jours ne vueillez m’escondire, Pour moy pourveoir et aux miens &a Dieu » dire; Sans eulx argent je n’ay, icy n’aux changes.

Court triumphant, fiat, sans me desdire,

Mere des bons et seur des benois anges!

BALLADE

DE L’APPEL DE VILLON OU LA QUESTION QUE FEIT VILLON AU CLERC DU CHATELET

1 UE vous semble de mon appel, | Garnier? Feis je sens ou folie?

Toute beste garde sa pel; Qui la contraint, efforce ou lie, S’elle peult, elle se deslie. / Quant donc par plaisir voluntaire Chantée me fut ceste omelie, Estoit il lors temps de moy taireP

Se feusse des hoirs Hue Cappel, Qui fut extrait de boucherie,

On ne m’eust, parmy ce drappel, Fait boire en ceste escorcherie. F Vous entendez bien joncherieP Mais quant ceste paine arbitraire On me jugea par tricherie,

Estoit il lors temps de moy taire?

Cuiïdiez vous que soubz mon cappel N’y eust tant de philosophie Comme de dire : «J’en appel »P

Si avoit, je vous certiffie,

Combien que point trop ne m’y fie. / Quant on me dist, present notaire :

« Pendu serez! » je vous affie, Estoit il lors temps de moy taireP

ENVOI

PRINCE, se j’eusse eu la pepie,

Pieça je feusse ou est Clotaire,

Aux champs debout comme une he 4 Estoit il lors temps de moy taireP

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BALLADES

EN

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