ISA
Gorgon —Caquet, bavardage : gorgoyer signifiait plaisanter, railler. Peut-être Caudrait-il lire jargon. fV. ce moi.)
Gorrier. — Élégant, homme à la mode : ce mot vient de gorrc, luxe, élégance, coquetterie. ~ Domini, ecce vultU habere gorres et delicias pro parte vestra : Menot. J. Marot raille les vieilles ouvrières qui veulent faire les gorrières et les poupines.
Gouge, — Servante^ fille de joie, maîtresse.
Goulée — Gueulée. Clameur, caquet. .
Goupé, goupfé — Mystifié, dupé. Ce mot vient de goupilrenard. — Goulpette , goupette , goupillage signifiaient ruse et tromperie.
Gourd j gouH. — Lourd, sot. Rabelais dit degourtpour leste : de gourd on a fait engourdi et dégourdi. — Gourd signifiait aussi solide, gaillard, homme à la mode. Trancher du gourt : faire le vert galant, le fat. Estre vestu sur le gourt : se mettre h la mode. Cette locution pouvait avoir un sens ironique.
Goute-prenant, — Coquillart tourne en ridicule les jeunes gens qui portent des coiffures fourrées , comme les vieillards qui ont la goutte.
Grâces. -— Il est probable qu'il faut lire garces. Les éditions L , GD. et C, sont les seules qui aient imprimé grâces.
&m(t>tt2x.— Reçu en grâce. — Favori. On donnait aussi ce nom au bouffon des troupes d'acteurs. C'était en général celui que le public voyait de meilleur œil.
Grave. — Sérieux , lourd. — Femme grave : femme enceinte.
Gré. — Consentement, agrément, faveur. — Avoir à gré : agréer , avoir pour agréable. — Bon gré saint Paul : par la grâce de saint Paul. — Bon gré ma voys. (V. YoU.J
Gref. — Grief : grave ^ dommageable.
Gfvffier. — OlBcier attaché à un tribunal ou à un corps constitué, et chargé de constater par écrit les jugements rendus ou les décisions prises. — Les greffiers étaient peu populaires ; ils exigeaient des parties des droits supérieurs à ceux qui leur étaient dûs. Une ord. dut^ en 1453, réprimer leurs exactions. Les greU fiers de Tuniversité rançonnaient les écoliers , et ne leur déli-
Yraient de diplômes qu'après mille difficultés levées i prix d'argent. — Le registre aux mauvais greffiers : les greffiers à Paudience écrivaient sur un registre tout ce qui était dit et fait par les magistrats. Les uns faisaient mal leur besogne par incapacité ; les autres modifiaient, falsifiaient frauduleusement les arrêts de la Justice ; ils supposaient même Texistence de jugements qu'on n^avait jamais rendus. — Greffier sur le faict des élus. (V* EhuJ, Les greffiers de ce tribunal partageaient son impopularité : aux termes de Tord, du 20 mai 1451 , on plaidait devant les élus sans avocat ni écriture ; les parties étaient à la merci du rapporteur et du greffier. Celui-ci abusait de cette position , et vendait sa plume , soit aux parties imposées , soit aux fermiers de Timpôt. ( V. Vord. d*août 1432A Ce sont tous ces abus qu£ Coquillart ilétrit ; ils furent réformés en partie par Pord. de nov. 1506. — Les Etats de 1484 signalèrent aussi les friponneries des greffiers et réclamèrent leur répression.
Greigneur, grigneur. — De grandior: seigneur^ prince. On disait la greigneure partie, pour la majeure partie. Juveigneur, au contraire, voulait dire inférieur, cadet sans fief.
Greslure. — Grêle.
Grimmarré. — Ce mot doit venir de grime : mine, grimace. On en a (ait aussi grimaud , grimacier. — Grimoire venait de gramma, lettre, et signifiait grammaire , livre où on s'instruit. Gri marré , avec cette étymologie , signifierait qui sait lire , instruit , sorcier.
Gringenault'ChevilleUe. — Il y avait à Reims , dans le XV* siècle, une famille Gringault que Coquillart veut peut-être ridiculiser. Dans Guillaume Crétin, Gringuenault est un nom de berger. Gringuenotter signifiait crier , cbanter, grogner. — Gringuenaude était le nom donné aux crottes pendues au derrière des bestiaux. (V, Cheville.J
Gris, — Fourrure de l'écureuil du Nord. — Gris changeant : fourrure de petit- gris , i reflets bruns et argentés. «
Grobis, — Pour bis gros, deux fois gros. Important, élégant , qui fait de Pétalage. André de la Vigàe et J. Marot disent trancher du gros bis. — Faire son pain de gros bis : Jeu de mots ; faire son pain bis , de gros quMl était. Manger du pain noir après avoir mangé du pain blanc , comme les élégants ruinés.
Gromelte, — Gourmette , partie du frein.
Grxmnet. — Gros net : très-net, très-propre. Sous François I«' viTâit un poète nommé Pierre Grosnet. Nous citons ce nom pour rendre à notre adjectif son ancienne orthographe.
Groi, — Epais, grossier, important, riche. — L'une a les grana, Tautre a les gros : Coquillart sous-enteod ici le mot amant pour ne pas en dire un autre. — Gros grain : personne dMmportance. Grosbls. fV. GrobU.J
GroieUe, gnyalle, — Groseille. Reftùcte comme une gro- •elle : rouge et rondelette.
Gnte. — Oiseau , flUe publique : roué , rusé. — Voiler aux grues : chasser aui grues ayee des oiseaux de proie, ou courir les filles.
Grumékr. —Grogner, murmurer.
Gruppé. — Mot d'argot employé par Villon. Grupper voulait dire accrocher , saisir. Une gruppée était une portion , une prise. On disait gripper , agripper, pour prendre , saisir. Gruppé signifiait attrapé , dupé.
Guerionner. — Récompenser.
Guermenter, — Gourmander , gronder. — Se guermenter : sMmpatienter , s^informer, soutenir que.
Guemelier. — Grénetier : on donnait ce titre aux officiers qui Tendaient le sel au nom de TEtat ou des seigneurs. Leur nom Tient de ce que le sel , pour être à Tabri de Phumidité , se renfermait dans des greniers. Au commencement du XV* siècle chacun pouvait vendre du sel , pourvu qu^on payât les droits dûs aux officiers du roi. On comprend que la fraude et la contrebande abusèrent de cet état de choses. Dès-lors il ne fut plus permis à chacun d'être grénetier : ce titre n'appartint plus qu'à ceux qui furent désignés par le roi. C'est à cette réforme que Goquillart fait allusion, en disant guemetier sur tous approuvé. Les mots du sel qui croit dans la mer Rouge , donne à cette locution un sens ironique : c'est un titre imaginaire, et une satyre contre les officiers du roi , qui vendaient ce que la nature donne. En 1462 eut lieu à Reims , à cause de la gabelle dont le peuple demandait la suppression , une émeute suivie de nombreuses exécutions.
, Crueule. — Bouche , langue , caquet , cri.
Gu€i*x. — Mendiant , vagabond , bohémien. Ce mot vient de
^olhus. Le village de Gueux , près de Reims , se nommait en Istin du moyen-âge villa de Golhis. — Louis XI faisait pendre ceux dont il voulait se débarrasser : ses gens d'armes faisaient comme lui , et plus d^un voleur fut mis à mort sans enquête ni jugement. Les arbres de la route servaient de potence. fV» Geux et jRains.J
Guigner, guygner. — Regarder du coin de Tceil , cligner des yeux. — Bonnet guignant : c.-à-d. penchant de côté, de manière à cacher Tun des deux yeux. Dans un autre passage , Goquillart dit dans le même sens : le bonnet dessus l'œil tiré.
GuiUemin. — Dans les jeux cités par Rabelais on trouve celuici : GuiUemin , baille my ma lance. Le joueur qui prononçait cette phrase avait les yeux bandés ; celui qui jouait le rôfe de frère d'armes ou d^écuyer, lui présentait un bâton souillé décrotte. C^est à cette grossière plaisanterie que Goquillart parait faire allusion. Les jeunes gens de son temps, au lieu de travailler, passaient leur vie à jouer et plaisanter. Le mot guillemin formait un calembour. Guille signifiait tromperie. Dans les poésies allégoriques du XIII« siècle^ la fraude est désignée sous le nom de dame Guille. Guillaume (guille homme) signifiait trompeur' et trompé. Dans la farce de Pathelin, le drapier qui croit voler Tavocat, et qui finit par être sa dupe , a nom Guillaume. Guillemin signifiait guille main , qui trompe la main.
Guinguant. — Lisez : guignant. (V. Guigner). En Bourgogne et en Champagne on disait de guinguoi pour de travers ; guinguoi vient dit-on de guingnoi , et par suite de guigner. Doulx yeux pétillans et gingans. Mart. d^Auy. Gingans veut dire Jouant de la prunelle , clignant , et par suite guignant.
HabandonnéfA tùutj. — Abandonné par tous j dont personne ne se soucie. — Libéral , qui donne tout. — Débauché , se li' vrant à tous les excès.
Babikr. — Cohabiter : vivre avec une femme. De Ut le calembour de habitavit, sobriquet donné aux fîUes de joie. — Habitation : intimité, commerce amoureux.
Habondance» — Facilité d'entrer dans une maison , intimité.
liai, hay (Je). — J*ai. Je hai tels fais : Je sais de tels bits, je les possède , ne m'en parlez pas. — Ou je haïs : Je déteste les faits de ce genre. (V. Cloez.J
Hait. — Bonheur , gaité. — Haiter signifiait plaire, rqouir. — On disait bonbait pour bonheur ; deshait pour malheur , chagrin. — De hait veut dire avec Joie, de bon cœur, galment, ou Joyeux et gaillard. — Déhait voulait dire tristesse, malheur ou malheureux, affligé.
Happati. — Voleur, pillard. Happer voulait dire piller, prendre, saisir. — Le nom de Happart donné à un Juge est une satyre contre la rapacité des gens de lois. — M*» Happart e&i de la même famille que feue Bobinette femme Daudin.
Happe la lune. -— Happer signifie prendre. Happer la lune , et la garder des loups , sont des métiers de fols.
Haquel. — Diminutif de haquenet, haquenée. On nommait haques les chevaux hongres.
Harangière. — A Reims la halle aux poissons se nommait la barengerie. Les harangières étaient déjà célèbres par leur verve infatigable en fait d'injures. Y. 65*" nouv. de B. Despériers.
Haras. — Autrefois dans les haras on entretenait des troupeaux de juments : aussi nommait-on haras les maisons de prostitution.
Harceler. — Agacer , provoquer. — Se faire harceler, se faire courtiser , provoquer les requêtes d^amour.
Hardemeni. — Hardiesse, audace, adv. Hardiment : avec bravoure.
Hariaquaria. — Querelle, bruit , tumulte, embarras. — On dit encore à Reims haria et hariet dans le même sens \ harier veut dire attaquer , contrarier , embarrasser.
Hamois. — Armure, armes. — Harnois esmoulus : armes nouvellement effilées , bien tranchantes. — Harnois des Jambes d^en bas : Rabelais donne au membre viril le nom de Jambe du milieu. Goquillart a la même idée, quand il donne aux jambes d'en bas des culs troussés pour harnois.
Harpe lombarde. — Jeu de mots. Harpe signifiait instru-
ment de musique , et vol , rapine , usure. Les Lombards furent longtemps les banquiers de l'Europe ; ils allaient faire la banque et l'usure de ville en ville. — On disait d^un voleur babile qu'il jouait bien de la harpe. Les usuriers jouaient de la harpe lombarde.
Baubervillien. — Commune située près de Paris. Son église fut détruite en 1470. Le pape accorda des indulgences à ceui qui iraient prier sur ses ruines , et qui contribueraient à sa reconstruction. Ce pèlerinage devint à la mode , chacun allait à Haubervilliers : Louis XI s'y rendit pour remercier Dieu , après la mort de Cbarles-le- Téméraire. Quelques guéri-^ons récompensèrent la foi des visiteurs , et Péglise prit le nom de Notre-Damedes-Miracles et des Vertus. Ces pèlerinages furent souvent des parties de plaisirs franches et avouées , et des prétextes pour dissimuler des démarches coupables. De là l'allusion de Coquillart.
Haulberjon. — Haubert : cotte de mailles , chemise de fer.
Havker, haulser. — Hausser, élever. — Haulcer sans s'espargner : se faire valoir outre mesure. --Hausser l'état : augmenter la dépense de sa maison. Ju vénal des Ursins , Monstrelet , Menot et Maillard reprochent tous à leurs contemporains leur luxe désordonné.
Haull. — Colline , sommet d'un rempart. — Flamme^ sommet d'une chandelle ] peut-être faut-il lire chaud dans ce cas.
HauUe pièce. — Partie de l'armure qui protégeait là gorge. On disait dans le môme sens haut appareil, gorgerin.
Haulx. — Haults : fiers, emportés. — Uaulx habis : vêtements de luxe , chapeaux élevés , robes à queue.
Belle. — Allé.
Héraulx. — Les héraults d'armes avaient un costume qui les faisait connaître et ^respecter : entre autres insignes, ils portaient un bâton armorié aux armes ^ de leur souverain. CoquilUirt fait des yeux les héraults du cœur : de peur qu'on ne les prenne , il leur donne un bâton ; et pour faire une équivoque graveleuse y il ajoute que ce bâton est royde et chaulx.
Hérité. — Héritier, investi par succession. Possesseur qui a acquis^ qui est en possession.
Bel. — fV, Uail.J
Uoche-prune. —Qui secoue les pruniefs; maraudeur , voleur. Tout ce iMSsage est une satyre contre la facilité avec laquelle oo donnait les places les plus importantes. On oubliait qu'en 1441 , la noblesse avait prié le roi de pourvoir aux offices , et non aui personnes. Quand le drapier croit qu'il va trouver chei Pathelin une oie à manger et de Targent à recevoir , il dit :
Je happeray là noe pron*
A tont le moina sana rien deapendre.
Martial d'Auvergne dit en sens inverse : avaler une prune , pour être trompé dans ses espérances.
Hochet, — Jouet d'enbnt. Membmm virile, Coquillart bit une plaisanterie grossière à l'aide de ce double sens.
Hœquelon, hoqueton. — Casaque qu'on mettait par-dessus Tamuire ou l'babit de ville. Ce mot vient de houque , huque , cotte-d'armes. Là garde bourgeoise portait le hoqueton rouge avec une croii blanche sur la poitrine. Les gens d'armes , qui afiTectaient un luxe désordonné, avaient des hocquetons de velours. Celui des suisses était tantôt mi -partie, c.-i-d. d'une couleur à droite et d'une autre couleur à gaucbe, tantôt bigarré de larges raies de deux couleurs , allant de haut en bas. C'était pour ressembler aux hommes d'armes que les élégants s'habillaient de velours. ▲ Reims les sergents de ville portaient également des hoquetons, aussi les nommait-on les hocquetons.
Holandroyê. — La HoUande, tombée, en 1434, sous la domination de la maison de Bourgogne, prit part i toutes les guerre» de Flandres. Elle était d'ailleurs déchirée par des querelles intestines. La haine héréditaire de deux fomilles puissantes et belliqueuses , les Uoecks et les Kabelljau^'s , alluma plus d'une lois dans son sein la guerre civile , notamment en 1481.
Homatre. — Hommasse^ femme qui ressemble i un homme.
Hcmme d*armeê, — fV. Gem d'armes). Homme d'armes par toute voye : soldat déserteur , vagabond.
Bon, han, dire, — Tousser pour réveiller l'attention. Coquillart a recours à ce singulier moyen au cinquième vers du titre de Statu hominum. Cette espèce d'interjection se retrouve dans les sermons de Henot , de Maillard et autres auteurs des XV« et XVI* siècles. Rabelais en use.
lAl
Bongre. -^ Hongrois : Mathias Corvia^ roi de Uongrit (1458- 1490), aasura riDdépendance de son royaume. Il créa une armée célèbre sous le nom de bandes noires ; ses tictoires sur les Turcs et les Allemands , firent aux Hongrois une juste réputation de valeur et de mérite militaire.
HannesUté, — Honneur , amour du beau et du bien. — Honnesteté m*a pris : j'ai servi la cause de l'honneur.
Bonneur fUn homme d*J. — Jeu de mots. Un homme qui donne.
ir<)fi. . Frontières. Dehors avait le même sens.
Hospitalier de mainte fille. — Les chanoines de Saint-Denis de Reims étaient tcuusde donner l'hospitalité aux femmes et filles sans asile. Ils accomplissaient ce devoir dans une maison voisine de leur abbaye , et placée sous Tinvocation de sainte Catherine. Goquillart fait peut-être une malicieuse allusion à cette institution charitable. Il est possible que de son temps quelque scandale ait eu lieu.
Eoste. — Hotte. — Hôte : maître d'un logis , bourgeois obligé de loger un homme d''armes. — Faire du merveilleux hôte : faire le maître de maison^ troublé, colère , soupçonneux^ regardant de tous côtés. fV. Merveilleux J
Hostel. — Hôtel , maison , logis. — Hostel de chanoine : le cloître des chanoines de Reims renfermait un grand nombre d^hôtels qui leur étaient destmés. Ces maisons avaient des tou relies, des cours d^honneur et des jardins. L'ensemble de ces bâtiments était un lieu de franchise ; les sergents de Tarcbevéque , ceux de la ville , les officiers du roi ne pouvaient y pénétrer. Aussi notre poète satyrique conseille-t-il à la femme maltraitée par son mari , de se réfugier dans Thôtel d'un chanoine.
BbUppegay. — On dit encore à Reims : en faisant sauter le» enfonts : houppez-là , sautei gai.
Bouêéj housé. — Botté pour aller à cheval.
' Bousset (Chapeau de fUmn de). — ^ ne sais de qudle fleur il s'agit ici. La fleur de houx est petite et sans éclat. La feuille de eet arbrisseau est piquante et se prête peil à ftrire des couronnes ; cependant comme elle reste verte, même pendant Thiver, efle pouvait être un emblème de valeur et de fidélité en amour. On nommait houssaye un lieu planté de houx. (V. Buissier.J
Houxeau. — Houseau : botte de cavalier. — Houzeau de biâcaïeD : brodequin fendu par-dessus du haut en bas ; il s^attacbait el se fermait avec un lacet ou des courroies garnies de boucles.
Huche, huchié» — Appelé.
Hucqu€j huque."^ On disait aussi hugue , huche et boaciiiie. Ce mot signifiait robe^ cotte-d Vmes , capuchon qui tombait sur les épaules , bonnet , coilTure. Les grands clercs à rouges hacques sont messieurs du parlement , qu'on envoyait dans les proviaees remplir des miasicms politiques ou Judiciaires , et présider la rédaction des Comimma. — Chariot aune verde hucque : le vert élait la couleur des amoureux.
Huissier. — On nommait ainsi les oflQciers qui gardaient les portes des salles d'audience et des appartements royaux. — Aux -termes du règlement de 1454, les huissiers du parlement devaient, pendant Taudience, se tenir la verge à la main entre les deux portes qui précédaient chaque salle ; avant Taudience , ils se tenaient en dehors des deux portes et introduisaient les magistrats. — Ils n^avaient la tête couverte qu'avec la pennission de la cour. Coquiilart, dans sa cour d'amour, leur donne des chapeaux de fleurs de housset, peut-être à cause des épines qui garnissent les feuilles du houx. Les huissiers faisaient la police dans la salle et hors de son enceinte. De là peut-être cette plaisanterie.
Humanité. — Faiblesses humaines. Repaislre Thumanité : satisfaire les désirs d'amour. En 1793 on vendait i Reims des bonnets à Thumanité, ouverts par-devant et retroussés parderrière.
Humer. — Boire, avaler. — On humera de toutes eaux : on emploiera toutes sortes d'eaux de senteur. — Aussi on hume à grant monceau l'honneur, conune raison l'ordonne : au milieu de tous ces bavardages on détruit la réputation d'autrui , comme le bon sens indique que cela doit arriver ; ou bien , on s'instruit à l'école de l'honneur^ on aspire de bons principes : ceci serait une ironie — Si bonne est pour luy , si la hume : si cette doctrine lui parait bonne, qu'il la garde pour lui. Maillard a dit dans le même sens : si tu as fait folie, si laprens.
Huron. -— Sauvage, bête sauvage. On donna ce nom aux rébelles insurgés en 1352. On dit encore hure de sanglier.
Hutin. — Querelleur^ bruyant, vert galant. — Marteau,
maillet , arme , membmm virile, butin d'amour. — Enirepvisey combat d'amour. Rabelais dit dans ce sens hutintr : on-dfsait aussi marteler sur enclume féminine. fV, AvitailUj
Huys, huis, uffê, —'Pwto : e» 14?8> il j eut à Angers des troubles awn ffmt» : le peuple enfonça les portes d'un grand MHfere de maisons ei viola le domicile des citoyens. Louis XI ordonna i cette occasion que quiconque romprait un huis serait fustigé ptr les carrefours, qu^on lui couperait les oreilles, ei que suivant la gravité du cas, on pourrait le taise imdre. Cesl sh» doute à cette ord. que G'oqnilfaBrt fidt allMiai dms le l^Ionologue du Pays : de vmahimm» violences du même genre eurent lieu à nffn» de son temps. — Ung huys où il y avait marchiiidter ; il s'agit ici d'un lieu de débauche ; marchandise signifiait amour vénal et fille publique : d'ailleurs, comme dit le poète, les coupables se sauvaient tout fin nuz en belle chemise. — Huys avait un sens graveleux facile à comprendre. Mart. d^Auvergne en use en disant : abattre à terre un huys ouvert.
Image. — Figure, dehors, apparence. — Peuple tout confit en image : gens parfaits en apparence , coquets dans leur toilette, qui cherchent à représenter, à se poser.
Impenses. — Dépenses , frais de maison , dons d'amour.
Impetrer, — Solliciter , obtenir. — Impétrant ; solliciteur de bénéfice d'église, amant qui présente sa requête.
Imposer. — Mentir, supposer. — Imposer une coutume : dire mensongèrement qu'elle existe. Imposer un crime à quelqu'un, c'était l'accuser calomnieusement. Coul. de R.
Incongnu. — Inconnu : vagabond , individu suspect , qui se déguise ou qu'on affecte de ne pas connaître. L'ord. du 6 juillet 1493 met de niveau les incongnus et les mauvais garçons.
Indennilé, — Indemnité, dommages et intérêts dus à la femme par le mari négligent, redevance d'amour.
Infinés. — Confinés, enfermés.— Aux huit inûnés : relepus à la porte, attendant leur tour.
Inhibition. — Défense : commandement de cesser le trouble ou tout acte préjudiciable i autrui.
Injure, — Injustice , tort , abus , acte illicite. — Outrage , calomnie , médisance. — Injures sont ci interdites : les avocats avaient Thabitude de s'injurier pour la plus grande satisfaction de leurs clients ; aussi, dit Menot : « Isti advocati sunl ut vuJr pe$ qui videntur se eomederej et tamen non se ledunt : videnturse invicem confundere verbis à la barre^ et posteâ optimè
ad invicem conveniunt Isti ma/t advocati j sera, post-
quam ceperint galliwu pauperum et bona per deceptoria verba, epulabuntur. » Serm.^ feria 111, Post. Dam. in Passione. — Les ord. d'avril 1453 , et de novembre 1507 , défendent aux avocats d'injurier leurs adversaires, attendu que cela ne sert à rien. — « Item, Convient expressément quérir , trouver et nourrir toute manière d'avoir paix , amour , et bonne union ensemble ; et pour y advenir , deffendons i tous que Ton ne face ne dye à aultruy injure , et que toute rancune et division du temps passé , s'aucun ca y a , cessent et soient oubliées, règlement de police, Reims, 1470. »
Inquisition. — Recherche. En 1441 , les jacobins avaient tenté d'élever à Reims le tribunal de Tinquisition. L'archevêque les en empè<^a : ce n'est pas sans malice que Goquillart emploie le mot inquisition.
Insipience. — Ignorance, incapacité. C'était le contraire de sapience.
Instrument. — Acte authentique ou judiciaire, arme, outil, parties sexuelles. « Ecce non erubescitis oslendere instrumenta luxuriœ membra provocativa ad luxuriam. »
Menot, Fer. IV, Post. IL Dom. quad. — Oa disait les bas et hauts instruments : les hauts instruments étaient les seins. — Instrument compassé : le bas instrument de la femme -, compassé veut dire juste , étroit.
Inlendit. — Terme de procédure : intenter Vintendit, c'était llifare savoir i son adversaire sur quels moyens de droit on entendait appuyer sa demande : int^idit parait venir de intendere. Rabelais éciit iiKlendict : ce mot viendrait alors de interUio dicta.
Intention. —-En style de procédure, ce mot voulait dire : ce qu'on entend soutenir et éprouver.
Intériner. — Intier ou intérin signifiait complet, parfait : in-
tériner : rendre complet. En style de parlement', c'était ordonner la mise à exécution des lettres et ordonnances émanées de la chancellerie. Sans cette formalité , les actes de Tadministration n'étaient pas exécutoires.
Interpeller deux causes en un libelle, — C'était demander deux jugements par un seul exploit , faire Juger deux questions sjar une seule requête.
lw>enUiire, — Inventaire, invention , caprice.
loneUes. — Pour sonnettes ou jonettes. Peut-étr£ ce dernier mot était-il le nom de petites fleurs Jaunes.
Irrégulier (Apostat). — Moine ou chanoine qui se soustrait à la règle qu'il doit suivre.
Jaeo}>tn. — Jac<^in, Dominicain, Fnère prêcheur. Cet ordr« de moines mendiants s'établit à Reims dans le XJII« siècle, n tenta inutilement, en 1441^ d'élever le tribunal de rinquisition ; aussi du temps de Goquillart étaient-ils peu populaires. Plus tard ils se firent une réputation de gens instruits.
Jacques. •— Vêtement court, qui ne dépassait pas la ceinture : on le plaçait sous la cuirasse j il était doublé d'étoifes épaisses, et garni de bourre. On nommait Jacques ou Jacquette une espèce de veste ou de pourpoint portée par les gens de Journée et les bourgeois. Goquillart donne pour vêtement à un mari trompé, ungrant villain Jacques d'Angloys qui lui tombait Jusqu'au genoulx. Sans doute les Anglais avaient fiiit du Jacques un pourpoint , et lui avaient donné des dimensions plus longues. Le mot anglais n'est peut-être là que pour ridiculiser le pourpoint. Au XV* siècle on disait anglais pour usurier , ennemi , voleur.
Jambes d'en bas. — Parties sexuelles de Thomme. Rabelais a dit Jambe du milieu.
/af^oM— Cri de l'oie (jar). Caquet, causerie^ patots^argot. — On disait Jargouiller, gergonner, Jargonner, pour causer, caqueter, chanter.
Jaulne par les chevetus, —Dont les cheveux sont teints en
Jaune. On employait pour donner aux cheveux cette couleur à î« mode , une décoction de pellicules d'oignons.
Jehan, — Ce nom alors commun était devenu un sobriquet qu'on donnait aux hommes du peuple , aux membres du clergé inférieur, aux écoliers et aux gens sans importance. — Maistre Jehan était au contraire un surnom réservé aux personnages importants. (V. la 79" des C. N. N.,et le Procès-verbal des Etats de 1484^. — La propre veille de saint Jehan : c'était un jour de fête ; il y a ici une allusion au grand nombre de fêtes chômées , qui étaient autant de Jours perdus pour les affaires. La veille de la saint Jean^ les gens de Justice ne siégeaient pas. La chancellerie fermait ses bureaux. Quand un tribunal voulait retarder le Jugement d*une affaire , il la renvoyait à la saint Jean en suivant.
Jennin. — Diminutif de Jean, synonime de niais, crédule, mari trompé à son insu , ou complaisant. Jennin Dada et Jennin Turlurette sont des surnoms analogues. Rabelais , Bonaventure Despériers les emploient dans ce sens. -* Jennin espluche les chardons : c.-à-d. qu'il va pattre. — Faire son compagnon Jennin : c^est faire le bon camarade , le complaisant , se prêter aux plaisanteries.
Joannes. — Pour se moquer des écoliers et des clercs qui affectaient de parler latin, on les nommait Joantie^.- Aussi lisonsnous dans Goquillart : adieu Joannes, n^oublie pas ton escriptoire. — On parodiait le nom de Joannes en disant Jean niais. Il était d'ailleurs synonime de Jennin. {V. ce mol.)
Joannes, — Nom de plusieurs jurisconsultes du moyen-Age. Comme il est mis à côté de celui û*Accurs%us, l'épithéte de Glossator jurû civilis parait s'appliquer à l'un comme à l'autre. Le nom de Joannes peut désigner Joannes Bassianus , jurisconsulte de la Gn du XII" siècle ; ou Joannes Andrée , docteur du XI V« siècle , tous deux auteurs de gloses souvent citées.
Jobelin, — Diminutif du nom de Job, ce type des gens malheureux et contrariés. On disait jober pour railler , et jobelin pour dupe, bafoué, ridicule. Le mot jobard a le même sens. Jobelin était aussi substantif, et signifiait argot des voleurs, ruse^ fourberie , rouerie.
Ha maistre Pierre Pathelin
L« droiot jouear an jobelin. Test, de Path,
là?
Joinct. — Mis sous le même joug , serré , uni , lisse. Guillaume Crétin vante le pennaige net , acoustré , joinct , polly et luysant des oiseaui de chasse. — Tétins joincts : seins à la peau polie et douce ^ fermes et serrés Tung contre Tautre. Pendant une partie du XV<> siècle , les dames portèrent des vêtements étroits qui leur serraient la taille , relevaient les seins et les rapprochaient. Eust. Desch. a fait une complainte sur le supplice que leur infligeait cette mode.
Joncher. — Jouer , plaisanter , jongler : de jocus ou dejuneus. Gargantua jouait aux junchées : c^est ce que nous nommons les onchets ; on les faisait avec des joncs. On nommait aussi jonchées une espèce de pâtisserie sucrée.
Joncheresse. — Femme de plaisir, fille de joie. -^ Joncberiei juncerie :. jeu, badinage, plaisir.
Joquesus. — Le jeu du Tonton nécessitait remploi de quatre mots : pille , c.-à-d. prends ; nade , c.-à-d. rienj jocque, c-à-d. jeu ou joues^ fors , c.-à-d. au dehors. Rab. Jocque vient de jocw. •— Un joque-sus , est un homme dont on se joue , un plastron.
Josse (Par saini). — Ce nom se traduisait en latin par JoéofAu, Jodius et Jocus, et signifiait aussi mocqueur , trompeur.
Cest un Gaillaume (gnille-bomme)
Qui a snmom Joceanme (joce-homme). Path.
Guille veut dire fourbe , trompeur ; et joce signifiait attrapeur : mystificateur , plaisant. Peut-être faisait-on de saint Josse le patron des mauvais plaisants , ou celui de leurs victimes.
Jouste. — Lutte d^amour. — Jouster : jouter , combattre en un tournois , livrer le combat d^amour. — Jouster au crocq , combattre avec une lance garni d'un crocq.
Jwhé. — Perché , monté. Se jucher : il y a ici une équivoque intelligible sans commentaires.
Judas {Maris innocents comme.J — Maris qui livrent leurs femmes pour de l'argent .
Juge. — Bailli président un tribunal , ou son lieutenant. Il avait des assesseurs , c.-à-d. des conseillers qui venaient s'asseoir près de lui. On disait le juge pour le tribunal. G. Crétin a fait un plaidoyer d'amour devant le juge et ses conseillers. — < Les procès
en saisine et noavellelés pouvaient être portés devant le Juge royal et cour royale, e.-à-d. devant le bailli de Termandois , ou devant le Juge ordinaire , c.-4i-d. devant le i»ailli seigneurial. Cotfl. de B., art. 1 , diap. 12, 2« partie. — Juge de grasses matinées r magistrat paresseux, qui dort le matin au lieu d'aller à Paudience. — - Juge et partie : les épiées dues aux magistrats leur donnaient un grand intérêt à multiplier et prolonger les prooès. Maillard et Menot tonnent contre leur cupidité; ils leur reprochent de vendre leur conscience pour deTargent, pour obtenir les faveurs de la cour, ou celles des dames. Les offices royauh de Judicature étaient affermés par les titulaires; et souvent ils les louaient à des gens ilissolus , trompeurs et affamés : ceui-ci , pour recouvrer les deniers de leurs fermes et gagner de l'argetft , vexaient le pauvre peuple et le pillaient de mille manières. fV. Doléances dm EiaU de 1484.;
Juments (Ainsi que on ferre les). — Les maréchaux ont à ferrer des Juments tantôt douces, tantôt difficiles. (V. Ferrer), L'amour et ses récoltes ont leurs cbanoes, taotét bonnes , tantôt mauvaises.
Jiii^. — Assermenté. On disait procéder à la Jurée des témoins pour recevoir leur serment. — Les maistres d*un métier , élus par leurs confrères pour gérer les affaires de leur corpora^ tion, prêtaient serment avant d'entrer en fonctions; aussi les nommait-on Jurés. Juré sans règle ni sans norme : Juré qui se moque des règlements de la corporation.
Jurisdiction, — Tribunal. Hessort d'un tribunal. Goquillarl reproche aux gens des trois -états deitenir Jurisdiction , et de condamner gens à l'amende. Les uns se fiiisaient dbnner des places de baillis royaux., ou de conseillers 4iu pai^lement ; et par reconnaissance ils condamnaient les prévenus k remplir les coffres du roi : les autres remplissaient les fonctions de juges féodaux ; et au lieu detramiller à-ramenerTunité judiciaire, ils perpétuaient la division de juridictions. Tous faisaient leurs affaires et se souciaient peu de celles du pays.
Jus. — En bas. Mettre jus : mettre à terre.
£yrielle. — De Xyrie eMon. Cette prière précède les litanies des saints. — Etre mis à .la kyrielle , c'est être mis à la suite d'une foule d'autres, en nombreuse compagnie.
Labeurer, labmrer. — Travailler, promener te charrue, caresser. (V, Edifier)
Lacez. — Lacet, rubans. Les estomachs plains de lacets bigarrés : reproche que V Avare de Molière fait à son Gis.
TMugaige, lengaige. -^Moi d'ordre , avis , promesse verbale, négociation, fleurette, causerie.
Lasnkr. — Oiseau de proie facile à dresser pour la chasse. On en trouvait dans les tours de Notre-Dame de Reims, et les Rémois en offrirent à Louis XIL
Latin. —Langue des clercs, des écoliers et des gens de droit. — Escumer le latin : parler latin à tort et à travers, cracher du latin. —Entendre son latin : être instruit, intelligent; comprendre à demi-mot.
Latz , laz. — Lacs , fflet , de laqueus. — Latz caillé : filets à prendre les cailles.
Lay, lays. — Laïc^ laïcs. Gens du peuple , ignorants.
Leçon. — Lecture, passage d'un livre , cours d'un professeur^ principes ou matières qu'il traite. Psaumes récités aux ofiSees divins. Causerie sans fin, longue comme la suite des Psaumes. Récit sans interruption.
Légende dorée. — Vie des Saints composée par Jacques de Voragine , mort en 1298. Ce livre , rempli de faits merveilleux et peu certains , eut un succès immense quand l'imprimerie le Irvra au public. Il parut en latin à Paris en 1475, et en français à Lyon en 1476. C'était un livre nouveau quand Coquillart en parlait. On remarquera que déjà la critique savait apprécier le livre à sa juste valeur , car c'est avec ironie que le poète en parle. Les C. N. N. donnent aussi aux mots Légende dorée, le sens de récits , médisances , injures , bavardage.
Légier. — Facile, coulant en affaire.
Lanterne de liseur. — Quand les cathédrales étaient garnies du haut en bas de vitraux de couleur, on ne voyait pas clair
dans le chœur et dans les nefs. Prêtres et laïcs récitaient les offices de mémoire ; il fallait une lanterne au prêtre qui dirigeait l'office. Lorsque récriture et Timprimerie eurent multiplié les livres d^faeures, l'office fut lu et chacun dut avoir près de soi sa lanterne. II en fallait une au moine qui taisait la lecture pendant le repas. Les salies où la jeunesse s^instruisait, étaient éclairées par des carreaux petits et épais , et le professeur avait aussi parfois besoin de sa lanlenie. C'est ce que Goquillart appelle la lanterne du liseur.
Lettres. — Caractères de récriture. Actes, expéditions d^actes. Ordonnance du roi. — Lettres d'Etat : on donnait ce nom en général à toutes les ordonnances du roi. Mais il appartenait spécialement à celles qui suspendait l'exécution d'un jugement ou d'un acte authentique. Un édit de 1455 les déclara de nul effet , comme surprises à la bonne foi du prince , et défendit aux tribunaux d*Y avoir égard. Mais cet abus se perpétua , et les faveurs de la cour ne cessèrent de venir entraver la marche de la justice. — Lettres cornues : actes qui n'ont pas le sens commun. Coquillart dit aussi notaire en parchemin à corne , pour notaire incapable. Les Etats de 1484 se plaignirent de ce qu'on donnait les offices de secrétaires à gens non experts ; « et pour ce , ont esté signées plusieurs lettres en mauvais stille et forme , contenant plusieurs causes de injustices. »
Leu (Le mal sainij. — Epilepsie , vertige , folie. Bréviter c'est le mal saint Leu , il est heureux qui en échappe : bref, c'est un torrent d'injures , de médisances , de folles paroles : heureux qui n'en est pas Tobjet.
Libelle. — Requête judiciaire , présentée jadis sur de petits cahiers. Assignation , exposé d'une demande.
£t6m«rp. — Bibliothécaire, marchand délivres. Les libraires de l'université vendaient les ouvrages des professeurs : ils étaient exempts d'impAts , et proGtaient de ce privilège pour exercer d'autres industries. Coquillart les accuse de détraction , c.-à;d. de fraude ou de médisance.
Licencié sous la cheminée. — C.-à-d. reçu licencié sans examen, en fiimille , au coin du feu. Les cheminées étaient larges et hautes; on s'asseyait réellement dessous. On nommait chevaliers de cheminée , les nobles qui restaient chez eux au lieu d'aller en guerre.
Lievcr. — Lever , soulever.
Linceaulx. — Draps de lit , garnitare de lit. Dames visitent les linceaulx : les conseillers au parlement devaient visiter les procès, c.-à-d. examiner si les procédures étaient en état. Coquillart plaisante sur cette expression, et dit qu'à la cour d'amour les dames voient si les lits sont prêts , et s'ils ont des draps blancs.
Lingerel. — Petit-maltre, élégant qui porte de la toile de lin. Diminutif de linge , toile de lin , fine et délicate. Linge signifiait alors délicat : on disait des draps linges pour draps fins ; toile alingée pour toile usée, devenue mince à force de servir. —
Combien que sa personne estoit et fut toujours linge et menue
Chro. de J. de Saintréy cbap. 1. — Un lingeret tendre du bout, est un mignon qui a le cœur tendre et cbaud.
Liliscontes talion. — Terme de procédure. Il y avait litiscontestation ou contestation en cause , lorsque les parties avaient chacune posé leurs conclusions , exposé leur affaire , et mis le tribunal À même de juger le fond du procès. CouL de JR. — Le mignon sollicite de si près , que litiscontestation se feit , c.-à-d. qu'il a obtenu audience et plaidé sa cause : il attend son arrêt. — Litiscontester : conclure , plaider , et demander Jugement.
Livrée. — Vêtements que les seigneurs devaient tous les ans donner à leurs vassaux. Rubans qu'on distribuait aux invités les Jours de noces. Galons armoriés dont les nobles couvraient les babils de leurs gens. Couleurs adoptées par les dames et portées I)ar leurs amants.
Livrer la pièce hault et bas. — Livrer sa personne toute entière.
Locu fMaistreJ. — Surnom donné aux gens d'église , aux moines. Dans les poésies du prieur de St-Micbel , composées vers 1330 , nous trouvons celte expression : un jeune baron ne veut rien apprendre, ses.compagnons Tencouragent à la paresse, et lui disent quand tu sauras lire et cbanter , tu te seras donné beaucoup de mal , et pourquoi ?
Pois sera an prestre cogneu.
Voire par Diea, moine locn.
Locu vient peut-être de loqui, loquax. Moine locu, maistre locu, sont peut-être des sobriquets donnés aux prédicateurs.
Loist (II). — Il est permis, de licet.
Lopin. » Lambeau de chair. Le membre viril.
Lorgne. —Lorgner signiOait firapper. A grands coups de points lorgnoit dessus. B. Dbspéeieis, 08* PT. On nommait lorgne un coup reçu en se heurtant. — Torche, lorgne : ces deux mots étaient des cris de guerre. Rahelais les place parmi cem qui dégèlent sur un champ de bataille. Lir. IV, ehap. Vl. -—Il dit aussi frapper torche lorgne, c. -à -d. h droite et h gauche , d'estoc et de taille, sans y regarder. 11 donne aussi aux mots torche lorgne le sens de huées populaires, clameurs d'une assemblée.
Loriot — Oiseau au plumage Jaune. Les dames en ont-elles tenu sur la main , pour imiter les châtelaines qui portaient ainsi réperrier ou le milan ? Ou bien nommait-on loriot des cheveux teints en Jaune , ou une coiffure ornée de rubans Jaunes ?
Loup-garou. — En style de ? énerie on nommait ainsi les loups furieux, enragés, qui attaquaient et mangeaient les hommes. On en fit des animaux fantastiques , dont on eff'raya les Jeunet filles et les bonnes gens. Ce nom se donnait aussi aux maraudeurs de nuit et à ceux qui cherchaient la nuit des aventures d'amour.
Lourd, — Pesant, sans esprit. — Grave, sérieux. — Elégant, à la mode. Eustache Deschamps donne à des cavalcades d'élégants le nom de chevaulchiers lours. On disait d^un homme malin quMl avait du poil de lourd (Tours). fV. DemyJ
Loysible. — Permis. — Loysir : licence , permission.
Luicle. — Lutte , combat d'amour. Goquillart dit que les dames n'ont pas toujours le pied ferme quand on leur offre la lutte. Il Cut ici la satyre d'un usage de son temps. Les femmes s^amusalent à lutter contre les hommes : pour se donner des forces dans ce combat inégal, elles commençaient par prendre du vin , et pour s'animer elles donnaient. et recevaient des baisers. Le prédicateur Maillard leur reproche sévèrement ce plaisir dangereux.
Luitier. -- Lutter. fV- LuicU.J
Macé, Masêé, — Nom ridicule au moyen-Age. Sot, plastron.
mari trompé. Rabelais Templme dans ce dernier sens. VHistoire du Mari guoguelu se trouve dans la 71« des G. N. N.
Magdelaine, — La Madelaine est célèbre par la beauté de sa chevelure. Quand on jouait le mystère de sa vie , Facteur qui la représentait devait avoir des cheveux blonds et tombants ; c'est à cette nécessité du rôle que le Gendarme cassé fait allusion.
Maille. — Chacun y fait la maille bonne. — Il s'agit ici des mailles de filet ou de bourse , comme dans ce proverbe : bonne est la maille qui sauve l'argent. La médisance dit la maille si serrée , que personne ne lui peut échapper.
Maillolin. — On nommait ainsi les séditieux qui, en 1413, commirent à Paris de sanglants désordres. Ils étaient armés de maillets ou marteaux. Les violences de Charles4e-Téméraire avaient de nouveau rendu ce nom redoutable en Picardie et en Champagne : Idaillotin du Bec , son grand prévAt ^ épouvanta ces deux provinces par ses actes de barbarie.
Main. — Livrée^ cadeau, don manuel. On dit encore en Italie la bonne main. — Et ce fait , tournez votre main : dés que c'est fait , pendant le temps nécessaire pour tourner la main , tout est changé. — Mettre le gaige avant la main : main mettre, c'était payer. Marchander avant la main, c'était marchander avant de payer. Quiconque veut jouir d'amour, doit bailler Targent devant la main (M. d'Auv. 32« arrêt d'amour], c.-à-d. négocier l'argent à la main. Mettre le gaige avant la main , c'est faire une gageure, et montrer son enjeu avant de l'avoir perdu; faire voir qu'on est prêt à payer. — Main garnie : terme de procédure. Garnir la main, c'était payer le montant de sa dette, avancer les frais d'un procès , solder les honoraires et les épices des magistrats. En matière d'aides , le roi ne plaidait que la main garnie, c.-à-d. quand on avait commencé par payer l'impôt, objet du litige. On disait de même que les tribunaux ne jugeaient que la main garnie, c.-à-d. quand on avait payé les épices. M. Oudart de Main-Garnie est un juge qui n'oublie pas ses honoraires et qui fait ses aflàires avant de songer à celles du public.
Mains (au). — Au moins : ou aux mains.
Maintmir. — Se tenir tranquille : se bien tenir. Goquillart dit dans ce dernier sens tenir manière.
Mais que. — Pourvu que. •— Mais peu quoi : mais tout cela est peu de chose.
^aisire. — Titre donné à des fonctionnaires, aux gens exerçant un métier , aux gradués de FUniversité. — Il appartenait aux maistres des requêtes de i^hôtel du roy , aux maistres des eaux et forêts^ aux maistres des monnaies et à d'autres foncitonnaires. — Maistre de fausses monnaies, fv. Monnaie.)
Maistre juré du métier, — (V. Juré.)
Maistres passés : C.-à-d. oijvriers admis à la maîtrise, clecs reçus maîtres es-lettres , ,es-arts etc.
Maistresse. — Femme qui n'a plus rien à apprendre , qui a pris tous ses grades. — Une maistresse : titre d'une ballade et d'une ronde qu'on dansait et chantait : nom d'une basse danse à pas simples. J. Marot la nomme.
Manche. — Goquillart assista à une grande révolution dans la coupe des manches : sous Charles Y I et Charles VU on portait les vêtements assez justes et les manches serrées : on voulut faire au corps les manches par compas , dit le poète. Sous Louis XI , on les portait longues , larges , flottantes , faites comme des sacs et ouvrant un passage à Tavant-bras par une fente ouverte au milieu. Cette mode exigeait plus d'étoffe et nécessitait des manches intérieures ; le luxe exploita cette mvention, et Menot se crut obligé de signaler dans ses sermons cette coûteuse innovation : il faut, dit-il, faire la manche selon le bras : Feria VI, post Dam. quad. — Capiet habitum dissolutum magnarum manicarum - serm. septuag. — Larguœmanicœ, comme bombardes à tuer. Feria IIL Post 11. Dom. quad. — Tantôt la manche se terminait par une grande ouverture. « Et se faisaient fendre les manches de leurs robes et de leurs pourpoints pour monstrer leurs chemises : 1467, Monstrblet. Coquillart dit dans le même sens : robe à grant manche descoupée affin que l'on voist le dessoubs. — Tantôt la manche se terminait par un sac pendant et contenant des poches : Coquillart y place le mouchoir , des pommes, le chapelet. Les voleurs mettaient dans leurs manches les objets qu'ils dérobaient : C. N. N. Aussi disait -on avoir la manche large, pour agir, voler sans conscience. Ce sont des vêtements à larges manches que Coquillart donne à ceux qui dansent bien les trois estats. — Sous manche fourrée , longue chappe. fV. Chappe et Ammancher.)
Manié. — Caressé de la main ou autrement : Y. dans la 41e nouv. de B. Despérier VHistoire de VEcossois et de sa femme, qu'il trouvait un peu trop habile au maniement.
manière. — Mouvement des mains ^ gestes, tenue. Tenir manière : avoir un bon maintien, une tenue décente. — Faire manière : faire des gestes , des signes : chercher à se faire remarquer.
Manne du ciel. — Revenu des églises, bénéfices. Il s'agit des clercs qui n'ont pas de charge d'âmes , de fonctions à remplir et qui touchent et cumulent néanmoins les revenus des couvents, des prébendes et des évéchés, les prêtres vendus à la cour.
Manteaux vers — ^Â l'ouverture des états de 1484, se présenta René II , duc de Lorraine, prince du sang ; il venait réclamer le duché de Bar et le comté de Provence. Anne de Beaujeu lui rendit le duché et lui promit la Provence. René devint alors un de ses partisans et Tàida à résister aux intrigues des autres princes. Les gens de sa suite avaient une livrée verte, et on désignait sous le nom de manteaui verts tous les gens de son parti. Telle est l'explication qu'à donnée M. L. de Lincy quand il a publié les ballades de Goquillart dans son recueil de chansons nationales ; mais il na pas indiqué la source où il a puisé ces renseignements, et j'ai fait de vaines recherches pour savoir si réellement les Lorrains étaient venus avec des verts manteaux. Sous ce nom le poète désigne les adversaires des princes , et il leur oppose Denys Lemercier, chancelier du duc d'Orléans. — Le poète dit que les manteaux verts se plaignent des états ; et le duc de Lorraine n'eut qu^à s'en louer ; sa demande fut bien accueillie ; et les députés, dans le cahier des doléances, Masselin, leur orateur,, dans le discours de clôture, recommandèrent au roi les princes dépouillés par Louis XI. D'ailleurs, le duc de Lorraine ne pouvait être dangereux À Tours, loin de ses sujets, à la tête de quelques gentilshommes qui l'avaient suivi. Le roi était Jeune -, sa sœur était spirituelle et gracieuse : le printemps approchait, et il est possible que les gens de la cour aient pris le costume vert, celui de la galanterie. Les verts manteaux seraient donc les partisans de la régente : elle se plaignait des états qui avaient proclamé la souveraineté du peuple et prétendu que le roi devait composer son conseil de gens désignés par les députés de la nation. Au surplus, je ne connais pas d^historien qui ait fait mention des Verts Manteaux.
Manumission. — Affranchissement. Manumis, afllranchi : lettre de Louis XI , août 1474.
Ma'iuerelle. — Ce mot se trouve souvent dans lesord. du XV* siècle. Les lois qui punissaient les courtières d'amour étaient mises de côté. « ^'onne habelis les maquerelles que ha-
bent les dix ou doaze garces : et scitis hoc , Domini justitiœ etfaeitis la sourde oraJIle ! et Dmnini offieialeê, Domini épiscopi hoc scilisl et non vuliis fomre vemiâùtim, Mbkot. tiwn, IV. quad. 11 donne à tous les diables les propriétaires qui pré» tent leurs maisons ad faciendum lucrum de posterioribus ffietv(fictim. Il reproche aux gens de Tours d'accueillir les maquerelles dans leurs maisons comme des femmes de bien , et de leur donner la bourgeoisie. — Le prédicateur Olivier Maillard accuse aussi les dames de Paris d'avoir chacune leur courtière. Si on Ten croit, les dames les plus haut placées écoutaient sans rougir , et accueillaient les offres des maquerelles. Les exigences du luxe les ruinaient et les entraînaient à vendre leurs faveurs au plus offrant.
Marchand. — Faiseur d'aflSiires , intrigant : agent de cor^ ruption en politique ou en amour : galant qui achète les amours des belles. — Place marchande : lieu de débauche : maison oà les amants trouvaient un asile.
Marchandise, — Commerce : chose à vendre. Faire marchandise y foire le commerce. Fait de raaiehaBdise : a(foire commerciale.— Anaours vendus , ou à vendre fiUe : publique, femme galante. — Conscience de courtisans ou d'homme politique, à vendre ou à louer. État de marchandise, homme prêt à se vendre ou à acheter les autres. — Le XV* siècle vit naître les corruptions politiques : Alain Chartier , pour empétiher son frère d'acheter une charge à la cour, lui dépeint la vénalité des toies de ce pays : « Car entre nous et la court, lui dit-il , nous sommes
marchans affârtés qui acheptons les autres gens et autre fois
Nous savons très bien nous vendre nous-mème k ceux qui ont de nous à foire. — Sous Louis XI parut une chanson salyrique publiée par M. L. de Lincy. En void le début :
Je sais fi^Teiir, qni an son de ma trompe Souffle et prodoit des choses nompareiUes :
^ Il n'est nul droit qni par moi ne corrompe Tant soit-ii bon on loial à merveille.
Marchés fériauîœ. — Droits perçus sur les marchés foits en temps de foire : marchés conclus en foire , ou un jour de fiftte. Ces derniers étaient nuls. (V. FeriaulxJ
Marée (Se prendre à la) — S'embarquer sur la mer d'amour, à la marée montante, dès que la marée le permet.
Marelle. — On nommait marelle, merelle ou mereau des pièces de cuivre asseï grosses, semblables à des jetons ; elle ser-
yaient de palets : de là Teipression jouer à la marelle. Les marelles ou mereaux furent des monnaies qui n^avaient plus cours dès le XIII* siècle : dans un des mystères édités par M. itfbinal, il est question d'un vieux merel comme ^'une monnaie sans valeur. Marel finit par vouloir dire fausse monoaic , mauvaise plaisanterie , mystification , coups , violence. Dans le Mystère du Martir de Saint-Denys , le sergent Humebrouet en coupant la tète au saint lui dit: tiens, apostat; ceste merelle. Dans la Farce de la Pipée ^ Bouge-gorge se vante de séduire la Jeune fille nommé Plaisant Follie : (m lui dit vous ne réussirez pas « ou vous aurez une merelle , ou serez du tout déceus » c.-à.-d. vous serez payé en fausse monnaie: Plaisant Folie se mequera de vous. Oims le même sens €oquiliart reproche aux courtières d^amour qui donnent pour filles novices , les prostituées du plus bas étage , de bailler lourde marelle et de tromper la chose publique.
Marie. ~ Par la Vierge Marie : une ord. du 12 mars 1478 défendit de jurer par la Vierge Marie. Goquillart met ce serment dans la bouche d^une prostituée en retraite. 11 y a ici une intention satyrique. Les filles publiques pratiquaient extérieurement la religion. ( F. Arrérage.)
Marié {Trop tost.) — Mari malheureux , trompé , qui eôt mieux fait de rester garçon. On disaitiaussi pour se marier : faire dupisqu^on peut.
Marmileux. — Triste, maussade , hypocrite : foire chère marmiteuse , lliire mauvais accueil.
Marmot, — Magot , figure ridicule , masque , poupée.
Mamumser. — Murmurer, refléchir. Marmousement : murmure , rêverie , mauvaise humeur.
JlforpattW.— Nom injurieux: gourmand, voleur, frippon, parasite. — Amoureux ridicule : Farce de la Pipée.
Marquêt. » Diminutif de marc : c'était un nom de berger et de valet. Dans les guerres des Français contre Venise , on donnait par dérision à Saint-Marc le nom de M&rcou, et celmde Marquêt aux soldats de la république. — Dire pic et pac Marquet : donner une paire de soufflets à un valet, à un page, k un paysan.
Marri. •— Marry : triste. Jeu de mots et allusion, au vieux proverbe : aujourd'hui marié , demain marry.
Man. -— Marc , poids.
Marlimu, — Nom d'un grand nombre de jurisconsaltes des XIII , XIV et XV« siècles. Si Goquillart a voulu tourner Fun d^eui en ridicule, il eût dû le désigner plus clairement. Le nom de Martin appartient aussi à Tâne.
Marlir, marlire, martyr, — Supplice : mort cruelle : tourment d'amour. — Saint mort pour la foi catholique : yictime, malheureux , qui souflhre les peines d'amour. — On n?y chante que des martyrs : tous les Jours le chapitre de Reims se faisait lire la vie d'un martyr. La pièce où se faisait cette lecture se , nommait la salle du martyrologe ; on l'appelait aussi pntiosa , parce qu'on y chantait un psaume dont le premier verset commence ainsi : Preliosa in cofupectu Damini mors mnctorum tju8. Ooquillart fait allusion à cet usage : il veut dire (pi'à to guerre il n'est question que de violences et de massacres. Gharles-le-Téméraire se battit en barbare; ses rigueurs amenèrent des représailles sanglantes, et dç son temps, l'art des combats devint une école de cruauté.
Matière (Tenir), — Soutenir une discussion , traiter une matière à fond.
Mascher du sans. — Sans est 1à pou^sens : réfléchir, méditer. — Maschesens : gens réfléchis. Rabelais parodie ces locutions en disant maschefoin , mascher du foin. Dans la Farce de l'Arbaleste la femme engage son mari a s'instruire et à vivre sagement : il faut , lui dit-elle , mascher l'écriture et goûter le sens. Le mari prend du parchemin, le met dans sa bouche, le mâche et dit : « Par ma foy ! s'y je n'ay à boire , jamais le sens n'avaleray. »
Masse, massue. — Marteau : maillet, masse d'armes : marotte de fol. Membrum virile.
Malhussaîé.^^laii\mse\emy huitième des patriarches , célébré par sa longévité. Goquillart supprime la lettre M qui se trouve à la fin du mot, soit pout le besoin de la rime, soit pour faire un jeudemots: m^as tu salé ; maton salé.
Matinus. — Parodie de Martinus, comme Antitw d'Accursius. (V. MaHinus.J
Matois. — Pour matinois , matin. On disait aussi main , manois. Partb. de Blois.
Mauchoisy. — Mal choisi t sobriquet donné à un notaire pour le ridiculiser. On se plaignait de la légèreté ayec laquelle le gouvernement choisissait les officiers publics.
Mauduit. — Coquillart désigne le même Juge sous le nom de Massé-Mauduit^ et de Massé-Maudit : c^est une double plaisanterie faite aui dépens de la magistrature, f Y. Macé.)
Médecine ^our plus emplement pasturer. — Remède propre À réveiller Fappétit : philtre d'amour, f F. Pasturer.J
Mets. — Mis : participe de mettre.
Mémoire. — Souvenir : liste , inventaire : exposé d'une affaire par écrit. — Bailler tout par mémoire : en matière de possessoire et de pétitoireon devait déposer son mémoire, c.-à-d. Sa requête en triple expédition : Tune était pour le juge , la seconde pour le défendeur ; la troisième revenait nu demandeur. — Faire grand mémoire d'un saint : célébrer sa fête avec vénération , conserver pieusement la mémoire de ses mérites. On nommait mémoire d'un saint , et la chapelle élevée en son honneur , et l'office dit annuellement le jour de sa fête.
Méneslrier. — A Reims, en 1485, on accorda'aux ménestriers le droit de porter au col un émail représentant les armes de la ville : sans doute cet écusson était suspendu à la chaîne d'argent dont parle Coquillart.
Mengeuefj menguer. — Manger , dévorer', mordre. Men* guer le povre commun : se moquer de la foule , des pauvres diables, les déchirer de plaisanteries mordantes. Menguer peut venir aussi de mingere , pisser. Ce mot, dans ce cas, voudrait toujours dire Insulter : mais l'injure prendrait un caractère de grossièreté et d'impertinence plus grave.
Menne. — Manne, f V. ce mol. )
Menle, — Mantes la jolie : pendant le règne de Louis XI , les armées françaises occupaient souvent la Normandie , et les hommes d'armes y commirent des excès en tout genre. Le monarque s'y prit de passion pour une jeune et jolie Glle qu'il maria à un nommé Jean Bon , auquel il faisait une assez belle pension. Il la maintint au profit de sa maîtresse après la condamnation que Jean Bon encourut à la fin comme conspirateur. Les gens de guerre imitèrent sa majesté, et comme nousl'apprend
lao
le Gendarme eassé, tant à Mentes qu^à Vernon, ils troublèrent plus d^un ménage.
lU Tieogncatt par grant rnderye, Demander ce qui n'aToni mye :
Us Boni dMinent maiot horion.
Eneore faat-il que Ton lear dye :
Met booa aeigneors, je voua en prye»
Prener font ce qne nous aToni..*.
Je n'ay plos ami ne amye En Fhmce ne en Nonnandyc.
f^au de vire publié par MM, L. Dubois et JubinaL
Il en était ainsi partout où venaient les gens d'armes. « Les gens de guerre de Tordonnance du roy estans logés à Paris , y firent de grandes et bonnes chières ; et en lieu de passetemps y séduisaient plusieurs femmes et filles qui par leur moyen en débaussèrent et déguerpirent leurs ménaiges et enfants pour suivre iceuli gens de guerre : et entre aultres y eut une Jeune fille d'un procureur du cbatellet de Paris , laquelle se accoinla d'un arcber de Tord, du roy qui avecque lui l'emmena : et accordèrent leurs vielles ensemble. Le père et la mère allèrent faire grants plaintes par devers le roy : mais ils n'en eurent aultre chose. » 1465. Ghro. du temps de Louis XL
MenUmnière. — Partie inférieure du casque.
Jfetoene. — Marcbamllae : menues marchandises.
Merveilles. — Chose surprenante : excès. Tours habiles , grandes affoires.
Merveilleux. — Bizarre : emporté , méchant. « Qu'il vous voye ! dit une femme à son amant en parlant de son mari , non sera, si Dieu pUiist : car vous seriez mort et moy aussi; car il est trop merveilleux. » 34« des G. N. N.
Mes (Je). — Je mets. (Y. Mettre.)
Mesehant. — Misérable , malheureux. — Meschanceté : malheur, misère. Saulces de meschanceté : suites de la misère.
Mesdiief. — Malheur, accident, faute. — Mescheoir voulait dire mal tourner , être malheureux. Si meschief vient de mescheoir, on eût dit meschiet, meschet, comme on a dit deschet de décheoûr. Meschief peut venir de tnulum eaput.
Meshouen. — Demain , plus tard , dans le cours de l'année ,
dorés et en avant. Rabelais écrit mesouan. On fait yenir ce mot de in medio anni.
Meshuy, — Aujourd'hui , à présent. — In medio hujus diei, magis hodiè.
Meslée, meslure. — Quenelle, combat. Rapprochement des deux seies. Obstacle , trouble , mauvaises affaires.
Mesprendre. — Mépriser, blâmer, condamner. Faire une lliute, une méprise.
Messager. — L'Université avait le droit d'envoyer des messagers dans tout le royaume. Elle eut Jusqu^en 1719, un service de voitures monté pour son usage sur toutes les routes. Ses messagers refusaient de payer r.imp6t , et dans le XV* siècle ils eurent à Reims des difficultés à cet égard. En disant rudesse est un messager , Coquillart songe aussi à rimpertincnce de TUniversité , et à la rigueur des messages qu'elle envoyait.
Mestier. — Profession. — Etre du métier : c. à-d. être de la profession qu'on ne nomme pas ; être femme galante. — Piège , tromperie, trame. Dresser un mestier : broder une histoire, forger un conte. — Mécanique , machine à faire les étoffés. Mettre une fille sur le mestier : la dresser, réparer sa toilette, lui donner ce qui lui manque.
Meltre. — Payer , donner , avancer des fonds. Je mets , je donne , je lui fais des cadeaux. — l^ettre assez : mettre beaucoup de temps à une chose , n'y rien ménager. — Mettre au sainct : littéralement allumer un cierge devant la statue ou les reliques d'un saint ; mais celte locution foime une équivoque expliquée par cette autre phrase de Coquillart : tel ^aint ne demande que royde chandelle. — Mettre en jeu son plus beau : jouer ce qu'on a de mieux , raconter ce qu'on sait de plus piquant , de plus nouveau.
Michaalt. — Ce nom, au W*' siècle, était synonyme de vert galant, bon ami; Villon l'emploie dans ce sens. Peut-être y voyaiton un jeu de mots (ami chaud , ou my chault, c.-à-d. ce qui m'importe , ce que j'aime.) On donnait aux plaisirs d'amour le nom de passe-temps Michaut. En argot à Reims on nommait miche un homme qui court les filles. Coquillart donne aux femmes gahintes, pour chiffre, la lettre M, qui est la première du nom Michault.
Miche. — Gros pain , rond, commun , et fait pour les moines.
En plaisantant, on nommait les pierres et les caiUoui miches de saint Etienne. Attendu que de miche à Michel il n'y a pas loin , les boulangers , en cerUins pays , avaient pris saint Michel pour patron.
MicheUi. — Diminutif de Micl^ault. (V. ce moi). Galant qui court les femmes. Sault de Michelet : Jeu d'amour. Michelet Mauchoisy : ce nom ridiculise doublement les hommes auxquels la cour confiait les charges de notaire. (V, Notaire.)
Mignon. — Petit-mattre, galant.— Mignon du commun cours : élégant de bas étage. — - Mignonne : fillette, élégante , maîtresse. Mignonne de haulte entreprise : grande coquette , beauté de renom dont la conquête n'appartient qu'aux gens de haute volée. — Mignonne, mignonnette : friandises, menues monnaies.
Mignot. — Mignon , délicat , élégant , gracieux.
Migraine. — On nommait graine ou migraine une nuance de rouge Urée de la cochenille. L'origine de ces mots est obscure. Graine parait venir de granum : la cochenille desséchée ressemble à de petites graines. On foit venir migraine de micans granum ou de malogranatum, médium granalum : l'intérieur de la grenade est rouge. Au XV^ siècle on nommait migraine une étoffe de luxe teinte en rouge.
Milours, — Milords. Titre porté par les seigneurs d'Angleterre. Le long séjour que les Anglais avaient (ait en France , avait rendu ce terme populaire , et on en usait pour désigner un haut personnage , un homme riche. Cependant il est probable que Coquillart veut parler des lords Anglais. G. Crétin parle aussi des godons d'Angleterre : godon était synonyme de riche , bon vivant. La noblesse Anglaise s'était enrichie des dépouilles de la France ; Ph. de Commines parle souvent de son luxe et de sa richesse. Quand une ambassade Anglaise passait la Manche , elle vivait avec splendeur et largesse. Louis XI faisait au roi Edouard une pension de 50,000 écus , et comblait de faveurs et de présents, ses ministres et les officiers de sa cour. Il donnait à lord Hastings une pension de 2,000 écus, et des présents qui montaient parfois à 1,000 marcs d'argent; lord Howard, en moins de deux ans, reçut 24,000 écus; le comte de Warvick touchait en pension et appointements 80,000 écus par an. Personne en France n'avait de revenus aussi considérables; aussi les milords étaient* ils en granule estime près des marchands et des femmes galantes.
Mince. — Pauvre , chélif. On disait mins pour moins , peu. — Mincerie : misère , gêne.
Mine, minette. — Visage, air, minauderies^ propos galants. — Faire la mine : feindre , se costumer avec soin , faire des minauderies. Faire au cas bonne mine : faire contre fortune bon cœur, savoir se plier aux circonstances. — Mine : minerai, drogue minérale. Le mot mine venait de passer dans la langue officielle. C'est en 1471 que Louis XI régla Pexploitation des mines. — Mine : cavité , conduit souterrain. Mine à tétins descouvers : Goquillart joue ici sur les mots, il pense aui mines à chemins couverts , creusées pour prendre les places d'assaut.
Mirouer. — Le miroir était fait alors d'une lame de métal polie, richement encadrée; les dames le portaient pendu à leur ceinture ou caché dans leur aumosnière. — Mirouer à mondains plaisirs : jolie figure, image du plaisir, scintillantes prunelles qui jouent comme le miroir à prendre les allouettes : beaux yeux brillant des feux d'amour , où chacun veut se mirer.
Mise. — Dépense , don , avance de fonds. Prendre ou foire la mise : avancer des capitaux ou en recevoir , fiiire la banque. — Faire mise signifiait aussi tenir compte , attacher de l'importance.
Miste. — Doux , agréable, de milis.
Mitaine. — Gant de peau de chat. Doux au toucher : on ne prend pas chat sans mitaine , c.-à-d. sans les caresser , sans leur donner de douceurs.
Mixte. — De mixtiis. Mélange , varié , agréable. Peut-être faut-il lire miste. fV. ce mot J
Moelte. — Diminutif de moè, moue, mine, minauderie. Moite. — Humide, frais, doux au toucher.
Moitié. — Milieu. — On doit laisser un plus grant homme la moitié : c.-à-d. on doit laisser là le grand personnage au'milieu de la visite , pour aller voir celui qu'on aime.
Mon. — Donc , alors. Assavoir mon : assavoir donc. — C'est mon : c'est donc cela , ce n'est que cela. — C'est-il ? C'est mon ■: est-ce là ce que vous voulez ? C'est donc cela. Ou bien : est-ce cela ? Oui , c'est cela. — Mon signale une affirmation ou une interrogation. On fait venir ce mot du latin num.
Mondain. -^ Homme du monde, à la mode ^ ami du plaisir. Chose mondaine : à la mode , ordinaire dans la vie , chose de ce monde. — Mondanité : le monde , ses pompes et ses œuyres^ l'espèce humaine et ses passions -, la mode , la loi de nature.
J|fon<(ton. — Assi^^nation à comparaître devant les tribunaux ecclésiastiques. — Monitoire : injonction bite par TÉglise aux fidèles f de révéler à la Justice ce qu'ils savaient sur les crimes mis en instruction. Les monitoires étaient lus en chaire , ils étaient rédigés par les officiaux et expédiés par leur notaire.
Monnaie, — Maistre des busses monnaies : on nommait généraulx-maistres des monnaies des fonctionnaires chargés de surveiller la Ceibrication des monnaies, d'inspecter les ateliers des bijoutiers et des orfèvres, et d^empècher toutes les fraudes qui pouvaient tromper le public. Jusqu^en 1380 ils ne furent que trois : alors on en créa cinq ; plus tard il j en eut orne. Ils formaient un tribunal qui relevait du parlement : les délits relatifis à la fabrication des bijoux et des monnaies étaient de leu^ compétence. Les maistres des monnaies ne firent pas toujours leur devoir. Le roi lui^néme donnait aux monnaies (1473, 147tf) une valeur qu^elks n^avaienl pas. Les maistres des monnaies fermèrent les yeux au lieu de protester : ils finirent par avoir à se reprocher plus que de la négligence , et on les accusa hautement de participer aux fraudes qu'ils ne poursuivaient pas. Le gouvernement, en 1475, fut contraint de les destituer; de là le nom de maistre des fausses monnaies Joint par Goquillart à tant d'autres titres satyriques. — Bfaistre des fausses monnaies qui sont forgées à double coing : cette phrase a deux sens : le poète désigne probablement une monnaie dont on refit l'empreinte au moment où on augmentait sa valeur nominale sans rien ijoutér à sa valeur réelle, f V. Croissant J. Monnaie forgée k double comg signifie femme à deux amants -, monnaie forgée k double coing doit être forte, c-à-d., que femme qui a deux amants doit être bien constituée, riche d'appas et d'esprit. On noDunait forte monnaie celle qui n'était ni altérée ni rognée. fV. Co^ et Forte monnaie.J
MonopoUe. — Manoeuvres pour accaparer des marchandises : conspiration , intrigues d'amour.
Monseigneur du mai planté, — Amoureux de viHage qui, au premier mai, allait planter, sous les fenêtres de sa belle, un jeune arbre couronné de fleurs. L'amant aimé avait seul ce privilège : il en résulta que l'expression de planter le mai finit par avoir
un sens beaucoup moins naïf, et Rabelais put en enricbir son vocabulaire erotique.
Monsieur du prunier fleuri. — Goquillart ridiculise ici les hobereaux de village, les parvenus qui se donnent pour gentilshommes, les francs-archers qui, dans chaque commune, faisaient les nobles, parce qu'ils ne payaient pas dMmpôt. N'ayant ni châteaux ni domaines, ils prenaient le nom d'un coin de terre, d'une chaumière, d^une haye. « Tels seigneurs*-y a , qui n^ont que 13 livres de rente eu argent , qui se glorifient de dire : parlez à mes gens ; cuidant par ceste parole contrefaire les très-grands seigneurs. » Ph. de Gom., liv. I, ch. X.
Monstier. — De monasterium : couvent. A cette époque où l'on alliait aux pratiques de la Religion les habitudes de la galanterie et même la débauche , les amants se donnaient rendezvous dans les églises ; le bel ami se tenait près du bénitier pour offrir de Peau bénite à la dame : il se hâtait d'aller baiser la paix après elle , tous» deux causaient derrière les épais piliers du temple ; il s'ensuivit qu'aller aux monstier et aller à un rendez-vous devinrent des expressions de même valeur; on ^ finit même par donner aux mauvais lieux le nom de monstier et autres du même genre. Deux fréquentent en ung monstier : deux galants fréquentent la même femme.
Mont fÂj, — En haut : ad montem,
Montoir. — Banc de pierre qui servait aux cavalier à mettre le pied pour monter à cheval : côté du cheval par lequel le cavalier devait s'élancer sur la selle. — Tost au montoir : vite, à cheval. — Montoir signifiait aussi monter : dans ce sens, tost au montoir voudrait dire tost à Tassault.
Monture. — Rapprochement des deux sexes, couple d'amants qui s'embrassent.
Mor-des-Fossés (Sainte-). — L'abbaye de SaintMaur-des- Fossés était bâtie sur la presqu'île que forme la Marne. Sans doute ces fossés avaient fait une Ile de la presqu'île. Les reliques de Saint-Maur conservées dans l'église , avaient grand renom : elles passaient pour guérir nombre de maladies, et les gens de Paris y allaient en pèlerinage : sous ce prétexte , les femmes galantes s'absentaient de leur maison : l'auteur de Matheolus envoie aussi les femmes adultères à Sainl-Mor-des-Fossés ; c'est dans cette abbaye que s'organisa, sous Charles VI, la confrérie de la Passion , c.'k'é. la société des acteurs qui jouèrent ce mystère.
Mordani. — Morsures, méchancetés, pointe .d'une boucle oa d'une agraffe.
Morillon, morion. — Casque : femme qui sent la graine de morillon : qui se livre aui gens de guerre. — On nommait morillon une sorte de raisin noir : dans ce sens, femme qui sent la graine de morillon est une amie de la dive bouteille.
Morisque» — Danse mauresque.
Morte. -^ Jeu de hazard , nommé aussi mourre.
Moneanœ. — Friandises, fins morceaux.
MorU paye. — Soldat invalide ou en retraite qu'on envoyait dans les couvents vivre aux dépens des moines. -— Vétérans auxquels on confiait la gardo des forteresses et des châteaux. Leur solde était réduite à ce qu'on nommait la petite paye. — Morte paye : homme d^armes en activité de service , mais ainsi nommé en plaisantant, parce qu'on ne lui payait pas sa solde. — Couvent ou forteresse qui recevait les vétérans.
Mortier. — Toque semblable à un mortier à pilon : coiffure des présidents au parlement. Au XV« siècle, les femmes adoptèrent une coiffure analogue qui prit ce nom.
Mosle. — Meule de grains : de moles. — Livrer le mosle à la pasture : livrer la meule à qui veut paître .'donner à Tamourtout ce quMl désire. — Mosle pour moule. fV. MoulleJ.
Moslif, motif. — Ce qui émeut : désir d'amour : sentir le motif : sentir les aiguillons de la chair.
Moles. — Motets , chansonnettes : motes argenteuses : chansons dites par des voix argentines. Chansons, motets, hymnes, louanges divines en voix argentines : J. Mârot. — Quelques éditeurs ont mis motz argentés au lieu de motes argenteuses. La mesure des vers exige cette substitution. fV. Motz).
Motz argentés. — Propos échangés entre deux voix jeunes et argentines : fleurettes dont le son est doux à ToreiUe comme celui de rargent : propos d'amour joints à des dons. — Motz dorés : belles paroles. On dit encore parler d'or , langue dorée.
Mouche, mousche. — Connaître mouche en lait : être fin connaisseur , expérimenté , sorcier. Savoir les choses les plus difficiles à deviner. — Maître mouche : nom donné dans les XV* et
XVI« siècles aux escamoteurs, aui faiseurs de tours, et par suite aux escrocs, aui gens adroits. On dit encore e^est une fine mouche. Pathelin dit à sa femme, en parlant du drapier quMl a mystiGé : comme il a esté mouschié. A la même époque la mouche était un jeu à la mode. Rab.
Moulle. — Matrice qui sert à reproduire un corps, une Ggure : matrice de la femme : ses parties sexuelles. Femme qui prête le moule/, c.-à-d. qui donne toutes ses faveurs. Marchand de moulles à culs : proxénète, courtier de Cythère. — Moules à hotte : la bosse sur le dos ressemble à une hotte : un dos de boàsu ressemble donc à un moule à faire des hottes.
Moullu. — De molerCy moudre. — J'avais toutcuyt et mouUu : Tétais résolu à tout.
Moussu. — Mousseux , gonUé \ rendre moussu : faire mousser, enrichir, élever.
Moyen. — Façon, habitude. — Manoeuvres^ chicane, mouvais tour. — Mesure, ressources, transaction : ce qui arrive ordinairement \ en moyenne : milieu.
Moyeux d^œufs. — Jaune d'oeufs^ de médium.
Muable. — Changeant, mobile, étourdi. Rabelais ditmouent dans le même sens : ce mot peut venir de modère aussi bien que de muiare.
Mue (Tenir en). — Termes de fauconnerie : quand les oiseaux de chasse étaient en mue, c.-à-d. quand ils changeaient de plumes, on les tenait en cage. Par analogie on disait tenir des volailles en mue quand on les renfermait dans une cage obscure et étroite pour les engraisser. Eustache Deschamps dit se tenir eu mue pour rester chez soi.— Tenir des garces en mue^ c^est avoir un harem.
Muer. — De mutare : changer. — De movere : mouvoir.
Muglias, mugueliet. — Muguet : fleur parfumée ^parfum, essence pour la toilette : Mart. n'Auv. Le muguet fleurit au printemps, aussi était-ce une fleur galante; les amoureux en portaient des bouquets; on en semait dans les salles de bal. Muguetter ou conter fleurette, c^étàit tout un : on nommait muguet un homme à bonne, fortune, un amoureux.
Muk. — Chaussure dUntérieur ; avoir deux mules à chaque
talon f c.*à-d. deui pantoufles à chaque pied : luxe des gens frileux.
Muicannoys^ — Alors on donnait une terminaison en où au nom de cbaque contrée : ainsi on disait le Bourdelois, TAuxerrois, le Barrois , le Laonois, le Tardenois. A Braine, on disait aux maris qui se plaignaient d'être pères trop tftt après leurs noces : à Draine en Brainois, femmeagisent à cinq mois pour la première fois. — Il y avait à Paris un bfttel et une rue connus sous le nom du Petit-Musc ; des filles publiques les habitaient : aussi les avaiton appelés d'ahord hfttel et rue de Pute-y-Muce (putain s7 cache, s'y loge). Coquillart foit peut-être allusion au nouveau nom d'un lieu qui n'avait que changé d'enseigne.
Musequin. — Petit museau , tète de poupard , de poupine : terme d'amitié. J. Mabot., Rab.
Muser. — Rêver , perdre son temps , ne rien faire : musard signifiait fainéant , songe creux. — Muser à part soi : réfléchir. Bluser vient dit-on de musa ; les muses ne, travaillent pas des mains.
Musser, mucer. — Cacher , se cacher. — Musselte : cachette.
Jlfy. — Moi : tel ty, tel my : toi comme moi.
Ifacquet. — Valet du jeu de paume : joueur qui faisait le second au Jeu de paume et n'avait k Jouer que quand hi balle échappait au premier Joueur : c'est ce qu'on nommait naqueter. CV. Bailleur et Rachasser).
Naissance. — La Coût, de B. nommait naissant ce qu'on recueillait en succession par droit de naissance.
Nalté. — Garni de nattes et de tapis. L'évesqne de Maulx avait un hostel où il y avait belles chambres, bien nattées, voire bien garnies de licts, tapisseries et autres choses. (Ghron. du
TBHPS DE Louis XI).
Nature. — Désirs d*amour : parties sexuéllei. Les latins disaient natuvA, et les grecs phusis. Naturel : vert galant, d^un tempérament amoureux.
iVdreatia?.— Navets. fV. ^iumo^niére*;. — Soupples comme
queues de naveaulx. Le oavet se termine par une racine longue, menue et flexible.
Ne» — Neg :'non, ni.— Gonj. : et^ di^j. : ou. — Interrog. : du latin, ne .* qui se enquierent quel robe elle a, ne quel corset, selle a ne mortiers, ne pillectes.
Négoces. — Biarchés, allures, marchandises.
Nesung. — Pas un : née unus.
Niaei, niais, — En style de fauconnerie on nommait ainsi les oiseaux de proie à peine couverts de plumes et pris dans le nid : nidariœ aves : de ces deux mots on a fait ni-aes. —Gomme ces jeunes oiseaux ne savaient rien : niaes et niais étaient synonymes de simple, ignorant, novice. On disait niéC; nyée pour nichée.
Nicques. — On nommait nicque ou niquet une menue monnaie valant trois mailles, fabriquée à Paris par Henri V. Ge mot avait fini par être synonyme de néant. Je ne' vous crains de cela un nicquet , 91« des G. N. N. — Nicque peut venir de nihil, qu'on écrivait niehii — On a fait aussi dériver nicque de nugœ. Ge mot signifiait niche, babiole, caquets, bagatelle. Faire la nicque c'était se moquer. Rabelais donne aux chiquenaudes le nom de nicque-nocque.
Nisi. — Acte dans lequel il y avait une condition sine qud non. Gomme dans toute convention il y a de pareilles conditions écrites ou sous-entendues, on nommait nisi tous les actes authentiques. On appelait lettres de nisi visis^ des ordonnances rendues par les tribunaux supérieurs , pour défendre aux magistrats d^un rang inférieur de connaître de telle affaire , ou de poursuivre tel délit : ces lettres étaient concédées à la faveur. Les Etats de Languedoc signalèrent cet abus en 1456. Le roi défendit aux notaires et aux greffiers d'expédier de pareils ordres. '
Noble. — Monnaie d'or pur , fabriquée par les Anglais. On disait noble à la rose , parce qu^il y avait une rose sur Tun des deux revers. Gette fleur ornait Técusson des maisons rivales dTork et de Lancastre. — Le noble lui pend au sain : il faut lui donner un noble pour obtenir ses faveurs. Il y a ici un jeu de mots.
Noiser. — Quereller. Ghercher noise : faire un procès. Nommer. — Gitcr quelqu^un , lui faire sa réputation.
Nonchaloir. — fV. ChaUnrJ
Nopcet, — Noces. Nopces franches : au moyen-âge les noces se faisaient avec grande pompe ; pour foire foce aux dépenses qu'elles entraînaient, on demandait à chaque convié son écot. Les noces franches sont celles qui se font aui frais des mariés et de leurs familles, sans foire payer les invités. Les franches repues de Villon sont des repas pris aui dépens d'autrui. Les nopces flranches étaient celles des gens nobles et riches. — Pour estre plus Jolie aux nopces , la robe fourrée de putois : aux noces les femmes rivalisaient de luxe et de toilette. Pour récompenser la valeur déployée contre Gharles-le-Téméraire , par les femmes et les jeunes filles de Beauvais , Louis XI leur permit, en dépit des lois somptuaires, de porter les jours de noces tels vêtements et tels Joyaux qu'elles voudraient.
Norme. — Loi , règle.
Notable. — Proverbe , sentence à conserver dans sa mémoire Brocard de droit.
Notaire. — Ce titre appartenait à des officiers de différents ordres. Les secrétaires de l'Université, les greffiers des officialités, des parlements et des bailliages, les secrétaires du roi, les officiers qui recevaient au nom du pape , du roi ou des seigneurs , les actes émanés d'une seule personne , ou les conventions arrêtées entre plusieurs individus , s'appelaient tous notaires ; mais ils étaient loin d'avoir tous droit à la considération publique. Leur nombre était trop grand , et aucun d'eux ne pouvait vivre avec les bénéfices légitimes de sa charge ; ils étaient réduits à exercer d'autres professions , ou à commettre des friponneries indignes; ils abusaient de leur caractère et de la confiance publique pour fabriquer des faux. Maillard , dans ses Sermons , les nomme : Falsificaloreg nolarii. — Dontini de parlemento habentes unum (aUarium notarium. Menot , L Dom. post. Pass. — Falsarii notarii, faulseurs de vostre serment. Le même. Fer. 3. Dom. in Pass. — Louis XI avait tenté, en 1463 , de réformer ce corps dégénéré : il ne put y réussir. Goquillart fait du notaire entendu comme témoin , un personnage plus que ridicule. fV. Pat^quaire.J — Notaire en parchemin de corne : notaire qui rédige des actes cornus, qui n'ont pas le sens commun. —Notaire en parchemin double : écrire et doubler un parchemin , c'était rédiger un acte sur parchemin et en foire ensuite une expédition. Notaire en parchemin double peut-être un homme bon simplement à copier un acte ; ou bien Goquillart fait allusion ici à une friponnerie commune à cette époque. Les notaires, d'accord
avec Tune des |)arties , délivraient des expéditions différentes de la minute. Menot ^ dans ses Sermons, signale au public ce genre de fraude : et notarius^ traistre Tabellion , dedil litteras in oppositum venditionis .- sed de omnibus his judex erit aliissimus. Dom. 11 ^ quad.
Note. — Air de musique. Note à danser : air de danse. Sonner la note : jouer un air.
Nourrisse. — Jusqu'au règne de Louis XI, les femmes se flrent un devoir impérieux de nourrir leurs enfants. Du temps de Coquillart les mœurs changèrent. La coquetterie amena la mode d^avoir des nourrices. G^est cet oubli du plus doux des devoirs, que le poète attaque avec une mordante ironie, à la fin de son chapitre de Jure naturali.
Nourriture. — Satisfaction donnée aux appétits de Tamour.
Nouveau. — A la mode. Monde nouveau : jeunes gens , gens à la mode ; homme nouveau , même sens. — Droits nouveaux : droits du jour , nouvellement rédigés , faits pour la mode et les mœurs du moment. Les C. N. N. se terminent ainsi : cy finissent les cent nouveaulx comptes des cent nouvelles nouvelles , composées et récitées par nouvelles gens despuis naguières , et nouvellement imprimées à Paris.
Nouvelleté. — Nouvel œuvre. Entreprise nouvellement faite contre les droits d^autrui. Rébellion. Nouvelles du jour : objets à la mode , chose nouvelle.
Noyé. — En Suisse et ailleurs les femmes adultères étaient noyées. — Jusqu^au règne de Charles VII, ce supplice fut inusité à Reims ; alors on noya les voleurs. Depuis , Louis XI usa de ce châtiment comme d'un moyen gouvernemental.
Noyse. — Querelle , procès.
Nyets. —(V. NiaesJ. Cela s'est affaire aux nyets : c'est un point à faire juger même par les novices.
Obice. — Du verbe obieier , ou obicer : objecter. Rabelais dit obicier , et object pour objection.
Oblalion. — OfTirandes foites à l'autel. CoquiUart accuse les élus du peuple de s'en emparer. Louis XI avait rois la main sur les oblations , et les avait prises pour lui , ou données à ses favoris , aux gens qu'il achetait. — Par cy devant le temporel de la dicte église , plusieurs fois sans cause et raison et par faulx rappors, a esté empescbé et mis en la main du roy, et soubz umbre de la dicte main mise , ont esté prinses les dixmes , oblations et autres droitz espirituels de la dicte église. Doléances des Etats-Généraux. 1484. — On nommait oblationnaires les clercs qui avaient droits aux oblations : on donna par ironie le même nom à ceux qui s'en emparaient. On les appelait aussi oblats.
Offence ville (Sans). — Sans blesser personne , sans violer la loi. Locution alors de style dans les ord. qui contenaient dérogation à une loi antérieure.
0/|lce. — Devoir , obligations attachées à certaines fonctions. — De son office : d'office , par devoir. — Fonctions , charges : on désignait sous ce nom presque toutes les fonctions publiques. L'ord. d'avril 1453 , art. 82 et 83 , traiuit de la manière dont il serait pourvu aux offices vacants j elle disait , art. 82 : Voulons et ordonnons que doresenavant quand aucun bailliage ou séneschaussée , ou autres de nos offices de judicature vaqueront , qu'à jceulx offices soit pourvu de prudhommes sages, prudens et sufflsans à iceulx gouverner. Art. 83. Et pour ce que souventes
fois advient que nous ne pouvons avoir entière congnoissance
des personnes demourans en noz bailliages et séneschaussées , ne deridoineté, prudhommie et suffisance d'Icelles, nous ordonnons 4iue quand aucun office de judicature vaquera que
noz officiers et gens de nostre conseil en iceulx bailliages ou séneschaussées, en leurs consciences regardent et ad visent ceux qui seront les plus propices idoines et suffisans à iceulx offices
obtenir, et nous en nomment jusquesàdeux ou trois afin
que par délibération des gens de nostre conseil , puissions mieux pourveoir à iceluy office : et voulons et ordonnons que nos dictz
officiers et C4)nseillers avant qu'ilz procèdent à dire leurs advis
de ceulx qui sembleront idoines et suffisans aux dicts offices vacans y qu'ilz jurent sur le livre des sainctes Evangiles de Dieu touchées , que bien et loyaument ilz nous conseilleront ceulx qui en leurs consciences leur sembleront estre les plus propices , etc. » — Voilà ce qu'on aurait dû faire \ mais il n'en était rien : la faveur, le caprice, disposaient arbitrairement des places j on les vendait au plus oflhint. Aussi disait Eust. Deschamps :
Mais anjonrdhny Toy maint bomme indicé PourTeoir aux gens et non pas aux offices.
Dans une chanson satyrique publiée sous la date de 1464, par M. Leroux de Lincy, un âne prend la parole et dit :
Fayenr m'a fait avoir de grans offices : Asnes ont bruit , selon le temps qoi coart , En baulx estais sans y être propices.
« Car souTent aux ditz offices a esté pourveu de gens non expers, qui ont acheté, et encore s'efforcent avoir et acheter icelles oflSces : il est advenu aulcunes fois quant aulcune oflBce vaquoit , on baillait la lettre de don en blanc à facteurs, pour y mettre le nom de celuy qui le plus en offiroit , jasoit ce quMl fust le moins suffisant, par quoy n'a esté duement administrée Justice, et en sont ensuys plusieurs inconvénients , oppressions et injustices. — Plusieurs inconvénients sont advenuz au roy et à la chose publique à Poccasion de ce que plusieurs ont tenu et occupé deux ou trois k quatre offices royaulx , tant de Judicature que autrement, et ont pris les gaiges et prouffitz, sans desservir ne exercer les diz offices , et ont commit pour Texercite diceux gens non sachans , etc. » Doléances des Etats-Généraux de 1484. — Yoilà pourquoi Coquillart respecte peu les titulaires des offices publics.
Ofliciers de pardons, — Surnom donné à ceux qui distribuaient les indulgences. Le passage où se trouve cette locution est peu clair : il signifle messire Jehan , maistre locu , ces prêtres qui donnent des indulgences , ne craignent pas de faire cocus les trop tost mariés, en offrant des dons à leurs femmes. 11 y a peutêtre ici un calembour : les mots de pardons signifieraient de par leurs dons. Alors le passage voudrait dire messire Jehan , maistre locu , qui ont eu leurs offices, leurs prébendes , par suite de dons qu'ils ont faits. Coquillart dit peut-être aussi que ceux que messire Jean Cùt cocus , ont acheté leurs offices. Enfin il y a une autre variété qui substitue aux mots officiers de pardons ceux de offrandes et pardons. fV- Offrandes et Pardons,)
Offrande. — Don fait àTéglise. De ces offirandes et pardons : c.-à-d. que messire Jean , pour séduire la femme du trop tost marié , lui donne des indulgences, des cadeaux, les offrandes qu'il a reçues à l'église. (V. Officier et Pardons.J
Olivier (Ayant leurs oliviers courants), -^ Je n'ai pu découvrir ce que signifiait cette locution. Les oliviers sont l'emblème de la paix ; les laisser courir , c'est peut-être chasser toute idée pacifique. Dans la Chro. de Saint-Denis on trouve sur le nom d'Olivier un commentaire analogue : « Olivier si vaut autant dire comme terme de miséricorde , car il fut miséricors sur
tous autres , débonnaire en paroles et en Tez, et pasciens en toute manière de martire. » — Plusieurs personnages illustrèrent le nom d'Olivier du temps de Goquillart. Nous citerons le prédicateur Olivier Maillard, quMn nommait frère Olivier; Olivier le Dain ou le Diable , le confident de Louis XI. Parmi les agents de Gocbinart figure Hugues Olivier. G^est lui qui rançonna le clergé de campagne, sous prétexte de l'obliger k réparer les murs de Reims. Olivier est un nom de chevalerie , et peut avoir le sens de galant^ amoureux. Les femmes accompagnent la Rusée, parce que leurs galants courent d'un autre cAté. On nommait aussi Olivier, un homme qu'une femme pressuroit j c.-à-d. ruinoit, etc.
Oisùn (Plumer VJ. — Gouverner, lever Timpôt, mettre les gens à la raison , les ruiner.
Ombrt de brots (Sentir VJ. — Sentir le cabaret, y passer sa vie. Femme galante qui vit dans les tavernes. Les cabarets étaient alors des lieux de prostitution : « PonU filiam in tabemâ a4 serviendum : melitu esset mettere eam ad elemosynam : quia efficielur ibi meralriœ. Elle est baisée^ tatée, etc. Au bout de Tan redditur tibi souple comme un gan. n Menot.
On. — Hom , homme. Eust. Deschamps écrit om. — Tels mots qu'on dict une chanson : qu'en dict. — On ils : ont-ils.
Ont , d'ont. — Dont, de qui. Où , d^où , de undè.
Or. — De Hora. Alors, à cette heure ^ maintenant. — Or ça, or sca : les avocats et les orateurs des XV« et XVP siècles abusaient de cette locution. Rabelais comme Goquillart la met dans la bouche des orateurs qu'il veut ridiculiser. Le discours de Grippeminaud, archiduc des chats-fourrés , renferme ce mot 45 fois en 42 lignes ; Panurge lui répond en multipliant le niot or , et à la fin de sa réplique il lui jette un sac plein d^or. Gomme si en disant sans cesse or et or ça , il eût demandé de l'or. Tout ceci n^est que satyre contre la cupidité des gens de lois.
Ordinaire (Lire VJ. — L'ordinaire de la messe : office et prières de chaque jour. — Gaquet quotidien.
Ordre. — Economie, défaut de générosité. — Règle religieuse , ordination , sacrement. — Rang , rangée. — Gommandement. — Gostume , arrangement.
Oreille. — On condamnait les blasphémateurs , les ivrognes, ' les vagabonds et autres déliquants à perdre les oreilles : on les
leur coupait avec des couteaui faits exprès et nommés coupàareilles : quelquefois on condamnait le coupable à perdre une oreille dans un lieu, la seconde dans une autre ville. Les ord. de police mettent les essorillés, c.-à-d. ceux qui ont perdu leurs oreilles , parmi les gens sans aveu : on dit encore à un mauvais sujet : prends garde à tes oreilles. — Cette législation barbare n*en était pas moins un texte de plaisanterie. Dans sa pronostication, Rabelais dit : ceste année, les aurcilles seront courtes et rares en Gascongne plus que de coutume. Jean Marot décrit une armée ou il y a :
De pionniers cinq cents, tant malotrus Qnels ne sçanraient finer trois cens oreilles,
c.-à-d. réunir k eux tous. — Goquillart, qui n^aime pas les cheveux longs > prétend que ceux qui les portent ainsi, n^ont nulle oreille, et qu^ils veulent cacher leur absence : avoir bonnes oreilles, c^est avoir les oreilles au complet.
Oreiller. — Tendre Toreille, écouter avec attention : on disait dans le même sens écouter pousser les avoines.
Organiste. — Joueur d^orgue : musicien. Fourreau d^un organiste : étui ou boite où Ton enfermait un orgue portatif j les galants envoyaient les organistes faire de la musique sous les fené-^ très de leurs belles.
Orra, orrez. — Ouira, ouirez : de ouïr.
Os. — Bondir comme les os d^un esturgeon. — Pierre de Bourbon-Careney avait pour devise la lettre O et pour emblème un os desséché. En 1474, il comparut au tournois donné à Bru- . ges; lors des noces de Gharles-le-Téméraire , sa devise et son emblème étaient brodés sur sa bannière et sur sa livrée : peutêtre Goquillart fait-il allusion à cette singularité. Uesturgeon est un poisson vigoureux qui peut sauter dans la mer : mais en plaine champaigne on voit peu d'esturgeon bondir. Ge mot a peutêtre un sens que je n^ai pu découvrir.
Osle. — Hète : les gens d^armes se faisaient peu de scrupule de tromper, vexer et voler celui qui les logeait : de là l'expression de tromper son oste ; elle signifie se moquer de quelquMn, du public, se jouer des électeurs.
Oton. — Othon IV, empereur d'Allemagne, défait à Bouvines en 1214. Après sa déroute, il se retira dans le duché de Brunswick, où il se cacha : aussi, dit 'Goquillart, Oton, empereur, chassa errant.
Ou. — * Od : aa y à là : comment : de quelle manière.
Ouë. — Oie : patte d'oUe : patte d'oie.
OuHrageux. — De ultra. — Gascon : qui se yante outre mesure : messire Enguerrant Toutrageux se donne une foule de titres imaginaires : sa déposition est un tissu de fanfaronnades d'amour. — Ouitrageux signiflait aussi violent, excessif, supérieur.
OuUraige. — Excès, violences, actes contraires aux droits» injure, mensonges.
Oultre. — Outre les bornes , avec excès. — Oultre cuydé : présomptueux.
Ourdir. —Faire la cbalne d'une étoffe. —Etre ourdi sans tiltre : c'est être mis en chaîne. Tiltre voulait dire tisser. Il y a ici un jeu de mots qui sent la ville de fabrique. — Sans ourdir on ne peut tiltre : c.-è-d. on ne peut fiiire la trame d'une étoffe que quand on a fiiit la chaîne : pour finir, il faut commencer : qui veut la fin veut les moyens.
Ouslil. — L'outil par excellence : celui qui sert au jeu d'amour.
Ouvrage , ouvraige. — Besogne , ce qu'on fait , ce qu'on invente , occupation. On disait l'ouvrage de la guerre, l'ouvrage des lettres. —Ouvrer : — travailler. —Ouvroir : lieu de travail, laboratoire.
Ouvrier. — Travailleur : auteur , inventeur. On nomoouiit ainsi quiconquesavaitfaire quelque chose. Menot appelle 1}ieamagnut cperalorle grand ouvrier. On nommait les chevaliers ouvriers de guerre , les docteurs les ouvriers de clergie. Ouvrier signifiait aussi laborieux, actif, intelligent, savant, habile : on disait grands ouvriers pour gens capables ou fiiisant les habiles. : parfaits ouvriers : c'est une locution du même genre. — Dicts d'ouvriers : bons mots : mots à la mode : réparties spirituelles, plaisanteries. >- Ouvrier pour enfourner pain cuyt : paresseux, prêt à ilûre une besogne terminée par d'autres.
Oys (J'ai). —J'ai ouï. — Oyes : ouies , entendues.
Pact , pactioUj paclis. — Pacte , convention , traité.
Paige, page. — Jeune laqaais : jeune paysan , enfant. — Paige bec à brouet : enfant qui mange de la bouillie , gourmand, ft-iand, Ph. de Gommincs se plaint comme Coquillart de Péducation frivole qu^on donnait à la jeunesse : a Car ilz ne se nourrissent seulement qu'à faire les fols en habillements et en paroles : de nulles lettres ils n'ont connaissance : un seul sage homme on ne leur met à Pentour. » Liv. I. Ghap. X.
Paigner. — Peigner : donner un coup de peigne , frapper.
Paillard. •—Lèche, paresseux^ qui reste au lit volontiers. On disait paillade pour lit de paille ou paillasse. Paillarder, c^était rester au lit par paresse. Gomme dans les mauvais lieux de bas étages , on fournissait pour tout lit quelques bottes de paille , on finit par dire paillard pour débauché /paillarde , paillasse pour fille publique. Au XY® siècle on employait le mot paillard dans les deux sens.
Paindre. — Peindre. — Pains, paint : peints, peint. — Paindre et avoir couleur : travailler du pinceau et avoir les couleurs nécessaires pour peindre. Entreprendre et avoir ce quMI faut pour réussir.
Painlure fUng sourcilz de vive). — On ajoutait avec pinceau ce qui manquait aux sourcils pour être dessinés purement.
Paissage. — Passage, pâturage.
Paix (Bailler la). —Dire le pax vobiscum. Donner à baiser la plaque de métal qu'on nomme paix.
Palays. — Palais de Saint-Louis , à Paris : la justice s'y rendait. Il y avait des boutiques dans les galeries. — Résidence des archevêques do Reims. Dans une de ses salles siégeoit le tribunal de l'officialité.
Pancher devant (Se). — Marcher en s'inclinant en avant. Etre
froid , impuissant en amour. Avoir de la pance. Panchure : la