C. N.N. —Cent Nouvelles Nouvelles
Gom. Pb. de. — Philippe de Gommines.
. Coût, de R. — Coutume de Reims.
Desefa. (Eust.) — Eustache Deschamps.
Dom. — Dominica.
Fer. — Feria.
Maillard. — Sermons d'Olivier Maillard.
Mart. d'Auv. — Martial d'Auvergne.
Menot. — Sermons de Michel Menot.
Ord. — Ordonnances royales.
Path. — Farce de Pathelin.
Rab. — Rabelais.
Serm. — Sermon.
il.— Qui a, il a : proverbe qu'on peut traduire par : possesseur use et abuse.
Abbateur. — Homme à bonne fortune. Abbateur de prime lutte : vert galant heureux en amour, qui triomphe sans peine. (F. lutte). — Maistre Guillaume Tabateur, c'est-i-dire le Gaillard , le Lowelaee. — Dans la 22^ des C. N. N. on trouve aussi Texpression d'abbateur de femmes.
Abattre. — Obtenir les faveurs d'une fenune. Les Italiens disaient abbattere dans le même sens. — Chesne abbatu , beste abbatue : femme qui a cédé à son amant.
Abbé de Saint-Denys.-^W y avait à Reims un couvent de Saint-Denys : mais il est évident que le poète songe ici à la célèbre abbaye sise à la porte de Paris. — Les abbés de Saint-Denys étaient de ricbes et puissants personnages. Ce titre appartient souvent aux hauts dignitaires de l'état. Le luie des abbés de Saint-Denys était célèbre. On les avait vus suivis par 600 chevaux : dans les pompes funèbres qui fermaient les tombes royales y ils se trouvaient en représentation et jouaient un grand rôle. Aussi Goquillàrt mit-il dans la bouche des Parisiens ce propos railleur :
Il ferait an beau personnage Pour être abbé de Saint-Denys.
Il y a peut-être ici d^ailleurs un trait satyrique lancé contre Jean de Yilliers de Groslayes , abbé de Saint-Denys , contemporain de Goquillàrt, personnage influent, premier député de Paris aux états-généraux de 1484, et président de rassemblée.
Abbw. — Erreur. — Âbbusé : fou d^amour, séduit.
Aboie. — Le cerf est aux abbois, il rend ses abbois quand il est épuisé de fatigue et qu^il s'arrête pour respirer : J. de Fouil- Loux. — Pauvreté mfa en ses abois : pour parler en vrai veneur, le poète aurait dû mettre en mes abois. Misère m'a mis à la dernière extrémité.
Aboyant — Plaideur, avocat , criard : ce mot parait venir du bas latin baubare : dont on a fait bauer , bauier , baier , bailler. Rab. dit : abayer. — On nommait à Reims Abaie-mort la cloche des trépassés.
Abréviateur, —Officier de la chancellerie romaine. Les abréviateurs dressaient les rescrits, c'est-à-dire les réponses faites par le pape aux demandes de bénéfices. Leur nom vient de ce qu'ils employaient en écrivant de nombreuses abréviations. Leurs charges étaient vénales , et ils trouvaient moyen de les faire payer à ceux qui avaient besoin d'eux. En 1466, Paul II les supprima^ mais Sixte IV les rétablit : il créa même cinq collèges d'abréviateurs, par les mains desquels toutes les affaires devaient passer. Ges nouvelles charges se vendirent bientôt , et les abus recommencèrent. — Regrets sont abréviateurs : en amour, regrets suivent de près l'obtention des bénéfices. Leur délivrance coûte cher.
Abremoir-Popin.—ll s'agit de la voûte qu'on voyait encore, il y a quelques années , sous le quai de la Mégisserie à Paris. On la nommait Arche ou Abreuvoir Popin ou Papin : elle ouvrait un
large passage aux chevaux qu^oD menait boire à la rivière. Si Ton en croit les poésies de Villon et autres , près d^elle devait se trouver un mauvais lieu.
Abusùm. — Erreur, déraison.
Aehediaere. — Archidiacre. Y a-t-il ici une foute dUmpression ? ou bien le poète a-t-il touIu foire un jeu de mots (hache- diacre) ? Les archidiacres eurent au moyen-flge les pouvoirs des vicairesgénéraux ; au Xy* siècle, ils n^étaient plus que des dignitaires sans pouvoir. — (F. Quille,)
Accointances aeointance. — Commerce, intimité.
AccoUée. — Embrassades , caresses , baisers : ad eollum. — L^accolade de la chevalerie consistait à donner un coup de plat d^épée sur le cou du récipiendaire.
Accoller. — Embrasser, passer les bras autour du cou d^une personne pour la baiser au visage. Rabelais , Goquillart et autres auteurs donnent à ce mot un sens plus expressif.
Accouchée. — Quand une femme était en couches , toutes les voisines se réunissaient chez elle^ on y causait tant et si bien , que chambre d^accouchée au XY* siècle signifiait parloir, lieu de conversation. — Caquet y va comme chez accouchées; parle qui veult. G. Crétin. — Dans Tarrôt rendu par l'abbé des Connards à Rouen , il est question des caquets faits en compagnie d'accouchée. En 1623 , on publiait le Recueil général des caquets de Taccouchée , ou Discours facétieux en huit après-dtnées , avec un Discours du relèvement de Taccouchée, imprimé au temps de ne se plus fâcher. — Où est-ce qu'elle est accouchée? — Il y a peut-être ici un Jeu de mots (à coucher). Au surplus , coucher et accoucher avaient le même sens , comme seoir et asseoir.
Acculer la porte, — La heurter pour la faire tomber en arrière.
Accursius. — François Accurse, célèbre Jurisconsulte mort en 1229, auteur de la vaste collection de lois civiles connue sous le nom de Grande-Glose. — (F. Antitus.)
Acteur. — Ce mot signifiait alors auteur, soit qu^on le fît venir de auctor ou de agere .* on disait, dans le même sens , aulcteur et facteur. Tous nos vieux poètes prennent le titre d^acteur quand ils se mettent en scène , soit pour remplir les intermèdes ou dialogues , soit pour couper par quelques réflexions le récit d'un narrateur , soit enfin pour prononcer la moralité qui tcrmi-
nait chaque représentation théâtrale. Le poète avait le courage de paraître en scène et de reprocher lui-même à la société ses faiblesses et ses infamies.
Action. -» Poursuite : droit de poursuite , exigence. -» Action directe : fondée sur le droit : rigoureuse , mais légale. — Action utile : tiasée sur Téquité. — Action inutile : sans résultat possible. — Faulce action : poursuites frauduleuses , de mauvaise foi.
Adonc, — Donc , allons donc. — Alors, en conséquence.
Aduyre. — De addueere : s'aduyre , s'adonner.
Advance, — De anU et du bas latin abantia, — Mettre radyance en quelqu^un : mettre quelqu'un en avant sur le tapis, en parler. — Bailler l'avance à quelqu'un signiQait le mettre dehors , le tromper. Mart. d'Auv.
Advantageux. — Homme qui se met en avant , qui se fait valoir. — Advantageux en petis faicts : célèbre par des actions sans importance, qui se vante d'actes sans valeur.I Petis faicts est une allusion ironique à l'expression hauts faicts.
Adventurier. — Aventureux : confiant dans le sort, enfant de ses œuvres. Au XY* siècle on nommait ainsi des gens de guerre, sans solde, vivant de pillage. Ils étaient, dit Bran tame, habillés à la pendarde, c'est-à-dire à moitié nus, et affectaient dans leur costume un mélange de luxe et de misère.
Adverlin. — Éblouissement , convulsion, fantaisie, manie. Saint Advertin était le patron des épileptiques, des maniaques, des gens nerveux. Ce mot vient de verligo , verlere.
Adveriir. — Réveiller l'attention.
AdveU' — Reconnaissance de suzeraineté , service féodal.
Advier, — Ce mot ne se trouve pas dans les éditions T. et VT. ; il y est remplacé par le verbe aimer. — Advier est le contraire de dévier. Ce mot peut signifier s'approcher ,* se laisser aller à l'amour. On disait aveaux , aviaux , pour plaisirs , débauches.
Adviser. — Voir , regarder. — Advise Thuys : voici la porte, sauve-toi.
Advocat. — Avocat : Vocalus ad causam sustinendam. Advocat de causes perdues, c'est-à-dire avocat qui perd les
t»ases qu'on lui confie , ou qui se charge de mauvaises causes perdues à l'avance. Au XV« siècle , la moralité des avocats était loin d'être sans reproches. « Âdvoeali, causas injtutas foventes, reddite igilur omnibus debUa, Serm. d^OLiv. Maillabd. » AdvocaU et procumtores sciunt bene deducere processum quosque pecunia parlium veniat ad bunam suam. Invenietis advceatum, pro decipiendutn Deuni et mundum omnia tentare licila et illicita. Mbnot. Feria. 2 et 4. Post 4. dom. quad, — Grand advocat dessous Torme : locution fort ancienne :
Je TÎ qne cascini tous youloit
ÀToir pour gagner sa qaerelle :
Maintenant cbascnn tous appelle
Partout TadTOcat dessonbs l'orme. Pàth.
On nommait juges dessous l'orme les magistrats de village qui tenaient leur audience dans les champs, sous un arbre, comme saint Louis à Vincennes. On finit par donner ce sobriquet à tous les juges dont la juridiction n^avait pas d'importance. Il devint un terme de mépris. Les mots Advocat sous Vorme ont le même sens. De ces vieilles traditions, il nous reste la railleuse expression : Attendez-moi sous Vorme.
Advouer. — De advocare.^ Au moyen-âge , le dergé confiait à des vidâmes ou avoués le soin de conduire ses vassaux à la guerre quand le souverain le requérait. Ces officiers usurpèrent de nombreux privilèges : le concile de Reims , tenu en 1148 , dut les supprimer. Le titre d'avoué resta à ceux qui représentèrent les églises devant la justice. Aussi les tribunaux demandaient-ils à ceux qui venaient devant eux comme fondés de pouvoir , s^ils étaient avoués (advocati). Au XV« siècle, avouer signifiait non-seulement confesser , reconnaître , mais ratifier , et les pouvoirs donnés à un mandataire et ce qu^il avait dit et fait en cette qualité. Ost dans ce sens que M* Simon dit à son adversaire qu'il se fasse advouer. Nos codes ont conservé Taction en désaveu. Aux états de 1484 , le chancelier , après son discours , dit au roi : « Sire, Tadvouez-vous ?... — Je Padvoue, » répondit le jeune monarque.
Affaictié, affecté, affectié, — Ce mot s'est écrit aussi affaicté , aflàictié , afeté : il vient de ad et de factus ou de affectus, et signifie feit à plaisir, maniéré, trompeur, prétentieux, coquet.
— Yeux affectés : qui jouent de la prunelle ; regards de coquette.
— M« Jacques Taffaictié , c'est-à-dire le beau parleur , le malin compère.
^/Pfuel. — Du bas latin affigatt, attaché; affixtu, fiié. Épingles de luxe et agrafes : on disait dans le même sens : affiches. Les afflquets étaient enrichis de pierres précieuses , d'émauiy de chiffres et de devises d^amour. La coutume de Reims les nomme parmi les byoui (iiisant partie des propres des femmes.
AffUtoleur. — Les oiseleurs , pour prendre les oiseaux à la pipée y employaient une petite flûte nommée fisiola : aussi les nommait-on aflOstoleurs. On finit par appeler ainsi les mauvais plaisants, les gens rusés, les trompeurs. Rabelais donne au mot affistoler le sens de tromper un mari. Un alfistoleur était un trouble-ménage. ^ Afflstolure : mystification, vexation.
Affoler, — Blesser , frapper k la tète , rendre fou.
Affubler, affuler. — De fibula, agrafe. Attacher, mettre un vêtement. On disait desftibler , et deffuler pour le détacher , roter. Aflùlure signifiait costume , chaperon , manteau. — Menot dit deflùler un bonnet , pour se décoiffer.
Agencer. — De ad gentem, suivant le monde, la mode; s^arranger pour être gentil , pour plaire , se mettre avec soin.
Agu. — Aigu , délicat , piquant , de acutus. ParoUes agues : propos plaisants , agacerie.
Aigrement. — Avec méchanceté, perfidie. — Aigreur, aigrure : perfidie, iiqure.
AiguiUelte. — On appelait ainsi des lacets qui servaient à joindre les pièces d'une armoire ; leur extrémité était garnie d'une pointe ou aiguille d'acier. — On nonunait aussi aiguillettes des nœuds de rubans dont se paraient les gens à la mode : dans ce cas , raiguille , au lieu d'être d'acier, était d'or, d'argent , et ciselée avec soin , ou émaillée. Au XV« siècle , les filles publiques devaient porter sur l'épaule une aiguillette d'une couleur brillante. A Beaucaire et ailleurs , en temps de foire , elles étaient obligées de faire dans une arène des courses publiques. La première arrivée au but recevait pour prix quelques aiguillettes. De là l'expression courir l'aiguillette. Appliquée à une femme , elle signifiait se prostituer, faire la débauche ; appliquée aux hommes, elle voulait dire fréquenter les filles publiques , celles qui portent des aiguillettes. Le mot aiguillette avait encore un autre sens. On sait ce que c'était que nouer et dénouer l'aiguillette, et l'on comprend , dans cette dernière hypothèse , ce qu'on reprochait à une fenune en lui disant qu'elle courait Taiguillette.
Ainçois. — Mais , au contraire.
Àis. — De axis, planche, cloison de planches.
Aist. — De adjutarey secourir : se m^aist Dieu : si Dieu m'aide. (F. Semist Dieu.)
Alemaigne. — L'empereur Frédéric III , prince pacifique, et d'un mérite assez mince, régna de 1442 à 1493. Il ne sut pas défendre contre Louis XI Théritage de lilarie de Bourgogne, femme de son fils Maximilien. C'est sans doute aux conquêtes faites par les Français en Picardie , en Bourgogne , en Franche- Comté , après la mort de Charles-le-Téméraire , que Goquillart fait allusion devant Charles VIII.
Aleure. — Traces de passage du cerf. — Allure , manière d'aller , de marcher.
Allégance, alegance. ^ Faits allégués, droits soutenus.
AUegeanc€,alegeance.^(V, Allegance). Allégeance en droit féodal signifiait secours dû par le yassal au suzerain.
Alléger. •— Du bas latin aïlevare, alleviare : soulager se- ^ courir , guérir.
Allemand. — En 1479 avait eu lieu la bataille de Guinagatte. Les Allemands et les Français s'attribuaient la victoire. Coquillart songe sans doute à cette journée.
Ame. — • Par l'âme ma mère : par l'âme de ma mère. — Y a il âme : 7 a-t-il quelqu'un ici ? '— Sans penser à âme : sans penser à qui que ce soit.
Amender, ammender. ^De emendare : corrige, punir, amender, réformer. — Payer l'amende : s'améliorer, se réformer. — S'amender : devenir meilleur, se rétablir.
AmUj omise. — Ce mot a deux sens et signifie admis , ou mis de côté.
Ammawiîie'faucille (Chapelain d*). — La lame de la foucille se termine par un anneau de fer dans lequel entre le manche. Rabelais et Coquillart font des plaisanteries graveleuses à l'aide des mots manche et emmancher. Il est inutile d'insister sur celle-ci.
Atny, — Amant taeureui. — Parfois on nommait ami ramant tenu en résenre , admis à présenter ses hommages en public. — ^Femme peut prier ses amis : dans le célèbre arrêt rendu par Tabbé des Gonnards , de Rouen , une femme mariée demande et obtient un adjoint au coqjoint qui la néglige.
Angelot. — Monnaie d'or des XI V« et XV« siècles, qui repré* présentait sur Tune de ses (aces Tarcbange saint Michel. — Dans Goquillart , ce mot signifie un petit ange , une apparition gracieuse , un rêve qui platt.
Angleterre, — LVistocratie anglaise a toujours été fière de sa noblesse : sa vanité était proverbiale. Aussi notre poète dit-il que les parvenus qui veulent se donner une illustre origine , se disent issus d^ Angleterre. — Les guerres des XIV« et XV« siècles avaient anéanti ou au moins entravé le commerce entre la France et TAngleterre. Les Anglais étaient bannis des foires du Midi. (F. Onl., 1468). Louis XI permit aux gens de La Rochelle de conduire des marchandises en Angleterre. (Ord., 21 mai 1471.) Peu après , les marchands des deux nations eurent la permission de franchir la Manche , en obtenant toutefois des sauf-conduits de leur souverain respectif. Le traité du 8 janvier 1475 les dispensa de cette formalité pendant la trêve. Le commerce d^exportation et d^importation était donc soumis au bon-vouloir royal. Louis XI fit de cet état de choses un moyen puissant de corruption , et Goquillart nous fait clairement entendre que les sauf-conduits se donnaient aux députés complaisants. — On allait chercher en Angleterre des laines , des cuirs , de la chair de porc fumée, du plomb, de Pétain, du charbon de roche (de terre) et du fromage. L^Écosse et Tlrlande fournissaient des laines, des cuirs, du suif. En 1484, quand la réaction eut lieu, les États- Généraux protestèrent contre les privilèges concédés aux ftivoris de la couronne. Voici ce qu'ils dirent : « Touchant le fait de marchandise , qui est cause et moyen de fiiire venir richesse et abondance de tous biens en tous royaumes , pays et seignoreries, et sans laquelle la chose publique ne se peut bonnement entretenir, semble aux gens desdits Estais que le cours de la marchandise doit estre entretenu franchement et libérallement par tout ce royaume , et quMl soit loisible à tous marchans de porter marchandises tant hors le royaume ès-pays non contraires au roy, que dedans par terre et par mer. »
Annelet. — Petit anneau , gage d*amour. On y écrivait des devises , comme : Mon cueur avez. — Annelets , vous m'entendez bien : allusion à ces devises , aux pensées qui s'y ratta-
chaient. En les faisant jouer autour des doigts , les amoureux savaient s^entendre.
Annonciation. — Au moyen-âge, les anges étaient représentés avec des chevelures blondes et dorées. Gonune au XV« siècle , les élégants laissaient croître leurs cheveux et les teignaient en jaune , Goquillart leur dit qu'ils sont bons à jouer dans les mystères le r61e de Tange qui vient annoncer à la Vierge qu'elle sera mère du Christ.
Ante. — Tante : de avilus, avila^ amila. On disait aussi antin et hantin pour oncle. Aller voir sa belle ante, c'était aller se promener au hasard , ou sans dire où on allait. Rabelais dit , dans le même sens , aller voir son oncle. On dit encore : mettre ses meubles chez sa tante , pour les vendre en secret ou les déposer au Mont-de-Piété.
Antioche. — (F. Passion,)
Antique. — Authentique : jeu de mots.
Antitw. — Dans les éditions postérieures à celles de Trepperel et de sa veuve , ce nom a été remplacé par celui d'Aocursius. C'était peut-être celui de quelque professeur inconnu de nos jours. Dans les XV« et XVP siècles y on s'en servait pour désigner les faux savants , les érudits ridicules. Il pouvait signifier Ane têtu , entêté , homme à paradoxe. Les trois noms cités avec celui-ci sont sérieux : j'ai donc cru devoir mettre Accursius au Ueu d'Antitus. Cependant , comme Goquillart vivait dans un pays de droit coutumîer , et que le juge-rapporteur finit par donner tort au droit romain , il est possible que l'auteur ait voulu tourner en ridicule les princes du droit écrit. — Rabelais emploie aussi Antitus dans un sens satyrique.
Antoine (Saint). — On nommait feu Saint Antoine une maladie inflammatoire, analogue à la gangrène. Elle brûlait le corps. Dans le XIIP siècle , un ordre de religieux se voua à la guérison de ce mal redouté. A la fin du XIV<> siècle , l'archevêque Guy de Roye appela cet ordre à Reims, et lui donna un hôpital d^à placé sous l'invocation de saint Antoine. Mais les nouveaux hospitaliers songèrent plus à leurs intérêts qu'aux souffirances des malades, et pendant les XV« et XVP siècles , les archevêques et la commune de Reims ne cessèrent de lutter contre l'égoïsme des Antonins. Aussi n'est-ce peut-être pas sans intention que Goquillart dit souvent : « Saint Antoine arde le tripot , arde
la monture , etc. » Cette locution se lit aussi dans les auteurs contemporains : c'est un souhait de malheur.
Àoumé. — Orné. Adomatus.
Apensée de fait — Guet-à-pens. On disait aussi un guet apensé. Pensalœ insidiœ. — Apenser venait de petuare ad, réfléchir , peser , méditer.
Apostat irrégulicr. — Moine qui jette le froc aux orties , religieux qui secoue la régie de son ordre. Goquillart yeut dire que de son temps les bénéfices ne sont pas la récompense du mérite et de la yertu. 11 reproche au pape de les conférer à des religieux indignes , à des prêtres sans conduite. Le mot irrégulier est Topposé de régulier , qui voulait dire soumis à une régie, observant une règle en conscience. Les chanoines de divers collégiales et les membres de quelques ordres portaient le titre de réguliers.
— En amour , comme en matière de bénéfices , infidèles et mauvais sqjets , s'ils sont riches et puissants , sont mieux traités que tous les autres.
Apothicaire. — Du grec apothèkè : boutique. — L'apothicaire était le boutiquier par excellence , le marchand vénéré comme Esculape. Dans le XIV« siècle , il n'y avait guère à Reims qu'un seul apothicaire , et il avait son étal au marché. Du temps de Goquillart , ce commerce avait pris plus d'extension , et la concurrence avait conseillé mille friponneries. Aussi le poète compare-t-il les perfidies de l'amour à l'ouvrouer d'ung apothicaire. Le prédicateur Maillard , dans son 34« sermon, tonne aussi contre les vols commis par ces industriels. Jusqu'alors ils avaient été trop peu nombreux pour former un corps de métier , et ils avaient pu se soustraire à toute discipline. En août 1484, une ordonnance mit un terme à cet état de choses. Il constitua les apothicaires en corporation , et leur défendit, sous peines siévères, d'user de (aux poids , de balances complaisantes , et de vendre des drogues avariées ou sans vertu.
Appelation. — Appel, pourvoi devant un tribunal supérieur.
— L'appellation déclarée déserte, était celle dont l'abandon était proclamé.
Appetisser. — Diminuer, réduire.
Appetiz. — Désir , volonté , caprice.
Applicant , appliquant. <— Celui auquel un bénéfice est con*
féré. Gomme il en touchait les revenus , il était soumis à toutes les charges qui y étaient attachées. Ce mot était fort à la mode du temps de Goquillart ("V* Pragmatique J j et se prétait à la plaisanterie. Jehan Molinet nomme terribles appliquants les gens de guerre qui pillaient les campagnes. — Appliquante : femme qui a reçu le prix de ses fayeurs et qui doit dès-lors les octroyer, comme celui qui a touché les rentes d^un bénéfice doit en supporter les charges.
Appoinctemenl. — Accord , transaction. Jugement qui déclarait les parties contraires en foit et leur accordait le droit de &ire enquête et contre-enquête : ord. d'oct., 1446. — Fournir à Tappoinctement, c^était, en style de procédure, établir par écrit ses faits et prétentions : Goût, de Reims , 2« partie , chap. Y, art. 8. — Appoinctement signifiait aussi frais, dépenses d^une maison , d^une personne : fournir à Tappoinctement , dans ce sens, était subvenir aux besoins de quelqu^un.
Âppoincter, appointer. — Arranger , mettre d'accord : mettre en bon point , habiller : fournir : ordonner une enquête. — Si les parties sont contraires en faict et que la mathière ne se puisse décider sans examiner les faicts , le juge les appoincte à bailler par escript leurs fiiicts et raisons devers la Court , à jour certain et compétent. Coût. deR., 1481, 2« partie, chap. Y, art. 3. — Appoincte : traité , servi à point.
Apport. — Dot des femmes et héritages recueillis par elles pendant le mariage. Coût, de R.
Apprivoiser la femelle. — Séduire une femme par des cadeaux ou de doux et galants propos.
Arc àjaletz. — Petite arbalète destinée à lancer des cailloux ronds nommés jalets ou galets, et usitée dans les XY* et XYI^ Siècles. — Jalet peut venir de jaculari , jaculatum.
Archediacre. — V.A chediacre. lies témoignages des poètes et des historiens se réunissent pour accuser dUnconduite le clergé du XY* siècle : il y avait sans doute de nombreuses exceptions ; mais le scandale était poussé si loin, que les prédicateurs même n'hésitaient pas à le dénoncer. Domini justitiarii, cognoseitis m les maquerelles ? Domini Ecclesiœ servitis vos de Ulis^ etc. MfilfOT. Feria Tl, post dneres.
Archeprestre. — Doyen des curés d'un canton , d'un diocèse, dignitaire d'un chapitre.
Ârchier. — CfaMpie commune devait alors fournir au roi un archer. Comme ces gens de guerre étaient exempts d^impdts, on les nommait francs-archers. Par la même raison , ils se prétendaient nobles , et affectaient de se donner des airs de gentilshommes. Ils se croyaient tout permis , ne payaient rien, débauchaient les femmes , enlevaient les Jeunes filles et pillaient les campagnes. Leurs excès lassèrent la patience des peuples , et en 1480, le roi les cassa. Les Suisses les remplacèrent.
Àrier, — Brûler. On disait ardre et ardoir.
Argus. — Argutie , subtilité , argument.
ArmCj armes, — A cette époque guerrière et galante, la langue des tournois venait en aide au vocabulairs de Famour : on disait, en style de galanterie , aller aux armes, jouer des armes , fournir des armes , la passe-d'armes. Coquillart fait plus d^une équivoque de ce genre.
Armé. — Sans être armé ne pied ni cap , chascun le fait : c'est^-dlre , sans être armé de pied en cap , sans préparatif , naturellement et sans effort.
Armerie, — Armoirie , écusson , devises. Fleur odorante dont ' on faisait des bouquets et des guirlandes pour décorer les dressoirs et les buffets aux jours de fête : on en parsemait le plancher des salles de danse. Mart. d'Auv. , dans V Amant rendu cordelierj a donné à armerie le sens de parfum. Le 33« arrêt rendu par la Cour d'Amour parle d'une armerie à seize pompes qu'une dame attache à sa quenouille.. Elle l'avait reçue d'un galant. Il s'agit sans doute d'un bouquet à seize pompons, ou d'une plante à seize rameaux fleuris. — On nonunait armerie et armoirie une espèce de giroflée.
Amoul f Danse du jour Saint J. —Ch&qae état avait son patron. Saint Amoul était celui des maris trompés. On disait d'un époux malheureux qu'il logeait Hètel Saint-Amoul. En Champagne , le hanneton au front garni d^antennes corniformes avait nom Amoul ; la fleur d'orme , dont le hanneton se nourrit , s'appelle Pain d'Amoul. Rabelais écrit tantôt Arnould, tantôt Hemoux dans ce sens. Il y eut plusieurs saints du nom d'Arnoul. Sans doute l'un d'eux eut de mauvais jours à passer en ménage. -^ A Reims , rae du Barbàtre , s'élevait une croix dite de Saint-Arnoul. Elle marquait la place où un prêtre de ce nom fut assassiné : il avait abandonné sa femme pour entrer dans les * ordres. Celle-ci tenait vivement a ce que la légende nomme
delidas malrimonii^ et pour punir son époux (Ugitif) elle le fit assassiner. Ces faits se passèrent peu après la mort de saint Rémi. Ils ont pu motiyer le patronage dont jouissait saint Arnoul. Sans doute au moyen-Age , à cette époque où les moeurs étaient grossières et sans pitié , le jour de la fête dudit saint on fiiisait danser, bon gré mal gré , les maris mécontonts et ^i avaient lieu de Pétre.
Arquemie. — Alchimie. Au XV» siècle , la chimie cherchait avant tout à faire de Tor. Les gens sages considéraient ccunme chimériques de pareils travaux et les tournaient en ridicule. On nommait Talchimie Tart qui mine, Tart qui n^est mie bon. Eust. Deschamps , dans sa foble du Pot au lait ^ dit : « Faire de Talchimie , en marmousant des rêves d^or. » Faire Tarquemie aux dens est une expression analogue. Rabelais dit aussi : « Faire ralchimie avec les dens. » On a donné à cette locution diverses interpellations. On a cru qu'elle signifiait manger peu par économie , et conserver ainsi son argent ; avoir à peine de quoi vivre , et manger lentement pour tromper la faim. Dans tous les cas , elle s'applique aux gens qui n'ont pas d'or et qui en désirent.
Arrachasse'bfx>de. — On nommait brode une espèce de pain commun fait pour le pauvre peuple. Un arrachasse-brode est un homme qui pille et ruine le peuple. Ce sobriquet désigne les hommes d'armes débandés et les brigands. ( F. ces deux mots.) Elle s'applique aussi aux collecteurs et aux fermiers de l'impôt. Charles VII n'avait jamais levé plus de 1,800,000 liv. d'impôt ; Louis XI , à la fin de son règne , en exigeait 4,700,000 , au moins. — Le pays de Reims fut alors cruellement exploité , et plus d'une fois les Rémois offirirent de payer une somme importante et annuelle si le roi voulait les débarrasser des officiers du fisc. Charles VIII , par lettre du 1« juillet 1484, leur fit remise de quelques impôts pour les indemniser. « Des pilleries et rançonneries qui ont été faites par aulcuns , eux disans commissaires de feu nostre seigneur et père, sur les manans et habitans,
et mesmement sur les plus puissans et aisés lesquels, au
moyen de ce , ont esté si très fort apovris et desnués de biens, qu'ils ont esté et leurs enfans en graût péril de tomber en mendicité. » Le mal était général , et Menot tonne contre : « Domini les impositionneurs qui rodunt , comedunt et pillent les pouvres marchans. »
Arrache-boyaux, — (r. Arrachati^-hrode)
Arrérages. — Rentes échues dont le paiement était arriéré. : On écrivait aussi arriérages. On donnait ce nom à la dette con-
Jugate non acquittée. Le bon payeur d^arriérages était Thomme toiyours prêt à satisfaire la créancière. Rabelais et Martial d^ Auvergne usent de cette locution. — Arrérages du temps de la royne Marie. Marie d'Aniou , femme de Charles VU , mourut en 1463. Chacun sait que son Tolage époux se piqua peu de lui payer exactement ses arrérages. Coquillart Joue peut-être aussi sur les mots Marie et mari. — Arreraiges dus par le mari^ parce qu^ils sont échus de son temps. Il y a ici une allusion aux coutumes du XV* siècle, en matière de rentes et de bénéfices. Les rentes personnelles ne pouyaient être exigées que du débiteur ; de même le possesseur d^un bénéfice devait seul les arrérages échus pendant sa possession. Quand il était dépossédé , le créancier ne pouvait les demander qu^à lui ou à sa succession , parce que ces charges étaient personnelles. Coquillart assimile le mari au bénéficiaire. Cette plaisanterie est continuée dans Tarrêt rendu par Tabbé des Connards : la femme réclame ses arrérages ; mais le mari répond « qu'en matière de corvées n^y écheoyent pas d'arrérages f par conséquent ny en mariage , où les baisers et accollements de mari à femme ne sont que pures corvées. » En droit féodal, la corvée non exigée à Téchéance ne pouvait plus se réclamer.
Arrière satin. — Elégant qui lait fi du satin dont la mode est passée.
Ars. — Arcs.
Art. — Métier, savoir Cure, bonne grâce. Science du droit d'amour , des choses à la mode.
Article. -— Conditions d'un contrat. Faits articulés en justice.
Artiste, — Maître ès-arts, qui cultive les arts. A Tuniveisité on noHmiait artistes ou artiens les écoliers qui étudiaient les beaux-arts. Ils formaient une classe à part.
Asne {Mainer V). — Rabelais use aussi de cette expression : elle signifie peut-être conduire la monture des autres, tenir la chandelle Jouer un rêle ridicule. — {Voyez Chevaucher.)
Aspergés. — Goupillon. En revanche on donnait aux asperges le nom de goupillon. Rabelais nomme le membre viril aspergés. Coquillart peut avoir la même idée.
Aspre. — Acharné : aspre après la joi^je. Vert galant infatigable. — {Voyez Gouge). — M. d'Auv. dit : baiser asprement, c'est-à-dire avec feu.
Assailleur. — Demandeur en justice. Celui qui attaque.
Assaisonné (Mal)* — Maltraité par le sort.
AssauU. — Trois, pers. sin. de Tind. prés, de assaillir.
Assermenté dessus un crible. — En justice les témoins prêtaient serment sur TErangile ; celui qu^on prétait sur un mbie passait au travers. Goquillart tourne en ridicule la prestation de germent : Louis XI avait appris au peuple à en tenir peu de compte.
Asseur, — Assuré. Ad securus.
Assez. — Ad satis. Beaucoup , en sufGsance. Asseï assez : toujours , beaucoup , encore.
Assises. — Tribunal temporaire où Ton rendait la justice au nom du roi dans les pays soumis aux vassaui de la couronne. Le bailli royal qui le présidait, faisait annoncer son arrivée à son de trompe. L'autorité royale finit par gagner du terrain , et les bailliages royaux devinrent fixes et permanents. Les baillis des seigneurs tenaient aussi leurs assises , c'est-à-dire qu'à certaines époques de Tannée ils jugeaient les différends de leurs administrés. Le mot assises-vient sans doute de ce que le juge était seul assis dans Tauditoire : au XV' siècle on disait aussi d'un procès qu'il était assis devant tel juge.
Alour. — Parure j coiffure de tète :
Poor portoyent attoors à ces fins
Qui estoyent si déliez et fins
Que on veoit leurs beaulx cheveux. Mart. d*Aiiv.
Aioumé. — De ad omatus. Paré, coiffé. Haulte atoumée : femme dont la coiffure eist haute. Au XV* siècle les dames adoptèrent des coiffures de grande dimension : « elles portaient cornes merveilleuses , hautes et si larges , que pour passer aux portes il fallait se tourner Et se mirent sur leur teste bourrelets à manière de bonnet rond qui s'amenuisoit par-dessus de la haulteur de demie aulne ou de trois quartiers de long. Aucunes les portoient moindres, et déliez couvrechiefs par-dessus , pendant par-derrière jusques à terre. » —Monslrelel 1467.
^lout. —Avec, en même temps.
Altaincte. — Altcinlc. But qu'on veut atteindre.
AUekr. --Ad telum. Attacher deui chevaui au trait d'une Toiture. — La langue erotique s^est emparée de cette expression. Béranger s'en sert dans la chanson des Gueux. — Dans la 71* des G. N. N. un mari rentre chez lui et constate Tattelée d^un chevalier et de sa femme.
Atlincté. — Ajusté. Gostumé. Paré. On disait dans le même sensattiffé, attintelé, attincé, attainté.
AHour. — fV. alour.J A tout son attours. Toute coiffée. Attour signifiait aussi autour , suite de gens, de domestiques.
Audiencier de faits nouveaulx. — On nommait alors audienciers ou grands-audienciers , des officiers de la chancellerie chargés de lire et publier les ordonnances et les lettres-patentes , au fur et à mesure de leur expédition. Ils devaient aussi faire apposer le sceau de l'Etat sur toutes ces pièces. L'expression employée par Goquillart est un troit lancé contre la paresse de la chancellerie. Les affaires mises entre les mains de ses officiers n'en sortaient que vieilles de dates.
Audivû — J^ai bien entendu , Taffaire est entendue. — Audivil- —Les officiers comptables présentaient leurs états à un magistrat de la cour des comptes. Aux termes de Tordonnance de 14tf4 , celui-ci devait constater qu'il avait réellement entendu et écouté le compte soumis à son examen. Il était tenu d'en faire mention au bas de la pièce , par une formule où se trouvait le mot audivit ou un terme équivalent. Venait ensuite la taxe des allocations et récompenses accordées au comptable. Goquillart, en disant qu'il n'a pas eu grand audivil, se plaint d'avoir été mal payé de ses peines.
Aumotisnière de vieux naveaulœ, — Il y a ici une de ces plaisanteries grossières trop fréquentes dans Goquillart : elle est expliquée par les autres titres donnés au quatrième témoin. — Les dames portaient des aumônières , c'est-à-dire des bourses où elles mettaient les monnaies destinées aux aumônes. Le mot aumônière signifie ici charitable, complaisante, dont le coeur s'ouvre comme une bourse. Quant aux vieux naveaulx , ce sont les vieux galants.
Autel. — Tel t de la même manière. On disait boire d'autant et d'autel. Gette locution , appliquée à certains prêtres , formait un jeu de mots satyrique.
Autentique. — Authentique : Les authentiques sont les lois
collectées et promulguées par Justinieu sous le nom de noTelles. Coquillart, praticien dans un pajs de droit coutumier, raille sans cesse ceux qui citaient le droit romain à chaque instant et souvent mal à propos.
Avalée. — Mise en bas, à val, advallem, aflàissée, en ruines. — Chaperon avalé , baissé sur les yeux , ou rejeté en arrière. L'ordonnance de Juin 1467 nomme avaleurs de vin les journaliers qui descendent le vin à la cave.
Avau. — A val, en bas. Fouiller avau sa maison , c.-à-d. du haut en bas.
Aveaux (Par mes). — Ce mot a divers sens. Il signifiait ayeulx,
de QVtttf — chute , ruine , misère; de à val — dépenses, folies, débauches. Mart. d^ Auvergne, dans V Amant rendu cordelier, emploie aveaux pour galanteries , amourettes.
Aviser, s'aviser. — Regarder, avoir une idée, prendre un parti. S^aviser au contraire , faire une supposition contraire ; prévoir le cas opposé.
Avitaillé pour le hutin. — Quolibet grossier : Rabelais ne l'oublie pas ; quand il décrit la braguette de Gargantua il dit : « Si estoit elle bien guarnie en dedans et bien avitaillée » — On peut aussi lire comme sMl y avait à viz taillé : viz alors voudrait dire visage. — Hutin signifie marteau : au figuré c^est un des mille noms du jeu d^amour. (V. Hutin.)
Avoire. — Avoir , richesse.
Avoyer. — Mettre sur la voie ; ad viam ; vouloir , songer , exécuter.
Aymant. — Aimant , qui attire le fer : drogues d'apothicaire ne sont bonnes que pour attirer chez lui Targent du public.
Ayde (Protester de (ou^<;/ ^ Réclamer l'appui de tous les pouvoirs judiciaires.
Ba ba ba font ces gobinetles. — Rruit des lèvres d'une bouche mignonne , surtout quand elle parle bas.
JBabaleUj Sabelu. — Ce mot parait venir de /afru^an, causer.
faire des contes. Dans les XIII» et XIV siècles on disait fauvelue pour fcble. — Babiller, babillard et babelu ont la même origine. — On disait papclu pour donneur de belles paroles^— fiiire le babelu c'est faire l'aimable , conter fleurettes , amuser les autres.
Baehus. — Quelques éditions portent Bacus On doit prononcer comme sHl y avait bas-cul. Il faut porter dorer Baehus : c'est-à-dire , une femme pour entretenir son luxe est obligée de vendre ses faveurs pour de Tor. A Reims on nommait bacchusles individus dont les Jambes étaient courtes. On Jouait alors à un Jeu nommé cul-bas, ou bas-cul. Rabelais a fait plusieurs équivoques à raide du mot Baehus.
Ce furt icy qae mireot à bas cuU JoyeuMemeut quatre gaillards pions , Pour banqueter en l'honneur de Bacchns, BeuTant à gré comme beaux carpions. Rab.
BaHnfFaire laperruqueauj -Lesélégants se teignaient les ebeveui :
A Paris un Us de béj aunes
Lavent troys foi* le jour leur teste
Affin qu'ils ayeut leurs cbcTCulx jaunes. Coq.
Il leur fallait donc un bassin , ou une cuvette. On disait : les cheveux blonds comme un bassin, c'est-à-dire couleur d^or ou de cuivre briUant.
Bacquel. — Les trippes se vendaient dans des bacquets. Aussi le poète cite-t-il les baquets des trippières comme des tonnes d'injures ordurières.
Haaue.- Paquet, bagages, mobilier, marchandises : ord. d'Août 1467. On disait : se rendre vie et bagues sauves. -Anneau à mettre au doigt. On connaît l'histoire de Tanneau de Hans Carvel : aussi bague signifiait-il aussi femme galante. Rabelais donne aux filles pubUques les sobriquets de baguasse, bague à tous doigts. - Anneau , gage d'amour ou d amiUé.
Badin - Diminutif de Balde,Bade, Bauld : plaisant. - Bade dans la légende de Pierre Faifeu, signifie : tour , plaisanterie. - Le Badin éta t IVcteur qui , dans les moraUtés et les mystères, se chargeait d. faire rire la foule. - C'est par dérision que CoquilUirt donne ce nom aux avocats, acteurs comiques ou tragiques suivant les cas.
BaUkr. - Donner, Uner. -La bailler belle : myslifler,
jouer un tour. — En baîRer d'une : faire un conte en l'air , en donner à croire. — Bailler le picotin : satisCure les désire périodiques de Tamour.
Baillera (Tanneguy de), — Aucun de ces deux noms ne peut s^appliquer aux grands échansons du roi contemporains de GoquiUart. QuVt-il voulu désigner? Guillaume Gochinart était échanson du roi. Pierre du Taillf, aussi échanson du roi, et son commissaire sur le foict de Tartillerie , yint à Reims en 1477. Il obtint par de violentes menaces ce quMl voulait : « Si vous ne m'obéissez , » disait-il aux rémois , « par le corps de Dieu je me deschargerai sur vous et à vostre très-grant desplaisance : combien qu^n toutes choses je vous voulsisse faire plaisir, en celles qui touchent le roy je n'ay point d^amis. » — Tanneguy Duchastel, neveu du fameux guerrier du même nom , était un des favoris de Louis XI. Il partagea les dépouilles du cardinal de la Ballue. — Tanneguy de Baillera signiGe peut-être Tanneguy le gascon : qui promet de donner.
Bailleur. — Balleur, joueur de paume.
Bail ie. — La coutume de Reims mettait l'orphelin noble mineur sous la protection de ses ascendants ; s^ils étaient tous décédés, on lui donnait un tuteur ou baillistre. Gelui-ci recevait du conseil de (kmille le bail, la baillie ou la garde noble de Tenfant. Tous les biens meubles de son pupille devenaient sa chose. Il avait aussi Tusufruit des immeubles. Il devait élever le mineur, payer seg. dettes , entretenir ses immeubles , les lui rendre au jour de la majorité , et lui fournir un équipage complet selon sa postlion. Malgré les avantages faits aux baillistres , la baillie était considérée comme une charge : aussi Coquillart dit-il que c^est folie de prendre quelqu'un en sa baillie , quand on n'est pas son parent ou son héritier.
Baillifs. — Au moyen-ége ils représentaient la puissance royale dans les pays soumis au régime féodal. Us conduisaient la noblesse à la guerre et jugeaient en dernier ressort les aflfoires examinées d'abord par les juges seigneuriaux. De là les baillis do robe et les baillis d'épée. Ghacun d'eux avait son ressort. Son tribunal était la seule sauvegarde offerte au peuple contre l'arbitraire des juges féodaux. Aussi les baillis royaux fiirent-ils de grands personnages tant que dans chaque ville la monarchie n'eut pas établi des magistrats rendant la justice en son nom.
Baing. -— Le bain était alors le préliminaire habituel des plaisirs d'amour. On se baignait ensemble et sans vêtement dans
une eau parfumée. Les C N. N. nous donnent plus d'un exemple de ce voluptueux usage. — Au XV* siècle les maisons de bains publics, ouïes estuves, étaient de mauvais lieux. « Domus de estuves, domtw diffamatœ. Menot. et alim. » « Turonissunt estuffes ubi est plain bordeaux ; nec est dictinetioviri et mulieris. Fer. Il Post. 111. Dom. quad.
Baldus.^ Vient Balde de Vbaldis, jurisconsulte italien, mort en 1400. On est peu d'accord sur son mérite. De son nom on a faitditron le diminutif baldetus, baudet. Dans sa tfl« nouvelle , Bonaventure Despériers le tourne en ridicule et le nomme tormentatorjuris. Goquillart le cite parmi les quatre auteurs qui ne veulent pas laisser cumuler le pétitoire et le possessoire , et auxquels il donne tort. — fV. AntitusJ
Bc^llade. — Pièce de vers composée ordinairement de quatre strophes : les trois premières devaient avoir huit vers, il n'en fallait que quatre pour la dernière; la quatrième se nommait renvoi ou le prince. (F. ce mot). Chaque strophe devait se terminer par le même vers , c'était une espèce de refraûi ; la difficulté était de le ramener naturellement. Les ballades se récitaient et se chantaient.
Bander. — Tendre. Bander aux reins. Il est inutile de commenter réquivoque qu'on peut ici reprocher à Goquillart.
Bandier. •— Echarpe, banderolle. Bande signifiait drapeau; se mettre en bande s'était s'enrôler sous un drapeau.
Banière. — Chaque corps de métier avait sa bannière , chaque bannière avait sa place marquée dans les cérémonies publiques pour prévenir les discussions de préséance. Dans les processions les places les plus honorables étaient celles qui se trouvaient dans le haut, c'est-à-dire près du saint Sacrement. Dans les tournois les bannières des chevaliers devaient se placer plus bas que celles des rois et des princes. Planter trop haut sa bannière c'est se placer plus haut. qu'on ne le doit, c'est se vanter mal à propos.
Bannissement. — Ce mot vient de ban , cri public ; le crieur public se nommait bàndier. On appelait ban le territoire soumis dans la même ville à chaque autorité seigneuriale ; celui qu'on en chassait était banni. Il y avait à Reims un grand nombre de bans. Certaines seigneureries , celle du trésorier du chapitre par exemple, se composaient d'une seule maison. — Coquillart^ en
faisant bannir de Tbôtel de sa maîtresse la servante qui lui a pris son bel ami , tourne en ridicule ces menus fieCs qui morcelaient les grandes communes.
Banquet — Salle de bal garnie de bancs ou de banquettes. . — Table de festin : alors les tables étaient longues , on mettait un banc de chaque côté. On nommait nappes de banquet celles qui étaient longues et étroites.
Bansler. — Il faut peut-être lire basler , bailler , c'est-à-dire regarder. On dit encore bailler aux corneilles. — fV. Bransler.)
BarbefoUtle. — Jouvenceau , blanc-bec. Les offices se donnaient trop souvent à des fils de famille , aussi jeunes qu'incapables.
Barbeler. — Parler dans sa barbe, tout bas, murmurer. Dans la farce de Palhelin on dit barbelotter dans le même sens.
Barbier, — Les statuts de cette profession à Reims furent rédigés en 1473 pour la première fois. Les barbiers devaient savoir morceler , raire (raser) , pignier , roignier et foui Hier la barbe , seignier , tondre et sourcillier. Il n'est pas question du grand art de faire les perruques dans ces statuts. Le mot était donc nouveau du temps de Goquillart.
Barbière (Prieure de longue) . — Cette expression se trouve commentée par un couplet provençal cité dans le Rabelais du Panthéon littéraire : Noustra catin , sa camisa stouea (percée] na pas ben spetassa (raccommodée), si monstre soun zinzin , et lou zinzin de la catin n'a pas sa barbon fatche et semble oun capuccin.
Barbute (Chanoine de longue). — Cette locution rappelle ccll& de prieure de longue barbière. (F. barbière). On nommait barbute ou barbue une coiffure de guerre , un vêtement de tète fait comme le chaperon de nos dominos , et porté l'hiver par les voyageurs et les gens de campagne. La barbute coiffait aussi la tête des pénitents, des moines de certaines communautés, et des chanoines de quelques chapitres. La partie qui tombait devant la figure se terminait en pointe comme la barbe. Les chanoines de Reims portaient l'hiver des coiffures garnies de fourrure , aussi les nommait-on les gros bonnets. — Coquillart se moque peutêtre aussi des règlements qui, à diverses époques, fixèrent la longueur et la forme que devait avoir la barbe des ecclésiastiques.
Dans la M« des C. N. N on lit Thistoire d'un curé qui, pour contrarier son évéque, s'amuse à porter sa barbe tantôt courte, tantôt longue, tantôt rasée d'un seul côté.
Barde. — Armure de guerre portée par les chevaux. Cheval couvert de fer.
Baron d'Anjou.^ La province d'Anjou, réunie définitivement à la couronne en 1480, en avait été détachée trois fois. La noblesse de ce pays avait suivi ses ducs en Angleterre et en Sicile. Elle avait été comblée de titres et de dignités^ et son orgueil éUtt devenu proverbial.
Bas. — Parties sexuelles. — Bas , adjectif. Mari bas devant : impuissant, froid. Dans Tarrét rendu par Tabbé des Gonnards on lit que les lois du Levant permettent aux hommes la polygamie , et que les lois du Ponent , vu Timpuissance du mari , autorisent les femmes à prendre un adjoint. — Sentir son bas percé : être en mauvais état , près de sa fin , comme un tonneau presque vide il (aut le percer en bas pour le vider.
Basane. — Peau commune, grossière et noire. Sa surface était raboteuse et se ridait facilement.
Basme. ~ Baume , balsamum. C'était basme : c'était plaisir de voir la fenrnie et le mari se quereller.
Basions, battons. — Armes, lances, piques. Battons à feu : armes à feu. Canon. En 1472, Reims acheta quinze bastons à feu appelés couleuvrines. — Bastons à feuroydeset chaux : équivoque qu'il suffit de signaler. Gilles d'Aurigny, dans son arrêt sur le fait des masques^ fiiit une plaisanterie du même genre : il parie des mignons qui viennent masqués faire danser les damoiselles : ils sont gamys d'espées , poygnards , et autres bastons invasibles, sans les invisibles et cachés en Lurs braguettes qui sont plus dangereux que les autres. — Bastons bescus comme bistardes : hallebardes dont le fer portait à la partie inférieure des crocs aigus et tranchants, semblables à des becs d'outarde : bescu veut dire fait comme un bec. Bistarde , vient de avis tarda, outarde. Cette sorte d'arme se nommait aussi bec à corbin. En 1478 , Louis XI se donna une garde de cent gentilshommes nommés les becs de corbin, parce qu'ils portaient des hallebardes de ce genre. — Grands battons : lances.
Batre , battre. — Frapper , faire du bruit. Battre le pavé : marcher avec bruit , se promener. Battre les buissons, les frapper
avec une baguette pour en faire sortir le gibier. Aller tout battant : aller vite , tambour battant , le cœur battant. Les écus font battre les culs , Jeu de roots grossier. Battre a ici le sens de coigner : on disait battre monnaie. — (V. Coigner et Monnaie.)
Batte. — Baguette de bois terminée conmie une cuiller, et employée par les apothicaires.
Baud , baude, — Joyeux , gaillard. On disait baudementpour gatment. Ribaud est le superlatif de baud.
Baudais (Porte). — Porte sise à Paris près de régU3C Saint- Gerrals. Elle avait dans Torigine fait partie de l'enceinte de la ville, et elle avait fini par s'y trouver comprise; p^ès d'elle se tenait un marché. C^était au XV<» siècle le rendez -vous des oisifs et des nouvellistes. Son nom qui s^écrivait aussi Baudès et Baudetz, se prétait aux plaisanteries. — (V. Droits.)
Baudier. — Lisez bandier ou baudrier.
Baudrier^ bauldrier. — Escharpe , ceinture. Monstrelet constate sous la date de 1467, que les dames se mirent à porter des ceintures de soie plus larges que par le passé. Les baudriers contenaient des poches où Ton mettait de l'argent ou de menus objets. Le contenu de ces poches se nommait une baudrillée. Hommes et femmes portaient des baudriers. Les baudroyeurs les faisaient.
Baufftée. — On disait aussi balfirée , balafre. Ce mot signifiait coup de dent , blessure. On nonunait baulfreurs les gourmands. BaufTrer c'était manger avidement.
Bave. — Moquerie, caquets, propos. On dit tailler des bavettes pour caqueter. Bavard vient de bave.
Baver. — Bavarder : de fabulari.
Baveresse, baveuse. — Bavarde.
Basile ("Curé de sainte). — Equivoque grossière fondée sur la première syllabe du mot. — fF, Bas.)
Beau, beUe. — Ce qui plaît, ce qui est utile, à propos. — Aimable , gracieux , bien-aimé. Dans ce dernier sens on disait belle-mère, beau-cousin. Sioneust esté beau pour mirer : si on eût voulu me regarder, l'occasion était belle. On disait de môme : il faisoit beau voir.
Beau sire. — Mari trompé : Rabelais. Dans la43<' desC. N. X. Une femme infidèle traite son mari de Jean beau sire.
Beaulee. — Au XV* siècle ce territoire était mal cultivé. La Bausse est maigre pays , sec , inutile et de petite valeur. Chron. du temps de Louis XI. — La misère des gentilshommes de Beauce était proverbiale. B. Despériers s^en moque dans sa 74« nouvelle. On disait : Gentilshommes de Beausse restent au lit pendant qu'on raccommode leurs chausses. — Desjeuner tous les matins comme les escuyers de BeauIce, c'est ne pas déjeuner. Rabelais, après avoir raconté comment la célèbre jument de Gargantua détruisit les forêts de Beauce , qjoute : Quoy voyant Gargantua y print plaisir bien grand , sans aucubiements'en vanter > et dist è ses gens : Je trouve beau ce, dont fust depuys appelé ce pays la Beauce. Mais tout leur desjeuner fût par baisler (bailler); en mémoire de quoy, encores de présent , les gentilshommes de Beauce desjeunent de baisler , et s'en trouvent fort bien , et n'en crachent que mieux.
Beauvais. — Je ne sais ce que pouvait être la drille de Beauvais. Le galant est dans un grenier ; il regarde par une lucarne. La nuit est noire, et on ne voit rien. Peut-être, au lieu de drille, y avait-il grille dans le manuscrit ? Au XVe siècle, une des prisons du Châtelet à Paris se nommait Beauvais. Le Mignon peut se croire en prison. Il y avait aussi à Paris un collège de Beauvais , fondé en 1370 par J. de Dormans, évêque de Beauvais et chancelier de France. Goquillart fait peut-être à cette institution une allusion que je ne saisis pas.
Bec. — Bouche , langue, visage. — Bec à bec : face à lace. Repaistre du bec : payer en paroles. Un tour de bec : doux propos, baiser, courte conversation. — Tendre le bec s'il vient à goust : avancer la bouche pour donner un baiser , si le désir en vient. Cette locution peut avoir un sens plus expressif. — Mettre au bec de quelqu'un des tricdondaines : lui dire des injures à la face. — Bec ouvert : langue bien pendue. Coquillart dit que la Rusée est Parisienne : les femmes de Paris passaient pour causer volontiers et avec esprit :
Prince, aux dames parisiennes
De bien parler donne le prix.
Qaoiqu^on die d'Italiennes,
Il nVsl bon bec que de Paris. YiLLOzr.
Bec ewfverl. — Lisez : bec ouvert. Bec d'outarde : fer de lance garni dans sa partie inférieure d'un crochet semblable à un bec d'outarde. Bec à brouet : gourmand.
BecquilUm. — - Petit bec.
Becquu, — Qui a un bec : semblable à un bec.
Bedeaux. — Ce mot parait venir de pedellw , fontassin , Talet de pied. On nommait bedeaux les bas officiels de l'Université : ils lui servaient de sergents et assignaient ceux qui devaient comparaître devant son tribunal. Un d'eux eut Taudace, en 1462, d'assigner ainsi deux conseillers de la Cour des Comptes. Il fut arrêté ; mais TUniversité suspendit ses cours , lâcba ses écoliers dans Paris , et contraignit le Parlement à faire mettre en liberté le hardi bedeau. Goquillart reproche aux bedeaux leur insolence •t leurs habitudes railleuses. Ils étaient exempts d'impôts , À condition qu'ils ne vendraient que des livres ou des manuscrits. Ils furent nos premiers libraires.
Bedon. — Tambour, instrument de musique. « Tabours bedonnoient. J. Marot. » — Bedon voulait dire aussi joueur de tambour, musicien. On appelait de même un homme gros comme un tambour. De bedon on a fait bedaine, bedondaine, gros ventre. Bans la 70" des G. N. N., Bedon signifie membre viril.
Bée. — Béant, ouvert. A gueuUe bée : à bouche ouverte, à haute voix. Béer voulait dire aussi bailler. Rabelais dit : « A gueulle baye » dans le même sens. Une baye est une ouverture faite dans un mur.
Behùire. — Tempête , querelle. SUl faut quHl y ait behistre : fi^il faut qu^on plaide sérieusement :
Apiès fonldre , esclitre (esclair) , Tempeste > behistre. J. Maeot.
Béjaune. — Bec jaune. Jeune oiseau dont le bec est encore entouré de pellicules jaunes. On donnait ce nom aux écoliers qui venaient aux cours de l'Université pour la première fois , aux novices , aux jeunes gens sans expérience , aux étourdis. Dans la Farce de la Pipée , un des acteurs qui joue le rôle d'un jeune homme au cœur inflammable, à la tête légère, a nom jaune bec. On lui demande, pour continuer la métaphore^ s'il veut voler sans ailes.
Bélistre. — Mendiant, gueux, vagabond, soldat débandé. De Tallemand bettlerj mendiant, ou de balistariuSj arbalétrier. Souvent ces gens de guerre désertèrent pour vivre de maraudages.
Bender. — fV. BanderJ. Se bender : s'échauffer l'imagination, tendre sa volonté , ses désirs.
Benedicite. ^Dans le Monol de la Boite d$ Fotn, ce mot désigne la prière qui précédait le repas. Rabelais en fait une injure, en disant d'un imbécile qu'il est du 14e BenedicUe. Le 14e verset du cantique des Enfants dans la fournaise commence par : Bénédicité amnes bestias et pecom , Domine. — Benedicite est le premier mot de la confession : on le disait souvent quand on allait faire un aveu, un acte sérieux; on sous entendait Domine. Dans ce sens , Mart. d'Auvergne dit :
Dire tous pouvez hardiment Cy loabx le BeneMcUe Yostre Tonloir et pentemeut.
Les lois canoniques et civiles défendaient de Jurer par le diable. Aussi , quand on oubliait cette prohibition , s'empressait-on de se mettre sous la protection du Seigneur :
... Le diable en lieu de ly
A pria mon drap pour moy tenter!
BenedicUe Fatces de Pathelia,
Tel est le sens du Benedicite de maître Simon.
Bénéfice, — Revenus attachés à un office ecclésiastique. Co • quillart , témoin de la cupidité avec laquelle laïcs et prêtres se disputaient les biens de TÉglise , n'a pu s'empêcher d'en (aire l'objet de ses Justes railleries. Il compare les bénéfices aux faveurs des femmes galantes : « De la partie du dict défendeur estoit dict que par long temps il fust nommé par l'Université d'amours aux premiers bénéfices qui vaqueroient au diocèse. >» 5" arrêt d'amour. Mabt. D'Auv. — Rénéfice d'inventaire. L'héritier sous bénéfice d'inventaire n'est obligé, vis-À-vis des créanciers du défunt, que jusqu'à concurrence des forces de la succession. Il emploie l'actif à solder le passif. Quand tout est payé , les valeurs qui restent lui appartiennent. Aussi Goquillart dit -il que le Mignon, deduclo œre alieno , est resté à dame Alison.
Beneisson. ^ Bénédiction.
Benoistier. — Bénitier. Avoir sa part au benoistier : être de la même paroisse, de la même confrérie. — L'ung sert de sel au benoistier; l'un fournit aux dépenses d'une femme galante; l'autre a ses faveurs gratis.
Bergière, — Sorte de danse. Elle doit son nom au titre ou au premier mot d'une chanson.
Bernage. — Ce mot vient de baronage et signifie suite d'un roi, ses gens, ses vassaux. i
Aintfi le roy iTCcqnes tont son bernaige
Et des plos grands de son ruyal Ugnaige
Passe les monts.... J. Marot.
Ce mot signifiait aussi suite d^un grand personnage , compagnie d'hommes d^armes. Dans la Passion publiée par If. Jubinal, un centurion nomme ses soldats chevaliers de bamage. — Sortez de vos nobles bemages : c^est-à-dire laissez vos gens de guerre , votre suite de lances , de pages et d'écuyers ; la paix est faite.
Bené. — Bercé , consolé. Bers signifiait berceau. Ce mot vient de venus, vetiere, agiter. On agite le berceau pour endormir reniant.
BerthoUe. — Bartole. Jurisconsulte italien, mort en 1356, célèbre par la vivacité de son esprit et la fermeté de sa logique.
Bescu. — En forme de bec ou de crochet.
Besoing. — Besoin, nécessité , travail , chose utile. Faire besoing : rendre des services , être indispensable.
Besongne. — Travail, affaire^ sujet de conversation , amour.
Besongner, — Travailler , faire Tamour. Besongner en terre molle : même sens. — Labourer en terre molle. Rab.
Besser. — Baisser.
Bestail (Trouver). — Trouver des amours faciles, des femmes galantes.
BesiB, — Boiste , boite , coffret.
Beste à deux dos C Faire laj. — Image erotique qui n^a pas besoin de commentaire.
BibU' — Le livre par excellence, la vérité pure. Guyot de Provins, moine de Gluny, auteur d'une satyre mordante, la nomme bible , parce qu'il prétendait ne dire que des vérités. Voici son début :
Don siècle pnaut et orible M'estuet conimencier une bible, Por poindre et por aiguilloner lit por grant essarople donner; Ce n*e8t pas bible losengière ^ Mez fiop, et voire, et droicturière.
Bk ( Fouir de bic et de bec). —Il faut peut-être lire de hic et ilehec, fouir par ici par là, comme on peut. Coquillart peut avoir aussi Joué sur le mot bec. Cette locuUoa voudrait dire alors se défendre du bec à coups de paroles.
Bieoquet. — Goiflùre militaire. La chronique du temps de Louis XI parle d^un archier breton qui avoit en sa teste un bieoquet garni de bouillons d^argent doré. Coiffure de luxe portée par les bourgeois et les dames. —/"F. la Légende des tapisseries de Nancy. J
Bidault de culUbutte. — 11 y avait À Reims une flaraille du nom de Bidault. Jean Bidau ou Bidault était vidame de Téglise de Reims vers 1453. Est-ce lui que Coquillart a voulu désigner?
Bien. — Bien public : qui est utile à tous. Bien inique : on forge ung nouveau bien publique. Allusions aux mots bien public dont les princes abusèrent pour engager le peuple dans la guerre laite à Louis XL Ils mirent bas les armes dès que leurs intérêts furent satisfaits. Quant au populaire , on trouva qu^il était inutile de s'en occuper : nil sub sole novi.
Biens vacants. — La fortune des individus morts sans héritiers et sans avoir testé, appartenaient à la couronne; aussi Coquillart dit-il que Dame Alison n^ayant pas laissé d'héritiers, le roi lui succéda tout en gros.
Bien. — Au XV* siècle , de nombreux et sévères édits punirent les blasphèmes et les serments. Citons celui du 14 Octobre 1460 : La première fois on était puni de 20 s. t. d'amende et d'un mois de prison , au pain et à l'eau. La deuxième fois le coupable était mis au pilori , et on lui fendait la lèvre supérieure avec un fer chaud. A la troisième fois on le reconduisait au pilori , et on lui fendait la lèvre inférieure. En cas de quatrième condamnation , on lui coupait la langue. Ceux qui reniaient Dieu étaient conduits au pilori la troisième fois. La quatrième, on leur perçait la langue avec un fer chaud , et la cinquième , on la coupait. Les simples serments étaient punis d'amende , de prison et même du pilori en cas de récidive. 11 est probable que ces dispositions étaient habituellement comminatoires. En jurant , on cherchait à sauver les apparences et on substituait le mot Bien au mot Dieu : de là les jurons tels que parbieu , pardienne, ventrebleu. Il est probable que Coquillart a toujours mis Bieu pour Dieu, et que c'est à tort que quelques-uns de ses éditeurs ont rétabli le nom de Dieu. On plaisantait sur ces concessions
que la crainte ou la piété arrachaient à la colère et aux tnU' Taises habitudes. «Vertu bleu (pensez que c^était par un)), messire Jean , qui vous a ici fait venir ? ] 62« Nouv. Bon. Bs- PÉRiERS. Goquillart jure pour signaler et fronder un des 9us de son siècle. Les Etats-Généraux de 1484 demandèrent Tapti-cation des lois contre les blasphèmes et les serments inuties.
Bigarré. — Ce mot paraît venir de bis variaius. On ncnmait garreau un animal de deux couleurs , bigarreau une ceise rouge d^un côté et jaune de Tautre. Au XV* siècle , les homies d^armes portaient des vêtements mi-partis, c'est-à-dire, lar exemple , noirs à droite et rouges à gauche , ou rayés de dux couleurs. Ces raies allaient de Tépaule au pied et avaient partais la largeur de la main. Les Suisses, vainqueurs à Moret,à Granson et à Nancy, étaient alors les gens à la mode. Ils étaiot entrés au service de France à la fin du règne de Louis XI , et )n les citait k toute occasion. Coquillart en parle souvent. Leirs hocquetons étaient de deux couleurs : aussi le poète dit-il : « Bigarré comme un hocqueton de Suisse. » Les autres homnes d'armes avaient adopté cette mode.
Bigot j bigoUe. — Fou, ignorant. Ce mot signifiait aussi cligieux , très-dévot : en général , il était pris en mauvaise paît. Quand les Goths embrassèrent l'hérésie d^Arius , l'Église cath)lique lança contre eux ses foudres. On les dénonçait au mépris et à la haine des populations. Le nom des Goths devint odieux : m en fit une injure. Bigot vient de vilis Golhus, ou de bis Gothts, comme cagot de kakos Gothus , magot de mahus Golhus. De Gothus on a fait gueux. — fV. ce moi.J
BilletUs. — Il y avait k Paris, rue Saint-Avoye, une chapele dont Torigine remontait à 1294. On la disait bâtie sur les ruities de la maison d^un Juif, mis à mort pour sacrilège. En 1299, elle fût remise à des religieux, remplacés en 1346 par des membres de Tordre de Saint- Augustin. Les hospitaliers de la Charité- Notre-Dame leur succédèrent bientôt. Pendant les XIV, XV« et XVIe siècles ils ne cessèrent de vivre dans le désordre. On ne put les réformer , et en 1631 , on les expulsa. Leur maison fat donnée aux carmes : elle s^appelait le couvent des Billettes. Ce nom parait remonter aux premières années du XV® siècle. — On ne sait d'où il vient : c'était aussi celui d^un jeu :
Jtem , et si ne jouet ez An jeu de mon amour avez, . A la queleoleu, aux billettes. M. D*Auy.
4ioi qu'il en soit , le couvent et la rue où il se trouvait étaient ma' famés. Les femmes qui les firéquentaient passaient pour chsher des aventures galantes. C^est dans ce sens qu'il (aut conprendre les passages où GoquUlart parle des Billettes.
Mêe, — Vent du Nord , vent de la tempête, orage politique, guère , désirs d'amour. G^est dans cette dernière acception du mo que CoquiUart dit : « Quand bise vente. » Rabelais emploie ausi cette locution dans le même sens. Tous deux rappliquent aui désirs de la femme. Au XV« siècle on nommait bise ou veit tous les caprices féminins. — fV. Vent,,)
)istarie. —Outarde, avU larda. Cet oiseau était alors commin dans les plaines voisines de Reims.
flâne f Petit J. — Menue monnaie valant alors 1 d. t.
Blanc- scellé. —Pouvoir en blanc revêtu du cachet royal. Cm qui le recevaient remplissaient le blanc suivant Texigence dei cas. Louis XI remettait souvent des blancs-scellés à ses officies de confiance , et ceux-ci en abusèrent en mainte occasion poir Justifier leurs vols et leurs violences. Les États-Généraux de 14S4 protestèrent énergiquement contre cet abus. La queue du blanc-scellé était une bande de parchemin tenant d'un bout À k pièce contenant les pouvoirs , et portant à son extrémité le sciau qui lui donnait le cachet de Tauthenticité :
Frères Bemfle et damp Frémin Sur la qaeae de leur parchemin Leur baillent leur beau blanc-scellé.
C'est-à-dire que les deux moines donnent aux dames qui les visitent la permission illimitée de faire des fautes, et leur accordent à Tavance des indulgences plénières et sans condition. Peut-être le poète fiut-il ici une grossière équivoque : il suffit de la signaler.
Blasme (C'estoit). — C'estoit chose honteuse ou ridicule.
Blason. — Ce mot signifiait éloge , traité , discussion , description , déluit , hmgage. — Blaser , blasonner , c'était proclamer, causer, plaider. Blason de cour : langage des cours, eau bénite de cour. Bhison des dames et des armes : débat des armes et des dames. Revenir sans blason , c'était revenir sans prévenir, sans tambour ni trompette.
Bocqwt. — Bosquet , bouquet de fleurs. — Trancher le bocquet d'amour : couper un bouquet de fleurs pour l'offrir à sa bien-aimée. Couper des branches pour planter le mat fV. Mai-J
^offumer f Se).— 'Rougir f bouffir de colère. Dans les G. N. N< on dit bouffer de colère. Villon dit : bouffé de la Tie , pour fatigué de yiyre. Se boffumer peut venir de bouffer et de fumer : Fumer signifiait avoir des vapeurs , être en colère.
BoijeU, boete. — Petite boite. Coftiret où Ton mettait son argent. En 14t3 on nommait à Reims botte commune le trésor des corporations.
Boing (A l'aide du). Cette locution est ce qu'on appelait un vilain serment. Il était puni aussi sévèrement que les autres : Ord. des 7 Septembre 1415 et l«r Décembre 1437. (V. BimJ, Le boing n'est autre que le diable ; ce nom vient de bovinus. Rabelais nomme mouches bouines celles qui piquent les boeuft. Le diable s'appelait boing, parce qu'il était cornu comme un bœuf. On le nommait aussi babouin.
Bois. — Long bois , gros bois : lance.
Boite aux drogues. — Maillard , dans ses sermons , reproche aux belles de son temps l'usage du fiird. — On lit dans les cris du mercier..
Si ai tôt Tappareillement Dont femmes fait forniement....^ Ere (ean) rote dont se forbissent; J*ai qaetin dont ens se rougissent; Vax blancbet dont eus &e font blanches.
• Bona dies. — Bonjour : les clercs et les écoliers affectaient
de se parler latin. A bona dies la réponse était : et vobis. Menot, dans son sermon pour le premier dimanche du carême , nomme écuyers de bona dies les Jeunes gens ennemis du travail , qui passent la vie à se promener et à saluer les dames.
Bondine, bondon. — Bouchon ; goulot de la bouteille qui reçoit le bouchon. A Reims on nommait bonde ou bondon de grosses pierres trouées au centre , servant de limites aui différents bans seigneuriaux. La rue dite du Trou-du-Gul devait son nom à la présence de l'une de ces bondies. Bondon , bondine signifiaient aussi parties sexuelles. Rabelais nomme le nombril bondine ou boudiné. — Du haut jusqu'au bondon, aussi droite qu'un Jonc : droite des épaules au bas du corps. — Femme large à la bondine, large des hanches.
Boni face ('Le temps), — L'Age d'or : le temps où tout le
monde était bon , bienCusant , où toutes les faces respiraient le
bonheur et la bonté.
Bonnement —En bonne foi : à coup sûr : sans crainte. Utilement.
BùnMt. — On nommait bonnet une espèce de drap qui servait k faire les cbapperons. — Bonnet gras : bonnet sale. — Bonnet rond de docteur : toque d'un docteur en déccet : titre qu'avait Coquillart.
Bon. —Limites^ frontières.
Bimeher la léU (StJ. — Se la couvrir.
Bùucherie {Entendre la). — Lisez i'aboucherie , c'est-à-dire l'art de s'aboucher \ la diplomatie.
BmdavM. — Ventre , estomac.
B<mge , bùugetle. — De bulga .* bourse , sac , poche , chambre, chambrette , haut-de-chausses, braguette. Aagé dans une plaine bouge; pouvant remplir une bourse de ses années, très -Agé.
Boulle fTenir pied à). — Faire des efforts pour se tenir debout et ferme sur une boule : c'est peine perdue ; on finit toujours par tomber.
Bourdeaulx (Diocèse de). Equivoque facile à saisir. Dans le Xy« siècle on nommait par dérision les rois d'Angleterre rois du Bordelois : tant que les Anglais possédèrent Bordeaux, le nom de cette ville fût l'objet de mille phiisanteries grossières. Elles n'eurent que le mérite d'être nationales. Les ord. du XVe siècle donnent aux lieux de débauche les noms de bordieux , bourdeauxetbourdellerie. On appelait borde ou bordel toute petite maison isolée.
Bourdtm. — Vielle ou cornemuse ; sons bas produits par ces instruments.
B0U8SU. — Bossu.
Bout. — Membre viril, (r. Lingerei). — Bout de rue , coin de place. Maison écartée , mauvais lieu. Chambre de derrière.
Bouter, — Pousser à bout, irriter, blesser, vexer. — Se bouter : se mettre à une chose , l'entreprendre avec ardeur.
Brahsler. — Ebranler , remuer. Le branle était une sorte de danse. — Faire bransler couvrechiefs : se foire regarder par des dames coifiées de couvrechiefs , larges et hauts, usités au XV^
siècle. Le moindre signe de la tête faisait foire un grand mouyement à la coiffure.
Bmnsg, — Ce mol ne se trouve que dans Téditioti T. Les autres éditeurs lui ont substitué celui de Beau-sire. —Je ne sais ce que veut dire le mot bransz. — Les monologues de Coquiliart paraissent faits pour être récités dans des salles où l'on venait pour danser, puisqu'Àla fin il invite les musiciens à jouer un air de danse. Le mot bransz veut peut-être dire en branle , en mouvement. Le branle était une sorte de danse.
Brasser, — Faire de la bierre. — Brasser des mariages : fiiire le métier d'agent matrimonial, négocier des mariages. G. d'Aurigny , dans son arrêt sur le fait des masques , use aussi de cette eipression.
Braye^ Brayère^ Bmyes. — Haut-de-chausse. Caleçon qu'on mettait sous les haut-de-cbausses , ou seulement pendant la nuit. — On disait aussi braje , brague, et braguette. — Le matin oster la brayère : Coquiliart place cette locution au moment où le héros du Monologue de la Boite de Foin dit que le matin, après avoir couché avec sa dame, on a bientôt fait de s'habiller et de se sauver. Pour que cette phrase ait un sens , il faut que brayère signifie caleçon de nuit. Mais est-it vraisemblable qu'un galant apporte è un rendez-vous d'amour un caleçon de nuit? Si on donne au mot brayère le sens de haut-de-chausses , au lieu du mot Ater il fondrait lire remettre. Brayère a peut-être deux sens comme braguette^ et signifie à la fois le contenant et le contenu : dans cette hypothèse le vers dont s'agît est focile à comprendre. -^Tenant à ferme vieilles brayes : tenir à ferme , c'était acheter au roi le droit de percevoir un iropêt , ou prendre à bail une propriété rurale. Bray , brei , braye , signifiaient aussi boue , crotte , immondices. Tenir à ferme vieilles brayes, c'était donc exploiter comme fermier ou comme agent du fisc , des ordures ou de vieux hauts-de-chausses.
Brébançon. — Brabançon : c'est dans les XIV* et XV« siècles que la Flandre et le Brabant atteignirent le maximum de leur puissance. Les Brabançons, pendant près de deux siècles, tinrent tête aux rois de France et aux ducs de Bourgogne. Aussi Coquiliart devaitril les citer parmi les nations belliqueuses de son temps.
Breton brelonnant. — Bas breton, parlant breton. On disait bretter pour parler breton \ brette signifiait bavarde , parce qu>fe»
prétendait que les bretonnes aimaient à jouer de la langue. — Brette voulait dire épée. La valeur des bretons était proverbiale. Avec le XV* siècle finit Tindépendance de la Bretagne. Son dernier duc , François II , mourut en 1488. Il avait pris part aux guerres qui troublèriilit le régne de Louis XL Dans nos luttes contre les Anglais , plus d\in breton combattit pour les fleurs de lys. La bretagne fournit à cette époque trois connétables de France.
Brevet. — Minute d'un acte. Expédition d'une obligation dé- . livrée au créancier.
BrkolU. — Diminutif de bricbe : engin , ressource , moyen. — BricoUe signifiait fronde, machine de gqerre, filets, et au figuré : tours, ruses, caresses trompeuses. — Faulces bricolles : fourberie, mensonge.
Brigade. — Troupe de cavaliers , de jeunes gens : joyeuse société. On disait tenir brigade pour tenir compagnie.
Brigage. — Brigue, querelle, émeute, procès, intrigue, caquets. Brigueur , dans Rabelais , signifie tapageur. On disait à Reims dans le même sens brigeux, brigueux.
Brigant. — Ce mot vient de brigue et signifie partisan. Dans les Xiy« et XV* siècles, on nommait brigands des bandes d'aventuriers qui vendaient leurs services à ceux qui en avaient besoin. Indépendants et débauchés, ils pillaient les campagnes, et firent si bien que leur nom devint synonime de voleur. Ils désertaient leurs drapeaux et vivaient dans les forêts. De là Texpression de brigands de bois employée par Ooquillart pour les distinguer des brigands au service du roi. On les nommait aussi feuillants , parce qu^ls couchaient sous les feuilles. — La brigandine était une cuirasse légère qu'ils avaient adoptée.
Briol (ParMomieur Saincl-Briol-des-Vauî^J. — Pierre de Laval , archevêque de Reims en 1473 ^ fut d'abord évêque de Saint'Brieuc-des-Vaulx en Bretagne. Ce prélat avait conservé le titre d'évêque de Saint-Brieuc comme commendataire , c'est-àdire qu'il touchait les revenus de cet évéché. C'est avec intention que Goquillart prête au Gendarme cassé un serment inusité en Champagne. Peut-être M. de Laval avait-il Thabitude d'employer cette locution. N'est-ce pas une manière de lui reprocher le cumul de dignités qui devaient être incompatibles ? Quand le gendarme use de ce juron , il reproche aux jeunes gens de se promener avec des bottes à éperons , tandis qu'ils n'ont ni chevaux ni juments.
Le poète fait peut-être allusion à une anecdote concernant Pierre de Laval. Ce prélat mourut en 1493.
Broche. — Pieu , dard , éperon , membre viril. — Tendre la broche harnachée : être prêt au combat d^amour. Embrocher. Brocher signifiait mettre en broche , percer. Rab.
Brocquar. — Brocard , sentence, raillerie.
Brode. — Pain commun , fait pour les pauvres gens. fV. Arrachasse-Brode )
Brots. — Brocs : pots de vin. Broche.
Brouer le terrien. — Il est peu focile d^eipliquer nettement cette locution. Le mot brouer faisait partie de Targot des voleurs au Xy« siècle. On le trouve dans les ballades écrites dans ce langage par le poète Villon , et adressées à ses compagnons :
ITyaift qni seront attrax>cz :
Bien tost seront broaez au halle.
Il veut dire que les voleurs assez sots pour se laisser prendre , seront mis au pilori des halles. Ailleurs il excite ses camarades à brouer sur les passants, c.-à-d. à tomber dessus. Coquiilart veut dire que le mignon culbuta le guet et le mit en fuite. Brouer le terrain serait donc rouler sur le terrain , ou se battre en se sauvant à toutes jambes. — Brouer la rivière c'était la côtoyer. Dans ce sens brouer le terrain serait suivre ses bords ] se sauver le long du mur.
Brouet. — Potage , met. — A tel brouet telle sauce : à chaque action ses conséquences. Avec toilette ruineuse , gène et misère.
Brouette. — Voiture non suspendue , destinée au transport des immondices et des matériaux.
Brouiller. — Mouiller , salir. Brouillard et brouée signifiaient fumée, vapeur humide. Bruyre voulait dire obscurcir, couvrir de vapeur. — Brouiller le parchemin était un mauvais tour que Jouaient souvent les clercs et les écoliers. Il consistait à renverser un encrier sur le parchemin , de manière à ce qu'on ne pût ni écrire, ni lire ce qui était écrit. Cette locution prétait matière aux équivoques. Dans la 23° des C. N. N. , la femme d'un procureur agace son clerc, et renverse Técritoiredu jeune homme sur ce qu'il écrivait : « Pour ce , dist le clerc , que vous avez répandu mon cornet à l'encre , et avez brouillé mon escripture > je
vous pourrai bien brouiller votre parchemin , et affin que faulte d^encre ne m'empesche d'écrire , Je pourrai bien pescher en votre oomet. » Le clerc fit comme il l'avait dit : <t et crut quMl la pugnist bien, car elle Tavoit brouillé et ne luy fist pas moins : mais ce Ait en autre façon, car elle le brouilla par deshors et à descouvert, et lui la brouilla à couvert et par dedans. »
Brun. — Brunette , étofTe de deuil.
Bruyant. — Renommé , à la mode , qui dit du bruit.
Bruyt. — Gloire , renom , avoir bruyt. Etre en renom , avoir le pas. — Dire bruyt : parler haut , vanter les gais publiquement ou en médire.
Buer. — Laver : à Reims on disait bucrie pour buanderie. En ce lieu les battoirs des blanchisseuses ne cessent de faire du bruit.
Bulle. — Lettre delà chancellerie pontificale, ainsi nommée à cause du sceau de plomb qu'on y attache. Les scelleurs attachaient les buU^ quand les expéditions étaient écrites. — Mélancolies sont les scelleurs, etc., c.-à-d. que les bénéfices d'amour comme ceux du clergé, ne s'obtiennent Jamais sans peine de cœur^ sans foire des sacrifices, qui attristent et donnent des regrets.
Bureau. — Pièce de bure qui servait k couvrir les tables autour desquelles les Juges s'asseyaient : La table elle-même.
Bustarin. — Ce mot signifiait bon vivant , Jeune homme à la mode, ami des plaisirs. Rabelais met les bustarins à côté des friandeaux. On fait venir bustarin debussart, qui signifie tonneau. Sous Charles VII la mode fut un moment de porter des vêtements amples et rembourrés. En donnant ainsi au corps et surtout au ventre une ampleur fictive , analogue à celle du tonneau. Goquillart (kit allusion à cette mode quand il nous dépeint un mari rentrant chez lui et trouvant sur son lit un pourpoint juste et délié, sans rapport avec le sien, qui estoit plus espés deux foys , tàtcj de bourre sus et soubz , et fait à la vieille mode. — (V. Bustarin.)
Cahi caha. » Tant bien que mal.
Caillé (Prendre au). — Prendre des cailles en imitant le cri
de la Temelle pour attirer les mâles. C'est le métier des filles pu^ bliques qui provoquent les passants. On les nommait cailles et caillettes. Jouer aux cailles, c'était fréquenter les femmes galantes.
taire, — Chair, mine , visage. — Mince de caire : chétif , mat vêtu, maigre.
Camelot. — Etoffe faite d'abord avec du poil de chameau, puis avec du poil de chèvre, enfin avec de la soie. Celui dont parle CoquiUart était une étoffe de luxe , puisque les élégants ne le quittèrent que pour prendre le velours.
Capeline. — Casque des archers et arbalétriers : ord. de 1454. — Chapeau plat k larges bords : les élégants Pornaient de plumes et de rubans.
Cappelain. — Chapelain. fV. Chapelle).
Caresme (T'rman^;.— Nom du Mardi-Gras , veille du carême. Dans quelques localités on disait caïpernant, caïmenfrant, carême entrant. Rabelais consacre à caresme prenant trois chapitres dans son livre IV. On donnait aussi ce nom à un mannequin de paille , habillé en masque , qu'on pronienait le Mercredi des cendres , et qu^on brûlait sur une place publique.
Carme. — Il y avait k Reims un couvent de Carmes fondé en 1320. Ils étaient riches pour des moines mendiants , et leur aisance, excita la jalousie des autres communautés et celle du clergé séculier. CoquiUart leur reproche la mendicité imposée par leur règle , et dont il n'avait peut-être pas besoin. Il va plus loin, et de damp Frémin^t de frère Bérufle, ces deux gaillards qui régalent si bien les dames , il fait des carmes. K tort ou à raison, on avait fait aux moines de cet ordre , une réputation de solidité en amour qui a traversé les âges. En 1793 , k Reims , la rue des Carmes devint celle de la Vigueur. Sans doute des scandales rée!s donnèrent naissance aux plaisanteries , qui, pendant des siècles, défrayèrent Fhilarité de nos pères. Les états-généraux de 1484 signalèrent hautement la vie licencieuse des moines.
Carpentras (La mode de). — CoquiUart veut peut-être dire que les gens qui dansent les Trois-Estats , sont prêts à prendre tous les costumes , même ceux qui viennent de loin et sont sans rapport avec les leurs.
Carreaukc. — Coussins, tapis plies en quatre, tabourets,
payés de forme carrée. Cette locutioD était encore en usage à Reims dans le XVII* siècle : Bergier en use dans ce sens : faire feu dessBS les carreaux , faire Jaillir TéUncelle du pavé sous les pieds d'un cheral. — Fendre carreaux : aller vite , foire fendre le chemin sous ses pas.
Carrière. -^ Sorte de danse.
Cas. — Accident, circonstance. — Faire au cas bonne mine : faire contre fortune bon cœur. Se conduire suivant les événements. Voilà le cas. Voilà toute raflTaire. Voilà ce que c'est. Cas nouveau : nouvelle , propos de ville, incident. — Cas exprès : les maîtres de poste créés par Louis XI , tenaient des chevaux préparés pour les cas exprès , c.-à-d. pour les courriers envoyés par le roi en cer-. tain cas.
Cas. -^ De cassus : vain , inutile , perdu. 'C<usa verba : mots sans portée , paroles perdues. Son cas , dans Rabelais , signifie bruit sourd. — Tout sonne cas, c.-à-d. tout ce que vous dites est Inutile , je n'entends rien , vous perdez vos peines.
Cassé de gaiges. — On avait sans cesse à reprocher aux hommes d'armes des excès de tout genre. Quand ils n'avaient pas commis de crimes graves , et qu'on avait épuisé à leur égard les réprimandes et les peines disciplinaires, on les cassait de gaiges ; c'est-à-dire qu'on les chassait de la compagnie à laquelle ils appartenaient. Cette peine est prononcée contre eux, notamment par l'ord. de mai 1470.
Caterve. —Bande, foule.
CauU, caulx. — De eautus ou de callidus : habile, adroit , prudent.
Causer. -^ Causam dicere .* plaider, dire en plaidant.
Caulelle. — Prudence , adresse , ruse. Ce mot se prenait souvent en mauvaise part : aussi Coquillart dit-il bonne cautelle pour habilité, prudence. — Cautelles latentes : ruses secrètes, ressources cachées.
Cavets. — Peut-être y a-t-il ici une faute d'impression : il faudrait lire caquets ou bavets , c.-à-d. bavardage, propos sans portée. Cavets peut- être là pour gavet, et venir degaber, railler^ il signifierait propos dérisoire. fV. Bave.)
Ce* — Ce dit- on. On dit cela : on se dit. Coquillart écrit ce pour se et pour si.
Cedebonis^ cedobonis. — Formule de droit romain par la^ quelle le débiteur abandonnait ses propriétés à ses créanciers. L'expression cedebonis n'est peut-être pas une faute dMmpression j elle a pu faire partie du langage usité au palais. L'art. 21 de la Coutume de Reims (2« partie), est ainsi conçu k cession et habandon de biens se peut faire en jugement par chacune personne povre, indigente et non puissante de payer ses debtes à ses créanciers , qui pour icelle debte font détenir le débiteur en prison
Laquelle cession n'est introduite , sinon pour obvier à Temprisonnement et détention du corps du debteur , et ndn pas empes-
cher la prise et vendition de ses meubles et héritages (Le
cédant devait reconnaître ses dettes, jurer qu'il n'avait rien détourné, et que s'il pouvait revenir à fortune, il satisferait ses créanciers) Et en signe d'icelle cession, doit ledict cédant descindre
sa sainture , et deffecter son affulure (défaire son manteau et son chaperon) et bailler sa bourse , si aucune en a , et tout mettre au pied du juge. »
Ceint. — Entouré , couronné , coiffé, garni d'une ceinture. — Coquillart fait de nombreuses équivoques à l'aide des mots ceint et ceinte , auxquels il donne le sens de sein , sain , saint et sainte.
CéU. — Caché, secret. Lieu celé : lieu retiré, chambre secrète.
Céleslieulœ. — Pluriel de célestiel , céleste.
Chaîne. — Les chevaliers portaient des chaînes d'or richement travaillées. Les petits nobles, les écuyers les imitèrent. Le peuple voulut aussi se parer des insignes de l'aristocratie. Monstrelet, en 1467, dit : portoient aussi , comme tous indifférement , chaînes d'or moult somptueuses. — Les valets, les journaliers aspiraient au même luxe , et se paraient de chaînes de cuivre doré. — Les ménétriers avaient des chaînes d'argent : c'était un reste du costume des ménestrels qui avaient souvent reçu des rois et des nobles des chaînes d'or en gratiûcation. Coquillart, en condam' nant le ménétrier maladroit à la perte de sa chaîne , fait peutêtre une allusion aux peines prononcées par les statuts de Tordre de Saint-Michel , fondé en 1469. En cas de forfaiture, les chevaliers étaient dépouillés du collier.
Chaland. — Acheteur, pratique. Galant habituel d'une femme.
ChalU. — Capsa lecti. Bois de lit. Lit à quatre colonnes et à dais.
C/iaHoir.— Chaloir : importer. Etre intéressant. «Se chaloir : s'inquiéter , s'occuper d'une cho^e. Ne s'en chaloir : ne pas s'en soucier, y être indifférent. — Chaloir , substantif : Soin , activité. Mettre en non chaloir : mettre de côté , ne plus se soucier d'une chose.
Chamberière. — Chambrière : femme de chambre. L'histoire de la chambrière qui détourne frauduleusement l'amant de sa maltresse, se retrouve dans la 39* des C- N. N.
Chamoys. — Peau de chamois. Etoffe couleur de chamois.
Chan^p. — Champ clos, champ de bataille. Campagne.
Ckampaigne. — Campagne. En plaine Champagne , en plaine. J. Marot dit : guerroyer en mortelle Champ igné, pour en champ de bataille. — LaChampaigne est le pays des plaines : aussi Champaigne et plaine étaient-ils des mots synonimes.
Chance. — De chéance : chute des dés, hazard du jeu, droit déjouer à son tour. L'un a les dés, l'autre a la chance : l'un joue, l'autre va jouer , ou proûter du coup malheureux qui peut échoir à son adversaire.
Chaficelier de Vuniveniié. — Premier dignitaire du corps. Le chancelier du chapitre de Notre-Dame de Paris et celui de l'abbaye de Sainte-Geneviève , étaient conjointement chanceliers de l'université de Paris. Devant eux se passaient les examens nécessaires pour être reçu maître ès-arts. Le chancelier de Notre- Dame recevait seul les licenciés en théologie, en médecine, et les docteurs en droit. Aussi Coquillart désîgne-t-il le chancelier par le mot refus , et ajoute-t-il c'est celui qui passe les maîtres , c. -à-d. qui confère la maîtrise. — Il y a peut-être ici un jeu de mots : Passer signifiait aussi surpasser, se mettre au-dessus. Le chef de l'université de Paris avait un grand renom d'arrogance et de grandes prétentions à l'indépendance. — Passer maître signifiait recevoir ou être reçu maître.
Chandelle. — Tels saincts ne demandent que chandelle roide : il y a ici une double équivoque : il suffit de l'indiquer. — Dans la 73<> des C. N. N. on dit dans le même sens « allumer la chandelle , ou pour mieux dire l'esteindre. »
Chanle épistre. — L'épUre est chantée par le sous-diacre. Le chapitre de Reims conférait ce titre à quelques-uns de ces olB-
ciers : leur position inférieure les mettait dans la dépendance des chanoines : Subdiaeonus sollicité essistat presbilero celebranti ut videat et intelligat quœ dicet et facièt in celcbrando sacerdos j propter pericula qtuB passent accidere removenda; et qui contrarium facerit , perdit lucrum. — Marpault de chante épistre : ce nom est injure. (V. Marpault J
Chanus. — Chenu. Vieillard à cheveux blancs, ou à tête chauve. — Ce mot peut venir de canutus , ou de chef nud , caput nudum.
Çhappelk^ — On nommait ainsi les divers autels élevés dans les églises et les revenus attachés à leur service. Les titulaires de ces bénéfices pouvaient être simplement tonsurés : on les nommait chapelains. Dans Torigine ils avaient été institués pour aider les chanoines. Ceux-ci conféraient les chapellenies , mais ils ne pouvaient y prétendre , et devaient se contenter de leurs prébendes» fV. ce mot.) Cette prohibition comme bien d^autres, était faite seulement pour les petits. Les membres du clergé qui faisaient partie des états-généraux , et qui savaient plaire au monarque, parvenaient à cumuler prébende et chapelle : c'est ce que leur reproche CoquiUart. — Ailleurs il compare une assemblée de fenmies bavardes et médisantes à une droicte chapelle. Peutêtre songe-t-il aux conversations indécentes qui avaient lieu dans les églises ou aux débats qui s'élevaient entre ceux qui se disputaient les revenus des chapelles. A Reims on convoquait souvent le peuple dans la cathédrale : on se réunissait dans la chapelle des fonts baptismaux. Le poète qui prit part à ces réunions tumultueuses , y a peut-être fait allusion. Puis il ajoute que dans cette chapelle , il n^y a prélat d'honneur qui ne veuille avoir au moins une place d'enfant de chœur. Les évêques n'avaientuucun droit aux prébendes et aux chapellenies. Sans doute quelques-uns d'entre eux parvinrent à cette époque de désordre à s'emparer de revenus qui n'étaient pas faits pour eux. Le poète leur reproche peut-être aussi de fréquenter les cercles de femmes , et d'oublier la dignité de leur rang. (V. prélat.)
Chappe d^honneur. — Le vestiairp de Notre-Dame de Reims était jadis des plus riches. Chaque évéque suffragant , lors de son installation , devait faire hommage d'une chape. Les chanoines nouvellement nommés étaient soumis à une redevance analogue. Les jours de cérémonie , chacun d'eux revêtait une chape d'honneur, c.-i-d. de drapd'or, couverte de broderies de soie et de fil d'or et d'argent. Du temps de CoquiUart, l'église possédait tant de chapes de soie , qu'elle en donnait même aux
chapelains dans les grandes occasions. G^est à ce luie que Goquillart fait allusion , quand il dit qu'il a mis sa chappe d'honneur pour professer le droit nouveau. — Sous manches fourrées longue chappe. Les chanoines de Reims allaient au chœur Thiver avec des vêtements doublés et bordés de fourrures : c'était un privilège. Aussi, dit Goquillart , sous les habits fourrés sont ceux qui portent les plus belles chappes.
Chappeaulx hatUs, — La mode des hauts chapeaux régna du temps de GoquiUard. Pour en augmenter la hauteur, on les ornait déplumes et de rubans, de houppes de soie. Les amoureux , au mois de mai , y plaçaient des branches de feuillage ou des nœuds verts.
Chappelet. — Ghapeau , guirlande ou couronne de fleurs. — Les bergers se mirent à faire un chappelet de flpurettes. 82<'d u G. N.N. — Ghapelet et rosaire signi6aient aussi chaînes de globules d'or, de corail, de bois ou d'ivoire', servant à réciter des prières. Sans doute, on fit des chapelets, dont les grains émaillés brillaient comme des fleurs et avaient la forme de roses. Ghacun alors portait son chapelet à la ceinture , autour du bras en guise de bracelet, ou au fond de ces larges manches, alors à la mode et assez amples pour renfermer des poches; cet usage était général , et on pensait si peu aux idées pieuses qui devaient s'y rattacher, que les filles publiques même avaient des rosaires. Accepter le chapelet d'un cavalier , c'était agréer ses hommages.— On dansait une ronde nommée le chapelet : un rosaire circulait de main en main ; de gais couplets commentaient son joyeux pèlerinage.
Chapperon. — Goiflure portée par les hommes et par les femmes au XV* siècle. Elle se composait d'une longue pièce d'étoffe qui se roulait autour de la tète et du col , et dont les extrémités tombaient sur les épaules. — Ghapperon fourré : allusion aux capuchons fourrés des chanoines de Reims et des moines àe Saint-Remi; ils usaient aussi de bottines fourrées : on leur portait des chaufferettes pendant l'oflBce. Les chapperons fourrés avaient une vaste dimension ; aussi désignait-on les chanoines sous le nom de gros bonnets. Dana la 67* du G. N.N., on désigne par le nom de chaperons fourrés les membres du parlement de Paris : ils avaient des toques et des manteaux garnis de fourrures. — Ghapperon d'oiseau : coiffure ornée de plumes et de grelots^ dont on couvrait la tète des oiseaux de proie, dressés pour la chasse. On la leur enlevait , au moment où on les lançait sur le gibier. — Ghapperon de Pontoise. A celte époque , les dames
de Reims faisaient venir de Paris , et , à ce quMl parait , de Pon^ toise , des objets de toilette à la mode , et notamment des coiffures ; les gens graves et âgés , les marchands de chapperons indigènes , voyaient d'un mauvais œil cette importation. En 1490, Tarrivée de ces chapperons fut cause d^une émeute a^z grave. La comroanderie du temple était un lieu de franchise, et souvent on y jouait^ malgré la défense du clergé, des moralités satyriques. Le dimanche des brandons, après une de ces représentations , la populace, par bravade , envahit la cour du chapitre et y commit mille désordres. Le lendemain , deux cavaliers , coiffés de chapperons semblables à ceux qu^on faisait venir de Paris, se promenèrent en ville et récitèrent des poésies injurieuses pour les dames. La tradition veut qu'on les ait empruntées aux œuvres de Goquillart : elles étaient encore inédites , mais on pouvait les copier. Je n^ai pu découvrir ce qu^était précisément un chapperon de Pontoise.
Chardons {Esplucher des). — Aller pattre^ faire un métier d^âne, jouer un rôle ridicule : du temps de Goquillart^ le bailly de Parchevéque se nommait J. Chardon. Son fils fut chanoine.
Charge. — Office : fardeau. — Ce serait ma charge sans aller plus loin : je n^en voudrais pas davantage.
Chariot branlant. — Voiture de gens riches, suspendue de manière à pouvoir se pencher de chaque côté , et éviter ainsi les grandes secousses.
Charivari. — Fête , joie, plaisir , coquetterie , amourette.
Charkmainne. — Louis XI remit en honneur le nom du grand empereur : en 1474 , il fixa sa fête au 28 janvier, et voulut qu'elle fût célébrée comme un dimanche. On conçoit son admiration pour Gharlemagne. Celui-ci n'avait eu que des officiers : il put régner en maître. Louis XI' eut à lutter contre les grands vassaux de la couronne; il dut plus d'une fois maudire la faiblesse de Louis-le-Débonnaire.
Charies-le-Chauve. — Ce roi ne conquit pas les Normands : il acheta leur retraite. Coquillart devait nommer Charles-le-^mple , qui fixa les Normands en France. Il y a peut-être ici une faute d'impression.
Charles-le-S impie. — Ce prince n a pas conquesté les Anglais
pendant sa captivité à Péronne, sa femme et ses fils se réfugièrent en Angleterre Si , sous le nom de Gharles-le-Simple, Goquillart a désigné Gbarles VI , la citation ne serait pas heureuse. On connaît les désastres de ce règne. Son manuscrit portait peutêtre Gharb>!S'le-Quint. Le poète pouvait encore nommer Gbarles YIII , dit le Victorieux.
Charme. — Magie de Tamour , feu de la passion.
Charrette fEnlieu duculd'unej, — G.-à-d. au lieu d'être attaché derrière une charrette : allusion à un des chAtiments en usage du temps de Goquillart. Les grands coupables étaient conduits au lieu du supplice dans un tombereau : quelquefois même ils occupaient une chaire posée sur la yoiture. Les individus , condamnés pour menus délits , étaient promenés en yille , attachés au-derrière d'une charrette ; ils étaient nus des épaules à la ceinture , et , chemin faisant , on les fustigeait. L'ord. du 14 }^ 1484 veut que clercs de la Bazoche, les serviteurs et les pages , coupables de bruits, excès et scandale, soient fouettés nus, en cul d'une charrette , et aient ensuite les oreilles coupées.
Chasêe-mare, chasie-marée. — On nommait ainsi 'les voituriers qui amenaient la marée. Ils marchaient la nuit pour éviter la chaleur du jour. Aussi nommait-on parfois chasse- marées , les rôdeurs de nuit, les amoureux et les voleurs , les gens qui courent quand les autres dorment. Dans Tédition J.B. on lit chassemare ; on a cru que ce mot était une variante de cauchemare , c'était une foute d'impression : les autres éditeurs ne Tont pas faite.
Chassera la pipée. — Ghasser comme les oiseleurs qui emploient une pipe, c.-à-d. un petit tuyau, pour imiter en sifilant le cri des oiseaux. Au figuré, c'est appeler quelqu'un pour le faire tomber dans un piège , pour le séduire.
Châteaux en Espagne (Faire). — Allusion aux romans de'cfaeyalerie alors en honneur. Les aventures de Gharlemaigne , de Roland et autres preux au-delà des Pyrénées , fournirent aux romanciers des sources inépuisables de laits merveilleux. Leur imagination se donna libre carrière, et suivant son bon plaisir, elle peut creuser des rivières , planter des forêts et bâtir des châteaux : Delà, cette expression encore usitée. Dans le 39" arrêt d'amour de Mart. d'Auvergne , une jeune dame dit à un vieillard qui la courtise , qu'il perdait son temps près d'elle : et quant est de l'aimer, il y serait avant que Gharlemaigne ès-Espaigne. G'est
une allusion au malheur du grand prince au-delà dès Pyrénées. Citons encore Mart. d'Auvergne .*
Les heures delà nuyt comptoye
Sans reposerni sommeiller,
Et aux guerres tant me bontoye
Que me trouToye cfaerallier;
£t tencoye (je combattois) à mon oreiUier ,
Et faisoye chataulx en Espaigue.
Chastellain de Poitou. — On nommait ainsi originairement en Poitou, des officiers inférieurs qui remplaçaient les comtes; c'est cequ^on nommait ailleurs vicomtes , yiguiers et prévôts. Ils recevaient les deniers du domaine royal , et rendaient la justice comme les baillis. Plus tard , ce titre prit une autre signification, et fut porté par les seigneurs et les vassaux de la couronne. Les nobles Poitevins avaient des prétentions exorbitantes en fait d^origine , de titres et de privilèges. Aussi est-ce parmi eux que ^ suivant Goquillart, les bourgeois et les soldats parvenus allaient de préférence chercher des ancêtres.
Chastellet. — On nommait ainsi à Paris un tribunal inférieur, dont relevaient les habitants des vicomte et prévôté de Paris : une prison célèbre faisait partie des bâtiments où la justice se rendait. G^est là qu^on amenait les individus que Ton arrêtait chaque nuit dans les rues. Aussi est-ce au Ghatellet que Goquillart fait conduire le galant qui se sauve en chemise. Monol du Puits. — Il y avait aussi à Reims un chètelet; il était situé dans le ban de Saint -Rémi -, c'était un vestige de la puissance royale à Reims, à la fin de la deuxième race. L^oflBce du châtelain appartenait à Tabbaye de Saint-Remi ; un moine en était investi. Il avait le droit de faire la police dans tout le territoire dépendant du couvent • au châtelet était aussi un tribunal et une prison.
Chaudeau-flamand. — Bouillon de viande ; potage chaud. Le lendemain des noces , on portait aux nouveaux mariés un chaudeau , et on leur demandait s'ils Pavaient gaigné en bien besongnant :B«duC. N.N.
Chauffer. — Se chauffer devant et derrière , c'était l'usage avant de se couchef. — Si aucun veut faire cheminée, astre, chauffedos, ou chauffe c. contre un mur moitoyant.... Ord. de
Chausse f ckauce. — Vêtement qui couvrait le corps des pieds
à la ceinture. Les bas-de- chausses habillaient les jambes. Les hauts-de-chausscs tenaient lieu de culottes. Sous Charles VII » ils étaient larges : les pourpoints alors tombaient assez bas. Sous Louis XI, les choses changèrent; les hauts- de-chausses prirent la forme du corps , le pourpoint ne dépassait plus la ceinture. « En ce temps aussi (1467) les hommes se prindrent à vestirplus court qu'ils n'eurent onques fait : tellement que Ton veoit la fa çon de leurs culs et de leurs génitoires, ainsi comme Ton souloit vcstir les singes , qui estoit chose très mal honneste et impudique. » MoKSTBELET. — Leschausscs complettes comprenaient même la chaussure : aussi , dit Coquillart , quand la chausse est rompue par en bas, les élégants chaussent ung yiels brodequin. — Les élégants comme les hommes d'armes affectaient de porter des chausses en mauvais état : le galant du Monol, de la Boite de {oing se vante de porter des chausses percées aux genoux. Sans doute cette mode avait un motif. Peut-être les mignons voulaient-ils faire croire qu'ils passaient leur vie aux genoux des dames , ou qu'ils montaient souvent à cheval , quand ils cheminaient toijours à pied.
Chemise. — Jusqu'au règne de Charles VI on n'avait que des chemises de toile grossière ou de serge , c.-à-d. de laine. Isabeau de Bavière porta la première des chemises de lin , et elle n'en avait que deux. Le luxe fit bientôt de rapides progrès, et les toiles de lin se multipUèrent : il est inutile de dire que les élégants et les belles du XV^ siècle s'empressèrent d'adopter cette mode : pour montrer au public qu'on avait des chemises de lin , on modifia la coupe des vêtements : on faisait fendre les manches des robes et celles des pourpoints , pour qu'on vit celles des chemises. Afin qu'on pût mieux la découvrir, on ouvrit le haut des robes et celui des pourpoints. Les collets furent élargis et rabattus. Les dames allèrent plus loin , elles entrouvrirent leur robe jusqu'audessous du sein et même sur les hanches , de sorte qu'on voyait pour ainsi dire la chemise du haut en bas. Monstrelet, d'accord avec Coquillart, nous livre le secret de la misère vaniteuse et coquette : on mettait de la toile de lin seulement aux parties exposées aux regards du public ; le surplus de la chemise était en toile ou en serge. Alors, il y avait à Reims une fabrique de toile fine très-renommée. Sous le règne de Louis XI, les chemises de Un étaient encore un objet de luxe : aussi figurent-elles parmi les souhaits du Gendarme cassé. (F. Ven().
Chenu. — (F. Chanu),
Chel. — De cheoir, écheoir. Il chet , il échet : il y a ceci à fture. — Cheut, cheute: part, de cheoir, tombé, descendu.
Chevallier f Sur le pavé j pour servir de gibel àpiéj — • Homme d'armes sans cheval, cassé de gages, deslitué. On dit encore mettre à pied pour dégrader, suspendre quelqu'un de ses fonctions. Etre sur le pavé ^ c'est être sans place. La locution pour servir de gibet, ne veut-elle pas dire que le cavalier démonté est droit comme une potence. Peut-être y avait-il pour servir le gibet, c.-à-d, pour le mériter: les gendarmes cassés finissaient généralement mal.
Chevance. — Fortune , avoir.
Chevaucher, — Monter à cheval : faire une course à cheval.
— Chevaucher en clerc, en latin : c.-à-d. mal monter à cheval , comme un prêtre , un écolier ou un savant. — Chevaucher sans selle , monter à nu : il y a ici une équivoque facile à saisir. — Chevauchera quatre chevaux sans estriviéres ni houseaux^ monter sans hottes et sans étriers sur quatre chevaux , comme ces écuyers, qui y parviennent en se tenant debout, et en écartant les jambes , ou bien disposés à prendre quatre chevaux successivement. Les épithètes dont le poète gratifie la religieuse de Frévaulx, expliquent ce que peut signifier cette location dans Tune et l'autre interprétation.
ChevUle. — Epingle : clou de bois qui sert en menuiserie à boucher un trou. De là , de nombreuses équivoque?.
Clieveux. — Sous Charles VIï, on portait 138 cheveux courts.
— Sous Louis XI , on les porta longs. (V, Bacin et perruque).
— Cheveux d'Absalon, c.-à-d. longs comme ceux d'Absalon. Menot se moque aussi des longues chevelures ; il parle de celle d'Absalon qui habebat pilos pendenles super renos. On laissait tomber les cheveux sur le ft-ont jusqu'aux yeux : c'était là le nec plus ultra du bon genre. — Dans le y« arrêt d'Amour de Mart. d'Auv. , deux amants plaident , et l'un défend à l'autre de laisser tomber ses cheveux jusque sur les yeux. Cette mode dura jusqu'au règne de François l^^. Ce prince, qui, dans sa jeunesse, fat blessé à la tête, porta les cheveux courts et la barbe longue : la nation fit comme lui.
Chiche-Faee, — Face pâle et maigre, masque blanc et hideux : Rabelais dit poltron à Chiche-face. On nommait aussi Chiche-Face la mort et un être fimtastique dont on faisait peur aux enfants et aux gens de campagne. «Gardez-vous'delaChiche^Face, il vous mordra s'il Vous rencontre. » Mistëre de sainte Gbnivièvs.
M. Jubinal, qui a publié ce mystère, met à la suite le joyeui conte de la Chiche- Face : on y nomme ainsi une béte terrible qui se nourrit uniquement des femmes aimables pour leurs époux: aussi Qfy a-t-il plus de bonnes femmes partout où elle passe : or, elle passe partout. Elle va yenir ici , dit Fauteur ; et il engage toutes les dames qui se soucient peu d'être mangées, h contrarier en tous points leurs maris. — A Saint-Martial de Limoges , il j avait une figure de pierre nommée le Ghiche-Face: elle avait Tapparence d'un lion ou d'un léopard. On en faisait un épouvantail pour les enfants. — Je n'ai pu trouver ce qu'étaient les chichesfices vendues au palais : peut-être nommait-on ainsi des vessies gonflées sur lesquelles des figures étaient dessinées, ou de» masques blafards et enCirinés.
Chiequeté. -— Déchiqueté : déchiré en menus morceaux ; coupé en franges, en barbe d'écrevisse. — Velours déchiqueté sans cesse, pour démontrer la prodigalité, J. Marot. — Les élégants affectaient de prodiguer les étoffes précieuses et de les employer en ornements inutiles à la toilette.
Chien au grand collier fSe d<mner du bon temps avec UJ.— Equivoque usitée au XV* siècle pour exprimer le rapprochement des deux sexes. La tète du chien entre dans le collier : le grand collier c^est donc la femme. Dans la farce de la pipée, on dit être le chien au grand collier, pour être amant heureux. — Dans Tarrêt rendu par Tabbé des Gonnards on trouve cette phrase : les maris pour leur défaillance naturelle ne peuvent Journellement tirer au collier.
Chière — Chère , visage , accueil — Faire morte chière : faire froide mine. — Faire les grands chières : faire un brillant accueil, se mettre en dépense , ne se rien refuser.
Choix et hruyt des grands seigneurs. — Les plaisirs , les occupation;» que les grands seigneurs préfèrent et vantent par-dessus tout ; choix peut signifier aussi amour. Bonaventurc Pesperiers dit choisie pour maîtresse.
Chose rmde. — Pauvre diable dont on ne tient pas plus de compte que d'un atome, d'une monade, d'une bulle de savon, d'une pierre qui roule.
Choselte. — Petite affaire : péché mignon , amourette. Faire maintes bonnes chosettes , goûter les plaisirs d'amour. Rabelais dit dans le même sens faire lachosette.
ChteHienfRoy irèsj. •— Ce titre était alors nouveau : Louis XI est le premier qui l'ait reçu. Le pape le lui conféra lors de la révocation de la pragmatique sanction. GoquiUart se hÀte de le donner à Charles VIII alors au début de son règne.
Clefs de Reims. — Lorsqu'un roi entrait dans cette ville , Tusage était de lui présenter les clefs : cette cérémonie avait au moycn*âge une grande importance , car elle emportait la reconnaissance de la suzeraineté. Pendant les XIII et XI Ve siècles les archevêques seigneurs de Reims et la commune se disputèrent , en maintes occasions , le droit de garder les portes de la cité et d'en posséder les clefs. En 1345, le roi déclara que cette prérogative n'appartenait qu'à lui. Depuis , on vit les gouverneurs mis par le roi dans Reims, intervenir dans les discussions relatives à la garde des portes. Dans le XV* siècle les archevêques cessèrent d'y avoir des prétentions, et la lutte ne continua qu'entre la couronne et la commune. Ceci explique pourquoi Goquillartdit au roi que la ville lui remet les clefs avec confiance, c ad. qu'elle espère que le roi n'en abusera pas pour s'emparer des portes de la ville , y mettre garnison et substituer le gouvernement absolu à l'autorité municipale , émanant du peuple.
Cler, clere. — Lettré : savant, prêtre. C'était l'opposé de laïc.
Clergesse j clergeresse. — Savante, femme d'expérience. -^ Mart. d'Auy. fait siéger dans sa cour d'amour les dames qui sont toutes légistes et clergesses, et sçavent le décret par cueur. — Glergi^voulaitdire science. Le clergé était le corps savant. — Rabelais, dans un de ses chapitres écrits contre le clergé , fait des clergesses les femelles des clergaux.
Clif, clof. -* Bruit d'une paire de soufflets.
Cliguatl^e.— Métal, ferraille, menue monnaie. (V. TvonnetJ.
Cliquet de Hamois. — Cliquetis des armes.
Cliquette d'un meunier, — Dans les moulins on nomme ainsi une petite latte de bois placée sous la trémie et qui bat sans cesse. C'est elle qui produit le tic-tac si connu. — Cliquetter : faire du bruit comme la cliquette , bavarder, se quereller.
Coche. — Voiture , bateau : entaille foite dans le bois de l'arbalète et destinée à recevoir le trait. Mettre mots en coche, c'est lancer des railleries , mettre des propos en circulation. On disait dans le même sens descocher parolles. — On nommait aussi coche
le bat auquel tiraient les arbalétriers. Dans ce sens mettre mots en coche , serait frapper, blesser quelqu'un à roups d'injures et de railleries^ Vagacer par des plaisanteries, le tuer avec des calomnies.
Coffft de la lingerie, — Le linge et les vêtements se serraient alors non pas dans des armoires , mais dans des coffres ou babuts.
Coing. — Fruit, fv. fosié). — Coin : lieu reculé.— Instrument qui sert à frapper la monnaie. — Outil qui sert à fendre le bois : d'un côté il est tranchant, de l'autre il est carré et percé d'un trou que reçoit le manche.— Ce quadruple sens facilitait les équivoques grossières : bornons-nous à dire que le mot coing serrait à désigner les parties de l'un et l'autre sexe, et leur rapprochement. Nous empruntons à un mystère publié par M. Jubinal, un passage qui nous dispensera d'autres commentaires. Une vieille femme fait le récit de la vie désordonnée qu'elle menait étant jeune :
Toujours estoie on plaine ou yrt^t Et plus me fesole coignier Qu'il n'est de coings en nn coignier :
Coignant coigné, ooc ne coigoa Tant de coing, comme on me coign« ; Et les coigneurs qui me coignoient Le coing, du point d'or me coignoient.
Plus n*7 serai de coings coiguié Car ma coignie est décoignéè.
Coint , eointe. — Coquet , propre , soigné.
Colel. — Gorge , sein , alentours du col, fichu, collerette. — Collet de femme évasée : collet ouvert qui laisse voir les épaules et les seins. Les mots femme évasée ont un sens grossier qu'il est inutile de commenter. Menot , dans ses sermons , attaque souvent les robes escolettées des dames.
Collation ordinaire. — Dans l'origine, on n'admettait un clerc aux ordre» sacrés que quand Un béné6ce vacquait. Les évéqnes donnaient en tnéme temps Toffice , les revenus et l'or- 4Sination ; de là les expressidns collation ordinaire, côliateur ordinaire. Plus tard ces locutiofis prirent un autre sens, et le mot ordinaire signifia conforme à la règle, au droit commun : il existait Alors des collateurs privilégiés. On nommait ainsi ceux qui, par suite d'usurpatioti , de concession, ou de fondation, possédaient ie droit de conférer des bénéfices. Les papes , les princes , les seigneurs se iro.urajent dans cette catégorie de collateurs. La col-
lation était cependant aussi considérée eomme ordinaire quand elle émanait régulièrement du titre qui fondait le bénéfice. La cour de Rome prétendait , dans les XlVe et XV* siècles se mettre en possession exclusive de toutes les collations. La pragmatique sanction de Bourges fut faite pour défendre le droit des évéques. Louis XI , en la révoquant , donne gain de cause au souverain pontife. Mais Tépiscopat ne se tint pour Mtu, et la lutte s>ngageait à chaque collation qui se trouvait à fiiire. — Du temps de CoquiIlart| ces questions étaient à Tordre du jour. Aussi le poète se permet-il d^en plaisanter. En fait de bénéfice d'amour ,« dit-il , les vraies collations ordinaires appartiennent aui dames. Le trait satyrique est dans le mot vraies.
Collier. — Ceux qui ont chaînes et celliers sont les nobles , et les membres des ordres de chevalerie. La pragmatique sanction et Tord, de mars 1498, art. 5, défendent de conférer les bénéfices aux écoliers , à moins quMls ne soient nobles ex utroque parente et d'ancienne lignée. Dans ce cas on exigeait d'eux moins d*années d'étude que des autres prétendants. fV- Chien.)
Collin Suysse. — C'est sans doute le nom d^un poète satyrique du temps. Op donnait souvent aux Suisses le sobriquet de Collin. On les désignait aussi sous le nom de Collin-Tampon. Au XV« et au XV I« siècles, les hommes d'armes faisaient des chansons et des ballades ; plus d'une de ces œuvres légères jouit d'une grande popularité. Sans doute un des suisses de la garde de Louis XI s'était fait une réputation dans ce genre. A cette époque, la malignité publique a'mait à chanter , et tous les événements ridicules ou piquants devenaient le sujet d'une ballade. « Si une domina s'est forvoyé , nonne sunt les ballades mises sur les rancs , ei illa est diffamata immediabililer. Menot. Fer. 111. Post. 111. Dum quad. »
Commande. — Dans l'origine la commande était la garde d'un bénéfice vacant, pendant la vacance. Sous la deuxième race , les favoris de la cour se firent adjuger les commandes , et il est inutile de dire qu'ils s'opposaient à ce que la vacance prit fin. Hugues-Capet et ses premiers successeurs réprimèrent cet abus. Mais on le vit renaître dans les XIII" , XIV« et X\* siècles. Calixte III (1455 — 1458) prohiba sévèrement les commandes. Peu après, quand Louis XI eût révoqué la pragmatique sanction , les envahissements recommencèrent. Le pape et le roi donnèrent les bénéfices en commande à qui bon leur semblait. « Aujourd'huy , dit André de la Vigne, à simples gens et personnes qui n'ont prélature ni dignité , sont baillées abbayes régulières et
commandes , et prieurés et hospitaux de Saint-ÀDlboine à séculiers , qui est abus exécrable. » CoquiOart fait clairement comprendre que les élus du peuple recevaient en écbange de complaisances honteuses , de rîcbes revenus laissés en commandes , et qu'on dépouillait à leur profit le clergé , les pauvres et les malades.
Commissaire, — Juge commis à une opération de Justice , à une enquête. « Si ledict juge ne veult en soy prendre la charge et commission de faire les enquestes , il les peult delléguer et commaittre à tels commissaires, un ou plusieurs qu'il luy plaist, pourveu qu'ils soient idoines, expers, non suspects, et non favorables à Tune ou àTautpe des parties. Coût, de A., 1481 — 1507. L'ord. d'Avril 1455 veut que les membres du parlement aillent pendant Tété à la messe avant 6 heures du matin , et à 6 heures à Taudience ; et pendant Tbyver à la messe à 6 heures , et à la messe après Taudience. L'audience finissait vers l'heure du dîner,, c.-à-d. vers midi. S'il y avait des causes commencées , il fallait revenir après dtncr les achever. Le 4 Février 1457, le parlement obtint remise de ces audiences d'après-dtnées. Un commissaire d'après-dtner fût dès lors un Juge paresseux , ne siégeant pas le matin et prêt à venir au palais après dtner, quand il n'y avait rien à faire. — On nommait aussi commissaires les personnesliuxquelles Louis XI donna ostensiblement mission de chercher les abus à réformer et les emplois inutiles et bons à supprimer. Ils trouvèrent que tout était pour le mieux : Aussi Coquillart dit-il qiie de son temps les maquerelles ont des gages , et qu'il n'y a pas un commissaire qui y trouve à redire.
Commission. — Mission donnée à un juge. — Aller en commission , aller au loin pour entendre des témoins , pour visiter des lieux contentieux. — L'histoire du mari qui revient chercher sa commission, se trouve dans la i*;* des G. N. N.
Commun. — Subst. Le public , la chose publique , les pauvres gens, les gens du commun : les membres d'une commune. La foule. — Commun, adj. : public. Tous biens sont communs, n'y a que la manière de les avoir : B. Despëriebs. Vulgaire, bon pour les gens du peuple. A leur parler tout est commun : Ji les entendre tous les vêtements sont trop grossiers pour eux. Ilien n'est digne d'eux.
Compas. — Mesure , justesse, proportion. Instrument servant à mesurer. Par le juste compas , par bonne mesure , en bonne justice. Ouvrer par compas : trayailler avec art, avec réflexion :
IftAB. — Compassé : juste , étroit , bien proportionné , en bon état. (V* Instrument.)
Compiler, — Travailler , classer , organiser , adapter. — Pour moy c'est mal compilé : auprès des dames j'ay perdu mes peines. Ma besogne a été mal faite.
Complaignant. — Possesseur troublé dans sa jouissance , et qui intente la complainte.
CompUjiinte. — Droit de poursuite accordé k celui qui est troublé dans sa possession ; la poursuite contre Tauteur du trouble. Pour rintenter il fallait avoir possédé publiquement , sans violences 9 à titre de propriétaire , et pendant un an et un jour au moins. Les avocats de la Sitnple et de la Rusée font de nombreuses allusions à cette déflnition. — La Cotil. de R.,2^ partie, cbap. XII , art. 2 , nomme complainte une commission donnée par le juge à son sergent , aux termes de laquelle il lui ordonne de maintenir en possession le possesseur troublé ; et en cas de difficulté y de mettre Tobjet en litige sous la main du roi ou du seigneur, et d'assigner les parties devant le tribunal. — L'art 16 permet de se passer de cet acte de procédure ; et le demandeur pouvait assigner directement le défendeur devant le juge , et demander en la mise sous la main du roi , ou la recréance et le rétablissement immédiat. fV. Relation.)
Concierge. — Ce- mot ne voulait pas dire alors seulement gardien d'une porte : il signifiait gardien en général. On le lait venir de cum et de servus, de conservare. Un concierge de buissons et de bayes, c'est un garde forestier, un conservateur des forêts. Titre dérisoire donné aux braconniers , aux vagabonds qui vivaient dans les bois ; aux brigands qui s'embusquaient dans les chemins et en gardaient les passages.
Coneluds. — Contenus , consignés. De concludere : enfermer.
Conclusion, — En cas de complainte, le juge, aux termes des art. 2 et 4 , chap. XII , 2" partie de laCoul. de R. , 1481— 1K07 , délivrait à son sergent une commission divisée en trois parties. La première contenait l'exposé des faits qui constituaient la possession; la seconde relatait ceux qui établissaient le trouble; la troisième, qu'on nommait la conclusion, renfermait Fordre de rétablir le plaignant , et en cas de résistance , d^assigner les parties devant le juge. (V. Complainte.)
Condampnade. » Jeu de cartes. — J. Mtrot y perdit une spirituelle épltre qu'il tvait engtgée contre les couleurs d'une damoyselle.
C*ett mal jouer le jev de eondamoade
A qui roj rient quand nng ralet demande. J. Marot.
Condwiion. — Condictio ob causam datomm^ locum habelf ubicumque duo eantraelw innaminaliinUrveniunl sic : do ul des : fado ut facias. Ex lege VIU : Glose d'Azon , Jurisconsulte du XIII* siècle , imprimée à Spire en 1482. CoquUlart Cut allusion & cette définition. 11 ne sait comment nommer les marchés d'amour ; il en fiiit des conductions : Tun donne pour qu'on Casse se qu'il désire, l'autre foit pour qu'op lui donpe ce qu'il veut.
Confesse (Venir de). — Equivoque grossière qui se retrouve plusieurs fois dans les C* N. r^.
Confidence. ^ Confiance : fiduda. (V. Clefs.J
Confit. — De eonfeetus : achevé , parfeit , soigné. -^ Confit en image : soigné & reitérieur , habHlé avec soin. Fat <iui se &it valoir.
Confiteor. — Le prêtre qui célèbre la messe , et les assistantSi disent cette prière à voix basse.
Conquest. •<— Aux termes de la Coût, de A., les objets meubles ou immeubles donnés à la femme pendant le mariage , appartenaient au mari. Les acquisitions ou conquets fiûts en commun , ne lui appartenaient que pour moitié, mais il pouvait en disposer sans l'agrément de sa femme. iLes biens échus à l'un des époux par suite de succession , étaient désignés sous le nom de naissant. Le mari n'avait aucun droit sur le naissant de la femme ; si elle ne laissait pas d'héritier, le seigneur du lieu s'en emparait. Les époux qui n'avaient pas d'enfants , ne pouvaient aliéner leur naissant sans le consentement de leurs héritiers , qui en étaient les propriétaires présomptif^. — Le mari qui, à son retour, trouve sa maison bien garnie de meubles et de provisions, ne doit pas se fàeber : il croit d'abord que sa femme a tout acheté, que ce sont conquets , et que par conséquent il en aura la moitié après la mort de sa femme ; et puis quand sa femme lui explique que le. tout vient de la succession de son aïeul , il est encore content, parce qu'il pense que cela lui appartient; mais Coquillarl pré>ienl le lecteur que le mari se trompe , et qu'il ne
comprend pas It loi du pays. Tout ce passage est une suite fTallusions aux citations ci-dessus.
Conêeil: — Réunion de magistrats qui délibèrent : chambre du conseil. — Grand conseil : cette institution date des premiers jours du régne de Charles VIII. Le grand conseil fut organisé pour aider le jeune monarque et sa sœur Anne de Beaujeu à sortir des difficultés que les princes liiisaient naître. Mais il ne fût établi régulièrement que par une ord. de 1498. Il suivait la cour, et le chancelier le convoquait toutes les fois qu'on en avait besoin. Le parlement de Paris protesta contre cette création : le 13 Juin 1499 , Louis XII donna à tous ses membres le droit de séance au grand conseil , et la prééminence sur le nouveau corps dans les cérémonies publiques.
Conservateur. — L^université de Paris avait des privilèges royaux et des privilèges apostoliques. Les évèques de Beauvais , de Meaux et de Senlis étaient chargés de veiller sur les derniers j le prévôt de Paris protégeait les autres. Tous quatre avaient le titre de conservateur. En novembre 1460^ Tuniversité de Paris 4)btint pour cinquième conservateur le président de hi cour des aides. Gomme elle ne payait pas dUmpôt, elle avait besoin de sa protection contre les officiers du fisc, qui cherchaient parfois à lui arracher quelques contributions. Peu avant, elle avait excommunié toute la cour des aides , à raison de faits de ce genre. Si elle conservait avec énergie ses privilèges, elle conservait aussi pour elle et ses officiers les bénéfices et les rcTcnus auxquels devaient avoir part les pauvres écoliers. Aussi aux yeux de Coquillart le conservateur universitaire et Tavarice ne font qu^un. — En 1474, réglise de Reims obtint du pape un conservateur pour défendre ses privilèges. Elle faisait citer devant lui ceux dont elle avait à se plaindre.
Content — Comptant : satyre contre les gens d^armes qui ordinairement ne payaient pas ce dont ils s'emparaient. Ils se moquaient des ord. rendues sur ce point sous Charles VII, Louis XI et Charles VIII. Ayant de quitter une garnison , les capitaines devaient faire annoncer & son de trompe que tous les créanciers de leurs soldats eussent à se faire connaître. Les hommes d'armes, en gens prudents, avaient des quittances qu^ils arrachaient par menaces et violences. Le Gendarme cassé se vante d'étr« bon payeur : mais le poète se garde bien de donner au mot comptant son orthographe véritable ; il aime mieux faire une équivoque qui se retrouve dans la 18« des C. N. P(. « Il bailla les dix escus content : qui fut mal content, ce fut nostre
%oinme. -a Plus d'un auteur comme Coquillart railla la prétendue exactitude des gens d^armes eu fait de paiement. J. Marot, dans son Poème de la guerre de Venise, fait en divers lieux Téloge des soldats français : puis il éprouve :
AdTcntariers jnsqa*à Millan marchèrent, pMaaut pays honoeatemeat payèrent ; L^hotte est benreox qni arec eulx pratiqua
Ailleurs il cite les soldats qui sont
justes et non raéchans
Car Tonlentiers payent denx foys lenr hoste.
tonimire$. — Contraires en fait. — Gontradictioires. Conlraulx. — Contrats. — Obligations.
Cmtredire. — L'avocat delà Rusée se hâte de contredire les témoins de Tenquéte, avant qu'on lise leurs dépositions. L'art. 42 du règlement d'octobre 1485, défendait au juge de recevoir les reproches et les protestations qu'on voulait élever contre un témoignage^ lorsque lecture en avait était faite.
Contredit. — Opposition : protesUtion, paroles dites contre d'autres , contre un fait.
Contrefaire, —Représenter, déguiser. —Se contrefaire : se déguiser, changer son costume pour se mettre à la mode. — Contrefait: déguisé, postiche, d'emprunt, contre nature.
CoiUremenU — En haut , en montant : contra mentem.
Contrepenser. -^ Réfléchir : peser et contrepeser , examiner le pour et le contre. Mal pense , qui ne repense.
Contrepoint. — Contradiction : lutte. —Morceau de musique A deux parties : seconde partie d'un morceau de musique. Can^ tus a^ini ita est asperquod non polesl fieri ung contrepoint ^uper eum. Mbnot , 3. Dom. quad. — Fioritures dont on emr- Jbellissait le chant. — Partie du chant qui dominait l'autre :
Chantes , nottez, deschantei, gringolter
Petits enfants qni sçarez contrepoinct»
Et nous monstrez par tos chants flenretez
Comment Français ont est^ escrottez. J. Molutst.
L'artillerie adonc. ne faillit point
A deschantez ung si hault contrepoint
Qn*on n'onyt onc musique de la sorte. J. Marot,
Chanter à contrepoint , c'était chanter à deux. Cette expression se prétait aux équivoques galantes.
Contitpoix. — Poids qui en balance un autre. Marcher à contrepoix : en se balançant , en se renversant en arrière. Le berger se mit en contrepoys entre deulx bayes , sur une baldichére, et là s'esbatott. 82« des C. N. N.
ContrerolUuT. — Dans les XIV« et XV* siècles , les capitaines d^hommes d^armes présentaient de^ rôles qui constataient que leur compagnie était au complet, et ils en touchaient la solde entière. On découvrit qu'ils portaient sur les r61es des noms de soldats morts ou en fuite , et même des noms imaginaires. On créa alors des officiers chargés de vérifler les rôles , de passer les revues , et d'enregistrer les soldats réellement présents. C'est ce qu'on nommait faire le contrerôle : de là le nom de contrerolleur. Souvent ces commissaires s'entendaient avec les capitaines , et consentaient, moyennant finance, à passer en revue comme bons soldats des gueux, des mendiants, des invalides. De là le nom de contrerolleur de bélistre. (Y^ ce mot.)
Contrevenir. — Venir contre , s'opposer. Soutenir le contraire.
Cofmoenir. — Ajourner. — Convenue , assignée.
Cop j eouf. — Se copper : se frotter, se heurter , se briser.
Cappie. — Portrait : on disait recopi pour ressemblant.
Coppier. — Imiter , singer , tourner en ridicule. Coppier lourdement : faire des plaisanteries grossières. ^Coppieux, copieux : moqueur , singe , plaisant.
Coquart. — Gaillard, vert galant. Ce mot paraît venir de «oq : au XVI* siècle on portait des bonnets à la cocarde , c'était une coiffure chargée de rubans. Notre mot cocarde vient de cette mode. — Coquart était aussi une injure : dans ce cas on prononçait coquart. Dans le même sens on disait coquelet (cocu et laid). Notre poète emploie coquart dans les dfiia sens. 11 laissait à son auditoire le soin d'interpréter sa pensée.
Coquin, — Ce mot avait plusieurs sens. Dans Coquillart il faut lire comme s'il y avait coqiiin, c.-à-d. cocu, petit cocu. Peut-être nommait-on ainsi le mari qui vivait de l'inconduite de sa femme. Coquin signifiait aussi fripon, Uche, sans cœur.
Ccrbiner, — Se disputer une proie comme font les corbeaui. On disait corbineur pour yoleur, pillard; Patbeliu se dit le matlre des forts corbineurs.
Cordé. — Fait comme une corde. Cordée comme unelamproye. Ce poisson est long comme l'anguille. Cordé peut signlGer qui a le cœur d'une lamproye. Elle mange les corps morts. Les Romains donnaient des esclaves vivants aux lamproyes qu'ils nourrissaient.
Cordelier. — Les cordeliers fondés par saint François-d' Assises, dans le XIII* siècle , faisaient vue de pauvreté et d'humilité : aussi les nommait-on les pauvres mineurs de saint François. 8aint Bernard de Sienne réforma leur ordre en 1^8. Les religieux qui n'acceptèrent pas la réforme, se nommèrent dès-lors les cordeliers de la grande observance, ou cordeliers conventuels : les autres lurent les cordeliers de Tobservance comme avant la réforme , ou de rétroite observance , ou cordeliers ibservantins. Les cordeliers s'établirent à Reims dès le XllI' siècle ; ils se montrèrent dévoués k servir les pauvres gens : aussi furent-ils assez populaires: Coquillart dit souvent le bon cordelier. Cependant il maltraite Tordre et lui reproche son inconduite. Dans le C. N. N., les cordeliers sont les héros d'un bon nombre d'aventures scandaleuses. Mart. d'Auv. a chanté les cordeliers de l'observance d'amour. — Le mot cordelier se prétait aux équivoques : il pouvait au besoin signifler corde liée , corps délié. On disait dans ce sens d'un jeune homme telle et gaillard c'est un cordelier. Anne de Bretagne , veuve de Charles VIII , portait autour de la taille une ceinture en forme de cordelière: au bas était un gland sur lequel était écrit cette devise : j'ay le corps délié, c.-a.-d. affranchi des obligations de mariage. — Du temps de Coquillart, deux cordeliers firent grand bruit en France comme prédicateurs. L'un était le frère Olivier MailUrd, cinq fois provincial , et trois fois vicaire général de son ordre. L'autre se nommait Antoine Fradin. 11 prêchait à Paris en 1478; il eut les succès les plus brillants et sa parole opéra nombre de conversions. Il ne craignit pas en chaire d'attaquer les abus du temps , et l'inconduite des seigneurs et des hauts fonctionnaires. Il fut arrêté : la foule le considéra comme un martyr. C'est sans doute à l'un de ces deux hommes que Coquillart pense quand il parle des sermons du bon cordelier et de ses conseils.
Cardouen, —Cuir de Cordoue; peau fine et délicate. De Cordouen vient cordonnier.
Cornet. — Coin , angle d'un lit.
Cornelle. — Dans la première partie du XV* siècle les dame» portèrent des coiffures hautes et larges , assez semblables à une paire de cornes. Plus tard cette coiffure diminua de volume et se nomma cornette ' La pièce d^étoffe qui la composait était longue , et de ses eitrémités on entourait le col. Aussi dit Goquillart,si demoisellaagorge laide, elle porte cornette de yelours. La corde de la potence se nommait la cornette de chanvre.
Cornu. — Ridicule, fou.
Corporellement. — Au moyen -âge , on cherchait par des actes matériels , et des formalités pour ainsi dire corporelles, à perpétuer la mémoire des actes sérieui. Ainsi on fouettait vigoureusement les enfants des parties contractantes pour qu'ils se souvinssent toujours des circonstances qui leur valaient cette bonne fortune : on annexait aux actes un brin de paille , un menu fragment de bois. Les parties prêtaient serment sur une hostie , sur le corps du Christ^ et on engageait son corps et son Ame à le tenir. On disait alors que le serment était prêté corporaliler. Depuis on employa le mot corporellement toutes les fois qu^on jurait en étendant la main sur Tévangile.
Colherh, — Gotterets , fagots. Les porteurs de cotterets , comme tout les journaliers de ce temps , affichaient de se mettre avec plus d'élégance que leur position ne le permettait. Les portefaix faisaient comme eui : aussi facquin vient-il de fiiii.
CoUe. — fV. Robe.J — Cotte verte : une femme qui se laisse coucher sur le gazon , se relève avec des taches vertes à sa robe : e^est ce qu^on appelait avoir la cotte verte. Bailler la cotte verte, c'était jeter une femme sur Therbe. Pour éviter des taches accusatrices, les femmes galantes portaient dans la belle saison , au printemps surtout, des cottes vertes. Aussi Goquillart ditril qu'à son parlement d'amour^ les corseillères ont des cottes vertes. Mart. d'Auv. donne le même costume aux dames qui viennent assister aux arrêts d'amour. — Au surplus , au printemps , tous ceux qui se piquaient de galanterie, portaient des vêtements ou des rubans verts : on attachait à son chapeau une branche de verdure.
C(mar, cotutrd. ^ Poltron, sans énergie. Ce mot vient dit-on de eauda : couard signifiait qui a la queue entre les jambes.
Coucher f couscher de quelqu'un. — Parler de quelqu'un , le mettre sur le tapis. Couché : étendre sur le papier. Doivent être posés , articuliez et couchiez en bon stile et langage , les pos-
sessions prétendues par le compiaigoant. Art 2. chap. XII. 2* partie. Coul. d. R.
Couleur. — Prétexte , apparence , forme. — Quelle couleur aurai-Je de donner sentence ? dans quel sens donnerai-je sentence. — Couleur de rhétorique ; flgure de rhétorique : moyens oratoires.
Coupa. — Tout 'À-coup, de suite , à votre tour , pour le coup. — A deux coups : en deux bonds. — ^A coup que : aussitôt que — chacun coup : à chaque mot , k chaque pas. •— Frapper à coup , À coup : coup sur coup.
Courage. — Volonté : intention. — Mauvais courage : méchanceté.— Bon courage : bon vouloir : probité : fermeté dans le bien.
Courralier. — Courtier : entremetteur.
Cours. — Mode : ton : préséance.
Courser. — Courroucer.
Court , bref. — Faites le court : parlez en peu de mots. « Pour ce que les advocats ne nostre dicte court, en plaidant leurs causes, souventes fois sont trop longs et prolixes en préliices, réitérations de langage , accumulations de faits et de raisons sans cause , et aussi en transcendant souventes fois les mètes de répliquer et de dupliquer, et en trop s'arrester en plusieurs menues fins de petit eflTect et valeur, autres que fin principale voulons et ordonnons par nostre dicte court , leur estre enjoint sur leur serment , que doresenavant ils soient briefs le plus que faire ce pourra , et qu'en ce , ils se gouvernent selon Tancienne ordonnance de feu nostre bisayeul le roy Jehan (1363); car s^ils y font faulte , oultre Tolfence de parjure quMIs encourrent , sitost que nostre dicte court appercevra ladicte faulte , le président et conseillers dicelle, sur le champ ou le lendemain, délibéreront sur ce, et puniront ceux qu^ils trouveront estre trop longs , d'amende arbitraire, selon Texigence du cas, tellement que ce soit exemple À tous autres. — Art. 25. Ord. octobre 1446. Régi. 1453. »
Court. — Enceinte , clos : du gaulois cort, cortum , cortis. — cour de roi, cour de justice : ce mot peut venir aussi de cur.'a. — Court ouverte: cette locution rappelle le temps où le parlement allait ouvrir ses assises au lieu que lui indiquait le roi. Quand il fut fixé à Paris , on disait qu^il ouvrait quand il reprenait les
séances, ou quand le roi lui donnait à juger une afftire spéciale^ Coqulllart^ en disant que les dames ont court ouverte , fait une mauvaise plaisanterie.
Courtagt, courlaiges. -— Négociation , entremise.
CouHines. — Tentures. Rideaux qui entouraient les lits èf colonne.
Courtoisie. — Faveurs d'une femme. — Demander la courtoisie : prier d'amour , présenter la requête d'amour. — Courtoise : courtisane , femme galante.
Cousin. — Galant , bon «mi. On disait nepveu dans le même sens. — Cousin était aussi un titre d'amitié usité en style familier. Vêla mon cousin le guet :: voilà mon ami le guet , mon camarade le guet. — Cousine : amie, maîtresse : Ticnnon la cousine Yoland , c.-à-d. la mahresse<i'Yoland. — Dans les C. N. N. on dit qu'une femme galante flnit par aller aux rangs de nos cousines à Avignon; c.-à-d. qu'elle se fait fille publique à Avignon.
Cousin. — De custos. Gardien des églises. Officier qui veillait ■Sur le trésor et le mobilier des églises.
JCoutle. — Cotte : robe. (V. Coite.)
Courverceau. — Couvercle de vases employés par les apothicaires. On disait aussi à Reims couvercle et couvert.
Couvert. — Couvercle. Pot à couvert : pot de grès avec un couvercle. — Adj. : couvert, dissimulé, menteur, hypocrite.
Couvrechief. — Coifllire : voile , plaque de métal qui faisait partie de la coiCTure. Bonnet de nuit. Coiffure de femme , haute et pointue. Voile qui pendait de son sommet.
Couvrir (SeJ. — ^ Mettre sa toque. Les avocats se couvraient devant les tribunaux en signe d'indépendance. Les magistrats se hâtaient d'en donner la permission pour prévenir toute bravade de la part du barreau. Les avocats, par déférence pour les magistrats , ne se couvraient pas toujours. De là les combats de politesse que Coquillart place dans son plaidoyer. Rabelais et Racine ont reproduit tour-à-tour la pensée et même les expressions de Coquillart.
Cramoyti. — Etoffe précieuse. Nuance de rouge. Etoffe rouge.
Créature (Enlretmir la). — Satisfaire les besoins de Tamour : entretenir une femme.
CrewMquin. — Pied de biche qui serrait à bander la corde d'une espèce d'arbalète. Les mots crennequins à nerf présentent une équivoque qu'il suffit de signaler.
Crim$ (Je). — Je crains , ou je crois.
Crocheté de la bowherie, ^- Les bouchers suspendaient les viandes à des crochets de fer placés dans leurs boutiques ou dans les caves où ils tuaient les bestiaux. — Goquillart Joue sur le mot boucherie : il lui donne le sens de propos Tenant de la bouche.
Croiêêanl. — En 1475, Louis XI fit frapper des écus d^or quHl fit recevoir pour 26 s. 6d. t., valeur que n'avaient pas avant les pièces de même aloi. A la couronne royale que portaient les anciens écus d'or, il substitua un croissant. Goquillart fait allusion à cet édit arbitraire, et sentant la fausse monnoye : il dit que ceui qui iMSsent leur temps à teindre leurs cheveux sont des fous , quMls tiennent de la lune , et qu'ils valent bien un demi croissant , c.-à-d. peu de chose, autant que la moitié d'une monnaie décriée et dont l'empreinte est celle de la lune , patrodhe des fols.
Croix. — Ne savoir ni croix ni pile : ne pas se connaître en monnaie. Pour que le sens soit complet, il laut lire ne savoir prendre , montrer ou distinguer ni croix ni pile , parce qu'on n'a pas de monnaie. Au moyen-Age les monnaies sur un de leur revers portaient une croix : aussi le mot croix à lui seul signifiaitil monnaie :
Car oncqaes il n'en reçat croix. Test, de Path.
On nommait croisette une pièce de menue monnaie. — « Utinam, Domini ecclesicutici, tantùm diligerelis Christum erucilixum ^uamdiligitis crucem. DimittilU in eecksiâ Christum crueifixum, dummodo habeatis crueem et bursam ferratam. » MsNOT, sum, Post. IL Dom. quad, — Le mot pile signifiait «ussi argent. Il doit être le nom d'un signe monétaire. Sur quelques monnaies du moyen-Age on voit un temple dont la voûte est soutenue par des colonnes : Peut-être les nommait-on piliers ou piles.
Cuèuf. — Cbceur : etifiiot de cueuf : enfant de chœur. ^^ €œur : Honneste cueur ; cœur d^hoiineur.
Cuidêfy cuyder. — Croire, présumer, douter, ne pas sâYoir si. — Cuyder sans s'espargner : s'estinrer outre mesuft* — Oultre cuydé : fat , présomptueux.
Cuirasêe^fGuillemeUe PorleJ. — Guillemette à la poitrine carrée, solide, couverte d^unepeau dure et épaisse. Les cuirasses étaient parfois faites en cuir.
Cul. -^ Ce mot faisait partie de la langue ordinaire : on ne craignait pas de le prononcer. Il se trouve dans le Blason deè Armes et des Dames récité devant Charles VIII et toute sa cour. A Reims se trouvait alors la rue du Trou-du-CuI , et un autre passage nommé via culorum. Les auteurs contemporains de Coquillart, et ceui qui Font suivi depuis, ont tous usé sans scrupule d^un terme que Tusage admettait. — Cul troussé de Paris : cette expression était proverbiale au moyen-âge. Les parisiennes passaient pour galantes et douées A^un tempéram<înt des plus amoureux. Les ribaudes de tous les pays se rendaient à Paris , et procuraient ainsi aot femmes indigènes un renom quMles n^Auraient pas conquis à elles seules. Quoi qu^il en soit, on disait dès le XtV* siècle :
Qui veut belle femme querre Preigne visage d'Angleterre Qoi ]i*aye mamelles normaiides. Mais bien on beaa corps de Flandres Enté sar un cnl de Paris, U AUti femfme à son devis.
— «te n^y connais ni cul ni pointe : littéralement, je n'entends rien à la couture , au savoir-faire des aiguilles. On nommait cul et pointe les deux extrémités de Taiguille. Ces deux noms se prêtaient à de nombreuses équivoques. Rabelais a dit : quand les petites ouvrières eurent perdu la pointe de leurs aiguilles , elles commencèrent à besongn^ du cul. — Travailler à cul contrepoint avait le même sens. Au pluriel on écrivait culz , culx.
Culier, — Cuiller : à Taide de Torthographe qu'il adopte, Coquillart fait une mauvaise plaisanterie.
Cuîière. — Croupière : dans un mystère publié par M. Jubinal , le diable se plaint de ce que les nonnes se battent de verges les épaules et la culière, quand elles sentent les aiguillons de la chair. Le titre d'abbesse de haute culière n'a pas besoin de commentaire.
Curialiste. — Membre du tribunal de Tofficialité. — Courtisan. — Curé : solliciteur de cure. On donnait des cures aui jeunes gens nobles et riches , après trois ans d^étude seulement. En 1469 , k Reims, le chanoine BobiUe , pensionnaire de Rome, obtint du pape^ malgré le chapitre , la réunion d'une cure à sa prébende. Les mignons curialistes sont ou les curés de faveur ou les élégants de la cour.
Curialité. — Tribunal de Tofflcialité. Cour du roi. Egards, politesse.
Custode, — Paravent , pavillon , tenture formant un abri. Coiffure couvrant le front.
Dada jennin. ^ Mari trompé. — Dadais signifiait sot , ridicule. Molière a dit dans le même sens Georges Dandin.
DaguelU. —Petit poignard. Daguette troussée, c.-à-d. la pointe en l'air, la poignée en bas, suivant la mode du temps. En 1470, une ord. de police défendit , à Reims , de porter espées, dagues ou autres armes. Les nobles et notables étaient seuls exceptés de la prohibition. Une ord. royale du 12 mars 1478, avait fait la même défepse , et n'avait donné droit de port-d'armes qu'aux nobles et aux gens de guerre. Les délinquants étaient punis de prise de corps et de confiscation : en cas de récidive , ils devaient être fus^ tiges dans les carrefours et bannis de la ville. Tout individu arrêté la nuit porteur d'armes, était condamné à perdre les oreilles. Par bravade et par vanité , les élégants affectaient de porter la dague pendue è la ceinture. Ils se donnaient ainsi des airs de gentilshommes et de gens d'armes. La dague , la pointe en l'air, était portée par les amoureux et les verts galants : c'était un emblème facile à comprendre.
Damoyselle. — Titre relevé aux dames nobles, de domina^ dominella. — C'était une inconvenance que dédire madame à une damoyselle, La vanité des bourgeoises enviait le titre de damoyselle, et toute femme tant soit peu noble y prétendait. De là l'incident du Monologue duPuys. On disait aussi damoyseau pour seigneur. — Damoiseller : faire sa fille damoyselle ; la marier à un noble.
Dance. — Les danses se divisaient en hautes et en basses. On laissait la haute danse aux saltimbanques : c'était aussi un des
noms donnés à la potence. — La basse danse était la danse ordi' naire. La basse danse était aussi le Jeu d^amourette, ce qu^on nommait ailleurs la danse du loup. Goquillart n^est pas bomme à négliger cette équivoque. -—Etre mené au-dessus de la danse, c.-àd. être à la tète des danseurs. — Danseresse : femme qui aime la danse et le plaisir.
Dando. — Ce mot se trouve deui fois dans le même passage : Roquefort lui donne le sens de dandin, mari trompé. — Le Dando tranche des lardons quand on va sa chair embrocher : c.-à-d. le mari prépare le souper pendant qu^on va embrocher la chair de sa femme , ou bien il est le premier à plaisanter des infidélités de sa femme. •;— Le Dando fait bouillir le pot, c-à.-d. le mari fait la cuisine pendant que sa femme fait Tamour. — Dando peut signifier celui qui donne, Tamant libéral. Dans ce sens, les vers ci- dessus voudraient dire Pun : le galant qui a payé^ fait des plaisanteries et se moque du mari, au moment où il va satis&ire sa passion adultère. — L^autre : il donne ce qu^il faut pour faire bouillir la marmite et entretenir le ménage.
Dangter. — mari jaloux : tuteur, père qui veille sur sa fille. Palatin du dangier et fauli danger : espions du père et du mari.
J. MOUNET. MABT D^AuV.
Dat — Date : ce passage est une parodie de la formule qui dot les ord. royales. On nommait dataijre, TofOcier de la chancellerie romaine qui mettait sur la requête la date de leur présentation. Date vient du mot data mis à la fin des bulles ponti^ ficales. En France], les lettres royales finissent par exemple ainsi • Donné à Amboise le.... par le roi, les sires de Lau^ de Baugy et autres présents. Signé Louis Daniel.
Dea. — Affirmation : de Dia, par Jupiter. On dit encore oui da.
Déclairer. — Montrer, faire connaître, mettre en lumière.
Décliqueur, — Bavard. fV. Cliquetle.j
Décrotter $08 crottes. — ^La mode était alors de porter des rojbes longues qui baUiyaient les rues et se crottaient facilement. Uonunes et femmes en usaient. Menot, dans ses sermons, leur reproche d^ètre toujours crottés, et d^être obligés d'avoir une servante uniquement occupée à décrotter leurs robes : Serm. IV, Dom. qwsd.
Dédicace. — Le Jour où Von célébrait la dédicace d^une église
étaii une Uié des plus solennelles. Les cloches sonnaient du matin au soir. L'ofiBce durait toute la Journée. Au dehors, les cabarets étaient pleins; on dansait partout. La dédicace de N.-D. de Reims se célébrait avec pompe et fhicas. En 1451, à cette occasion, on compta dans Reims plus de 100,000 personnes. ^G'esttoujours la dédicace, c.-à-d. un bruit sans fin.
Déduiif âéduyt, deêduyt. — Plaisir, distraction, amourette. Le bas déduit ; plaisir d'amour. — Railler le déduit : mémte sens.
DeffauU. — Gain de cause adjugé à Tune des parties en Tabsence dePautre. — DeffauU à la Simple, c.-à-d. prononcez- le au profit de la Simple ; maistre Simon ne voyant pas comparaître la Rusée, demande deffault ; maistre Olivier s'y oppose, parce qu'il a procuration. Jusqu'en 1484 on put rigoureusement donner défault contre le plaideur absent de sa personne. Ce ne fut qu'à cette époque qu'on abrogea ce vieil axiome : En France on ne plaide pas par procureur. Il faut dire qu'en usage il était depuis longtemps aboli à Reims. La coutume rédigée en 1481 admettait la comparution par procureur : elle voulait aussi qu'en matière de coïkiplainte, la possession ne fût adjugée qu'après deux défoults devant le sergent commis par le Juge à l'examen des lieux, et au troisième défout devant le juge. Art. 7, 8, 9, 10, 11, 12, Chap. XII , 2e partie.
Deffetre. — Mise à bas, pillage , butin. Georges d'Amboise, niOrt en 1510, légua à son neveu toute sa déferre, qui valait plus de 2,000,000 de francs. — On lit dans J. Marot i
Je abandonné RWolte , les bi^ns et la dein^ré
A tons bônâ cotti]^aignons qni la Tondr*ut oonquerre*
On disait dans le même sens : gaignerla defferre, c.-à-d. le droit de piller.
Uehaitf dehet. -— De hait. fV. Hail.J
Deisse (Je) je disie. — Je dirais bien : faut-il que je dise
Délayer. — Retarder, apporter des délais. Les ord. de 1453 et 1493 défendent qu'on délaye les procès.
DelUter fStJ. — Se délecter.
Démancher fSeJ. — Équivoque. fV. EmmafUher.J
Démener, demainer. — Conduire, se démener, s'agiter. — Démener du bruit : faire du bruit.
Demourer. — S'arrêter : être en retard, s'absenter. •— Demoirraot : restant. Au demoqrant, au reste. — Demoura : demeurera. —Démourée : retard, absence.
Demy -lourd. — A moitié dégrossi : il y a peut-être ici un jeu de mots , et il faudrait lire dans ce cas comme s'il y avait : de My lourd ou demy-Lord (V. Milours.J
Denier. — Ancienne monnaie : argent. — Denier à Pieu : pièce de monnaie qu'on échangeait en prenant Dieu à témoin, quand on venait d'arrêter une convention.
Denis fJUaislre). — Denis Lemercier, chancelier du duc d^Orléans (depuis Louis XII) : c'était un orateur distingué. 11 joua un grand rêle aui états généraux, ouverts au commencement du règne de Charles YIII.
Denrée. — Ce qu'on pouvait avoir pour un denier. — Marchandise à vendre. — Vendre sa denrée en gros : vendre tontes ses faveurs d'un coup. — Denrée signifiait aussi parties semelles : 20« des C. N. N.
Départir. — Distinguer, diviser, discuter. — Départi: mis de cêté. — Laisser à départis : laisser de côté.
Députer, — Disputer , examiner, discuter.
Dérober — Voler, on disait aussi rober. Comme il s^agit de robe soustraite , Coquillart dit dérober pour faire un jeu de mots.
Derrière (En). — En arrière, en cachette. Porte de derrière, porte dérobée. Dans le XV* siècle, le chapitre de Reims fît fermer la porte de derrière des maisons habitées par les chanoines, pour mettre un terme h de mauvaises plaisanteries sans cesse renaissantes. Venir veoir sa dame par derrière : par une porte dérobée. Équivoque grossière.
Dcôauc/icr ^5e;. — Sortir de la bonne voie, des rangs. Se permettre des violences. —Devant que nul ne se débauche : c-à-d. que devant moi, qu'en ce moment personne ne s'avise de (aire la mauvaise tête et de vouloir frapper les gentilshommes de mon espèce.
Descharger d'une massue. — La massue était un maillet, une masse d'armes. 11 y a ici une équivoque brutale.
Descocher, — Décocher, lancer des traits. fV. Coche J
Discorder. — Rompre Tharmonie, détacher. En maliëre d'enquête, accorder et discorder était se trouver ou ne pas se trouver d'accord sur les foits qu'on avait plaides et qu'on devait prouver. CouLde 12.1181.
D sduire. — Distraire. Amuser.
Desguiuller. — Parler, crier, lire haut.
Deslasié, — Délacé : ouvert, large.
DesmmU. — De desmouvoir, écarter.
Desmise. — Mise à bas, repoussée.
Desnaturé, — Dépourvu de bonnes qualités, contre nature, hors la loi commune, méprisable. Bien nature : d'un caractère heureux, honorable.
Despécke. ^- Débit , emploi. Faire la dépêche d'une affaire, l'expédier. — Despécher : expédier. Despècher une cause : c'est la Juger.
Despendre. — Dépenser.
Dejp«n5.— Dépenses, dépens, frais de justice. — Dépens réservés en sentence définitive : c'était un des abus de la procédure suivie du temps de Goquillart. Les jugements sur incident ne statuaient pas sur les frais ; aussi les plaideurs ne reculaient devant aucune chicane, et à leur insu les frais se multipliaient ; celui qui perdait son procès en sentence définitive était écrasé. Charles VIII mit fin à cet état de choses. (V. ord. de Juillet 1493.^
Despiter. — De despicere : mépriser, injurier , se fâcher. — La Rusée l'en despitait, c.-à-d. se fâchait contre lui. Peut-être faut-il lire : s'en dépitait.
Desroy. — Déroute, défaite, désordre.
Desserre. — Mise hors des serres d'un oiseau de proie, délivrance, soulagement. Il faut peut-être lire defferre. fV. ce mot.J
Dessiré. — Déchiré : de dilacerare.
Desservir. — Servir : être agréable , gagner , mériter. On disait desservir un office , une chapelle : desservir d'être décapité (Ph. de Gom.), mériter d'être décapité. — La grâce sa mye desservir? gagner les bonnes grâces de sa belle amie.
Deslourber. — Interrompre, troubler.
Deslroit. — Détresse : obstacle : deffîlé , pas difficile , cbanrp clos. Passer les détroits : traverser un défilé, triompher d^une difficulté. En style graveleux, cette locution a un autre sens.
Desvoyer. — Sortir de la bonne route, perdre le bon sens.
Détractïon. — Calomnie, médisance , détournement, soustraction. Goquillart accuse- t-il les libraires de débiter des calomnies, de vendre des libelles , ou d^abuser de la confiance des professeurs, en détournant les cahiers qu^on leur donnait à vendre, ou de celle des acheteurs, en leur soutirant plus d'argent que ne valaient les objets vendus ?
DeuU. — Il se plaint : de douloir : dolere.
Deux, — Lisez : deuils : d'eui , par eux.
Devant. — Pour vous va cen devant derrière : ce qui était en devant va en arrière. — Devant : parties sexuelles. Mari bas devant : froid et impuissant. Rabelais dit mari prosterné.
Deviner. — Inventer , forger.
Dcuw. — Fantaisie, goût. A son devis : à son gré. Etre à devis : vivre à sa guise.
Devise. — Sentence pieuse , poétique ou galante , adoptée par les nobles^ les dames et les amants. Les dames portaient la devise de leur bel ami ^ et les amants celles de leur maîtresse. On la-cachait sous des nœuds ; on la mettait aussi en évidence brodée sur les vêtements, écrite en lettres d^émail sur les bijoux. — Coquillart, en parlant d'une femme galante , dit qu^elle porte devises à tas , c.-à-d. en grand nombre, parce qu^elle a de nombreux amis.
Deviser, desviser, — Causer. Deviser cottes et pourpoints : parler vêtements d'homme et de femme, y songer.
Dez. — Jeu de dés : perdre h trois beaulx dés. Le jeu des trois dés est indiqué dans Rabelais. Ces mots à trois beaulx dez forment un calembour (à trois baudets). — Ne toucher d'autre dez : ne parler d'autre chose. On dit tenir le dez de la conversation.
Diable. — La loi punissait de peine sévèra ceux qui juraient
lOA
par le diable : c^est ce qu^on appelait faire le vilain serment. Au XV* siècle , à Reims , ceux qui s^eu rendaient coupables , étaient attachés à une échelle et exposés aux regards du peuple. Le poète, en Jurant par le diable, fronde une mauvaise hal^Uude de son temps. (V. Yauvert et JlenediciteJ
IHet (Le dicl du préteur). ^ Lisez : Tédiet du préteur. Eo entrant en fonction , le préteur annonçait qu^il maintiendrait les •êtes ftits avant son arrivée au pouvoir; par le même édit H faisait connaître les lois qu'il appliquerait.
Dieu, -«- Dieu que : Dieu sait que. Dieu ! que. — Voire à Dieu : vraiment: peut-être avec Taide de Dieu^ certes s^il platt à Dieu. — Voise à Dieu : qu^il aille à la grâce de Dieu ; si Dieu veut , qu^il le fiisse. ^- Tout est en Dieu : tout est au pouvoir de Dieu ; que Dieu fasse comme il l'entendra. Dans la 34« des G. N. N. un mari trompé querelle sa femme qui lui tient tête. « Il ne sçavoit que dire , ajoute le narrateur ; il prlnt le procès tout en Dieu , qui est Juste et'droicturier, » c.-à-d. qu^il s^en remit À la justice de Dieu.
Deffinir. — Définir, exposer. —Finir, mettre à fin , trancher une difficulté.
JHlatim. ^ Délai.
Dispenee. — Dispense : permission d^agir contre le droit commun. Pans l'origine les évêques avaient le pouvoir d'accorder les dispenses. Plus tard la cour de Rome , pour augmenter Tautorité du Saint-Siégc , leur enleva le privilège ou le restreignit. Quelques évêques tinrent bon , mais en général on se soumit. Aussi Goquillart envoie-t-il à Rome ceux qui ont besoin de dispenses.
DMirotrg /Se/— S'écarter, se débaucher , se divertir. — Sans en distraire , sans soy distraire : sans interruption. Lapossesion, pour avoir force en justice , devait avoir duré sans interruption plus d'un an et jour.
Divers. — Contraire au bon sens , ridicule , plaisant. •-'Guillemette dit au drapier qui réclame son drap : vous êtes un bien divers homme. Path.
Docteur (Trahison en est un). — Au XV« siècle , au milieu de nos troubles politiques, les docteurs de l'université soutinrent plus d'upc thèse contraire aux lois de TEtat et de l'équité.
Telle fut la harangue de Jehan Petit, docteur en théologie, pronoocée publiquement devant le recteur, pour justifier Tassassioat commis par Jean-sans-Peur sur la personne du duc d^Orléans.
Donj donc, dont. -^ Ces trois mots sont employés Tun pour Tautre , et même pour d^où : undè. Dans ce dernier sens Rab. écrit dond.
Dorelot. -*- Ruban, chiffon de femme. — Elégant qui porte des rubans, des chiffons : homme à bonne fortune, fat, enfant gâté. Dorelottier : marchand de mercerie , de fantaisies. Dorelotter un enlant : le caresser , le gâter.
Dos f Avoir l'entendement au). — Les bossus ont toujours passé pour gens d'esprit : de là peut-être cette expression qui signifierait être bossu.
Dotuaire. — Avantages dont jouissait la femme au décès du mari j elle les perdait quand elle était condamnée pour adultère.
Double. — Monnaie valant deux deniers , double denier.
Doublance, double. ^- Doute : hésitation , crainte , soupçon , inquiétude, question à examiner. — Doubté : redouté.
Doucine. ^- Doulcine : flûte dont les sons étaient doux.
DoukeUe. — - Complaisante , amoureuse , galante.
Dmgme, «— La dragme valait un gros ou la cent-vingt- huitième partie de la livre. Une dragme d^amour : un peu d^amour accordé par la femme qu'on préfère , en vaut bien livre et demie que donnerait une autre.
Drap — La bourgeoisie et les gens de guerre ne devaient porter que du drap de laine. En 1473 , une ord. déclara que les marchands qui vendraient du drap de soie aux gens de guerre , ne pourraient réclamer leur paiement en Justice. -«- Le concile de Reims tenu en 14IS5 , défendait aux évéques de porter du drap de soie figuré. On nommait ainsi une étoffe brochée , ornée de dessins et de figures. Les draps figurés , les draps de damas , c.-à-d. en soie, le camelot de soie, étaient réservés pour les nobles. Ces loissomptuaires manquaient leur but. On affecta de porter des étoffes coûteuses pour paraître au-dessus de sa position. Coquillart reproche aux journaliers , aux gens gônés , les sacrifices qu'ils font à leur vanité.
Drapier, — Les drapiers du temps de Coquillart se permettaicDt des fraudes de tout genre. Avant de mesurer les draps pour les vendre , ils les allongeaient A Taide de poulies. On ne les mouillait pas avant de les mettre en vente , de peur de les rétrécir ; une fois vendues , ces étoffes déteignaient et se rétrécissaient quand la pluie les trempait. Menot, dans son 34» sermon , reproche aux drapiers de vendre du drap de Beauvais pour du drap de Rouen , de vendre deux aunes de drap et de n^en livrer qu'une à Tacheteur, de mouiller les étoffes pour leur donner du poids. Le drapier Guillaume trompe Pathelin, et dit :
Ce trompeur-là est bien becjaane, Qaant pour vingt-qaatre sols ranlne, A priufl drap qui n*eii vaut pas vingt.
En 1407, 1460, 1490, des ord. tentèrent de réprimer toutes ces fraudes. En 1498 , une autre ord. défendit de vendre les draps plus chers quMIs ne valaient : elle en fixa le prix. La satyre de Coquillart portait ses fruits. Le 15 Avril 1500 , à Reims, le corps des drapiers recevait un règlement. fV. Presler.J
Drappeaulœ, — Chiffons, étoffes, langes, vêtements de femme. — Vieux drappeaux : vieux chiffons.
Drille. — Gland de chêne. Trait, rayon : Ronsard a dit astre drillant. — ^Dille, cheville, fousset. Dandrille (peut-être dame drille) est un des noms donnés au membre viril. — On comprend ce que peuvent vouloir dire les mots : doyen de par la belle drille. — Drille signifiait aussi vert galant. (F. Beauvais. J
Droicl. — Vrai, fixe , certain , direct. — Une droicte firénésie : une vraie folie. — Interrogué la droicte voie, c.-à-d. directement^ avec précision sur les faits de Tenquéte. »-En droict soy : à part soi, dans la direction de ses idées.
Droit. — Loi, science des lois, justice, redevance. Impôt. — Mes bons droits : ma bonne cause, terme de procédure. Ord. d'avril 1455. — Droit naturel : phiisanterie de Coquillart : elle roule sur le mot naturel. On nonunait alors nature les parties sexuelles , et leurs besoins amoureux. Menot feit une équivoque du même genre dans un argument qu'il place dans la bouche des amoureux : dicunt simplicem fomicationem non esse deo displicentem, quod est peceatum nalumle. Serm. III, Dom. qttad. — Droits nouveaulx : droits à la mode : allusion à la rédaction des coutumes , commencée à la fin du règne de Louis XL C'est en 1481 que Coquillart fut commis , avec d'autres , à rédiger la Coutume de Reims. — Droits fériaux : Coquillart foit
allusion ici aux droits prélevés par les seigneurs sur les champs de foire. Les foires royales étaient franches de tout droit ; mais celles dont Torigine était féodale , étaient soumises à diverses contributions. Â Reims il n'y eut de foires royales que dans le XVP siècle. Les droits fériauU étaient peu populaires , aussi Fauteur dit-il qu^il n'en veut pas parler. Le mot férié ou féeris ne signifiait pas seulement fête et foire , il avait aussi le sens qu^on lui donne de nos jours. Dans cette hypothèse, les droits fériauli sont des droits fantastiques , des lois imaginaires , et Goquillart prévient le lecteur que ce quMl va dire n'a rien de frivole, et qu^il ne s^agit pas de conter en Tair. — Droits de la porte Baudetz ou Bandais. (Y, BaudaisJ. Coquillart fait peut- être encore ici une allusion aux redevances féodales perçues dans Reims. En 1388j Tenceinte de la ville fut augmentée, et on y comprit une porte nommée dans Torigine Basilicaris , et depuis par corruption Basée et Basai. Les archevêques percevaient des droits d'entrée sur toutes les marchandises amenées à Reims. Ils continuèrent à les exiger à la porte Basai , quoiqu'elle ne fût plus une porte de la ville. Cette perception était érigée en fief, elle se faisait au profit de la famille qui possédait ce droit seigneurial. Elle payait une rente à l'archevêché : on comprend combien cet impôt était vexatoire. A Paris, la position de la porte Baudais était la même; auprès d'elle se tenait un marché considérable, et Ton prélevait aussi sur ce point des droits de diiïérents genres. Coquillart joue sans doute aussi sur le mot Baudais : les droits de la porte Baudetz sont les droits de la porte aux Anes. Il respecte trop son auditoire pour lui conter des Aneries , des balivernes ; son cours de droit est des plus sérieux. — Droits de maintenir : on nommait maintenue la sentence définitive qui maintenait en possession celui qui était troublé dans sa jouissance : Coquillart parle des droits dans lesquels les gens À la mode , les jeunes gens , doivent se maintenir sans hésiter. ^- Droits de vente dus de rigueur : il s'agit ici des droits de quint et de requint dus au seigneur par le vassal qui vendait son fief. Le quint était la cinquième partie du prix de la cession ; le requmt était le cinquième du quint. Ces droits étaient rigoureusement dus ; si on ne les payait pas , le seigneur s'emparait du fief vendu. — Coût, de B,
DrUj druf, drwps, druz, drue, drupe. — Ami, amoureux, gaillard , bien constitué , de haut rang. — Fille drue : bonne à marier. Druerie signifiait amour , fidélité.
Drupe. — Lisez dupe.
Vucil. — Dol, deuil.
buire. ^- Plaire, sourire. Duisant : qui platt , aimable. — DuiC, duyl : conduit, éioyé, accoutumé.
iMfnumoherèê» — Endimanchés : journaliers , valets qui mettent le dimanche des costumes élégants. Mart. d'Auvergne se mocque aussi des varlets dimancherets qui font de folles dépenses , et ne peuvent Jamais avoir l'air de gentilshommes.
Eaue, — Eau. Eaux : eaux de senteur. Eau rose : eau de rose.
Echanlillon. — On nommait chanteau ou chantel un pain entamé. L'échantillon était un morceau de chantel , un morceau de pain. Echantillon de cuisine : os à ronger , reste d'un met , morceau de pain. — Femme prête à donner reschantillon , c -à-d. à faire voir une partie de ses appas > pour inspirer le désir de posséder le surplus. Donner Téchantillon peut avoir un autre sens , et signifler être facile, charitable en amour, donner le pain qu'amour envie.
Eerévisse de veUmn. — Locution incomplète. Il lUIait dire iiarbe d'écrevisse de velours : on nommait ainsi du velours coupé en bandes , en franges semblables aux antennes de Técrevisse. On en disait des ornements pour les robes et les coiffures.
Edifice (Labourer V). •*- Caresser du haut en bas. SatisCùre les désirs d'amour. ^ Edifier : même sens.
EffemuefS'J, i'efferune^ s'effernue, $'efferve. — Tous ces mots ont le même sens. S'eflterver signifiait s'emporter , se troubler. On dit encore effervescence.
Effort. — Violences , entreprises coupables, trouble. — Exercices d'équltation , manœuvres, tours : peut-être faut-il lire essor, terme de fauconnerie qui voulait dire départ de l'oiseau lancé sur sa proie. — Les galants écuyers avaient soin de passer à cheval sous les fenêtres de leur belle , et de faire en leur honneur des manœuvres difficiles et périlleuses.
Elacion. — Hauteur , orgueil , amour-propre.
Emhler. — Voler ; de involanj mettre dans sa main. Vola :
creui de la main. — Embler un coup : faire an larcin d amour, s'aimer en cachette. — A Temblée , furtiTement.
Embouclure. — Emboucler signifiait attacher avec une boucle: Tembouclure, c'est Taction d^attacber la boucle, ou le lien luimême , et au figuré, tout ce qui lie Tborome à la vi6, tout ce qui entrave sa liberté.
Embourrer. — Garnir de bourre , fourrer de la bourre. Faire embourrer son bas , équivoque grossière. Bas signifie sélle des bétes de somme, et parties naturelles.
Emmancher. — fV. AmmancherJ. Rabelais dit dans le même sens :
S'il est ainsi que coignée sans manche If e sert à rien, ne houstil sans poingniée, Afin que Tung dedans Tanltrè s'emmanche.
Prends qae soys manche, et ta seras coignée.
Emmiemlure. — Emmiellure.* remède pour les chevaux où il entre du miel.
Empescher. — Troubler, inquiéter un possesseur. Empeschement : trouble de possession.
Empoigne eliquaille. — ^F. TvonnelJ
Empoint. — En point. fV, Point J
Empraint. — De : empreindre, comprendre. Imprimer > féconder, concevoir, entreprendre. — En ung coup tout n'est pas empraint : on ne peut à la fois tout entreprendre, tout concevoir, tout créer.
En, Ven. — On , l'on.
Enbotiché fÊtre.J — Avoir une nouvelle en bouche, être prêt à la raconter.
Endosse. — Ce qu'on met au dos d'un acte : quel décharger sur leur endosse : quelle quittance au dos de leur billet. Mauvais jeu de mots. — Endosse signifiait aussi coups sur le dos, fardeau mis sur le dos, paquet à porter, responsabilité, suite d'une sottise.— « Elle s'apperçut qu'elle en avait dedans le dos , dis-je dedans le ventre. » fNouv. V. Bonay. Despériers^. On disait se mettre sur le dos, faire la bête à deux dos.
Endossé. — Vêtu : povre endossé, vêtu de pauvres habits.
Enfoulure. — Foulure : coups.
Engin, ^ De ingenium : esprit , ressource, machine. Outil : les instruments d^amour, les outils par excellence.
EnnemenL — En ce moment : certainement.
Ennuit. — La nuit, cette nuit. — Ou pour en huy, aujourduy.
Enorme (Fait), — Hors des prévisions de la loi et frappé de peines arbitraires.
Ensaineie. — Enceinte : entaillé. — Fendu, bien ouvert: taillé, ciselé. ÇSEÀ\ entaillé, bien fendu ou brillant comme un diamant à facettes.
Entan — Avec, ensemble, tous. L'année dernière : antè hune unnwm.
Ente. — Pour : ante : tante. ,
Entendis que. — Attendu que : il est entendu que.
Enleryser. — Terme d'argot employé par Villon dans ses ballades adressées à ses confrères en filouterie : il les eicite à ruer et entenrer^ et ailleurs à Joncher et enterver. Enterver signifie sans doute entraver, lié, mettre une entrave. L^entrave était un verrou dont chaque bout s^introduisait dans des anneaux attachés aux pieds dMn captif ou.d^un animal. On conçoit dès-lors que le mot entraver ait pu se prêter à des équivoques. Goquillart veut dire : tenir ferme la cheville pour enterver le trou, ou tenir ferme le trou pour enterver la cheville.
Entier j entière, — A qui rien ne manque : irréprochable. VaUde.
EntouilU. —Souillé, sali, compromis. Touiller signifiait souiller. — On disait à Reims touillon pour torchon.
Entravé. — Attaché avec des entraves. Seigneur sur poulain entravé : maître d^un jeune cheval qui ne peut sauter ni galopper. Cavalier sans force, inhabile, ridicule.
Entre (U), — Contre.
Entresains (Faulœ). — Pièce d'étoffe mise sur la poitrine pour lui donner une apparence factice d'embonpoint. Faulx veut dire ici trompeurs.
Entnttneresse. — Causeuse , bavarde, femme galante : femme entretenue ou qui entretient un galant. — Inlerteiicre a ce sens dans les sermons de Menot.
Equiparer. — Comparer.
Erre. — Traces du cerf, sa marche : pas, allure.
Escarrir. — Aller à l'escart, se sauver.
Eschelalrer, eschelatler. — Mettre les échalas à la vigne.
Eschelilre. — Ce mot.peut avoir plusieurs sens; il peut être un substantif ou un verbe. Souvent on disait bénistre pour bénir, istre pour issir, aller. Eschelitre est peut-être là pour escheliter; ce mot signifiait escbeler, ëschelier, monter à Téchelle, donner l'assault. A la guerre on trouve les ennemis^ sans avoir besoin d'échelle pour aller les chercher. — Eschelitre peut signifier aussi agiter Teschelette. On nommait eschalette, escalette, eschelette, la sonnette du crieur public , celle que dans la confrérie on agitait pour réunir les confrères. Eschelitre peut être le nom donné au sonneur. Eschelette vient de squilla, cloche. De squillator on a pu dire eschelitre. Dans ce sens, Coquillart veut dire qu'à la guerre, on n^a pas besoin de sonner la cloche pour remontrer les ennemis.
Eschecq à Vhuys. — Terme d'argot employé par Villon ; choc à la porte : enfonçons la porte. — Il faut peut-être lire eschec à luy. Allusion à la locution eschec au roy. — Forçons-le de battre en retraite.
Esch&pe, — Boutique , barraque. — Il n^y pert à Teschope : c.-à-d. , quand une femme succombe dans la lutte d'amour, elle pleure, puis tout est fini ; il n'y parait plus. Le poète fait encore une équivoque sur le mot eschope.
Escolle, ^- Classe de Tuniversité. Aller aux escoUes : recevoir une leçon. — Femme qui hante les escoUes : femme qui aime les novices en amour : femme galante qui se tient à la porte des classes de Puniversité. Menot , dans son 42« sermon , se plaint de ce qu^on laisse les maisons de prostitution s'établir à rentrée des classes publiques. — Touchant Testât de Tescolle , avocat de causes perdues : allusion aux nombreux procès soulevés par les privilèges réels et les prétentions exagérées de Tuniversité. Elle citait devant elle une foule de gens qu'elle déclarait écoliers ou professeurs^ et dont elle voula t faire ses Justiciables. D'un autre
côté , comme les écoliers étaient eiempts d'impôts , beaucoup d'individus se disaient écoliers^ ou attachés à l'université à uti t tre quelconque. Les parents plaçaient lears biens sous le nom de leurs enfants qu'ils envoyaient aux classes , et prétendaient ainsi évitef Timpôt. De nombreuses ord., pendant le XV* siècle , tentèrent de mettre un terme à tous ces abus. L^estat de TescoUe, c. -à-d. la position des écoliers : leurs droits étaient le sujet de maints procès souvent mauvais , entachés de fraudes et perdus à l'avance.
Escorner. — Mépriser , déshonorer , injurier. — Escorné : bafoué, deshonoré.
Escoêiais. — Charles VU fût le premier de nos rois qui eût une garde écossaise. Les règnes de Jacques II et de Jacques III (1437 - 1488) ne furent qu'une longue lutte entre la couronne et la noblesse. Aussi, dit Goquiilart, les Escossois font les répliques.
Eicol fParkms par). — Chacun à notre tour. En amenant chacun des témoins que nous paierons. — * On disait payer son escot , sa part dans une dépense commune.
Escourjim. — Escourgeon : fouet long et fleiible.
Escouvilîon. — Ecouvillon : bâton garni de linge à son extrémité et servant à nettoyer le four.
Escripture. — La Sainte-Ecriture, la Bible, les Evangiles. Le droit écrit. Pratiquer Tescripture : lire les textes sacrés , les ouvrages de droit : les mettre en pratique.
Escroue. — • Procès-verbal par lequel le geôlier reconnaissait avoir reçu un prisonnier. Quand celui-ci demandait sa mise en liberté , il devait joindre à la requête copie de Técrou. Depuis on nomma écrou Tordonnance d'élargissement.
Eêcuelle (Dame quand elle a sonj. — Fière quand elle a de quoi vivre. Servir par escuelles^ c'était servir avec abondance, sans y regarder. C'est dans ce sens que Menot dit : tout va par escuelle^ tout est prodigué. Avoir son escuelle; ne manquer de rien.
Escumer. — Ecumer, rejeter, cracher, faire jaillir. — Es- «uraer le latin : expression railleuse pour dire parler latin, comme
les lettrés du XV« siècle. Ils y mettaient un pédantisme dont se. moquent les auteurs contemporains. On disait de même cracher du latin» — G^est trop le latin escumé, j'ai dit trop de latin^ trop de choses sérieuses , passons à des sii^ets plus légers. — Malheureux, qui quiert escumer sans chaleur : malheur à qui Teut faire le vert galant quand il est ft-oid et impuissant.
Escuyer. — Servant d'amour. — Escuyer à la vieille mode : galant suranné, voltigeur. —> On disait en sens inverse : gracieui comme un escuyer.
Esque comme une hotte. — Bossu, aigu.
Esguillonj eêquilîon. — Aiguillon. Avoir l'aiguillon : sentir réperon. Être eicité, séduit, brûlant d'amour.
Esguillette. — fV- AiguilUtte.J
Esleu. »- Élu : on nommait ainsi des citoyens dans Torigine choisis par le peuple et chargés de diviser l'impôt. Cer nom date du règne du roi Jean, mais cette institution remonte plus haut. On en trouve des traces dès le XII* siècle. L'impôt n'était pas permanent, et chaque fois qu'il était voté , la nation nommait des élus. Quand la taille fut payée tous les ans , la nécessité maintint les élus en fonctions. (1435). Ils devinrent des magistrats, et le roi les nomma. Ils étaient juges des difficultés qui s'élevaient au suyet de l'impôt entre les percepteurs et les citoyens. Louis XI dans ses ord. dit sans cesse : les clercs ordonnés par nous sur le faict de nos aydes. Le greffier sur le faict des élus était le greffier de leur tribunal. — Ces magistrats se montrèrent peu dignes de la mission qui leur était confiée. Leurs jugements étaient entachés de partialité. On les accusa de vendre la justice, soit aux agens du fisc, soit aux sujets du prince, et on fut obligé de les destituer tous en 1463.— Goquillart ne les épargne pas, et laisse percer le peu d'estime qu'ils lui inspirent : voici au surplus ce que disent à cet égard les doléances des états de 1484 : item, les offices des esleuz qui requièrent gens de littérature, expérience, prudence, conscience et grande circonspection pour sans Ikveur et équité faire justice aux parties contendans sur le fait des aydes , ont été donnés à gens de guerre, à veneurs et à gens estrangiers, incongneus et autres gens non lettrés ni expers, qui par autres les ont fait exercer et en prenant proffit outre leurs gaiges, en quoi le Roy a souffert de grans pertes et dommages^ et aucunes fois paroisse, fouUées et les autres supportées par faveurs désordonnées. Les états réclamèrent pour le peuple le droit d'élire les $lus.
lia
JSsliever, — Élever, alléger, soulager.
Eslite. — Choix, préférences, amitié^ amour.
EsmaiUé fUn grohisj. —Un élégant couvert de bijoux, de rubans de mille couleurs. ^F. Grobis.J
Esme. — -Estime, valeur, âme, cœur.— Bien aymé : doué d'une belle Ame.
Esniérillon'. — Oiseau de proie au vol rapide. Rabelais a dit : Joyeux comme un esmérillon. Contrefaire resmérillon : aller et venir : marcher lestement, affecter une tournure dégagée. — Esmérillon : a4j., vif, réveillé, jeune, brillant. Mart. d'Auv. donne cette épithète aux beaux yeux des dames.
Esmoucher. — Chasser les mouches : chasser et frapper quelqu'un. — Moucher : faire bien esmoucher. Equivoque grossière que je ne commenterai pas. — Esmouché : éveillé , émoustillé.
Espéciàux. fDroitsJ.-~Droiis spéciaux, lois faites exprés pour les auditeurs de Coquillart, c. -à-dire les mignons^ les gens de cour, les femmes coquettes.
Espicet.^-Épices : on nommait ainsi les indemnités dues aux magistrats chargés d'un travail extraordinaire. Leur usage remonte au XIV' siècle; c'est surtout dans les affaires à appointement qu'elles étaient dues. Souvent les magistrats exigeaient leur consignation avant de conunencer Tenquéte. M. Jehan rEstoflé les réclame avant même d'ordonner l'appointement. C'est une satyre contre la cupidité des magistrats. Menot les accuse aussi de spéculer sur les procès qu'on leur soumet , et de vendre la justice pour de l'argent^ et de se laisser corrompre par les femmes. — « Et pour ce que plusieurs y ont esté préposez (aux offices de magistrature) à grands frais et dépens , pour avoir acheté leurs offices, eux cuydans soy récompenser, ont exigé grands espices trop excessives, » doléances des états de 1484.
Espinette, — Petite épine. Marcher sur espinette : marcher légèrement, sur la pointe du pied, comme quand on passe sur des épines et qu'on craint de se piquer.
DoqIz yeux..
Qai font marcher sur espinettes
Et gallant aller a mnssettes (cachette)
Doit y geller à pierre fendre. Mart. D*Aiiv.
On nommait marchettes d'une espinette, le clavier d'un orgue
portatif: des pointes pareilles à des épines, allaient frapper les cordes et les faisaient vibrer. Marcher sur espinette peut vouloir dire aussi marcher délicatement comme la main qui se promène sur le clavier, ou avec précaution » de manière à ne pas faire même résonner un clavier sur lequel on passerait.
Espinglier, esplinglier, etplinguier, -^BoMe, pclotte à mettre des épingles.
Espinœhe. -» Epinard.
Espirituel — Spirituel : ce qui tient à Tesprit de la reUgion -Du temps de Coquillart, il éuit fort question du temporel et du spirituel. L'Eglise cherchait à étendre autant que possible le cadre du spirituel : aussi le poète dit-il en plaisantant que les plaisirs d'amour sont bénéûces espirituels. C'est dans le même sens que Mart. d'Auv. dit que vendre bénéfices d'amour c'est simonie. Dans la 32e des C. N. N on voit les cordeliers de Catalogne se faire payer par les jeunes femmes du pays la dixme des caresses coiyugales. Ils ne pourraient, dit le narrateur, recevoir la diime temporelle , parce qu'ils ont fait vœu de pauvreté • mais les jouissances conjugales sont biens spirituels, parce qu'elles naissent du sacrement de mariage.
Esplagant. — Les anciens éditeurs de Coquillart ont écrit tantôt esclagant, tantôt eisplagant, tantôt esplagant. Ce mot désignait sans doute un personnage. On disait escalavorgant pour débauché. Mart. d'Auv. dit estringant pour petit maître —Peut être faut-il Ure élégant, ou le galant.
^^n>. -Épris : attentif, exicité, éveillé, de expergescere ^ ou de spinlus. Nu et espris pour tout comprendre : la pauvreté donne de l'industrie et de l'inteUigence.
Esquart. — Ecart : séparation ; vu ce qu'ils disent à lesquart c.-à-d. chacun de leur côté. '
Essoine. — Exoine : droit dû en Champagne par les héritier» du vassal qui venait de mourir, pour tenir compte au seigneur du tort que lui causaient l'absence et le trépas de son homme. En style de procédure, l'excuse présentée par celui qui avait hîi défaut, la permission de s'absenter que donnait le juge à l'une des parties. Dans Coquillart , essoine signifie conseil , excuse moyen de se sauver. '
Estaller-^ Etaller ses marcbandises : montrer ses appas , de «teHum, éUl , bouUque. ^ '
Eslampie^ eslample. — Ce mot paraît ici signifier fenêtre. Peut-être faut-il lire escampie, fuite, échappée. — Estampie se trouve dans le mystère de la passion publié par M. Jubinal : RiOarty un des bergers qui Tont adorer Tenlant Jésus, dit à Gobelin son commarade :
Veoir Tallant, et je t'en prie
Et sy disoDs ane estampie
De nos deux bons instruments.
Les deux bergers partent en Jouant du chalumeau. Une estampie veut dire ici air, chanson. Dans ce sens, saillir en bas par Testampie voudrait dire sauter en bas en chantant, ou comme le dit la chanson.
Eitendart à la blanche croix. — Tel était au XV* siècle rétendard national. Les Anglais et les Bourguignons mettaient une croix rouge sur leur bannière. Les Génois , dans leur guerre contre Charles VUI et Louis XII , mirent aussi une croix rouge sur leurs drapeaux. Les gendarmes de France et les milices bourgeoises portaient une croix blanche sur le hocqueton. L^ord. de 14Ô7, qui organise les métiers en corporation, leur impose l'obligation de mettre la croix blanche sur leurs bannières. L^étendard de France était bleu, semé de fleurs de lys d'or et sans nombre ; au centre, était la blanche croix.
Eslang dérivé. ^ Débordé, dont le poisson a pu se sauver : la pèche des étangs royaux et communaux se louait à des fermiers. Fermier d^unestang dérivé est un titre dérisoire. — En tousestans on pesche tanche : la tanche était alors estimée. Coquillart veut dire que dans tous les états on demande ce qu'il y a de plus recherché.
Eilarder. — S'attarder : rentrer tard. — Estrader : escalader, battre le chemin.
Eêtat. — Position : rang, manière d'être , toilette, dépense de maison. — Ph. de Commines fait aussi la satyre du luxe et des vanités de son temps (Ch. VII). Estât neuf: mode, nouveauté. Estât nouveau : même sens.
Estats fLesJ .-^EUlIs généraux. — Les grands estats. Coquillart donne ce nom à rassemblée des trois états tenue h Tours après la mort de Louis Xf^ peut-être parce qu'ils montrèrent plus d'indépendance que les précédents. — Les trois estais. fV. trois estais.)
Esleuf. — Balle qui servait à jouer à la paume.
Estoffé (Haitre Jehan l'J. — Goquillart veut dire sans doute que le juge se carre dans sa large robe et fait Timportant.
Estouppé fPassageJ. — Défilé garni de filasse, équivoque facile à comprendre.
Estourbe. — Trouble, obstacle.
Eslourion, estourjon. — Esturgeon : poisson de mer. Coquillart sans doute n^a pas employé dans deux vers consécutifs le même mot dans le même sens. Il faut lire souple comme un bel escourjon. On nommait ainsi une sorte de fouet long et flexible. Les éditeurs de /Villon avaient fait la même faute : le poète lègue à un nommé Montonnier trois coups d'^un escourgeon. Yérard et J. Dupré avaient mis esturgeon. Marot, dans son édition des ceuvres de Villon, a rétabli escourgeon.
Estoumer, — Etourdir : étonner. Estournement : stupéfaction, trouble.
Estragaveur. — Superlatif d'égaveur : trompeur , conteur de fleurettes. Peut-être faut-il lire extravagueur ou extravagant : mignon d'une élégance folle, un voltigeur en amour.
Eslravagant. — Vagabond , débauché , insensé qui sort des habitudes ordinaires. Original.
Estrille. — Brosse , peigne. Membrum virile.
Eslriver^ estrivtère. — Etrier, fouet. Injure.
Eslriver. — Quereller : chercher noise. — Il ne sert plus que d'eslriver : un vieux mari n'est plus bon qu'à quereller sa femme.
Esvanter. — Divulguer : mettre une nouvelle au vent.
Evader, — Sortir , se sauver. — Evader un point difficile : sortir d'une difficulté.
Evangélisie. — Evangile signifiait bonne nouvelle , vérité. On nommait évangéliste lecitoyen'qui, dans les élections,'.dépouillait le scrutin et en proclamait le résultat. On donnait aussi ce nom à un magistrat qui, à Taudicnce, tenait sur un registre note de tout ce dont le rapporteur faisait lecture. L'art. 98 de Tord.
de mars 1498 , veut qu'en cas d'appel , les sacs des procès soient clos par les évangélistes. Ils devaient aussi évangéliser les pièces, c.-à-d. les examiner et les coter. — Un registre à évangéliste était un cahier où toutes les pièces d'un procès étaient inscrites et détaillées , où Ton tenait note des moyens plaides par les parlies. — Femmes qui sont registres à évangélistes sont celles dont l'inventaire est fait, dont les appas sont connus en détail.
Evangile. —Rapport, bonne nouvelle, relation, mémoires. Anecdotes données comme vraies.
Evasée (Femme). — Coquette qui montre largement ses appas. — Femme galante qui est loin d'avoir les insignes de la virginité.
Excéder. — Dépasser , surpasser.
Exécution. — Droit de faire exécuter un jugement ; sa mise à exécution.
Expédition. — Fin d'une afliûre , son résultat. Jugement qui la termine, copie d'un jugement à exécuter.
Exquis. — Examiné^ analysé, étudié.
Extra. — Extravagantes : décisions impériales ou bulles pontificales non contenues dans les recueils oflBciels.
Facto ut des. — fV. Conduction). « D'autant que cette manière de plaisirs estoient anciennement appelez contracts innominez (aussi ne se nomment telz déduictz que par par«lles couvertes) de quelle façon sont : do ut des^ facio ut fadas ; qui vault autant à dire , comme en donnant donner , ou bien fais-le moi et je te le ferai. • Arrêt de l'abbé des Gonnards.
FaériCj fairie. — Fête : jour de prières ou de repos. Foire. Les foires se tenaient aux époques des grandes fêtes. Sur un champ de foire le bruit est grand ,* chacun crie et parle , on ne peut s'entendre. On disait aussi faerie, feérie, férié pour chose merveilleuse , pompe extraordinaire. Dans ce sens faerie viendrait comme fée de fatidica.
Faffée. — Coquette , aimable. Ce mot vient peut-être comme rafcllu, conteur, beau parleur, du verbe fabulari. fV. Saffée.J
Fagot. — Les feux allumés par les hommes d'armes pour se chauffer étaient ruineux. Ils brûlaient les récoltes , les meubles et même les maisons. fV. Ord. de Nov. 1439.^
Faut, faicts, fais. —Acte, opération. — Point de fait. Apporter ses faicls : présenter le mémoire contenant les faits que Ton veut prouver. Quand on avait obtenu un appointement, il fallait apporter ses faicts au jour fixé par le juge. Art. 4, Chap. V, 2<» partie, CouL dç jR. — Faict apensé : guet-à-pens, action préméditée. — Faict de marchandise : opération de conunerce, ou faix .: chargement de marchandises.
Faict. — Achevé, parfait, expérimenté, accoutumé. — Femme toute faicte : qui n'a plus rien à apprendre. — Pour la ravoir toute si faicte : pour la reprendre telle qu'elle est, quoi qu'elle ait fait.
Faictif. — On disait faiciis, faictice, faictisse, fecUs, fetis, faictif. Ce mot veut dire factice, fait à plaisir, fait au tour. — Je l'ay fait faire tout faictis. Path.
Faille f faillie. — Faute, défaut.
Faillir. --Se tromper, manquer, faire une faute. — Sans faillir, ni sans repentir : sans se tromper, et sans rien oublier, sans rien avoir à regretter. — Question qui ne fault : qui ne manque pas d'intérêt , qui prête à la discussion.
Faillait. -^ Lisez : fallait.
Faincte, fainte. — Feinte , artifice , déguisement , moralité , farce théâtrale. -- Fainctif : fictif. Trompeur, rusé.
Fatndt*. — Feindre : se déguiser, jouer la comédie, faire des mines. — Faignez , pour feignez.
Fainlise. — Dissimulation. Sans faintise : franchement , sans taire ce qu'on sait.
Faire. — Faire de l'embarras , de la dépense : être un faiseur. — Le faire : vieille locution toujours comprise. — Faire folie de son corps ; se livrer à son amant, ou courir les femmes. CV, Folie). — Faire la raison : tenir tête , répondre à chacun. — Faire largement : faire grande figure, tenir un grand état de maison.
Falcère. — Faussaire.
Fareefj faner. — Plaisanter, railler. — Farcer au vif : mordre au vif, piquer de lardons.
Fatras. — Paquet , fardeau , bruit , caquet , folie , éclats de rire, fredaine, fêtes, danses, amourette.
Falrouiller^ fatrouller, — Faire du bruit. S'amuser. Frétiller : dans le sens graveleux du mot.
Faulce , faulx. — Faux à faucher. Faulx et manches d'estrilles : injures dont on étrille et fauche le prochain.
Fauveau. — Fauve : Jaune. G^était une des couleurs adoptées par les élégants et les amoureux au Xy« siècle.
Faveur. — Egard , partialité. — Enqueste faite sans quelque faveur , c.-À-d. impartialement — En ceste matière il y a faveur : dans les aChires de ce genre , on laisse de côté le droit , et on se laisse aller à de bienveillantes inspirations. — Chose favorable : fait qti^on juge avec bienveillance , et sans égard k la rigueur du droit.
Feclis, fetis, fetùse. — (V. faiciif.)
Fendez vos têtes, — Cassez vous la tète à force d^attention. Peut-être pour : tendez vos têtes , prêtez l'oreille.
Ferianx , ferial. — De feriatus , ferialis : fêté , célébré. Sans travail : relatif aux jours de fête , au temps de foire. — Jours fériaux : jours de fête^ congé, temps de foire. — Droits fériaux : impôts perçus sur les champs de foire ; législation relative aux foires. — Mots fériaux : propos de foire , échange de quolibets , d'injures , de questions , de réponses et de propositions : propos sans valeur perdus au milieu du bruit : pasquinades. — Marchés fériauîx : marchés faits sur un champ de foire , ou conclus un jour de fête , un jour où on ne pouvait pas passer d'actes valides. — Férial signifiait aussi féerique , c-à-d. merveilleux , fantastique , insaisissable. Dans ce sens des marchés et des mots fériaux seraient des négociations et des paroles fantastiques, faites seulement pour amuser , et qui n'ont rien de sérieux.
Ferme de discrétion. — D'une discrétion à toute épreuve.
Fermer. — Terminer , décéder. -- Se louer , prendre ou donner à ferme.
Ferrant, — Ce nom es^ Tabrégé de Ferdinand : il s'agit dans la citation de Coquillart , de Ferrand , comte de Flandres , battu et feit prisonnier à Bouvines : il fut enfermé dans une cage de fer et ramené à Paris. Peut-être ce nom de Ferrant est-il une allusion hostile à Ferdinand , roi de Naples. Les historiens du temps le nomment parfois Ferrant.
Ferrer les juments. — Ferrer signiûait caresser: femme facile à ferrer. 67«», 68« des C. N. N.
Feste, festier. — Faîte , sommet
Feste de nostre paroisse. — L'enquête s'achève un jour de fête : satyre Contre le grand nombre des jours chômés , qui retardaient la marche des allaures. Gilles d'Aurigny fait une plaisanterie du même genre dans son arrêt sur le fait des masques : il défend aux marchands et gens de basse condition de se masquer y si ce n'est les veilles et jours des festes de leur paroisse.
Feu. — Faire feu dessus les pavés : faire jaillir Tétincelle du pavé en le frappant, ou de la botte ou du pied du cheval : ou marcher sur le pavé avec feu, avec ardeur. — Ghascun fit feu de frapper de la botte. Banquet du bois.
Feuehière. — Fougère : les cendres de cette plante servaient à faire du verre. .
Feutré. — Foulé , rembourré. — Feutré sur le dos : c.-à-d. garni de laine sur une épaule pour dissimuler la saillie de Pautre.
Fiat. — Que cela soit fait : fiât voluntas tua. Les magistrats mettaient peut-être le mot fiât au bas des requêtes dont ils accueillaient les conclusions.
Fiction. — Déguisement, mascarade, mystère.
Fiesart, fiesne. — Ges mots ne se trouvent que dans les éditions T. et VT.: les éditeurs plus modernes leur ont substitué le mot jeune. — Fiesart et fiesne paraissent avoir la même origine que fieux , féal , fidèle, et signifier vassal , sujet , soldat, domestique. On disait fy pour foi , fié et fieu pour fief. — Â Reims on nommait fiévé celui qui tenait un fief.
Fièvre. —On désignait toutes les maladies sous ce nom ; pour les distinguer on y joignait une éptthëte empruntée aux signes
cilérieurs du mal. Vos flèvrcs quarU|jlaes ! Il faut sous-entendre je vous souhaite. — Vos sanglantes fièyres quartaines : dyssenterje. Cette maladie épidémique régna plusieurs fois avec fureur dans le XV« siècle , notamment sous Louis XI. On disait ;sanglant pour cruel , méchant , mortel. « Quant la sanglante mort vous saisira à la gorge. » Menot , Dom. in Ramis.
Figuré. — A dessin, à relief, broché , damassé. — Bien fait: dessiné avec grAce.
Fille. — Filet fait de fil.
Filles à marier. — Premier vers ou refrain d^une ballade chantée et dansée dans les XV« et XVI" siècles. J. Marot la cite aussi. "
Findre. — Feindre , tromper , imiter. Se donner pour ce qu'on n^est pas.
Finer, —- Obtenir, gagner, trouver, terminer , finir. — -Finer d^une femme : la posséder.
Fins. — Frontières.
Flamans. — Goquillart fait allusion aux guerres soutenues par les communes de Flandres , contre les rois de France et les ducs de Bourgogne.
Florence Vescomée. — Les courtisanes dltalie avaient au XV* siècle déjà, un grand renom dans le monde galant. Les poètes français les tournaient en ridicule pour plaire & leurs dames. Les belles de Florence surtout éclipsaient les autres. Leur instruction, leur esprit naturel, leurs talents et leurs grAces leur donnaient de grands avantages que la jalousie féminine refusait de reconnaître.
Florentin, — Coquillart fait allusion aux troubles qui divisèrent la Toscane dans le XV* siècle. A cette époque la France intervint dans les aflGûres dltalie. En 1478 , quand les querelles des Pazzis et des Médicis eurent divisé Florence , Louis XI envoya Ph. de Gommines en ambassade. Julien de Médicis venait d^étre assassiné aux pieds des autels. Aussi, dit Goquillart, & la guerre on trouve Florentins sans eschelitre, c.-à-d. sans sonnette qui les annonce : ils frappent à la sourdine.
Flouet, flouelte. — Diminutif de flou : mignon, délicat, faible.
Folie. -—Amour, débauche. Dans la farce de la Pipée, la jeune fille qui sert de glue se nomme Plaisant>FoUîe. — On nommait les filles publiques, les femmes folles de leur corps. On comprend ce qu'entend Goquillart par foire folie de son corps.
Folle enchère. — Enchère que Ton met sur un bien yendu publiquement , sans être en mesure de payer le prix de Tadjudication. Dans le Midi , le fol enchérisseur en était quitte pour solder le montant de Penchère mise par lui. A Reims , à Paris , Timmeuble était revendu k ses risques et périls. Il devait, de plus, réparer le tort qu'il avait causé. Payer la folle enchère c'était donner des indemnités.
Foncer. — Fondre sur quelqu'un. —Donner des fonds, payer. On disait foncé, foncier pour riche. -—Foncer le salaire : payer le salaire, Taugmenter.
Foncière. — Qui tient au fond. — Justice foncière, c.-à-d. rendue par les officiers du seigneur du lieu , du fond : leur tribunal ne connaissait que des menues contraventions, et des affaires d'une petite importance. Goquillart veut dire que remettre la vanité ridicule à sa place, est un châtiment qui serait prononcé partout , même par les moindres tribunaux , ou bien que cela est Juste au fond.
Fondement. — Fondation. Equivoque grossière.
Fondé. — Riche, qui a du fonds, solide. Gascon bien fondé , c.-à'd. ferme sur ses jambes, vigoureux.
Fonder (Se). — S'attacher, s'arrêter. — Se fonder trop è raison : se trop attacher à ce qui est raisonnable.
Fondoye. — Je fondoye carreaux à merveille : j'allais vite sur le pavé i le chemin fondait sous mes pas : briser les pavés sous les pieds de son cheval. Rabelais dit dans le même sens : fendre les carreaux.
Fons. — Fond : fonts baptismaux. Tenir quelqu'un sur les fonts : le serrer de près , l'examiner avec soin des pieds à la tête, le presser de questions , comme le prêtre qui interroge celui qui demande le baptême. Quand c'est un enlant qu'on baptise , on le tourne en tous sens , suivant le cérémonial.
Forcelle, fourcelle. — Estomac, sein , poitrine.
Forfaire. — Manquer à ses devoirs, à sa promesse. — Se
forfairc : se débaucher, se distraire. — Forfaict : débauché; femme forfaicte , adultère. Style de procédure. — - Forfeicture : délit , crime , infldélité , débauche.
Forge latin. — Allusion au pédantisme des clercs et des gens de loi qui citaient du latin è tort et à travers , et torturaient une langue qu'ils savaient è peine.
Forger. — Faire , préparer. — Forger grands débats : fomenter des troubles , susciter des diflQcultés. — Forger un nouveau bien publie : organiser une ligue semblable à celle du bien public.
Forme f Lettres dej. — L'écriture , au XV« si<^cle , variait avec les pays et les professions. Ainsi en Italie on usait de caractères aigus et allongés , qu'on appelait lettres de forme boulenoise : on les avait inventées à Bologne. Les lettres de forme, c.-è-d. de forme française, étaient au contraire courtes , larges et arrondies : on les employait en France pour les actes officiels et authentiques. L'écriture serrée , fine et compacte , adoptée par les écoliers de Tuniversité , portait aussi le nom de lettres de forme. On nommait aussi lettres de forme , les grosses et expéditions délivrées par les notaires ; parce quMIs leur donnaient la forme qui les rendaient eiécutoires. fV. Ord. du f Dec. 1437.^
Fort, fort. — Hors , excepté. — Au fors : en dehors , en public, au fond, en résumé, en fait.
Forte monnaie. — L'altération des monnaies en France remonte au berceau de notre histoire. On distinguait, dès la seconde race , les monnaies en fortes et en faibles. On nommait fortes celles qui n^étaient ni altérées ni rognées. Cette désignation était encore en usage du temps de Coquillart , et le poète nomme forte monnaie celle qui est assez solide et assez épaisse pour résister à Taction d'un double balancier. Il y a ici une équivoque. (V. Coing et monnaie.)
Fortfuisans, — Ce mot a sans doute été mal lu dans le manuscrit ; il n^a pas de sens , mais on peut lui substituer : 1<* forhuisans : forhuir c^était un terme de vénerie, sonner de la trompe , au loin. Le mignon entend de loin dans le foUi le cri des souris. — 2* fortnuisans, c.-à-d. que le cri des souris lui blesse les oreilles. — S® fortfuyans , c.-à-d. se sauvant autour de lui. On nommait fortfuyant le serf qui allait s'établir loin des terres de son seigneur. Celui-ci pouvait mettre la main sur les biens du fugitif : c'est ce qu'on appelait le droit de fortfuyance. Je pense qu'il faut lire forhuisans.
Forlune. — Temps , loisir , chances de la vie, bonnes ou mauvaises. Aventure galante.
Fouir. — En style de procédure , fuir c'était reculer devant la discussion d'une affaire, ord. de 1441. — Fouir de bic et de bec : les belles ne cherchent qu'à retarder le moment décisif, l'heure du combat. fV. Bic )
Fouller. — Fouler, presser , maltraiter, écraser. — Foulure : blessure , oppression , mauvais traitement.
Fourbie. — De fourbir : frotter, polir, brosser. Au XV«et au XVI* siècles , le mot fourbir avait un autre sens , on disait : fourbir le harnoys d'une femme , 90" des C. N. N. « On lui offrit le clerc quiestoitung fort et roide galant^ et homme pour la très-bien fourbir. 92<' des G. N. N. »
Fourrier. — Les fourriers marquaient & la craie les maisons qui devaient loger les hommes d'armes. Ils écrivaient sur la porte le nom du soldat qu'on devait recevoir.
Fournir l'hostel — Fournir à la dépense d'une maison , d'une femme. — Il y a de plus ici encore une équivoque. Fournir rhostel, c'était satisfaire les désirs d'une femme. Dans ce sens on écrivait aussi autel , et même autel de Vénus.
Fournissement. — Fourniture, remise, don. — En style de procédure : séquestre, mise à exécution d'un jugement. — Remise d\in objet litigieui : mise en possession de cet objet | ord. de 1493. Coût, de A., 1481. — Femmes qui sont fournissements à soupirs , sont celles qui se livrent aux soupirants qui les entourent.
Fourreau d'un organiste, — Goff're qui renfermait l'instrument d'un organiste , l'orgue qu'il portait.
Fourvoyer. — Mettre hors de route , débaucher. Ce mot avait un sens plus énergique : il le devait à la syllabe four. Goquillart l'adopte.
Fraitz, fris. — Frais de justice , dépenses.
Fnmc. — Libre , indépendant , gaillard. — Sans crainte , à rabri de toute poursuite. —Noble qui ne paie pas d'impAt. — Franc : adv. (V. Franchement.J
Franchement. — Sans hésiter, sans se gêner, sans payer.
Frandé. — Je n'ai pas trouvé le sens de ce mot. Les cheveux devaient être longs , plats , frisés du bout et blonds. Peut-être le manuscrit portait-il frangé, rangé, froncé, frisé.
Fmppari fFrèreJ. — On donnait ce sobriquet , et celui de frère Frappe-cul aux moines obligés de se donner la discipline. Rabelais place dans la bibliothèque de Saint-Victor le trictrac des frères Frapparts. 11 exclut de Tabbaye de Thélème lescagots, les capharts, les Frapparts escorniflez. — Le frère Frappart peut bien être ici la verge virile.
Frasé j frazé. — Couleur de fraise, rose. Fait comme une fraise , terminé par une fraise. Dans le XIII« siècle on nommait frezelle et frazette tout ce qui ressemblait à une fraise. — Frasé comme un oignon : rose comme uA oignon. — Gorge frasée. Marot a commenté cette expression :
Tetin'qni foys bonté à la rose
An milieu duquel est assise Une freze on une cerise , .
Que nul ne yeoid ni touche aussi Mais je gage qu'il est ainsi.
Fredaine. — Diminutif de fredon : chant , musique. Fredaine signifiait chanson ; fioriture, roulades. On lui donne le sens de plaisanteries , fleurettes , galanteries. — Ce mot veut dire aussi mauvais tour, malice, libertinage. — Faire sa fredaine, c^cst faire le fat, le beau parleur, s^amuser. — Dire des fredaines, c'est conter fleurettes, des plaisanteries. — Faire valoir sa fredaine , c^est se foire valoir , foire de rembarras.
Fretuque. — Frelu signifiait gueux , misérable. Freluque voulait dire guenille, houppe, effilé. On disait aussi freloque et freluche. — Une freluque de cheveux , c^est une mèche de cheveux, une houppe de cheveux. — Freluquet : mignon , valet endimanché.
Fréquentation. — Visite , intimité. Commerce amoureux. — Femme de fréquentation : femme du monde qui reçoit des amants.
Frévaulx. — Coquillart désigne peut-être ici Tabbaye de Fontevraud. Plus d^une fois la débauche s^y introduisit , et la réforme dut réparer le mal qu^elle avait fait. Rabelais , dans un de ses contes (Uv. 3, Chap. 34), attaque aussi les religieuses de Fontevraud.
Fricqueletj fricquet. -^ Diminutif de frisque. Muscadin, mignon , gaillard , élégant, vert galant. Fricquette et friquenelle , Jeune fille coquette et galante, fille publique. A la suite de la cour il y avait des friquenelles ; elles faisaient , pour ainsi dire , partie de la maison du roi : XYl» siècle.
FiinganSy fringant, fringantis, fringarif fringeur, fringuereau, fringueur. — Vert galant, beau fils, élégant , homme à bonnes fortunes. De fringutire .-frétiller. — Fringante journée : jeune homme qui passe la journée à s^amuser. On nommait examinateur à journée le juge qui travaillait à une enquête depuis le matin jusqu^au soleil couchant : ord. de 1425. — Fringans de bois levez : gaillards qui sortent des bois , c.-à-d. maraudeurs, hommes d^armes déserteurs, voleurs. Fringueur à huitaine : élégant qui se ruine en huit jours , valet endimanché. — Frin gans à Famy : élégant comme un amoureux , un bel ami.
FringueloUé. — Diminutif ironique de fringue : habits fringuelottés : vêtements à la mode déchirés , réduits en lambeaux.
Fringuer. — Frétiller. S^amuser, être hardi prés des dames. Faire de la toilette. Faire Tamoar. — Fringuer à huitaine : faire rélégant tous les huit jours , comme les ouvriers ; manger en une semaine ce qu'on a, être à la mode pendant une huitaine. — Fringue : habillé en élégant, hardi, bien couvert, gaillard.
Froid, — Frais. Poitrines froides : gorge fraîche et jeune.
Fruslraioire. — Inutile. Invoqué en vain devant la justice.
Feuilleté, — Mis en feuilles , en lambeaux. Habits feuilletés par jolliveté. Goquillart raille les élégants ruinés par leur luxe, et réduits à porter des guenilles comme si c'était la mode.
Fumer, — Bouder : fiiire du mauvais sang , se fâcher. Fumées de la tête : vapeurs, la chaleur de la tète, colère, passion. Se fumer : se fâcher , se contrarier. Faictes toujours que Ton se fume , etc. Goquillart s'adresse à ses jeunes auditeurs , il leur dit ne parlons plus de choses sérieuses : buvez si vous n'avez pas encore bu , riez comme à votre ordinaire , contrariez les gens comme vous en avez Thabitudc. — Fumeux : maussade , en colère.
Furon. — Furet : les mots furet en garenne avaient au XV* siècle un double sens. En style graveleux on leur donnait une signification que le lecteur devinera sans peine. La 25« des
C. N. N. roule sur cette équivoque.. Les mots de terrier, conin, museau du furon y jouent leur rôle.
Fusil. — Briquet pour allumer le feu. Pierre à fusil : cailloux qui jette l'étincelle si on le heurte avec le fer. €oquillart fait, à Taide de ces mots, une équivoque facile à comprendre.
Fustigé, demi vestu , demi nu. — Le coupable qui subissait la peine de la fustigation était mis à nu des épaules à la ceinture.
Fusse. (En effect, que). — Que vouliez- vous que ce fût en effet ? Que serait-ce , si ce n^était cela.
Gaher. — Railler, se moquer.
Gaige. — Gage , enjeu : prêt et emprunt sur gage , solde. — Gaige d^un archer cassé , c.-à-d. zéro.
Gaignant (Je m'en allay tout en). — C.-à-d. en allongeant le pas : gaigner pays signifie gagner du terrain, fuir.
Gaignart. — Sobriquet injurieux : fuyard, un homme de peine qui travaille pour gagner son pain, — Dans le Mystère de la Passion publié par M. Jubinal, les juif qui dénoncent le Christ disent :
Avec lui Ta douze gaignons Qu'il tient pour ses compaignons.
On nommait gaignons les chiens de basse-cour.
Galle, galUê. — Noces, fôte, joie. —Faire la gale ; s'amuser, mener joyeuse vie. — Galler a le même sens : galler le jambon : se régaler de jambon. — Galleur, Galleuse : viveur, gaillard, gallant, ami de la joie. —Galoise, jeune et jolie fille, femme galante, fille publique Galures portent escrevisses de velours. Les élégants portent sur leur vêtements des franges de velours pour ressembler aux hommes d^armes.
Galvardine. — Vêtement de dessus à larges manches.
Gambade. — De gambe, jambe. Faire la gambade : sauter, danser, jouerdes jambes. Mcnot, dans ses sermons, et Coquillart
donnent à cette locution un sens erotique. — On disait dans le même sens gambaier et jambaier.
Game. — Suite des sept tons de la musique, marquée jadis par des lettres : le septième se nottait avec un gamma : iniè no^ men, — Game et gamme voulaient dire aussi lettre, note, signe caractéristique. — Savoir sa game : son rôle, sa leçon. — Prouver par haute game :c.-à-d. par des arguments clairs et nets, ob puissants et élevés. —Rabelais nomme Triboulet un fol de haulte game, c.-èd. d€ premier ordre. —On me mit en telle game que.... : on me mit sur un pied tel que..,, on le prit avec moi sur un ton tel que.... — Apercevoir les démonstrations et les games des armes et des dames : c.-à-d. voir leur représentants , l'élite des dames et la fleur des chevaliers qui entouraient le roi j ou bien ^es reconnaître à leurs insignes, à leurs costumes, à leur langage.
Garrf«r. —Empêcher, prendre garde. Se garder : se défendre.
Gardianne. — Dans quelques communautés religieuses , on nommait gardien et gardienne certains dignitaires j aussi Goquillart donne-t-il au témoin dont il fait une religieuse , le titre de gardianne de vieux drapaulx, c.-à-d. de vieilles guenilles^ de vieux habits. Les ordres mendiants faisaient vœu de pauvreté et d'humilité , et leur costume révélait souvent la rigueur avec laquelle Ûs soumettaient leur toilette à la règle.
Garson C Mauvais J. — Tapageur, mauvais sujet. Il y avait à Reims une famille Bongarson ; du temps de Goquillart éUe a fourni des échevins et des chanoines. Il y a peut-être ici une malice du poète.
Ganonner — Faire le garçon , faire des folies, gaspiller, prodiguer. « Pour ce, disent les maistres que de tels biens (les baisers) ne sont à donner ne à garsonner ; ains il fault qu'un homme ait bien servi, avant qu'il soit digne d'avoir un baiser. » 10* arrêt d'amour. Mart. d'Auv.
Gascons. — G'était principalement en Picardie et en Gascogne que se recrutaient les compagnies d'aventuriers. Dans toutes les armées on trouvait des bandes de gascons. J. Marot a dit :
Cad«t DorM amena de ses pan Mille gascoBs hnmaias comme lyepars.
Gascons trappes et bien fondés : c.-à-d. carrés des épaules, portant bien la cuirasse et soU(|es sur leurs jambes.
Gaudeamui. — Réjouissons-nous. Faire ses gaudeamus , se réjouir, jouir de la vie. On disait de m^me faire gaudion CGaudiumj. Gode signifiait verre à boire. Gaudeamuê était un calembour de cabaret.
. Gaudir, esgaudir, r^sgaudir. — Se réjouir, jouir de la vie.
— Gaudisseur : bon vivant, Joyeux compère, aimable cavalier.
Gauffre* — Gâteau de miel : pâtisserie formant des cellules comme le gftteau de miel. — Gauffire fourrée : gauflke cuite au four, dans le moule. B. Despériers, dans sa 62* nouvelle, emploie dans un sens graveleux les mots donner dans le gauffrïer. Le Gendarme cassé , en souhaitant faire une gauCTre fourrée, fliit une équivoque de même genre. Coquiliart emploie volontiers les mots où se trouve la syllabe four, pour fiite des phrases à deux sens. (V, Fourbir,)
GauUhier.^Ct nom, dans les XIV«, XV'et XVI« siècles, était synonime de joyeux , bon conpegnon. Il paraissait venir de gau, coq j de gaudere , se.r^foiiir^ ou de galle, plaisir. — On disait de même gaud , giodiii , gautheron pour Joyeux. On donnait & une jeune fille Joyeuse le nom de Galatbée. — « Â moy n^estque honneur et gloyre d^estre dict et réputé bon gauthier et bon compagnon : Rab. Il dit ailleurs dans le même sens un franc gauthier. »
— Gauthier fouet; ami de la joie bruyante : qui fait claquer son fouet : on a pu donner ce nom aux valvts de charme , aux charretiers : sans doute ici Coquiliart lait allusiott à un Jeu oublié de nos Jours. — On apporte à gauthier : oh se livre à la joie. — On a poste à gauthier. (V, Poste J
Gager. — Nettoyer, rendre brillant. Gayer le linge : le tremper dans la rivière après Tavoir retiré de la lessive. Gai voulait dire brillant, net. -~ Gayer les chevaux : les laver, leur foire le poil gai et brillant.
Gendarme. — L^institution des gens d'armes remonte à 1439. Son but était de réprimer les excès commis par les gens de guerre. Chaque homme d'armes avait sous ses ordres un page, trois archers et un coustillier. Le corps se composait de quinze compagnies dispersées dans le royaume. Les compagnies étaient de cent hommes. Les gens d'armes allaient aussi à la guerre , et la France dut plus d'une victoire à leur vaillante impétuosité ; mais ils oubliaient trop souvent qu'on les avait créés pour donner T exemple de la discipline et déft^ndrc le faible contre le fort. On dut les réformer une première fois vers 1445. Depuis, et en maintes occasions, le roi fat forcé de prendre contre eux
des mesiites sévères. On les mettait à pied , on en faisait des mortes paies , on les cassait, c.-à-d. qu'on les chassait de leur compagnie. On fut obligé d^en faire pendre quelques-uns, exempli catuâ. Rien ne pouvait contenir leur licence, et nos chroniques sont remplies des accusations que le peuple élevait contre eux. « Encore ne donnent les chefs aucun ordre sur la forme de vivre de leurs gendarmes, lesquels sans cesse sont par le pays sans riens payer , faisans les autres maux et excès infinis que chacun de nous sçait : car ils ne se contentent pas de la vie ordinaire , et de ce qu'ils trouvent chez le laboureur dont ils sont payés : ains au contraire battent les pauvres gens et les outraigent et contraignent d^aller chercher pain , vin et vivre du dehors : et si le bonhomme a femme ou fille qui soit belle , il ne fera que sagement de les bien garder. » 1477. Ph. de Comminbs , Gbap. 18. LiY. V. En 1468, les gens d'armes en garnison à Reims, se pertatagèrent les villages des environs : ils contraignaient leurs habitants à leur amener vin, blé, paille, bois et leurs autres vivres, et en si grande quantité, qu'ils en revendaient pour une grande somme d'argent. Ils allaient eux-mêmes prendre les vivres du laboureur sans rien payer ] ils volaient les bestiaux , les vendaient, et après en avoir touché le prix , ils s'en emparaient de nouveau et les mangeaient. Pour couvrir leurs exactions, ils extorquaient des quittances. Quand la justice voulait mettre un terme è toutes ces violences, ils s'insurgeaient , et les habitants priaient les magistrats de fermer les yeux de crainte de plus grands malheurs que personne n'aurait pu prévenir : Bemontranceê adressées au roi par les gens de Reims , octobre 1468. Ces citations expliquent la première partie du Monologue du Gendarme cassé.
Généraulx. — On donnait ce titre à de hauts fonctionnaires chargés de surveiller la perception des imp/^ts. Leur institution date du XIV siècle. 11 n'y eut d'abord qu'un général des finances, bientAt on en vit deux, trois, six et un plus grand nombre. On nommait généralité la portion du royaume sur laquelle s'étendait la surveillance de chacun d'eux. En 1634 ils furent remplacés par les intendants. Dans l'origine, les généraux n'étaient pas en assez grand nombre pour inspecter seuls tous les percepteurs de France : ils se faisaient aider par des fonctionnaires qui prirent le nom de conseillers des généraulx. Ceuxci firent bientôt toute la besogne. Goquillart tourne ce titre en dérision, parce qu'il était peu populaire, comme tout ce qui tient au fisc. D'ailleurs, les conseillers des généraux ne furent pas toujours d'une probité à toute épreuve, et souvent ils favorisèrent les exactions des fermiers de l'impôt.
Genêt. — Homme d^annes à cheval : cheval de guerre , cheval d'origine espagnole.
Gettoire. — Jetons : on s^en servait pour compter en les Jetant sur une table. Des chitHres étaient écrits dessus : il paraît qu^on les faisait en métal.
Qglg, — Gestes, port, tenue. — Faits et gestes : actions.
Geux. — Juif : ce mot s'écrivait aussi gieux, geus, juez , juiz. Au XV* siècle les jui& étaient peu protégés. Les gens d'armes ne se faisaient pas de scrupule de les mettre à rançon et de les pendre au besoin. Cependant, dans le passage où le Gendarme souhaite mettre le geux à quelque branche, il n'est question que de plaisirs et de débauches, et peut-être Caudrait-il lire le geux sous quelque branche; c.-à-d. le Jeu ou Ton montre la feuille À Tenvers. ^ V. Gueux et RainsJ
Gibacier, gibecière. — Sac : poche, bourse. — Gibacier plein de rouelles de léton : bourse pleine de meniieà monnaies de bilton ou de moivcaux de cuivre , qu'on disait résonner pour faire troire qu'on oITnrit une somme d'argent.
Gibier, — Mauvais sujet : fille de joie. Lieu de gibier : maison de débauche. -^ Hanter le gibier : courir les fiUes , chercher des aventures gâtantes.
Gigant. -^ Participe présent de giguer. Allonger le pas, sauter, Jouer des jambes. Gigue signifiait jambe , parties sexuelles^ danse.
Giroflier — Arbre qui donne l'épice connu sous le nom de clous de girofle. — Giroflée : fleur odorante et prinunière, et par suite symbole d*amour. Au mois de mai on portait des bouquets 'de giroflée, où en Jetait dans les salles de bal. Les Jeunes filles et les jeunes dames en cultivaient dans des vases placés sur le bord des (fenêtres. Quand leur bel ami passait, elles avaient soin d'ouvrir la (fenêtre et d'arroser la giroflée : c'était un prétexte pour se faire voir : elles en profitaient pour laisser tomber une fleur, une feuflle, une goutte d'eau.
Glie. — Jeu de hasard. Maillard reproche aux parisiens de s'y Uvrer avec excès.
Glose. •*- Commentaires , explications : on disait glose d^Orléans, plus obscure que \e texte. On s'aperçut que tout ce qui était glose n'était pas paroles d*évangiies, et dès-brs ce mot voulut
aussi dire bavardage, paroles inutiles, contes en Tair. — Gloser : commenter , bavarder , supposer, deviner. * — Gloser le psauUier de fraude : professer la fraude. — Gloser sur Tévangile : parler sérieusement de manière à se foire écouter.
Gobimttes, ^ Les lèvres : de gober, gobiner , ^ivaler. Gobet voulait dire gosier.
Gode. — Verre, gobelet.
Godegmn f Saint J. — Godegran, Goderas ouGhrodegand fut évèque et fondateur d'ordre dans le VIII« siècle. Goquillart^ et après lui Rabelais , jouent sur les syllabes du dtot Godegran. Un gode grand est un grand verre à boire. La fête de saint Godegran est celle des grands verres > c.-à-d. des buveurs : le mot gode devint la racine de plusieurs mots analogues, tels que godailler, faire bonne cbère; godailleur bon vivant : faire ses gaudeamtu, faire gaudion , boire et vivre gatment. Menot nomme maistres godons les beureux du siècle.
Godinette. — Joliette, gentillette : femme galante. On disait godin, godinot pour poupard, mignon. — Coquillart donne ce nom aux lèvres d^une boucbe mignonne et gracieuse.
Goguelu^ guoguelu. — De gog, gogue : satyre, plaisanterie. Goguelu signifie tantôt goguenard, plaisant, railleur; tantôt mystifié, mari trompé, dupe.
Gorgée comme un oiseau de proie. — £n style dis fauconnerie on nommait gorge cbaude, la chair palpitante qu'on donnait aux oiseaux de proie. — Gorgé signifiait repu de viandes, rassasié.
Gorgias. — Elégant qui se rengorge , fot qui se pavane , dont la poitrine est couverte d'étolTes précieuses et de riches bijoux. — Vêtement qui rerouvrait le col et la poitrine des hommes ou le sein des femmes. G. Marot a dit :
Tetin qui t*enfles et repousses Ton gorgias de deulx bons penices.
Gorgias à pointe usée : c.-à-d. placé sur des seins fermes dont la pointe foit saillie et pbjs usé sur ce pointrlà qu'ailleurs- Le gorgias étiât un fiebu en tue toile, blanc, «mpésé à petills ojii à gros plis. — La gorgiasse : sorte de danse. — Gorgîase^ : cfngadtterie, vanité, affectation de montrer sa gorge. Rabelais a 4^ : Gorgiasitas mulienularum.