partie de Tarmure qui couvrait le ventre. fV- Pansu.J
Panneduœ (Trousser sesj. — Relever ses ûlels, lever le camp, partir.
Pansu. — Ventru. Parmi les modes du XV« siècle , il y en eut une singulière qui consistait à mettre la ceinture au bas du ventre, ce qui en fiisait sortir la rotondité. Pour être à la mode, il fallait avoir la taille fine et le ventre saillant. Ce costume , sans grâce ni décence , fut en honneur Jusqu'à la fin du règne de Charles VII : hommes et femmes l'adoptèrent.
Pantoufle, — Chaussure qu'on mettait alors pour sortir. On fait venir ce mot du Grec pas, pan, panlds : tout; et de phellos ' liège ; ou de rAUemand bein pied et toffel : table, tablette. Les pantoufles avaient des semelles épaisses et hautes du talon. Rabelais dit que « les bornes de boyre sont quand la personne beuvant, le liège de ses pantophles enfle en hault d'ung demy pied. » Pantoufle haulte qu'on ne grille : posée sur une semelle si épaisse, et sur un talon si haut, que le feu ne peut griller la plante des pieds. — Pantoufles k vingt-quatre semelles : les élégantes de petite taille les portaient pour se grandir. Menot reproche aussi aui dames les hautes pantoufles qui leur font tourner le pied , et les font tomber dans la boue. Feria Y, post. cineres, — La forme des chaussures changea , et Coquillart constate cette révolution de la mode. Demy pantoufles besquues, rondes par-devant comme un œuf, etc. Les souliers à la poulaine , c.-à-d. à longues pointes plates ou recourbées, furent remplacés par des chaussures d'abord moins aiguës , puis arrondies comme les raquettes du jeu de paume. Cette mode se prolongea Jusqu'à la fin du règne de François I*'. Les souliers étaient à l'extrémité bouflluts , et ornés de crevés de diverses couleurs.
wPaour. — De pavor : peur.
Par. — Pour. Par six ou sept nuys : pour six ou sept nuits de négligence. — Par pour leurs vieulx houscaulx refaire : ils n'ont pas d'argent pour, par son moyen , remettre à neuf leur& chaussures.
Paraphe. — Paragraphe. Rab.
Parc. — Enceinte. Salle de réunion.
Parchemin. — Ce mot se prêtait aux équivoques. Forcer un laboureur k faire des charrois au profit de son seigneur , c'était lui faire mascher le parchemin cum denit6t», c.-à-d. le faire marcher par chemin tout en murmurant entre ses dents. Menot.
mmm
'^fV. Brouiller ei NolaireJ. Notaire en parchemin double : qui suit deui voies, Tune apparente^ Tautre cachée et frauduleuse i qui délivre frauduleusement des copies non conformes aux minutes. fV. Blanc scellé J
Pardons. — Indulgences. Pâtisseries communes qui se vendaient k la porte des lieux où Ton allait gaigner des pardons. — On disait dans un sens graveleux : aller aux Gordeliers gaigner des pardons. 38* des tS. N. N. — Ce mot signifiait aussi encouragement, récompenses. Après la défaite de Gharles-le-Téméraire, chacun Tabandonnaa il semblait, dit Ph. de Gom., qu'il y eût trés-grant pardon à luy mal faire. » Goquillart emploie le mot pardon dans ce sens , quand le Gendarme cassé nous montre un curé débauchant une femme mariée. Pardon se prête d'ailleurs à une équivoque : on peut le prononcer comme s'il formait deux mots , par don. fV. Officier et Offrandes.J
Parentèze. — Parenthèse ! Phrase introduite dans une autre , et renfermée entre deux signes curvilignes : introduction de cette phrase. — On disait ouvrir , fermer , introduire la parenthèse. De là des équivoques graveleuses.
Paré. — Prêt, préparé, présenté. Mis au pair, accouplé. Décoré, orné.
Pareil (Non). — Sans pareil , excessif, original : nompareilles. Nœuds de rubans.
Parfaict. — Achevé , habile , rusé , expérimenté. «^ Ouvrier parfaict : homme bon à tout, faiseur, se donnant pour habile.
Paris, parisienne. — Paris, résidence royale , siège du parlement , centre des affaires et des plaisirs. On y voyait arriver gens de lettres et gens d'armes, princes et capitaines; là se rendaient les femmes galantes de toutes les provinces. Le sort de la grande ville fut plus d'une fois envié par d'autres cités alors ses égales , mais qui voyaient dans l'avenir : on aimait à rire aux dépens des parisiens ; d'ailleurs n'avaient-ils pas aussi leurs ridicules et leurs vices. Paris était le pays des plaisirs et des débauches , et les parisiennes avaient grand renom de gaillardise en amour et d'esprit en conversation. -—Si elle n'eust été de Paris , çt plus subtille que foyson d'autres , son gracieux langaigc et ses promesses l'eussent tout en haste abbattue. 18«des G. N. N. — Il n'est bon bec que de Paris : chanson de Villon. — - Les
agrénuents physiques des paristeones n^ATaient pas moins de renom que leur esprit \ aussi disait-on :
Qal renst belle femme qnerre, Preigne TÎBage d'Angleterre Qne n'aye mamelles normandes , Mais bien un beau corps de Flandres Enté snr on cnl de Paris, n aura femme à son devis.
Coquillart fait plus d'une allusion à ce siiain proverbial. Dans sa harangue à Charles VIII , il ne craint pas de nommer les choses par leur nom , et de rendre hommage aui charmes bien connus des parisiennes. — C'est à Paris qu'il fait naître la Rusée , cette gaillarde qui a bon pied , bon œil , bon bec , et le reste. Coquillart Mt plus d'une allusion aux aventures scandaleuses dont Paris était le tbéAtre.
Parlé , par long. — Jeu de mots. En parlant longtemps , c.-^-d. en vivant longtemps.
Paffignolles. —» Menue monnaie valant à peine 1 sol t. de cuivre. René d'Anjou en fit fabriquer en Provence : on la nommait aussi parpaillote. Parpignolle signifiait aussi membre viril , et peut-être friandises , menus cadeaux.
Parquet d'herbe verte. — Tapis vert : gazon dans une salle de verdure. Aux jours de réunion on jetait sur le parquet des salles du gazon , des feuillages frais , des plantes odoriférantes et des fleurs :
Onltre pins , au lien d'herbe verd . Qn*on ba acconstnmé despendre»
Tont le parqnet était couTert De rosmarins et de lavande. Mart. d'Auy.
Part. — Ce qui revient à chacun. — Donner à quelqu'un sa part : le traiter comme il le mérite , le punir. — Avoir sa part au benoistier : être d'une même paroisse, d'une même confrérie. — Que le diable y ait part : malédiction , que le diable soit de la partie.
4 Partialité. — Injustice , iqjure , faveur. Division , querelle.
Parueque. — fV. Perucque.J
Pas. -^ Circonstance y position , cas. — Vela une bon pas : voilà une bonne histoire , un bon tour ; voilà qui est bien. — Marche paisible , mesurée : plus vite que le pas , plus vite qu'en
marchant à son aise. — Terme de chorégraphie. Mouvement cadencé des pieds. Pas simple : mouvement facile , fait sans effort. Pas double : composé de deux mouvements. — J. Marot ^ devenu vieui , pleure ainsi son agilité qui lui tait défaut :
Touchant pas simple, nng tout seul je ii*eu le.Hse: Mais je ne puys ung double apparier; C*est grand pitié.
Passade. — Voyage. Promenade faite pour se faire voir.
— Affectation de passer et de repasser devant telle personne ou devant telle autre. Rendez-vous d^amour et ses suites.
Poêsaige. — Défilé, détroit. — Points des frontières du royaume ou de ses provinces, par lesquels les marchandises devaient se présenter pour acquitter les droits de libre entrée et de circulation. Là se trouvaient des officiers qui percevaient Timpôt dû à la douane. Goquillart les tourne en ridicule , en donnant à un de ses témoins le titre de gardien d^un passaige estouppé. — Il y a de plus ici une équivoque. fV. Eslouppé.J
Passe-avant. — Passeport : permis d'introduire en France , et de faire passer d^une province dans Fautre, des marchandises indigènes ou étrangères. Il y a sur les frontières de la Champagne et de la Lorraine un village du nom de Passavant. Sans doute la douane ouvrait là un passage à Tintroduotion des denrées. — Prieur de Passe-avant : Goquillart , qui compare une armée à un couvent , lait du prieur un officier d^avant-garde. Rabelais donne à Tun des généraux de Picrochole le nom analogue de Tiravant. — Dans ce passage on peut voir une satyre contre les ecclésiastiques , qui, au besoin, endossaient la cuirasse et troquaient le bréviaire pour Tépée. Ce scandale devait se perpétuer encore longtemps.
Passement. — Passe-temps. Promenades : allées et venues.
Passer. — Aller au pas , marcher tranquillement. Passer et repasser : aller et revenir sur ses pas avec intention. Passer par hic et par bec : passer d'un côté ou de Tautre , comme on peut.
— Passer sa fortune : passer son temps, profiter des bonnes occasions offertes par la fortune. — Je passé : je passai. \
Passion, — Mal , douleur , supplice. Récit de la mort de Jésus-Christ; représentation théâtrale dont elle était le sujet. Ce mystère se jouait, à Reims quand venait la fête du Saint-Sacrement, et durait plusieurs jours. En 1490 il fut représenté pour
la dernière Ibis avec raaaentiment du clergé. Les scandales qui en furent la suite , motivèrent Tinterdiction de Téglise. •— Passion d'Antioche : Goquillart fait ici un Jeu de mots : Ignace , 3* évéque d^Antioche après saint Pierre, lût livré aui bétessous Tmjan. Goquillart, qui déclare la guerre aui longues chevelures , bit un sobriquet iojurieui du nom de saint Ignace (saint Tignace) ; du moins c'est ainsi que peut s^eipliquer Tapostrophe de passion d'Antioche. Passion était le nom donné au supplice du martyr et au saint qui Pavait souffert.
Paslé. — De piutut : nourriture. Pâté , pâtisserie. Pasté de coings : coings confits , élément digestif et stimulant. Goquillart bit peut-être ici un Jeu de mots. fV. Coing). Pasté de veau : le veau était la viande délicate réservée aui gens riches. Allusion aui habitudes gourmandes des hommes d'armes. (Y- Gens d'armet.J
Posture, — > Aliments : repas. Pain quotidien de Tamour. — Prester le moulle à la pasture : livrer la meule à Tappétit de la béte , ne rien refuser aui désirs de l'amour. Pasture voulait dire aussi entrave mise dans des anneaux passés aux pieds des bestiaux pour les empêcher de fuir. Dans ce sens prester le moule à la pasture, serait présenter Tanneau à la barre de l'entrave : l'équivoque serait la même au fond.
Pctstunr, — Satisfaire les appétits amoureux.
Pathelin, — Avocat fourbe et voleur, héros d^une des farces les plus célèbres du moyen-âge. Son nom devint synonyme de fripon j on en fit un substantif qui signifia fraude , vol , mensonge, perfidie. Menot dit ludere du patelin^ pour tromper. Le pathelin d'un eedo bùnis : ruse perfide d'un débiteur , qui, pour se libérer légalement , livre à ses créanciers ses biens qui souvent sont sans valeur réelle. — Patheliner : tromper , mystifier , séduire , conter fleurettes , plaisanter.
Patie patac. — Bruit de gens qui caquettent.
Patience. — Ge mot se prêtait aux calembours. On disait patience , passe science.
Patin. — > Soulier mince , au talon élevé , à la pointe aiguë. Les élégants avaient soin en marchant de faire résonner sur les pavés ou sur les parquets , le talon de leurs patins : cela s'appe • lait traîner, traignasser, faire claquer le patin. — Villon donne aux jeunes élégants de son temps les sobriquets de Musars el
de Clique-patins. — Claquetiez-vous pas votre patin, afin que Tœil voulsist tourner. M art. d'Auv. Cette manœuvre avait pour but de réveiller l'attention des passants , et surtout celle des dames. Le cliquetis du patin entrait dans le langage télégraphique de Tamour.
Patron. — On nommait ainrî celui qui avait le droit de présenter un candidat à un bénéfice vacant. Le collateur ordinaire devait nommer le protégé du patron , s^il avait lait connaître son choix en temps utile, c.-à-d. dans les six mois qui suivaient la vacance ; passé ce délai , le patron n'avait plus qu^un simple droit de recommandation et de prière. Depuis la révocation de la pragmatique , les cours de Rome et de France s'arrangeaient de manière à empêcher les présentations faites par les patrons d'arriver utilement. Aussi , dit Coquillart, en matière de bénéfice d'amour, les patrons sont larmes et pleurs ; c-à-d. il faut pleurer et supplier pour obtenir cejqu'on demande, au lieu d'imposer sa volonté comme les patrons le faisaient jadis en fait de bénéfices d'église. Ceux-ci, d'ailleurs, pleuraient la perte de leurs privilèges; souvent ils avaient exigé de l'impétrant, soit une somme d'argent une fois payée, soit une portion des revenus qu'ils lui procuraient. Leurs regrets n'étaient donc pas désintéressés , et ne portaient pas seulement sur les libertés de l'église gallicane. — Patron des enfants dissolus : protecteur des mauvais sujets ; titre analogue à celui de roi des ribauds.
Pauquaire. — Beaucaire. Dans les villes du Midi, les notaires s'étaient , pendant le XV siècle , multipliés au point que leur nombre était sans rapport avec celui de la population : on citait des villes où il y en avait plus de 100. C'était surtout à Beaucaire que cet accroissement s'était développé avec le plus de scandale. Il y avait dans cette ville tant de notaires, qu'ils ne pouvaient vivre des revenus de leur charge. Ils étaient réduits à se faire agents d'affaires , à commettre ou conseiller des fraudes. Les Etats de Languedoc , en 1459 , accusèrent hautement l'impéritie et l'ignorance des hommes auxquels la monarchie confiait les fonctions publiques et les intérêts privés des citoyens. Us exigèrent la réduction des notaires ; mais il en fut de leurs réclamations comme de bien d'autres , il n'y fut pas donné de suites sérieuses. Les abus recommencèrent , et Coquillart dut à son tour les signaler au public. {V- Nolaire.J
Pavé. — Pavé des villes , les rues. La vie des villes.
Pec. -^ Dire morbicu pas un pec. Coquillart fait rimer ici pcc
t vec boDDCt , friquet^ et saulpiquct. Il y a peut-être ici une bute d^impression , et il Ciudrail lire dans ce cas : pas un pet , c.-à-d. pas de bruit , pas un murmure. Pet peut signifier aussi ped, pied, pas : pas un pec youdrait dire alors pas un pas , que personne ne bouge. — > Se tenir au pec : ici il but lire pec ; le mot rime avec bec el sec y mais il n'en est pas plus focile k comprendre. Pee peut venir de peelus, poitrine. A Reims on disait pis pour sein et la poitrine. Pis venait de peetus : on Jurait la main sur le pis. Un des gestes familiers à la pudeur menacée , c'est de croiser les bvas sur la poitrine. C'est peut- être là ce que veut dire se tenir au pec. Pec sic^iflait aussi pic y roc. Se tenir au pec, c'est peut-être s'attacher à un roc , se tenir roide conune un roc pour résister aux entreprises de Tanour.
Péeune. — Argent. Coup à demy pécune : Cuveur d'amour, moitié donnéoi moitié vendue. On disait : amour (ait moult, mais argent tout.
Peiner fSeJ.'^ Se donner du mal, s'inquiéter, prendre une chose à cœur.
Peint. — Point.
Pelé. — Usé par l'âge; vieille peau sans poil. Il y a peut-être ici un Jeu de mots : on lit dans le Mart. de St-DenU :
Ainsi est le TÎeillart Pelé ,
Rajeny et renoavellé. M. Icbiital.
Pelée , père d'Achille, et Pelias, oncle de Médée , furent tous deux célèbres par leur longévité.
PelleuT d'atUnes. -— Journalier travaillant à enlever récorce de raulne employée dans la Cubrique du tan. Cette profession était peu lucrative ; aussi le luxe déployé par ceux qui Tcxercalent n'en était que plus ridicule. Le Gendarme cassé nomme en même temps d'autres gens qui travaillaient les bras nus et portaient toute la semaine des vêtements simples et courts.
Penchant devant. — Ventru : qui tient la tête basse , impuissant.
Penda^ses. — Une femme sur le retour croyait encore aux charmes de ses appas ; elle s'imagina que Voltaire la lorgnait : Ah, lui dit-elle, vous regardez ces petits coquins-là ? — Coquins! dit le poète, vous les traitez trop bien ; ce sont de grands pcndards.
Pener, peiner. — Se donner du mal , se chagriner , se fatiguer. — Cabrioler, sauter, parafer ; on disait dans le même sens faire pennade. — Penard signiûait aussi débauché, coureur de fllles : pener, dans ce sens, Tient du latin pénis : membrum virile y et signifierait faire l'amour fV. Peiner.]
Peneux* -^ Penaud , piteui , confus. Rabelais écrit Pesneux.
Pensées menues. — Tendres réyeries , pensées d^amour.
Byoux, cordons, broclures que les amants échangeaient. La
-pensée était une fleur chère aux unoureux : les jeunes filles les
caHiyaient sur leurs fenêtres , les arosaieat quand leur bel ami
passait, et avaient soin d^en faire tomber une fleur.
Pension. — Le roi donnait k ses favoris , aux gens complaisants et dociles à sa volonté , des pensions prises sur les revenus des bénéfices et sur les impôts. Aussi fallait-il augmenter les aides d^autant ; voici ce que dirent à cet égard les états généraux de 1484 : « Aussi quMI plaise à messeigneurs qui prennent les pensions , eulx contenter de la revenue de leur seigneurie, sans prendre aucune pensions ne deniers extraordinaires : au moins si aucuns en ont, qu^elles soient raisonnables, modérées et supportables , eu regard aux affections et misères du povre peuple. Car icelles pensions et deniers ne se prennent pas sur les deniers du roy, aussi n'y pourroit-il fournir; mais se prennent toutes sur le tiers état. Il n'y a si povre laboureur qui ne contribue à payer les dictes pensions , dont est advenu souvent que le povre laboureur est mort de faim et ses enfants^ car la subsistance de laquelle il devait vivre est prise pour les dictes pensions. Il n^est pas k doubter que au payement d'icelles , il a aucune fois telle pièce de monnoye qui est partie de la bourse d'un laboureur , duquel les povres enfants mendient aux huys de ceulx qui ont les dictes pensions , et souvent les chiens sont nourris du pain acheté des deniers du povre laboureur ^ dont il dcvoit vivre. »
Pensu. — Pendu , pendant, de pendere. Rab. dit pensile pour pendant. — Qui a de la pance, gonflé.
Penlhoufle , pentoufle (V. PantoufleJ
Perdre les pieds. •— Tomber h la renverse. Cette locution en style graveleux a un sens facile à saisir.
Péremptoires. — Terme de procédure. Moyens qui renversent en la forme et au fond la demande d'un adversaire. La Coût.
de R. (i481 - 1507 , art. 1 eC % chap. V, 2« partie) voulait qu'on les proposât ayee les eiceptioos déclfiiatoires et délatoires, afin d'accélérer la marche des procès. Aussi , dit le juge rapporteur, avant de discuter la régularité de la procédure : du surplus , vecy peremptoires.
Perruque, — Coquillart est le premier auteur qui ait fiiit usage de ce mot On nommait hucque une casaque et une coiffure qui tenait du capuchon et de la calotte. Les perruques couvraient la lète comme les hucques, aussi disait-on qu^elles étaient pareilles aui hucques , et qu'on pouvait les porter pour des hucques. Perruque viendrait donc de pro kuques^ pour hucque , pair à hucque. On nommait perruque les longs cheveui, naturels ou empruntés : CoquUlart leur a déclaré la guerre. Eustache Deschamps a bit aussi une ballade contre les dames qui portent de hux cheveux , elle a pour titre : De VEêtrangeté de VAtowr ei du Chief que pluiieun damée fcnl à présent.
▲toaraei toqs d^une atonnnire plaine
De Tottre poil : diantre ne tous sonriegne.
Ostes da tont cet grands bores de leoz
Qui Toos delfoDt. NoUe pins ne les preigne ;
Rendes Fempront des étranges chereux.
Le mot perruque ne se trouve pas une fois dans la pièce. Monstrelet n^en use pas non plus quand il décrit la coiffure des élégants de 1467 : portaient aussi leurs cheveux si longs , qu'ils leur empeschèrent leurs visages, mesmement leurs yeux. Le mot perruque n'existe pas non plus dans le Règlement des Barbiers de Reims, rédigé en 1473. Coquillart est donc le premier qui lui ait donné les entrées dans le monde littéraire , mais il lui vend cher son passeport. La perruque, pour être k la mode, devait tomber Jusqu'aux yeux, cacher les oreilles et tomber sur les épaules ; les cheveux devaient être frisés à Textrémité , il fallait les porter blonds ou d'un jaune ardent. On les teignait avec une infusion de pelure d'oignon. ^F. Baein.) Le règne des cheveux longs finit avec celui de Louis XII. Melin de Saint-Gelais , comme Coquillart^ ennemi des tètes chevelues, fit Téloge des courts tondus sous le titre de : Le Blaswi des cheveux coupés.
Perruquiet , perruquien , perruquiant, — Elégant aux longs cheveux. Coquillart donne aux Suisses le sobriquet de perruquien. L'Helvétie brillait alors d'un vif éclat; ses honmies d'armes étaient les héros du siècle ; ils dirigèrent un moment la mode. Rabelais dit esperruquets (éperruqués) pour tonsurés.
Pers. — Bleu ; bleu de mer, bleu verdâtre.
. Pmivémnce. - Fermeté avec laquelle 1^ prévenus supportaient la torture. Coust«.ce d'un religieux à suivre U règle de S^n ordre. Coquillarl plaisante en appliquant cette expression au mari trompé, qu'il engage ironiquement k ta paUençe.
Pmuasim. - Arguments présentés pour convaincre le juge, moyens persuasifs , séduction.
Perl. — Il n'y pert. U n'y paraît pas.
Pesm - Bouton de fer ou de pierre percé , mis au bout du reton. Duuwu mieux tourner. C'est
taseau pour lui donner du poi^et le b^re m.e« mal filer prendre fuseau sans peson , c.-»-d. , J ai dmu «»» ^ rn, parce que je n'avais pas tasouplesse nécessa^e pour tourner à tout vent.
Pet fPat m).- Pas un soulle, pas un murmure. Ou : pas un pas ; ne bougez pas. Pet, viendrait alors de ped, pied , pas.
Peiiloin. - Terme de procédure. Action qui a PO«rtat de fidre juger à qui appartient ta propriété d'un objet en l.t.^^ possessoireon tendait seulementàfairejugertaquestiondepo^fâ
sion. IléUit défendu de cumuler les deux actions. C'est cependant cequiarrivaitsans cesse; ce genre de procès était devenu fréquent en matière de bénéâces, depuis ta révocation de te pragmatique . une prébende se voulait souvent à ta fois accordée k un inm- Tidu par le coltateur ordinaire , et à un autre par ta cour ae Rome. L'un des deux entrait en possession et l'autre l'attaquait ; le possesseur voulait faire juger l'aOWre au possessoire, son adversaire tendait au pétitoire, et demandait à cumuler les deux actions; te chancellerie accordait à ses protégés des lettres au termes desqueUes les tribunaux devaient juger h ta fois te qu«tion de possession et celle de propriété. L'ord. de novembre 1607 défend aux magistrats d'accueillir de pareilles demandes, et de tenir compte des ordres surpris k ta religion du roi et à ta faiblesses de ses ministres. On conçoit ce qu'avalent de triste de pareils procès, combien de révélations honteuses ils provoquaient, que d'intrigues coupables, de simonies, démarches ignobli» ita dévoilaient. Coquillart, témoin de tous ces scandales, y a tait plus d'une aUusion mordante; le procès d'entre ta Simple et te Rusée , l'enqueste qui en est ta suite, sont ta parodie des procès ptaidés en matière de bénéfices, fy- Poummre.)
Peult : qui peult, il «eu».- Tout ce qu'on peut, on le veut. Proverbe applicable aux abus et aux excès. Menot dit en sens inverse : qui peut, il ne veut ; qui veut souvent, il ne peut;
il signale ainsi les caprices de Pespèce humaine , les regref s tar • d ils qui suivent ses actions.
Philippr-le-Conquémnl. — Philippe-Auguste fit la guerre à trois rois d'Angleterre : Henri II , Richard Cceur-de-Lion et Jean -sans-Terre. 11 leur enleva la Normandie, TAnjou , le Maine, le Poitou et la Touraine. Le 27 Juillet 1214, il battit à Bouvines Fempereur Otbon, et Ferrand , comte de Flandres.
Pieolin. ~ Redevance conjugale. Imp6t périodique demandé et payé par l'amour. Rabelais dit dans le même sens : Bailler Tavoine au point du Jour.
Pieqm. *- Fer de lance , lance de liuitasein , poiotOi coup de pointe. Embams, difficulté , querelle, émeute, insurrection.
Pie {Faire la queue de). — Littéralement avoir la queue en Pair comme les pies. Il y a ici une équivoque graveleuse. On disait dans le même sens faire pierrot belle queue , faire le hochequeue ; ce nom est celui d'un oiseau qui remue sans cesse la queue. — > Goquillart songe peut-être aussi à ridiculiser les casseurs d^assiettes , les matamores qui alTeelent de relever en Pair et par-derrière la pointe de leur épée. — Pie signiGait aussi boisson, action de boire, crocquer pie, c'était boire d'autant. (V. PierJ Faire la queue de pie, dans ce sens, c^est lever le coude et renverser en Pair le pied du verre. Du temps de Coquillart , le célèbre Sylvius Œneas parvint à la chaire de saint Pierre , il prit le nom de Pie II. Comme ecclésiastique, il avait défendu au concile de Bêle la pragmatique sanction ; comme pape il obtint de Louis XI sa révocation. Sa popularité dut en souffrir, et plus d'une plaisanterie dut être foiie à Paide de son nom pontificat.
Pieça. — Depuis ce temps-là , après ^ depuis longtemps , après cela. — Ce mot parait venir de pièce de temps il y a.
Pièce hauUe. -— Vêtement ou partie de Parmure couvrant la gorge, corset. fV. GorgiasJ.
Pier. — Boire. On fait venir ce mot du latin polare ou du grec pinein, piein. Pyer un coup de quelque bon vin vieulx. PATH. On nommait les buveurs pions, ou crocqucpies. Le piot était le vase contenant le vin.
Pierre à fusil — Pierre qui lance PétinceUe sous le briquet qui la bat ; toucher la pierre k fusil, c'est allumer le feu d'amour.
Pigner, — Peigner , frapper. Rab. dit dans ce même sens donner un tour de pigne. — Se pigner ; se coiffer, se peigner, s'arranger , se teindre les cheveux.
Pille. — Revers d'une pièce de monnaie. Monnoie. fV- Croix.)
Pillccies. -^ La coiffure qu'on nommait mortier était garnie de deux bandes d'étoffes qui ressemblaient à des pilons quand elles pendaient : on les nommait pillettes ou petits pilons.
Pipée f Chasser à laj. — fV. Chasser,) Provoquer les galants par des œillades et de doux propos.
Pipi. — Cri des souris et des oiseaux. Les auteurs d'ouvrages relatifs à Tart de la vénerie disent le pipi , les pippis des oiseaux. Pipeur signifiait oiseleur. Les pipeurs employaient pour imiter le chant des oiseaux , de petits tuyaux qu'on nommait pipes.
Pimedadter. — A cette époque , plusieurs grands dignitaires de rÉglise tenaient une conduite scandaleuse. Menot et Maillard accusent aussi les chefs du clergé de luxure et de débauches. — Dadier signifiait dattier. Peut-être le nom de Pincedadier ne désigne-t-il personne particulièrement. Les vers qui l'accompagnent expliquent ce que pinçait M. de Pincedadier.
Pique. — Lance de piétpn , fantassin. (V. Picqm.J
Piteux. — Pieux , accessible à la piété, pitoyable. -- Piteux comme un beau crucifix : humble , patient, faisant pitié comme le Christ sur la croix. On disait pour un Christ en croix, un Dieu de pitié. -— Piteusement, de manière à faire pitié.
Placel. — Requête présentée au juge , pour obtenir audience : elle commençait par le mot placeal. Si la réponse du juge était. ûivorable^ il commençait son ordonnance par le mot placet. On finit par nommer placet la permission d'assigner et l'assignation. On fait aussi venir pbcet de placitum , plaid.
t^taisanee. •— Plaisir, gatment. ~ Enfants de plaisance, entots 4e la joie. — Plaisant, qui platt.
PUUijploit, pUt. ^ Plaid, plaidoyer, procès, querelle, de placitum.
Piastre. — Terrain battu, mur, maisop. L'ung'à la boue, Taulre au pUstre. L'un est jeté dans la boue, l'autre sur le mur, ou sur la chaussée, le pavé.
Plat. — Vil flatteur, bon valet , courtisan. Bien jouer du plat, faire le plat, le flatteur servile.— Plat signifiait aussi écrasé, refuser tout plat, c.-à-d. nettement , avec rigueur.
Playdier^ plaidoyer. — Plaider, dire en plaidant, en parlant haut.
Playe surplaye, Iraceê sur tracée, font une probalion certaine, — Brocard de droit criminel. Les empreintes d^un pas laissées sur le théâtre d^un crime, quand elles ont la même forme que celles produites par la chaussure du prévenu , forment contre lui une preuve certaine. De même des blessures comparées entre elles et trouvées semblables , sont nécessairement faites avec la même arme. Si des entailles feiies avec une arme saisie entre les mains du prévenu, sont pareilles à ses blessures, la Justice peut se croire en possession du coupable.
Phmb, — Sceau de plomb mis au bas des lettres de la cour de Rome , quand elles sont expédiées. Il foUait payer des droits très-forts pour obtenir son apposition ; les scelleurs élevaient difficultés sur difficultés, pour avoir occasion de rançonner les impétrants. Aussi, dit Goquillart, peine est au plomb : en matière de bénéfice d'amour, Teipédition coûte peines et larmes. « Au service d'amour, n^y a jamais une joie qui ne coûte cent douleurs. » Mabt. d'Auv.
Plunu. — Chose légère. Mes mignons escoutez la plume ; nous avons trop parlé latin , écoutez des propos joyeux.
Pooc. — Exclamation. Goquillart s'en sert pour exprimer tantôt Tadmiration , tantôt le dégoût et le mépris. Dans ce dernier sens , on disait aussi poua , pouas ou pouab.
De court, poac! ce ii*estqoe blason.
Ce vers fut prononcé devant Charles VIII e: toute sa cour ; c'était une hardiesse.
Poetvas (J^arion de IraineJ. — A la gorge pendante , aux seins traînants. Poetras vient depeclus : on nommait poetrat ou poitras , la partie du harnais qui couvrait le poitrail du cheval. Dans les XIV^ et XV* siècles, les femmes à Reims étaient désignées par des sobriquets. Les bourgeoises et les damoyselles n'avaient pu se soustraire à ce baptême populaire.
Poignant. — Participe présent de poindre, piquer, faire pointe, percer. Sein poignant , naissant , terminé par une petite fraise ferme et rose.
Poincts. — Faits articulés et qu'on doit prouver.
Point. — P^égation : ne point. — En point .* cri de guerre ;
en pointe , en avant , au but. — Point signiGait aussi état , po^ sition , fortune, toilette. Etre en point conune un brigand de bois : être babillé comme un brigand. Etre bien en point, être en bon point : en bonne tenue. — Etre en point fust pour aller veoir son grant père : être habillé assez bien , même pour aller voir son grand père; c-à-d. être vêtu avec décence. — Mettre en point: habiller, mettre quelqu'un sur un bon pied, en bonne tenue.
Poireau j poileau , poriaulx, — Pendants d^oreilles en.forme de poire. — Légume dont la racine ressemble k une barbe blanche : emblème des vieux galants , tête blanche et la queue verte.
Pol : bon gré saint Fol — Que saint Pol me vienne en aide : quil veuille bien me défendre ; cette exclamation est poussée au moment où un chien saute au col d^un mignon qui vient à un rendez-vous. N'y a-t-il pas là une allusion à la mort du connétable Louis de Luxembourg , comte de Saint-Pol y capitaine de Reims en 1471, décapité à Paris. Il y fut conduit par le sieur de Saint-Pierre. Jehan Molinet plaisante aussi sur ces deux noms.
Pollir son collet. — Ajuster sa collerette , en faire disparaître les plis. On nommait collet le haut de la robe qui s^ouvrait et découvrait les épaules et les seins. Dans ce sens , pollir son collet c^est se laver les épaules et la poitrine , pour rendre la peau blanche et plus douce.
Pomper. — Faire toilette , s'habiller avec luxe. Rabelais dit dans le même sens se pomper. Pomper signifiait aussi faire de la dépense , mener grand train. Pompans : élégants , gens à la mode , faiseurs d'embarras. Pompans légistes : princes du barreau, oracles du droit, avocats qui gagnent.de Targent et qui en dépensent.
Ponce arrache-boyaulx. — Parmi les agents de Gochinart figure un nommé Poncelet : c'est peut-être à lui que pense le poète. fV. Arrache-boy aulx. J
Ponts (De là les) — Goquillart place à Paris le théâtre de ses aventures galantes. Cependant cette expression peut-être une allusion à cerUins faits arrivés à Reims. A l'entrée de la ville , il y avait deux ponts sur la Yesle , et de nombreuses habitations se trouvaient de ce côté.
Popin. ( V. Abreuvoir.)
Port. — But auquel on tend , azile, protection , bonnes grAces L'ord. sur le laict des masques veut qu'on le^r donne confort, ayde , port et laveur. G. d^Auright.
Porte-colle. — Porte-copie , porie-r6le. Personnage qui, dans la représentation des mystères , tenait en main le manuscrit et aidait la mémoire des auteurs. — Clercs , quand ils ont leur porte-colle : doc(t cum libro, savants quand on leur souffle ce qu^il faut dire. — Rabelais emploie aussi le terme Ue portecolle. ^F. Prolocole.J
Porter. — Supporter, soulager, venir en aide. — Mettre en avant, porter aux nues.
Posé. ^ Supposé. Posé que : quoique, supposons que , quand même, il est posé en principe que.
Position. — Faits allégués , «posés au juge chargé de les riaminer.
Possession. ^ Faits articulés pour prouver qu'on est possesseur; on disait poser ses possessions, avancer possessions contraires. Coût, de R.
Possessoire. — Action tendant à faire juger à qui appartient la possession d'un objet en litige. Voici ce que dit la Coût, de R. (1481-1507), des conditions qu'il fallait réunir pour plaider au possessoire, et la forme de procédure qu'on devait suivre : « Quiconque a joy et possède an et jour, paisiblement et publiquement d'aucun héritage , et d'aucune chose dont l'on se peult dire possesseur, par luy ou par autre dont il a le droit , et depuis, il est troublé ou empesché dans sa possession et saisine par voie de fait , il peut dedans l'an et jour du trouble à luy Cadt , et non depuis , ne après Tan passé , intenter et mouvoir contre le perturbateur et cmpescheur, son procès et sa poursuite en cas de saisine et de nouvelleté , par devant le juge royal , soubs le ressort duquel la chose est assise , se bon semble à tel intenteur , le intenter en cour royale ; ou se bon semble le pourra intenter par devant le juge ordinaire, soubz lequel la dicte chose est assise : art. 1, cbap. II, 2« partie. Coquillart fait plus d'une allusion à ce texte. (V. Pétitoire, Saisine, Nouvelleté et Relation. J--- Possessoire signifiait aussi possession, entrée en possession, jouissance d'un bénéfice et de ses privilèges et revenus. Pour obtenir le possessoire d'un bénéfice, il fallait payer la taxe fixée par la cour de Rome. (V. Taxe.) Le poète, qui compare l'amour aux bénéfices d'église , dit que le possessoire d'amaur ne s'ob-
lient qu*eii payant la taie, c.-à d. en achetant les laveurs des belles. Toutes ces plaisanteries sont des traits lancés contre Rome.
Poste. — Ce mot avait alors deui sens, et on lui donnait deux racines. — On le ftisait venir de polestas , et alors il signifiait pouvoir, caprice. Mart. d^Âuv. écrit dans ce sens : faire tourner le vent à sa poste. On disait au Xtll" siècle : il post pour il peust , il peut. On nommait gens de poste , les serfs , les vassaui sur lesquels le seigneur avait plein pouvoir. -«Le 19 juin 1464, Louis XI créa Tinstitution des courriers royaux ; il fit placer de distance en distance des hommes et des chevaux prêts à porter ses ordres : le mot poste ne se trouve pas dans Tord. , mais on dit bientôt un poste pour un postillon , un courrier; ce terme se trouve dans les Doléances des Étals généraux de 1484 , dans les dépenses de la ville de Reims , 1485. Ce mot venait-il de potestasj et dîsaitron que le roi avait des chevaux de poste , c.-à-d. à ses ordres? ou poste vient-il de ponere , positum ? Les coureurs et les chevaux étaient placés d'avance en certains lieux : dans ce sens on disait poste militaire , être À son poste , soldats apostés, c.-À-d. posés en embuscade. — Le mot poste se trouve deux fois dans Goquillart : j^en cuydois Jouir À ma poste, c.-à-d. à ma fantaisie. — On fume, on a poste À Gauthier : fumer veut dire faire du mauvais sang, se chagriner, avoir des vapeurs : Gauthier était synonyme de vert galant , joyeux compère. Avoir poste À gauthier, c^est avoir des plaisirs en réserve, des bons mots à sa ^ disposition , des idées riantes sous la main , c^est courir poste joyeuse, la poste d^amour.
Pou. — Peu : pou à pou , peu à peu.
Poullet. — Les soldats maraudeurs prétendaient n^aller dans les fermes que pour prendre des œufe , mais on leur reprochait de prendre aussi les poules et les poulets :
Je laiue aux joyeuses fillettes ' Sayrans armées, fort inclines De humer les oeufs des poulie ttes.
Et de lotir grasses gellines, etc. J. Molinet.
Avoir eu pouUets et œufe, c'est avoir dérobé tout ce qu'on avait pu prendre.
Poulain. — Jeune cheval. fV. Entmvé.J
Poulaine C Souliers àj. — Chaussure terminée par une pointe longue , aiguë , tantôt recourbée , tantôt s'appuyant à plat
loi
sur le sol. On prétend que cette mode doit son origine et son nom à la Pologne. Elle s^introduisit en France sous Charles V, et finit avec le XV* siècle. Menot nomme ces chaussures sotu lares à pointe. Un règlement fiia la longueur de ces pointes , et la proportionna au rang de chacun. Les poolaines démesurées lurent réservées aux princes et aux grands : cet édit fut peu respecté, et chacun se prit à porter poulaines de plus en plus longues. Mart. d'Auvergne peint les valets occupés à redresser chaque matin les poulaines de leurs maîtres ; dans le 42" arrêt d^amour il bit plaider les cordonniers contre les galants qui ne veulent pas augmenter le prix de leurs chaussures, et qui les exigent énormes et garnies de bourre.
Poupées, — Jouet d^enflmt : de puppa, petite fille , ou de Poppéa. Néron fit multiplier les statuettes de Timpératrice Poppée. On en trouye quelquefois à Reims. Dans cette ville , on appelle bobbée, une petite fille mutine et capricieuse.
Pour, pautt. — Pauvre.
Pour. — Au lieu de ; par le moyen , pour servir aubade : parce qu*on aura servi aubade , au moyen d^aubade. — Pour ce : pour ce que : parce que; — pour ce moyen : par ce moyen ; ^ pour vous : par vous , à cause de vous.
Pourcelêlte. — Petite truie : enseigne d'un hôtel célèbre À Reims, dans les XIV* et XV* siècles. Elle appartenait à l'abbaye des Trois-Fontaines ; le bailly de Vermandois y descendait, quand il venait de Laon tenir ses assises.
Pourehas. — Chasse, recherche, désir, demande, poursuite, conduite d'un procès.
Pourreux. —Peureux.
Pourqiioy j pourtant. — Pour cela, pour laquelle chose, malgré cela , néanmoins.
Poussiète, — Poudre à canon.
Practicien. — Homme de loi , savant en procédure.
Practique, praticque. — Science des lois , des formes judiciaires. Procès, intrigue , habitude, conspiration. Moyen, ressources. — Cbalant , client , homme qui fréquente habituellement une maison , une boutique , une femme galante. Practique est rabrégéde pragmatique. Pragmaticum signifiait acte public,
constitution , loi. Pragmaticus voulait dire praticien , homme d'affaires.
Pragmatique. — La pragmatique sanction fut rédigée à Bourges , en 1438. Elle avait resserré dans des limites étroites les prétentions de la cour de Rome* au droit de conférer les dignités ecclésiastiques. Cependant on avait laissé À sa disposition un certain nombre de bénéfices par diocèse. fV. Collation, Patron). Charles VU avait approuvé la pragmatique \ c'était déjà un motif pour qu'elle déplût à Louis XL Pour se concilier le souverain pontife , il consentit à la révoquer, et les lettres de révocation , en date du 27 novembre 1461 , furent déposées au trésor des chartes , comme ayant force de loi. Si la consternation fut grande dans TÉglise de France , la joie fut vive à Rome. Le pape se remit en possession du droit de prévention , que la pragmatique lui avait refusé. ^F. Prévention.J Le clergé gallican combattit pour la défense de ses droits , les parlements prirent sa défense , et Louis XI , à la fin de son règne , fut contraint par les plaintes unanimes de la nation , de revenir sur la révocation qu'il avait consentie. Coquillart fait plus d'une allusion satyriqne aux abus qui suivirent la révocation de la pragmatique. — En matière de bénéfice d'amour, chacun veut avoir la prévention (Y- ce mot) ^c.'h'û. chacun veut, par ses intrigues et ses présents, prévenir ses rivaux. Le poète se demande si ce n'est pas là le cas d'invoquer la pragmatique , et il répond que non , parce que les bénéfices d'amour^ comme ceux de l'Eglise , ne se donnent qu'aux gens riches et nobles : on les préfère aux pauvres écoliers. La pragmatique défendait de conférer les bénéfices aux étudiants , elle abrégeait le temps des études en faveur des jeunes gens de bonne famille. Ainsi , en amour , comme à Rome , comme partout, puissance et richesse régnent et écrasent faiblesse et pauvreté.
Pragoys — Jean Hnss mourut en 1415. Ses partisans prirent les armes, et pendant longues années ils ravagèrent la Bohême, pillant les églises et massacrant prêtres et moines. Ils étaient partis de Prague , aussi les appelait-on Pragois ou Hussites. Leurs excès les firent connaître au loin. On nomma couteaux pragois une espèce de poignard. La guerre impie que Louis XI fit À son père , reçut le nom de praguerie. Le 14 1464 , la France fit traité d'aillance avec la Bohême. Tous ces faits expliquent pourquoi Coquillart parle des Pragoys et célèbre leur humeur guerrière.
Préau. — Petit pré. Gazon placé dans une cour , dans un cloître.
Prébende* — Quand les membres des chapitres cessèrent de viyre en communauté , chacun reçut sa part dans les revenus communs. Celte part reçut le nom de prébende. Les chanoines devaient s'en contenter, ils ne pouvaient y réunir ni bénéfices, ni cbapellenle ; d'un autre côté , on ne pouvait obtenir de pré* bende si on n'était chanoine. Voilà ce qui devait-ètre ; mais les choses sous Louis XI se passaient autrement: les laïcs, les abbés, les évéques s'emparaient des prébendes, les chanoines usurpaient bénéfices , chapellenies et oblations ; les flivoris de la eour, les députés complaisants profitaient de ces abus. « Videtts pfokmolarioit et abbaUs, et eamnieos habentes M b<ma êceletim qu'ils en crèvent. » Mbnot, fer. Ilf, posi. i, Dom. quad. Une bulle entérinée au parlement en 1489 , autorisa les ehanolDes de Reims à cumuler bénéfices et prébendes, et les dispensa de résider dans Tabbaye ou dans le prieuré dont ils touchaient les reyenus.
Préface. *» On nomme ainsi une prière dite sur un ton gràye par l'officiant, précédée de leçons qu'il récite, et de répons chantés par les fidèles. En la messe il y a préllice : c.-à-d. on parie à haute voii , et les propos s'échangent sur ce ton sans interruption.
Prélat' — De prœtaluê , préféré , élu parmi les autres. Titre d*boBiieur donné aux évéques , aui abbés , aux dépositaires ecclésiastiques ayant droit de Justice, et aux officiers clercs de Is oour de Rome qui portaient le costume des éyéques. — Prélat d'honneur : Coquillart désigne sans doute ainsi les fils de Gimille destinés aux grandes dignités ecclésiastiques, etsouTent appelés à des fonctions dont leur jeunesse leur interdisait l'accès. Ils n'avaient ni le savoir , ni l'expérience nécessaires pour les remplir avec convenance ; aussi le poète les introduit-il dans une assemblée de fenunes bavardes et médisantes ; il cjoute qu'ils tâchent d'y avoir une place, d'enfant de chœur : c'est encore un trait de satyre. Lorsqu'un Jeune homme obtenait avant l'Age un rang dans le haut clergé, une place de chanoine par exemple,
à Reims, on le faisait asseoir à côté des enfants de chœur : Cammicuê reeipiendus, si puer.est, id est non in saeris ordiaatus, débet esse tonsus ut pueri chori. . . . inslallatio prepositi, si non est im saeris, eum.pueris chori primo loeo ele, Obdo RSCSpnoNUM. G. Filiastbk. C'est ainsi que du temps de Coquillart , J. Juvenal, fils du chancelier G. Juvenal , nommé chanoine de Reims en 1457, pendant qu'il était écolier à Orléans, s'asseyait parmi les enfants de chœur. Eustache Juvenal , nommé vidame lorsqu'il n'avait pas vingt ans , avait une place du même
genre. — Coquillart confie à un prélat le soin de dégrader la dame qui donne à un second amant Tétoffe qu^elIe a reçue d^un premier. G^est une allusion à la dégradation ecclésiastique. L'évéque, revêtu de ses habits pontificaux , prononçait la sentence qui dégradait le clerc coupable de sa dignité , ou dépouillait le condamné de son costume , et on le livrait aui juges séculiers : ordinairement c^était Toificlal qui lisait Tarrèt au nom de Tévéque et de son chapitre. Dans le XV siècle, quelques prélats méritèrent répithète de mauvais garçon , et auraient pu subir justement la dégradation qu'ils avaient peut-être prononcée contre d'autres.
Prendre. — Apprendre. Prenez Tart de je mVn esbas : apprenez à dire de bonne grâce : je m'en réjouis.
Préparatoire. — Jugement ou acte de procédure qui tend à éclairer le fond d'une affaire , et À en préparer la solution.
Prescher son osi, — Haranguer ses soldats. Il est curieux de rapprocher de la harangue militaire prononcée par Coquillart, celle que donne comme modèle le Rosier des guerres , traité de politique qu'on suppose rédigé par Louis XI pour l'éducation de son fils « le prince doit attraire autour de luy gens saiges et vaillants en guerre. . . et eulx venus devers luy. . . les doit mercier et louer de leur bon vouloir et diligence , et leur promettre des biens : et de grant courage et fier, et par parolles et contenance de guerre , leur remonstrer les torts et oultrages des mauvais ennemis , et les bons droitz du royaulme , réciter les prouesses de leurs antécesseurs , et les vertueuses batailles , les biens et honneurs qui leur peuvent avenir par subjugant les ennemis. . . et soit la chère des princes de courroux et de ire sur les ennemis, son semblant terrible , sa voix menassable ; et que son cheval bénisse et frappe le pied contre terre , et face tant que maintes fois, ains qu'il ait fini ses exorcitations , la noyse lève et les cris entre ses gens, comme s'ils fussent à la meslée. yy
Présenter. — Représenter.
Présens (Je). — Je pressens , je devine.
Présomption. — On jugeait alors par présomption, et les aflSBdres étaient livrées à la sagacité du juge et À sa conscience.
Presser un drap. — Les drapiers , pour allonger les draps , les foulaient et les passaient en un cylindre chaud : pour empêcher l'acheteur de voir combien cette opération les rendait clairs et
légers I OD ne les tondait pas. Aussi, Louis XI ne permit-il la Tente des draps pressés , que quand ils étaient tondus avant d'être rois en presse : 22 mai 1473. ^ Louis XII défendit de presser les draps avec un cylindre cbaud et de métal, à peine d'amende et de cenfiscation : mars 141^.
Pftsl se doit faire gratis. — L'Églbe condamnait les prêts à intérêts comme usuraires.
Pftster. — Prêter , livrer , satislàire , donner, payer l'impôt. — Prestcr Fapétit sensitif , satisfaire au désir d'amour. /T. Instrument, IffoulU, Moslê.J
Prtsteur — Prêteur. fV. DictJ
Presln Martin. — Le nom de Martin était porté par le bas peuple : on le donnait comme sobriquet aux gens inférieurs , aux clercs du bas étage , à ceux qui assistaient le prêtre à la messe. Mart. d'Auvergne décrit le cbagrin d'un amant qui se lait cordelier par désespoir, il iuy fait dire :
JVfttuye le prêtre et Martin , Car, je respoodoye en chantant Et parloye françouet latin.
Il dictait seul les leçons et les respons : il parlait et cbanUit seul. On nommait prestre Martin les prestres qui n'étaient pas embarrassés pour dire la messe quand ils étaient seuls. Depuis, ce suroom devint celui des gens À expédients , qui ont plus d'un tour dans leur sac. C'est dans ce sens que Goquillart l'emploie.
Prud'hon. — Prud'homme , homme Agé , réservé. Les tribunaux de prud'hommes sont antérieurs À Louis XI. Cependant il rendit la première ord. qui régularisa cette institution paternelle : elle est datée du 5 mars 1463, et fut faite pour les foires d'Orléans.
Pnux. — De probus ou de prudens. Prud'homme , probe , prudent , homme de bravoure et de mérite. Combattre les neuf preux : c'est une gasconnade militaire , être prêt à tout entreprendre , braver en paroles les plus terribles adversaires.
Prévention. — Le patron et le collateur ordinaire donnaient les bénéfices vacants : c'étaient leur privilège ; mais le pape en disposait souvent sans les consulter , et prétendait agir régulièrement , pourvu qu'il ait eu la prévention , c.-à-d. que sa décision fût antérieure à la présentation du patron et à la collation de l'ordinaire. Louis XI s'était soumis à cette prétention du
souverain pontire. Aussi, dès qu^un bénéfice vacquait , les intrigants se hâtaient d'envoyer à Rome un émissaire chargé de leur requête, pendant que le patron et le collateur délibéraient. Ceuxci cherchaient à empêcher le départ des courriers pour le Vatican, et quand ils pouvaient, faisaient visiter leurs dépêches et supprimer lés lettres qui priaient le saint Père dHiser du droit de prévention. C^était une source de scandale et d'abus. Le pape allait plus loin : pour annuler les précautions prises en France, il donnait des lettres de grâces espectatives , c.-è-d. quMl diisposait des bénéfices avant leur vacance : dès qu'ils vacquaient, celui qui avait obtenu de pareilles lettres , les exhibait et se mettait en possession. Goquault constate que le pape donnait jusqu'à ISO grâces espectatives en même temps , sur les 70 prébendes de Reims. Ces luttes et ces intrigues nuisaient au respect dû à l'Eglise. Coquillart , dans sa satyrique comparaison des bénéfices d'Église et des faveurs d'amour, dit qu'en amour chacun veut avoir les préventions , chacun veut prévenir ses rivaux.
Prime (A). — Au commencement, au début.
Prince. — La dernière strophe des ballades commençait presque toujours par ce mot. « Ceux qui avoient et ont accoutumé de faire en cette musique naturelle , serventois de notre dame, cbançons royaulx , pastourelles, ballades et rondeaulx, portoient chascun ce que Cait avoit , devant le prince du puys , et le recordoit par cuer. » EusT. Deschamps. Le puy d'amour était une sorte d^académie galante , qui se tenait dans chaque province : son président portoit le nom de prince. Les quatre derniers vers des ballades lui étaient adressés : aussi cette strophe se nommait-elle l'envoy ou le prince. G. Crétin et J. Marot commencent souvent l'envoy par les mots prince du puy. Plus tard , la poésie adressa ses hommages aux puissances temporelles ^ et le mot prinee désigna le roi et les princes du sang.
Princesse de basse contrée. — Filte publique. Les mauvais lieux étaient relégués dans les lieux écartés , au bas des remparts. Par opposition , on donnait aux dames nobles et riches le titre de femme de haut lieu , de haut estât, de haute volée.
Prindre. — Prendre : il print , il prit. — Prins : pris. Corset bien prias : qui prend bien le corps et le maintient avec grâce.
Prinse de corps. — Prise de corps , arrestation. Voie de fait qui vicie la possession.
Prit* — Prii , estimo. ^ Oo disait en sens ioverse : d^pris » mespris. — Prisé : précieux , aimé , préféré. — Priser : estimer^ apprécier, goûter.
PrhauUé, -* Familiarité , intimité. Grand privaulté engendre filité : qui se bmillarise trop, s^expose à se bire mépriser. — PriTement : ftmillèrement^ avec la confiance qui naît de l'intimité.
Proeèi. — Inatance Judiciaire. Dossier. Marche, intrigue, prière, prq|et.
l^rocuration. — En France on ne plaide pas par procureur ; ce brocard de droit fut en vigueur jusqu'en 1484. Alors les Etats- Généraux proclamèrent le droit qu'ayaient les parties de se faire représenter en Justice. Depuis longtemps en pratique il en était ainsi ; seulement il fallait obtenir Tagrément du tribunal. La Cotil. de A avait, en 1481, posé en principe qu'on pouvait plaider par procureur. Les offices de procureur ne datent que du XVI' siècle ; cependant le titre existait antérieurement , et il y avait des ayocats qui en remplissaient les fonctions. Menot leur reproche des turpitudes et des actes de cupidité de tout genre.
Production. — Produire ou foire la production c'était remettre les pièces d'un procès entre les mains du juge : il fallait y joindre les épices. Coquillart nomme production au procès d'ainour , et la requête présentée et les dons à y joindre , en guise de preuves et d'argument. — On disait : amour de femme et ris de cbien , tout n'en vauU rien à qui ne dit : tiens.
Prof/il. — Progrès , bénéfice. — Faire proflît de troubler : réussir à troubler , spéculer sur le trouble.
Promoteur. — Officier des tribunaux ecclésiastiques, qui remplissaient près d'eux les fonctions du ministère public.
Propice. ^ Propre , favorable , commode , prêt , proche , présent, spécial, facile à comprendre.
Proposer. — Délibérer , soutenir une proposition.
Propre. — Habile , prompt , spécial. Possédé par quelqu'un.- Elles ont toutes propres leur maquerelle : c.-à-d. à leurs ordres, travaillant pour elles seules. — Propre : ce que chaque époux apporte en mariage , ce qu'il recueille en succession pendant sa durée.
Prose. — Cantique chanté à la messe.
Prothocolle. — Protocolle, de protos premier et ûe kola feuille, page , parchemin. Protocolle signifiait brouillon à recopier , minute à expédier. Premier feuillet d^un volume, intitulé, préambule d^un acte , d'une loi , d^un traité. — Les ord. de 1433 et 1437 , nomment protocolle le registre où les notaires inscrivaient les minutes dont ils donnaient copie. On appelait de même le recueil des formules que consultaient les secrétaires du roi , quand ils avaient à expédier des lettres patentes , et le registre où ils copiaient les projets de lettres et d^ordonnances à expédier. — Femme qui est prothocole a bons copistes, c'est celle qui se laisse feuilleter , compulser par ceux qui le désirent : on peut y avoir recours au besoin.
Prou. — Bien , avantage , de providere. Un grand prou face : grand bien lui fasse. — Prouende, provende : provision, pâture, ce qui satisfait les besoins de l'homme.
Provision, — Vivres , munitions. Précaution , prévoyance , prévision. Ce qu'on obtient en justice avant la fin du procès ^ ce qu'on prend en attendant mieux. — En matière de bénéfice ou d'office, la provision était la nomination.
Psaullier. — Recueil des psaumes. — Livre qu^on feuilleté souvent : on donnait ce nom aux appas d'une femme. Dans la farce de la Pipée un des personnages nommé Guyder, prétend qu'il lui faut une jeune fille de quinze ans , qui ait beaux yeux et soit bien charnue ; on lui répond : quel psaultier pour moyne à dire matines! — Gloser sur le gros psaultier, est une plaisanterie du même genre. Cette locution peut signifier aussi causer sans fin. Les psaumes ont eu de nombreux et d'intarissables commentateurs. — On écrivait alors indistinctement psaultier ou saultier. Ce dernier mot se prétait encore mieux aux équivoques; il rappelle le sault de Michelet. fV. Michelet.J
Pupillre. — Lutrin , chaire à prêcher, chaire de prédicateur- Meuble destiné à recevoir les massifs in-folios d'église. Les gens de lettres, les professeurs s'en servaient pour poser les gros manuscrits qu'ils étudiaient ou expliquaient : il y en avait à plusieurs faces , et à plusieurs étages. — Mon pupiltre pour plus haut luire : le pupitre devait faire partie de la chaire des professeurs -, on y montait à l'aide de quelques marches, et le professeur assis brillait au-dessus de la foule. Peut-être le poète avait-il mis lire au lieu de luire : alors il demande un pupitre pour lire plus à son aise.
Purée. — A telle purée , tels pois : dis-moi qui tu hantes , je te dirai qui tu es.
Pulier. — Vert galaot, homme qui court les Gllcs. Pute signifiait d'abord fille, femme. Ce mot finit par être pris en mauTaise part. H signifiait aussi simplement amoureuse :
Tontes estes, serez, ou fustes
De fait on de Tolontë putes. Rom. de la Rose.
PutoU. -« Cbat sauvage : sa fourrure , de couleur foncé , servait à garnir les robes des bourgeoises. Les nobles dames et les parvenues affectaient de porter rbermtne , et de dire : hermine est nette , mais putois put et est bon pour pute. Monstrelet fait remonter à Tan 1467 l'époque è laquelle les dames mirent à leurs robes des garnitures de velours , de gris et de fourrures. fV. Kopcet J
Quant. — Tant de que de lorsque. — Quant et moi r
avec moi ; locution encore usitée À Reims. — Quant et quant : avec , en même temps , aussitôt. — Quantz : combien. Quantz années : combien d^années.
Quams. — Karatz. Quarats : proportion dans laquelle Tor entre dans les monnaies. En 1447 les monnaies dV étaient à 23 karats 3/4 : elles ne contenaient que l/24« d'alliage. L'or à 24 karats était absoloment pur : c^était le type de ce qui était précieux , beau et difficile à obtenir.
Qwirré. — Carré. Equarri , façonné , taillé avec soin. Elégant,^ fat qui se carre.
QuarU. — Carte. Carton : les dames portaient des tournures de carton pour se donner par-derrière un embonpoint postiche.
Que. — Qui. Pour que, puisque, de peur que , tellement que.
Quenoillej quenoulle. — Quenouille. Les quenouilles jouaient alors un grand rôle dans le monde industriel : toutes les femmes filaient , et le soir elles se réunissaient pour travailler ensemble ; c'était alors un feu roulant de caquets , de plaisanteries , de nouvelles et de propos malins. On disait en avoir des nouvelles en sa quenoille. 9* des C. r^. N. —Les quenouilles fournirent matière à
plus d'un livre. Citons le livre des Gonnoilles faites À Thonneur et exaulsement des dames , lesquelles traitent de plusieurs choses joyeuses racontées par plusieurs dames assemblées pour filer durant six journées. Lyon. J. Mareschal , 1493. — Les quenouilles ne riaient pas toujours ; et parfois , comme dit le poète , elles tençaient, c.-à-d. qu'elles médisaient et se querellaient. En revanche, elles savaient aussi parler amour. On y attachait des nœuds , des devises galantes , ou des fleurs données par une main amie, et tout ce qui sert au langage du cœur.
Querelle. — Plainte, dispute, projets, requête d'amour, intrigues.
Queue de panhemin, — Equivoque grossière. fV. Blancscelléj. On disait aussi sceller un passeport sur la bouche d'une femme.
Quibw. — ECUS. Il faut sous-entendre : nummi cum quibus omnia emunlur.
Quiers (Je). — Je cherche : de quérir.
Quillart. — Jeu de quilles.
Quille. — Sorte de jeu. Pièce du jeu : morceau de bois droit , allongé , arrondi, terminé par une boule , souvent peint en rouge. Avec cette tournure , la quille inspira plus d^ne mauvaise plaisanterie à la grossière imagination de nos devanciers. Rabelais donne aux gaillards en amour le nom de bon joueur de quille là > ou de quille da. Quiller sa femme , c'était payer la dette conjugale. Coquillart dit dans un sens analogue, archidiacre de troussequille. — Dans la farce de Pathelin , quand le drapier , devant le tribunal , perd la tète et mêle Thistoire de ses moutons à celle de son drap , le juge dit :
Il broaille le drap , il babille Pois de brebis, au coup la quille. Chose qu'il dit ne s'entretient.
La quille tombe dès qu^elle est touchée. Au coup la quille peut signifier de suite , coup sur coup. Répondre au coup la quUle , c'est répondre de suite aux provocations amoureuses. Il y a de plus ici un jeu de mots grossier.
Quinquenelle , quinquemelle. —De quinque anni : délai de cinq ans accordé par la justice au débiteur pour se délibérer ; ceux qui , au bout de cinq ans , n'avaient pu payer leur dettes , étaient exposés le cul nu sur une pierre.
Quinlaine. — Poteau de bois portant casque et bouclier contre lequel on s'eierçait : Jouter à la lance. Cet exercice était connu sous le même nom du temps de Justinicn : nos pères y virent une image des luttes d'amour. Goquillart, à Taide de cette expression , bit une de ces équivoques que le public aimait. Dans quelques pays , on forçait les nouveaux mariés à venir le lendemain de leurs noces Jouter à la quintaine sur une place publique, c.-à-d. de briser, en courant, une percbe contre un bouclier cloué sur une pièce. Cette lance, d^abord en arrêt, touchant le but , puis à la fin brisée divertissait les spectateurs.
Quii (Je). — De quérir. Je quis mon avantage , Je cherchai h prendre la meilleure position possible.
Quoy. — Pourquoi , comment. Exclamation , interrogation.
Quoy. — De quUiui : tranquille, immobile.
Babas. — Mur placé au bout du jeu de paume : au centre, était un toit incliné , la balle arrêtée par le mur tombait sur ce toit et revenait vers les joueurs. Rabas , signifiait aussi abbaissement : venir au rabas, c'est baisser la voix , rabattre ses prétentions.
Rachasser. — Terme du jeu de paume : relancer la balle qui a été trop en arrière : au figuré , remettre quelqu'un À sa place.
Bacheieur de rentes fondues. — L^église condanmait comme usuraires les prêts à intérêt : quand on avait besoin d^argent , on devait constituer une rente proportionnée au éapital qu'on empruntait, et hypothéquée sur des immeubles. Dans Torigine , on ne pouvait se libérer et racheter la rente sans le consentement du rentier. La loi vint de temps à autres au secours des débiteurs et déclara qu'ils pourraient racheter la rente en rendant au rentier la somme due par eux : ord. 31 mai 1438. — Sous Charles VU et sous Louis XI , la misère du temps contraignit beaucoup de nobles et de bourgeois à constituer des rentes foncières ; ils s^étaient réservés le droit de les racheter dans un délai donné : mais ils n'avaient pu rembourser aux échéances les capitaux prétés. Plus tard , les rentiers avaient refusé de recevoir le prix du rachat , et les rentes grevaient à perpétuité des terres qui au-
raient dû redevenir libres. Sur la demande des Etats de 1484 , le roi accorda, tant aux nobles qu^aui bourgeois, un délai de dcui ans, pendant lequel les rentiers n^auraient pas le droit de refuser le remboursement. — Goquillart donne au mot fondu le double sens de foncier et de perdu , anéanti : des rentes fondues sont celles qui, faute d'être rachetées en temps utile, sont devenues foncières à perpétuité, ou celles qui ne sont pas servies et pour lesquelles le fond même manque. L'eipression de racheteur de rentes prise en bonne part , signifie débiteur économe, qui se délibère : mais les agents d^affaires se mirent à acheter à vil prix des biens grevés de rentes non payées , ils parvinrent À dépouiller à. peu près le débiteur et le rentier avec lequel ils transigèrent : dèslors le nom de racheteur de rentes devint synonyme d^agent d^aflàires. Dans ses pronostications pantagruélines , Rabelais met les rachaptears de rentes À cAté des usuriers. — Cette expression avait encore une autre acception , en disant rachepter, rachapter , pour receler : dans ce cas , un racheteur de rentes est un débiteur de mauvaise foi , qui dissimule les rentes foncières par lui dues , ou un homme d^affaires qui Taide à se libérer en trompant le créancier.
Raige. — Rage , passion violente , transport d^amour. Faire raige : s'abandonner à tous les excès de Famour. — Elle lui dit que c'est raige : c.-à-d. que c^est un galant capable de tout en amour.
Bains. — La ville de Reims porte pour armes , dans la partie inférieure de son écusson , deux branches d^oliviers entrelacées. Au moyen -Age, on disait raims, rains, rainceaux, pour branche : on croyait alors que la ville avait ce qu^on appelait des armes parlantes et que son nom venait de Ramus : on récrivait donc Rains. Goquillart adopte cette orthographe et joue sur les mots branche et rains. Ce n^est pa? tout , le poète nous montre un gueux ou un juif pendu comme une indication du chemin de Reims. Que veut-il dire ? Il n'est pas probable qu'il ait voulu blesser ses concitoyens dont il avait l'estime : il répète plutdt une menace faite aux Rémois par Tinsolence des gens d'armes. Il rappelle peut-être aussi les violences qu'ils commirent dans Reims à la suite du micmac. (V. Geux et Gueux).
Raison. — La raison car : la raison en est que : et cela parce que. — Examiné raison moyenne : comme le veut la raison^ avec le soin ordinaire.
Ralias. — Raillerie, de radius. On disait de même : rail et raillon, et raillard pour railleur. Rab. — Ralias de gueulle : traits
|)inis de la bouche , moqueries, injures. Faire ralias : plaisanlef| taquiner, railler.
Bancê. — Rangées de pavés : pavés , rang, ligne. Se tenir à
part sur les rangs : se mettre à Tabri dans la rue, sous le toit d\ine porte.
Bandon, — Course rapide , vol. Randir et randonner signifiaient marcher vite, courir.
Ramage , ramaige. -« De ramus. C'est ce qu^on appelait le chant du bois , chant des oiseaux dans le bois : on Popposait au chant des oiseaui privés. L'oiseau ramage, bocaige ou branchier, était celui qui vivait dans les bois, perché sur les branches, et volait de branche en l>ranche. Mature ramage : nature volage comme celle des oiseaux. Ramage signifiait aussi capricieux, inconstant , indépendant, sauvage , non apprivoisé.
Jtooulie. — R6le : rendre son raoulle, renoncer aux plaisir de son Age.
Hapon. — Rapports Ihits par un magistrat ou un fonctionnaire d'un autre ordre à ceux qui Ten ont chargé.
Batsolé. — Double sot : stupide.
ndtelée. — Ce qu'on ramasse avec un rAteau. Dire sa râtelée, c'est dire tout ce qu'on a sur le conir ou dans la tète.
BavaUer. — Humilier, dégrader, faire tomber.
Bavault. ^ Ce mot peut venir de rursus ad valUm, et signifier aval , chute rapide et complette : il peut être l'itératif ou le superlatif des mots aveaux ou aviaux,qui signifient débauches, injures , excès. On disait ravauder pour bavarder , dire des balivernes , importuner. Roquefort donne à faire raviaux le sens de quereller, foire injure. Rien de tout cela n'est satisfaisant : ravault doit être le nom d'un outil ou d'une arme.
Rebec, rebects, nbeiz, — Violon. à trois cordes dont le manche était terminé par une figure sculptée. Ce mot parait venir de Parabe rabab, qui avait le même sens ; on disait aussi rebebe. fV. Rom. de la Rose : le Banquet du BoisJ.
Becepvables, recevables (Gens). — Qu'en peut recevoir, recommandables.
^Bceuil — Kecueil: réception. A Reims, on dit recueil pour retour de noces.
Recherches sur la famille de G. Coquillart.-^G. Coquillart est le premier do* ce nom qui se soit illustré : sa famille, de son temps, était déjà nombreuse et considérée. En 1468, la ville envoya Deny s Coquillart pour aller se plaindre des excès des gens de guerre. En 1470, Denis, Nicolas et GolinetCoquillart prennent part aui délibérations du conseil de ville. Nous voyons, en 1487, Jehannotteau Coquillart figurer dans les assemblées populaires. En 1488, les procès-verbaux du conseil indiquent parmi ceux qui délibèrent sur les intérêts de la ville deux Guillaume Coquillart : Tun alors était chanoine, c'est notre poète ; Tautre obtint cette dignité le 9 mai 1488 : on le nommait Coquillart le jeune. Il eut sans doute un concurrent, et il ne fut confirmé dans son titre qu'en 1497. Sénéchai de Péglise vers 1514 , conseiller de ville et nommé chanoine de Ste-Ballamie en 1530, il mourut en 1542 , et fut inhumé dans le chapitre avec son frère dont il va être parlé. — En 1491, figure parmi les membres du conseil P. Coquillart. — En 1501, Jehan Coquillart était receveur des comptes de la ville, il était membre du conseil et prit part à la révision de la Coutume de Reims en 1507 : c« fut lui qu'on envoya à Laon,' pour soumettre ce travail à l'approbation du bailli de Vermandois. Nommé chanoine en 1509, il mourut en 1520 et fut inhumé dans le chapitre: près de lui reposait Guillaume Coquillart son frère. — En 1518, Pierre Coquillart était receveur des deniers de la ville. — En 1545, Guillaume Coquillart, 3» du nom, était nommé chanoine de N«-D% et chanoine de Ste-Ballamie en 1549 -, il mourut en 1575. — En 1556, Jehan Coquillart était député du tiers état de Reims, à l'assemblée des Etats de Vermandois tenue au palais archiépiscopal et présidée par le cardinal de Lorraine. — En 1589 , Pierre Coquillart était procureur des habitants. — En 1620 , Nicolas Coquillart était lieutenant des habitants : il mourut en 1626. — Coquillart vient de coq , ou plutôt de coquille. Le poète paraît avoir adopté cette étymologie, puisqu'il met trois coquilles de pèlerin sur son écusson. On nommait Coquillart un pèlerin , un vagabond. Ce mot se trouve dans l'argot de Villon : il paraît signifier fainéant, homme de plaisir.
Rechigner j recigner. — Faire mauvaise mine , quereller. On disait rech pour mauvaise humeur, et rechin pour maussade, querelleur.
Recoller. — Terme fde procédure : comparer, relire à un témoin sa déposition. Coquillart donne à ce mot le sens de serrer
de prés, renfermer : peut-être en foit-U Titératif de accoller, lenere eut eollum.
Recourent. — Recouvrent : de reeupemre. On disait rescouer, recourir pour délivrer , reprendre. Les seigneurs recourent leurs rentes : trait lancé contre les privilèges de la noblesse. Les rentes dues à des vilains étaient prescriptes au bout de cinq ans ; si on les servait à des gentilshommes , la prescription n'était acquise qu'au bout de trente ans.
Recr^anee. — Terme de droit. Un objet litigieui mis sous la main de la Justice , dépérissait faute de soins , ou coûtait aux liarties de grands frais d'entretien. L'ord. d'avril 14K3 voulut que Tobjet en litige fût provisoirement remis à la partie qui semblait y avoir le plus de droite : c'est ce qu'on appelait accorder la récréance, de runuê crederet confier une seconde fois. Recroire signifiait rendre : on nommait recredentiaire celui qui obtenait la récréance. Le Juge , pour l'octroyer, consultait les apparences, les titres, les renseignements, les dispositions de témoins , et prononçait en conscience plus qu'en droit. En matière de bénéfice , chaque prétendant s'eCTorçait d'obtenir Ui récréance ou d'empêcher le juge de l'accorder à l'adversaire. — En 1420 , les chanoines de Reims voulurent disputer à l'archevêque le droit de conférer les prébendes : les parties fUrent appointées et la récréance fut accordée à l'archevêque. — L'Ord. de Juillet 1493 , voulut qu'elle fût toujours concédée sur le vu des lettres produites par les parties, par brief délai, et qu'on n'y joignit aucun examen à futur : c'était la seule manière d'en finir avec des procès aussi longs que scandaleux.
Recrcu. — Fatigué , épuisé , lâche. De recroire : succomber, se dégoûter.
Recteur. — Faultc de sens est le recteur. — Le poète reproche à l'Université les hérésies politiques soutenues par ses officiers , les interprétations erronées qu'elle donnait à ses privilèges, l'ignorance de SCS professeurs, et la frivolité de leurs discussions grammaticales et philosophiques.
Reculer. — Repousser, contrarier, choquer.
Réduire. — Ramener, rédiger, rappeler. — Reduict : réduit , rédigé, constaté.
Refaire. — Remettre à neuf, resUurer. Refaict : gras , en bon point. Marot a dit : lelin refaict , plus blanc qu'un œuf. Re-
faicte comme une groseille : ronde , bouffie , rouge comme une groseille.
Référendaire. — Officier de la cour de Rome , chargé des rapports à faire sur les demandes de l)énéfice. Souspirs sont les référendaires : ils font connaître ce que le cœur demande.
Réformateur. — Pendant tout le XV« siècle on parla de réformes ; pour les opérer , la monarchie fut impuissante sous Charles VII. Louis XI réforma ce qui le gênait, mais s^inquiéta peu des plaintes qui ne lui inspiraient pas de terreur. Il perfectionna Tart d'acheter les hommes les plus ardents à réclamer les réformes, et se joua du peuple qu'il privait ainsi de ses chefe. Des commissaires payés pour ne rien voir, ne rien dire et ne rien faire , fiirent tout ce qu'on obtint après la guerre du bien public , la tenue des états généraux de 1468, et rassemblée des notables en 1470. Aussi Goquillart n'emploie-t-il le mot réformateur que pour en rire. Il parle des réformateurs de Vénus , de ceux qui réforment les cocus , etc.
Regard. — Bienveillance, faveur. — Regarder : avoir des égards^ favoriser, s'inquiéter.
Régent f Faire du). — Déployer un luxe ruineux , faire de folles dépenses. Cette locution , au XV» siècle, était une satyre : elle rappelait les dilapidations et le faste insolent du duc de Bedfort , régent de France, pour le roi d'Angleterre Henri VI. Il se faisait donner chaque mois l'énorme somme de 20,000 écus : elle ne pouvait suffire à ses dépenses.
Registre. — Règlement , usage. Procès-verbal : suite de paloles, d'injures. — Registres mémoriaux: recueil d'arrêts , de règlements et d'actes publics ; cahiers sur lesquels les greffiers inscrivaient les moyens plaides et les faits articulés par les avocats : ceux-ci avaient le droit de les lire et d'y faire faire des rectifications. Ce procès-verbal servait de base à l'examen de l'affiure; les greffiers les remettaient , soit au magistrat rapporteur , soit au tribunal. — Registre à évangéliste. (V. EvangélisteJ. — Le registre aux mauvais greffiers : c.-à-d. le volume où les greffiers de la médisance inscrivent tous les propos malins , les histoires scandaleuses qui courent en ville. La chronique scandaleuse du règne de Louis XI fut écrite par un greffier au parlement de Paris.
Regnauli prend tout. — RegnauU Doucet fût chargé de rétablir Gochinart dans ses pouvoirs , en 1477 : fait qui amena
rarreBtatkm de Coquillart. Il y a sans doute ici une vengeuce du poète. Regnault Doucet était magistrat et lieutenant du bailli de Vermandoia. Sans doute il eut sa part des dépouilles des Rémois.
BegnetUj régente. — Partie du frein.
Jle^ofi. Renom.
Regrets. —De wjrtVMia, retour, redite , refrains , propos sans fin.
Reigle. — Règle : tenir la reigle qu'on leur lit. Tous les Jours dans les maisons religieuses on lisait un chapitre de la règle à laquelle elles étaient soumises.
BéitUégrer. — Remettra un objet entre les mains de son légitime possesseur, rentrer dans sa propriété. On plaidait en réintégrande quand le possesseur s'était tu enlever Tobjet en litige. S'il y avait seulement trouble, on plaidait au possessoire.
Relatwn du sergent. — Rapport de rofficier de Justice. Le Juge saisi d'une requête en complainte donnait mission à son sergent de défendre le oomplaignant contre celui qui le troublait , et de le maintenir dans sa possession : en cas de difficulté, le sergent devait mettre Pobjet en litige sous la main de Justice, assigner de suite les parties devant le Juge, et lui faire un rapport. Coût, de il.
Religieux^ (Vrai). — Religieux réellement soumis h une règle, sincèrement soumis à sa règle , qui porte scrupuleusemeot le costume de son ordre
Religion. — Monastère, couvent, règle religieuse. — Coquillart,, dans le passage où il dit que les femmes galantes sont bonnes à recevoir en religion , fait allusion à Tordre des filles pénitentes , alors naissant et institué à Paris , le 14 septembre 1487. Les femmes devaient, pour y être admises , jurer qu'elles avaient mené une vie dissolue. Un règlement de Tan 1000 , exclut de la maison les jeunes filles encore vierges. Dans d'autres monastères on ne recevait que les femmes jeunes , belles et bien faites , parce qu^elles seules, disait-on, faisaient un sacrifice réel à Dieu. Ce passage a fourni à Ral)elais le plan de l'abbaye de Theléme.
Reliquaire à hautes veilles. — La veille de la fête des saints, leurs reliques étaient exposées dans les églises, et on passait la nuit en prières autour d'elles. — Des femmes qui sont reliquaires à hautes veilles ,[^sont celles auprès desquelles on passe volontiers la nuit.
Remis. — Fatigué , abattu , nonchalant.
Renommée. — Elle acquiesta la seigneurie et renommée de cet ami : elle acquit hi propriété de cet ami , le droit de s'en dire maîtresse et de passer pour telle.
Retws. — Rangs. fV. Rancs.J
Répétition. Droit de réclamer ce qu'on a donné de trop, ou de demander le prix d'une chose livrée. — Figure de rhétorique qui consiste à répéter plusieurs fois le même mot. Goquillart veut dire que les femmes galantes donnent un peu pour obtenir beaucoup, et que pour y réussir elles redemandent sans cesse, et redisent toujours donnez-moi.
Requête. — Première pièce de la procédure adressée au juge, pour obtenir le permis d'assigner et lui faire connaître l'affairé.
Résidant au haut et au loin. — Homme à pendre ou à. bannir, ou sans domicile connu.
Responds. — Réponse que font les enfiints de chœur et les fidèles au prêtre qui lit les leçons. L'un commence les leçons et l'autre chante le réponds : c.-à-d. que les médisances se suirent sans interruption; dès que l'une s'arrête, Tautre commence.
Resson. — Étendue de territoire dépendant d'un baillage. Les grands ressorts étaient ceux des baillis royaux : il n'y en eut d'abord que quatre , ils étaient dans les pays qui étaient restés soumis à la monarchie après le démembrement qui précéda et suivit la chute des Garlovingiçns. Ils jugèrent en dernier ressort Jusqu'à l'institution des parlements.
Restabliêsement. — Mise de l'objet en litige entre les mains du séquestre ou de la partie qui a obtenu la récréance : Coût, de Reims y 1481-1507. Remise en possession définitive de l'objet litigieux , frais nécessaires pour être remis en possession, restitution des frais iodûments perçus.
Réteneion, — • Retenue des biens d'autrui. Femme qui use
de rétencion : qui refuse de livrer les faveurs dont elle a reçu le prit.
Retmire. — Se retirer. «^ Joues retraictes : maigres et creuses.
Bevenue* — Rente féodale. — Revenue masculine : tribut d^amour payé au beau sexe. — Revenue : lieux auxquels on revient , idée qui revient à Tesprit Chose qui revient^ qui platt.
Hévirend père en Dieu, — Titre honoriûque donné aux évéques. J. de Rely, orateur des états de 1484, disait au roi : « Quant on voit les laïs meilleurs que les gens d^Église, qui doivent être le ferme exemple et le mirouer des autres ; et quant on ne trouve pas au chief le sens, le régime et conduite qui se trouve en la plante du pié, c'est grand scandale. »
Révoquer proeuraiion. — La procuration donnée à un avocat par la partie qui ne voulait pas comparaître devant la justice , n'était valable que pour lin an. (V. ProcumtionJ En 1528 une ord. décida qu^une procuration était valable tant que la partie ne l'avait pas expressément révoquée.
Riaulx. — Réaulx , royaux. Allusion aux amours adultères de Louis XI.
Ribault, ribaulx. ^ Au XIII* siècle : crocheteur, journalier, soldat. — Dans le XY* : vert galant , mauvais sqjet. Ribler : débaucher, voler, se débaucher. Ribler à plaisance : se livrer ^ tous les plaisirs.
Mien. — De ree^ rem .- chose, quelque chose. Sur toute rien : sur toute chose. — Rien , riens : négation. Riens du monde : pas le moins du monde.
nifUe pécune. — Riffler signifiait voler, accrocher. On donnait aux sergents le surnom de rifflarts. Menot dit rimandouille pour voleur. Riffle pécune est un sobriquet infligé aux agents du fisc. Rabelais a dit dans le même sens râcledeniers. Les Doléances des États de 1484 commentent ainsi cette expression : « Item j et quant à la charge importable des tailles et subsides que le povre peuple de ce royaume a non pas [porté , car il a été impossible , mais soubz lequel fais est mort et péri de faim et
de povreté Et pour toucher à icelles charges , que nous
pouvons appeler charges mortelles et pestiférés qui eust jamais pencé , ne ymagine veoir ainsi traiter ce povre peuple jadis
nommé françoys? IfaintenaDt le povons appeler peuple de pire condition que le serf; car ung serf est nourri , et ce peuple a esté assommé de charges importables, tant gaiges, gabelles y
imposicions et tailles excessives à cause de quoy sont en-
sujs plusieurs grands et piteux inconvéniens : car les aucuns s^en sont fuiz et retraicté en Angleterre , Bretaigne et ailleurs , et les autres mors de fain à grant et inumérable nombre, et autres par désespoir ont tué femmes et enfans et eulx-mémes , voyant qu^ils n^avoient de quoy vivre; et plusieurs hommes, femmes et enfans , par fault de bestes, sont contraints à 1 bourer à la charrue au col. » Voilà où conduisit la mise des impôts à ferme : les fermiers corrompaient les élus et les sergents , et rien ne pouvait empêcher leurs exactions.
RingueloHé. — Déchiqueté , mis en lambeau. On disait aussi rinsselé pour mis en menues branches ou petits brins. Rains signifiait branches.
Riote, riotte. — Débat , prétention , effort , plaisir bruyant.
— Rioteux, riouteux : querelleur, remuant.
Rire des grosses dénis. — Crier en ouvrant la bouche de manière à montrer les dents du fond. J. Molinet dit : risée du bout des dents, pour cris de douleur.
Risée. — Sourire bienveillant, moquerie.
River. — Suivre le bord d'une rivière. Dériver, s'en écarter ; arriver , y aborder. River serait se tenir près d'une femme. River un clou , c'était limer la tête et la pointe d'un clou introduit dans un corps quelconque : de là peut-être une allusion graveleuse.
Robbe. — * Vêtement long , porté alors par les hommes et par les femmes. Charles VII , qui était mal fait des jambes , l'avait adopté. La robe se mettait par-dessus le pourpoint ; souvent elle cachait une cotte de mailles ; elle était si longue , qu'elle balayait le sol. fV. Décrotter et Manche.) — Les robes des femmes étaient encore plus longues que celles des hommes; quand on n'avait pas de page pour en soutenir la queue, il fiiUait la plier et la porter sur le bras. Cette mode augmentait la dépense de la toilette ; aussi Menot dit-il maintes fois dans ses sermons : Scindatis caudam. Domine. Jhilis.ne in paridisum cum taîibus pompis portare tunicas cum talibuscaudis ?-- Robe d'ung gris bienfaite : robe fourrée de petit-^gris ; mode qui date de 1467.
— Robe à quinze tuyaux : robe qui faisait autour de la taille de gros plis semblables à des tuyatix d'orgue.-* Robe fendue à chevaucher :
chevaucher forme ici une équiroque ; les dames portaient pour aller à cheval , des vêlements moins longs que d'habitude, c'est ce que Mart. d'Auvergne nomme robe courte à chevaucher, 43« arrêt d'amour. On donna bientôt ce nom à la robe des femmes galantes. Elles avaient des robes qui s'ouvraient à volonté devant, derrière, sur la poitrine jusqu'à la ceinture, et sur les côtés, de manière à laisser voir les hanches. Oporiebil merelrieem habere tunicam apertam antè et retrà. Mbnot.
Roequel. — Chemise. Coquillart nomme le contenant pour le contenu.
Rognée ou rongée par le talon. — Femme galante, qui tombe volontiers à la renverse.
itot fJe ne crains que Dieu et UJ. — L'insolence des gens de guerre, même en temps de paix , était sans borne. Voici quelques-uns des propos que leur prête la Chronique du temps de Louis Xi ; « Je regny Dieu ! Les biens qui sont à Paris , ne aussi la ville , ne sont point et ne appartiennent à ceulx qui y sont demourans^ mais à nous gens de guerre qui y sommes, et voulons bien que vous sachiez, que malgré vos visaiges , nous porterons les clefe de vos maisons^ et vous en bouterons dehors^ vous et les vôtres : et ce vous en caquetez , nous sommes assez pour estre maistre de vous. 1465. » — Cette bravade se lançait aussi contre l'autorité des seigneurs. Les communes cherchaient à lui échapper pour frapper sur le gouvernement royal. On disait dans le même sens : qui sert le roy, il a bon maître.
Momarin. — Arbuste odoriférant. On semait les feuilles sur le sol delB salles de bal.
Rome, Romme. — Depuis la révocation de la pragmatique sanction , on ne pouvait plus obtenir de bénéfices qu'à Borne. Le pape avait aussi dépouillé les évêques du privilège d'accorder des dispenses. Il fallait donc sans cesse &ire le voyage de la ville éternelle , et recourir au Saint-Siège. Il vendait ses faveurs : les taies qu'il imposait sur chacune d'elles étaient une véritable mise à prix. fV. Taxe et Vacquant.J Tels sont les abus auxquels Coquillart fait allusion quand il dit : ib vont à Rome pour acquerre dispense ou charge d'Eglise. — La cour de Rome ne s'en tint pas là : elle citait par devers elle une foule de gens qu'elle prétendait ses justiciables : il fallait obéir à l'assignation, consentir à ce qu'elle demandait, ou se voir condamner. — Moines, curés , évêques , clercs de tous rangs , laïcs étaient donc obligés d'aller à Rome , et par suite, d'y porter de l'argent. Les états de
1484 éTaluèrent à plus de 2,000^000 de livres les sommes qui s'ea allèrent ainsi de France en moins de quatre ans , et protestèrent avec énergie contre les concessions qui faisaient sortir tant de numéraire du rojaume. André de la Vigne écrivit un poème contre la révocation de la pragmatique. Rabelais se mocque des romicoles, des romipetes, des romivaiges. Coquillart Tavait fiiit avant eux. — Les enfants jouaient à picquarome : un d^eux, monté sur le dos d^un de ces camarades, le forçait à coup de talon à courir aussi vite que possible. — De là les locutions : qui langue a, à Rome va : — tout chemin mène à Rome, etc.
Bompre sa tête. — Se casser la tète à faire une chose, y perdre son temps.
. Rond, — Facile , qui roule bien. fV. Chose.J Yoye ronde : chemin fecile , manière commode.
Rongeant les crucifix. — Les baiser avec affectation. Invenitis in una parochid magie meritricem osculari patenam quàm alias, Memot. Serm. sept.
Rosier. — Roseau. Arbrisseau qui donne la rose. Planter un beau rosier chez Thète , c.-à-d. débaucher sa femme. Planter avait un sens graveleux , on disait planter le mai : bAton de quoi on plante les hommes. Bogacb. G. N. N.
Rouelle. — Jeton de cuivre percé au milieu. Menue monnaie.
Rouen (Le petit.) *— Nom d^une espèce de danse. Ce mot peut venir de rotare^ il devait être, aussi le nom d'une ronde. Rouen signifiait aussi rouge , roux. On appelait rouen un cheval au poil rouge.
Roulle. — Rôle d'un acteur. Liste , copie.
Rouppie au bout du nez. — Ce souhait du gendarme paraît singulier. Le héros de ce monologue se nomme le gendarme fumeux : les tètes chaudes ont plus de vapeur à perdre que les autres ; peutrèlre la roupie au nez était-elle un signe de gaillardise en amour. Peut-être les gendarmes , dont les habitudes n^étaient pas toutes décentes , affectaient-ils de se peu moucher, soit pour imiter le laisser aller et la fatuité négligente des petitsmaîtres , soit pour provoquer des plaisanteries inconvenantes et des équivoques grossières. Peut-être aussi y avait-il là seulement une habitude imposée par la gêne qui résultait de Tarmure. — Dans une chanson publiée par M. L. de Lincy , sous la date de ltf62,
00 cherche à ridiculiser les milices bourgeoises ; il s'agit d'un bourgeois qui a eu grand peine à entrer dans son armure; enfin .il part:
Qoand il êot marcbé pins tTant,
Il Miitit tiffler na grand vent
Qni hii Bit an nés la ronpie ;
Lon il •*efforee de TaToir.
Mais ne pondant le remonTeoir,
Clacquetant dea denU il s'écrie :
Hé 1 mon coopère Corporeau,
Le rentre ne conlle comme eau ,
Et le nés oonune la rÎTière,
Monche-Boi, je te moncheray. ^4
/e anifl êrmi ( on bien j'irû
Appeler nostre ménagère.
Rùynette. — Rainette, regnette : Jeu de hasard.
thtbem. — Rubans. Les aiguillettes étaient portées par les filles publiques, les autres fenunes se paraient avec des rubans.
Mubriehe, — Rubrique. On écrivait en lettres rouges les titres des ouvrages, ceux des chapitres, le premier mot de chaque division importante d'un volume, la table d'un livre. Savoir ses rubriques, c'était connaître à fond les livres qu'on étudiait. Plus tard, cette locuUon signifiait être habile, instruit, délié en afljûres.
Rue. — De ruer , se précipiter.
JRtatorm. — Homme de' campagne, gaillard vigoureux , vert galant. — RabeUiis dit boire rustrement pour boire beaucoup. Dans la tlO* nouv. de B. Despériers , faire ki rustrerie signifie mener Joyeuse vie.
Ruyt — Rut. Etre en ruyt : être échauffé par Tamour. De ruere ou de rugitus.
Sac, — Chaque procédure était renfermée dans un sac. On pendait ces sacs à des clous fiiés aux murs des cabinets des gens de loi. On disait d'un jugement qu'on ne rendait pas, qu'il était pendu à un clou. Dans le même sens, Menot reproche aux pré<
1res délaisser pendre au croc les messes dont ils ont reçu le prix, c.-à-d. de ne pas les célébrer. — J'eus mieux aimé être dans un sac à la rivière. Allusion à la manière dont Louis XI se débarrassait des gens qui le gênaient ou dont il avait à se plaindre.
Sachée, Contenu d'un sac. A la sachée : comme on vide un sac , en le renversant, ou bien en le secouant. Dans ce sens, sachée viendrait de sacher, sacquer , secouer, hocher.
Sacher, sctcquer. — Secouer, arracher. On dit encore saccade, mettre à sac, saccager.
Sacrement. — Serment. Sacramenlum.
Sade. — Gentil, mignon , aimable. On disait en sens inverse : maussade. — Sadin, sadinet ; diminutif de sade.
Saffée. — Lisez faffée fV. ce molj, ou saffrée. fV. Saffre.J
Saffre. — Frétillant, gai, coquet, élégant, de bon appétit, ardent en amour. — Saffre de chière : ou visage gai, à la mine agaçante. — Saffres couraiges : esprits actifs, ingénieux.
Saige. — De saigir : être saige. — Saige : adj. sage, savant , connaisseur, sagace. — Ne faire que sage : ne faire que ce que font les gens prudents. — Saigesse : sagesse, science , habileté, prévoyance.
Saignez (Vous). — Vous ceignez.
Saillir, -— Sauter, s'élancer. Saillir de buissons : sortir d'une embuscade. — Saillie , saut, sortie faite par des assiégés ou des gens embusqués.
Sain, sainct. — Sein. Les 16» et 18« des C. N. N. parlent des galants qui ont dévotion aux sains de leur dame. — Saincts ouverts : les robes des femmes galantes étaient souvent plus que décolletées; on leur voyait, dit Menot, peclus discoapertum
iis^^ ad ventrem dorsum aperlum usque ad zonam.
Serm. septuag. Les filles publiques allaient plus loin et se montraient à leur fenêtres entièrement nues jusqu'à la ceinture.
Saincture, sainlure, — Ceinture. Les femmes portaient des ceintures tissues d'argent et de soie, garnies de clous d'argent ou de lames d'argent ciselées. Cet ornement était interdit aux filles publiques ; aussi avaient-elles soin de s'en parer. De là le proverbe : bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.
Saint, sainel (tel ou t»\IU en $sl k mieux.) *— Sainct ptratt être ki pourceiDCti dnciui^ assiégé, pris, lié.
Stoirtfie. — Entrée en possession. Possession : droit de jouir, Investiture de la possession. — Saisine et nouvelleté : trouble apporté à la possession , enlètement de Tobjet possédé par autrui.
SatfOfi. — Temps. Perdre sa saison , perdre son temps. — A saison : à temps , à propos. — Avoir toujours saison : avoir la répartie prompte, à propos « être prêt à tout événement.
SaUad$, — Caa<|ue des francs archers, 1435.
SaUiz^ -— SalUei : sortei. -< Sallei à cop : sortez promptement
Sdloer. — Sauver. S^en salvent Dieu et les saints : que Dieu et les saints se tirent de là avec honneur, s'ils le peuvent.
Sam^t. — Son amye, sa mye. On disait same pour son âme.
Sangbieu, — > Penanguinem Dei. Le 12 mai 1478, Louis XI renouvela la sévère ord. de saint Louis et de Charles VII contre les hlaspbémateurs : « Qui regnjent , despitent et maugréent le très-saint nom de nostre sauveur et rédempteur J.-C, et Jurent par dérision , de sa très benoiste humanité, comme par le précieux sang , la chlère , le ventre , les yeux , la tête , les vertus et autres exécrables et inhumains serments, y» fV. Dieu.)
Sann$* — Assemblée qui se réunit au son de la cloche ; prière annoncée de la même manière. Couvrefeu. (V. Senne, ) Ce mot est encore usité en Champagne.
5afu fMaseher duj. (V. MascherJ
San» plus. — Non pas, pas encore. Sans hésiter davantage , sans plus de questions.
Saoul — Aussitôt que la beste est saoule , on y perd la paille : dès que Tamour est satisfait , rien ne le tente plus.
Salin. — Les lois somptuaires du XV* siècle, notamment Tord, du 17 décembre 1485, défendait à chacun, excepté à la haute noblesse, de porter du drap d'or, dVgent et de soycf en robe ou en doublure , à peine d'amende et de conGscation. Les chevaliers ayant 2,000 li^Tes de rente , pouvaient porter du drap
de soye ; les écuyers ayant le même revenu , pouvaient s^habiller de drap de damas et de satin figuré ; le velours leur était interdit. Coquillart fait maintes allusions à cette législation ; chacun affectait de la braver et voulait passer pour ce qu^il n^était pas; on se ruinait en toilette pour satisfiiire la plus ridicules des vanités, celle du costume
SaufconduiL — Feuille de route , passeport , porte-respect. Coquillart veut dire que les prestres courent les femmes galantes , sans crainte d'être iNifoués par les jeunes gens , parce que leur costume les protège.
Saulce. — Drogue. Accompagnement culinaire ou médicinal. — Au figuré : suite, conséquence, précaution oratoire, prétexte, pilule dorée.
SauU de Michelel. — Jeu d^amour. — Faire le sault cop à cop : même sens.
Sauîlier. — Psaultier. (V. PsauUierJ
Saulver les témoins, — Terme de procédure. Répondre aux reproches élevés contre les témoins. On nommait salvation la défense et les répliques des avocats. Ord. d'août 1455 et de juillet 1493.
Saulx. — Sauts. — Les jeunes saulx : les jeux du bel âge ; les années où on se platt à folâtrer, à aimer.
Saupiquet. — Sauce piquante.
SceaUj seau. — Les ofllciers de la chancellerie chargés d'apposer le sceau sur les lettres du roi , commettaient les exactions les plus scandaleuses; laissons parler les états généraux de 1484 : « Et semble ausdiz estatz, que Ton doit mettre ordre et punition à lagrant exaction qui est au sceau. Car plusieurs sont impétrans, supposé qu'ils soient consors en leur fait , souventes fois leur fiiult payer plusieurs sceaulx, qui n'est déraison. Et quant est communité , l'on leur fait payer somme excessive ; et est advenu que puis naguères pour le sceau de la confirmacion d'un privilège de ville, a esté exigé la somme de 400 escus d'or , à cause de ce que les secrétaires qui prennent profit audit sceau , en sont juges et tauxeurs. . . et pour ce , plusieurs povres habitants délaissèrent à poursuivre leurs droiz , et aimèrent mieux laisser prendre le leur que payer la grant somme d'argent du dit sceau. » — Du temps de Coquillart, la ville de Reims dut en-
voyer à Paris des commissaires chargifs de composer sur le prix du sceau de lettres royales qu'elle avait obtenues. — Homme D'est eiempt du sceau : il fliut que tout le monde paye ; personne D'est épargDé par la médisance.
SceUeur. — OiBcier qui appose le sceau.
Scet , $eeu , seeuit. — De scavoir, savoir.
Seiêniique, — Contraction du scientiflque. Rabelais dit scient pour savant.
Scis, ^ Sis, assis.
5e. -< Si , ainsi , ce , celé , cet , celui.
5t6t7to. — Sibille. Sorcière, vieille femme. Femme d'eipérieoce, de bon conseil. — Dire à Gaulthier et à Sibille : dire aux vieux et aux Jeunes.
S€Col, — Sercot , surcot : vêtement de dessus ou chemise.
Seeoum. — Secouer. G. Crétin dit aussi escourre les jarrets pour courir. Soupple Jarret secourre : faire belle jambe ^ sauter^ danser.
Sicmuse. — Combat amoureux.
Secrétaire. — Dans les XIII* et XIV« siècles, on nommait clercs du secret les officiers chargés d'écrire les ordres du roi , les arrêts du conseil , les lettres de la chancellerie au celles de rUniversité. Plus tard ils s'appelèrent secrétaire. Coquillart se souvient de leur ancien nom, et il accuse ceux de TUniversité de dire tout. Les états de 1484 se plaignirent aussi de ca que les secrets du parlement étaient révélés par les secrétaires. On nomniait secrétaires du roi , les officiers délégués par la chancellerie pour expédier les lettres royales. Ils formaient un collège qui contenait soixante ofiBces. Le roi était titulaire de la première charge. Ces fonctions exemptaient d'impAts , et particulièrement de la taille personnelle , aussi les secrétaires du roi avaient-ils des prétentions à la noblesse : Coquillart se moque de ces savonnettes à vilain , le nom de M« Hervé de Croquepoue , secrétaire de basse taille , rappelle à la fois la basse origine de ces parvenus, et les exemptions dont ils jouissaient , au grand mécontentement du public. Louis XI, en 1482 , et Charles, en 1484 , n'en confirmèrent pas moins tous leurs privilèges. Ces officiers
abusaient de la protection que leur donnait la cour, pour coiii' mettre les exactions les plus coupables. Voici ce que dit le cahier des Doléances des Etats généraux de 1483 : « Au regard des* secrétaires , semble auxdiz estats que l'on doit pourvoir aui exactions qu'ils font sur ceulx qui impètrent lettres du Roy, ou de luy don d^olfice , ou quelque expédicion. . . à l'occasion de ce quMls se constituent juges de leurs sallaires , en prennent excessivement si grands sommes , qu^il ne serait possible de y fournir. ... Et puis naguères ont prins et exigé d'aucune villes sept vingt escuz d^or pour le secrétaire. Et pour ce semble aux diz estatz que ceulx qui ont fait telles exactions soient pugnis et contraincts à restituer comme il appartiendra. » On comprend dès tors tout ce qu'avaient de populaire les traits lancés par Goquillart contre les secrétaires.
Sédition. — Querelle , mutinerie, malice.
Scèlleur. — Sceelleur. Ofâcier qui met le sceau à un acte. fV. Sceau.) — Scèlleur de harnoys esmoulus : il me semble quMl s'agit d'un officier chargé de mettre une empreinte , un sceau sur les armes affilées , en bon état , bonnes à vendre , ou h livrer aux gens d'armes. Puisque Coquillart ridiculise ce titre, c'est que ceux qui le portaient s'étaient rendus impopulaires par des fraudes ou des exactions.
Seigneurie (Et n'est pour grande) — Et ce n'est pas pour chose sérieuse , la moindre bagatelle devient sujet de conversation.
Seindre, — Geindre.
Séjourner, — S'arrêter , se mettre en retard. — Séjour : résidence, retard.
Semer. — Travailler à la procréation de l'espèce humaine.
Semist Dieu. ^ Se m'aist Dieu , si Dieu m'aide. Il y a ici un jeu de mots en vogue à cette époque : on disait semidieu pour demi dieu. Menot et Rabelais écrivent semidieu et semis dieux ; on faisait de ce mot un serment déguisé , sentant le paganisme.
Séneschaux d'Auxerre. — L'impertinence des magistrate d'Auxerre était jadis proverbiale. Henri IV disait, si j'avais trois fils, l'un serait roi de France , le second Kan des TarUres, et le troisième conseiller au bailliage d'Auxerre^ et ce serait le plus insolent.
Sentstn. *— Gauche , à gauche , côté du oeeur.
Senne. ~~ Ce mot Tient de eignum , seing , cloche. On nommait senne ou sanne toute réunion convoquée au son de la cloche : rassemblée populaire, les synodes, Touverture des marchés, la réunion des fldèles pour prier dans une église. On disait sénéfler pour signifler \ seuner , sener , pour sonner , publier k son de cloche. Goquillart veut dire que les gens des trois états sont prêts k aller partout où Ton yeut : au sermon , au marché , à la guerre.
5eiifir. — Deriner, épronyer. — Sentir son bas percé : voir venir sa fin comme nn tonneau presqu'épulsé qu'il but percer au bas.
Séparé. » Ecarté : d^un autre côté. Adversaire.
Séquelle. — Suite, Irain , équipage. — Sans séquelle : seul , sans domestiques.
Séguin. — Monnaie frappée h Venise. — Payer la gouge tout contant sequin sequct : le gendarme Tait le geste de compter des sequtns , mais il les compte sur une grille, il laisse entendre qu'il reprend aussitôt la monnaie qui ne fait que passer devant les yeux de la fille qui doit les rece^'oir. fV. ContantJ, — Est-il possible la grâce s'amye desservir , sequin sequet , sans mal sentir ? Est-il possible d'obtenir les bonnes grâces de sa belle amie, en achetant ses faveurs k beaux deniers comptants « sans se donner de mal ?
Sereher. — Chercher.
Sertot. — Chemise , corset, basquin ; vêtement de dessus. — Par-devant le seroot ouvert : « Les gaudisseuses apertœ usquè ad xonam. Quid resMad ostendendum ? » Menot.
Sergent. — De eerviens : officier d'un ordre inférieur. A Reims les sergents de la forteresse faisaient la police : les mauvais lieux étaient soun^ k leur surveillance, ils exécutaient des arrêts rendus contre les filles de joie, et les fouettaient publiquement quand il y avait lieu. — On nommait aussi sergents , les officiers attachés aux tribunaux civiU et ecclésiastiques , et exécutant leurs ordres.
Serre. — Griffe d'oiseau. Tenu en serre : captif, serré de près, écrasé.
22S Serrer l'huys. — Fermer la porte. Desserrer Thuys : rouvrir.
Servage. — Service, servitude, obligation.
Seur, séeur. — De securus, sûr. Pour tout seur : d^une manière certaine , franchement , sans hésiter. — Seurement : k coup sûr , certainement , avec assurance , sans danger.
Si, sy. — Affirmation. Si est : cela est. — Aussi , ainsi. Par tel si : de telle manière. — Il y a toujours sy ou mes. fV. Mais). — Sy , icy.
Sim (Nourrir lej. — Nourrir son enfiint.
Signe. — Enseigne, insigne, types, image, signes de croix, bénédictions.
Simplesse. — Naïveté , douceur , facilité de mœurs. Folie , faiblesse d'esprit. — Simple : sot, naïf, sans volonté.
Sincope. — Syncope. Impuissance , défaillance , manque de force. Aussi en amour amène-t-elle le malheur. fV. Parenthèse.)
Singulier. — Unique.
Sobre. — De sobrius. Je croy qu'il ne fallut rien de sobre : c.-à-d. que la mignonne ne fut pas obligée d'être sobre : on ne lui donne que le strict nécessaire. — On fait aussi venir sobre de super et suprâ. Dans nos vieux auteurs on trouve sobre , sopre, pour trop, excédant : dans ce sens notre vers peut signifier : il ne fallut pas dire c'est trop ^ rien ne dut rester en excédant.
Solier. — Etage, grenier, parquet^ dallage.
Sollu, solu. — Résolu, décidé. — Solutoire : ce qui donne la solution d^une aflhire , ce qui éclairdt le fond d'un procès.
Somme (A), en sommes. — En grand nombre , à un haut degré. — Briefves sommes : en somme , en un mot.
Sommé. — Mis en demeure de remplir ses obligations. Endormi , écrasé par le sommeil.
Son. — Bruit , opinion. Le commun son : le bruit public , Topinion générale. — Son , sont : s'on , si on , ils sont.
Songer. — Inventer. Voir en songe. Songer quelqu'un : le
\oir en réyei y penser nuit et Jour. — Songeart : distrait, ré- ▼eur.
SotmetU f Publier d la). — Les crieurs publics réunissaient la Ibule en agitant une sonnette. A Reims c'était aussi avec une sonnette qu'on annonçait le trépas et l'enterrement des membres des confréries.
SùphUliquiM (Paroles.) — Sentences , proverbes , sophismes, paradoies. — Sophistiqueur , sophiste, logicien , philosophe , trompeur^ charlatan. Les états de Languedoc, en 1456| signalent au roi les larrons qui vendent aux bonnes gens des lingots sophistiqués de bui or et de bui argent.
5onf rv. — De «onlerv. Etre chiche, économiser, mettre de c6té. Je crois qu'il ne flillut rien sordre : Je crois qu'il n'y eut rien de trop^ rien à mettre de côté.
Somer. — Dire des sornettes , des bagatelles.
Smtche. — Grosse bûche. On nommait souche de Noèl la bûche qui devait durer toute la nuit de Noèl.
Soûlas* — De solatium. Consolation , plaisir, distraction. Solacier : soulager, consoler, faire plaisir.
Soulcy brusU. — Avant d'attacher le sceau de plomb porté par les bulles, il fallait le couler : quand le sceau était de cire, il fallait de même faire chauffer la cire pour la rendre molle j un des officiers de la chancellerie se nommait le chauffe- cire. — - Goquillart veut dire que quand on a obtenu un bénéfice ecclésiastique , il faut encore acheter les bonnes grâces des scelleurs : de même quand on a obtenu les bénéfices d'amour , il est encore pour le cœur de lourds chagrins et des soucis cuisants. Le souci, cette fleur aux pétales d'or, était alors en amour l'emUême de la tristesse. Les galants se lavaient la figure ayec de l'eau de solde, pour se donner un air intéressant : cette essence fiiisait pAlir le visage , et rougissait les yeux comme s'ils avaient pleuré.
Sottidre. ^ De solvere. Eclater, jaillir. On disait dans le même sens sourdre. — Faire souldre maint reproche : foire éclater les injures, les réprimandes.
Soûl. — Saoul , rassasié.
Soûle. ~ On nommait ainsi un ballon gonflé d^air. Lasche
comme soûle : si tel est le sens du mot soûle dans cette phrase, il faut y ajouter Tépithète crevée, yidée, ou à remplir d'air. — Peut-être faut-il lire foule : dans le Rosier des Guerres ^\q mot foui est synonyme de paresseux , sans cœur, faible.
Soulfre. -— Poudre à canon.
Souloir. — De solere. Avoir coutume : comme vous soulier : comme vous en avez l'habitude.
Source comble à désir. — • Femme riche d'appas et qui les prodigue. '
Sourd. — De sourdre : jaillir. Ce mot parait venir de solvere.
Souppé. — Qui a soupe , rassasié. On imprimait à Rouen en 1604, le Dessert des mal 5(mpp^«, contenant un plat d'histoires, de douze services au plat , etc.
Soye. — Il y avait à Reims des fabricants de soieries dès le XIV* siècle ; mais il parait qu'ils étaient peu scupuleux dans leurs procédés : ils introduisaient de la laine et du fil dans les étoffes quils vendaient pour être de soie pure, et se servaient de soies mal teintes. On disait proverbialement à Reims et ailleurs : mensonge de teinturier. Pour Goquillart , travailler en soie c'est tromper : les couleurs sont des prétextes, des apparences perfides.
Slillej style. — Formule du droit, jurisprudence : ce qu'il faut penser^ dire et faire. On nommait style du parlement, sa Jurisprudence au fond, et sa forme.— SaToir son stille, c'était être instruit, expérimenté, homme de pratique.
Sucre ou forte épice. — Caractère doux ou emporté.
Suer. — Transpirer, couler goutte à goutte : être ému , brûler d'amour. Mart. d'Auvergne dit tressuer de joie pour éprouver une grande joie. — Faire suer grosses souches d'or à vingt-quatre quaras. Allusion au grand œuvre : son but était de Caire sortir de l'or pur de différents corps. La locution de Goquillart signifie faire fiiire h quelqu'un ce qu'on désire le plus, une chose difficile, tirer de quelqu'un de beaux cadeaux, de Tor.
Suettes. — Chouettes. J. Molinet écrit chuMtes. Oa disait : malin comme une chouette.
Suffmges. — Senices. Menus suffirages : services de toilette, complaisances, missions délicates.
Suitir. — Suivre , s^attachcr à quelqu'un, à sa fortune, le servir.
Supporter. — Protéger, soulager, vouloir et faire du bien. Une ord. de Juin 1456, veut que les officiers des finances supportent le pauvre peuple.
Sureetr^, ^ Lises surseoira : sera remis à un autre jour.
SufprendfV.— Tromper, desservir.^ Surprins : surpr^, séduit.
5ti#. — En haut, debout, allons, toi.— * Sus ou Jus : en haut ou en bas , partout. —Sus , sus : allons vite.
Suise, Suysse. — Gest en 14tf3 que fut signé le premier traité entre la France et la Suisse. À cette époque ils portaient, conune les Allemands , de longs cbeveui. Mart. d'Auvergne donne aux longues chevelures Tépithète d'allemandes. Les premiers Suisses qu'on vit en France furent ceux que Cbarles-le-Téméraire amena en 1465 , sous les murs de t*aris : « Et ont esté ceux qui ont donné le bruyt h ceux qui sont venus depuis ; car ils se gouvernèrent vaillamment en tous les lieux où ils se trouvèrent. » Ph. DB CoM. — ^En 1474, ils conclurent un traité avec Louis XI, et en 1477, ils passèrent à sa solde. Leurs victoires sur le duc de Bourgogne, et la paie que la France leur donnait, avaient changé leurs mœurs régulières et leurs habitudes d'économies, lis se permirent toutes les violences et toutes les débauches reprochées aux hommes d'armes. En 1484 , Charles YIII fut obligé de les licencier, pour satisfaire la Jalousie de Tannée et la haine des populations contre les étrangers. La garde des cent suisses date de 1496. — Les hommes d'armes suisses portaient un collet plat et rabattu sur les épaules, et des vêtements mi-partis, c -à-d. de deux couleurs.
Sybille. — fV. Stbille.J
Taille. — Coup du tranchant d'une épce. Imp6t mis sur les roturiers. Stature.
TalUnL — Désir, intention , volonté , mérite. — Mal tallent : mauvais vouloir, méchanceté.
Tarmé. •— Couleur dt Ud. Vexé, malheureux , écraié comme le tan.
Tant. — Autant , plus , tellement. — Tant que, si bien que , tant il est vrai que, Jusqu^à ce que. — Si tant : tant. On dit encore h Reims si tellement pour tellement. •— Tenir à tout : tenir pour certain , se tenir à une chose. —^ Tant ne quant : Jamais, nullement, quelquefois.
Tapis sont vies à povres amoureux. — G.-a-d. que la rie des amoureux est le sujet de la conversation. On dit encore mettre un sujet sur le tapis.
Tapisé. — Tendu de tapis. Cet usage était à la mode à Reims. Il y avait dans cette ville, dès le XIY« siéclCi une célèbre fabrique de tapis.
Tarintara. — Parler, gazouiller comme un tarin , caqueter.
Tas. — Quantité. — Croire un tas : croire fermement pour une foule de raisons. — A tas : en grand nombre.
Tasle mistre. •— Cette plaisanterie a deux sens. Elle peut être un trait lancé contre les clercs qui voulaient devenir évéques , et contre les abbés qui sollicitaient le droit de porter en cette qualité la mitre et la crosse. Ce privilège fut conféré en 1455 , à Tabbé de Saint-Thierry , près Reims. — Le sobriquet de taste mistre peut s^appUquer aussi aux mauvais sujets. Certains coupables , les bigames par exemple , étaient exposés aux regards du peuple avec une mitre sur la tète : faster la mitre est une expression qui peut revenir à friser la potence.
Tatin. — Diminutif de tantum. On disait aussi un tantinet : un peu , si peu que rien. Dire un tatin, c'est dire un mot , une baliverne.
Taxation, — Taxe mise sur les revenus d''un bénéfice conféré. Taxe des frais d^un procès. Les juges abusaient de leur position pour augmenter arbitrairement le chiffre de leurs honoraires : « Ecce taxationes, quos taxatis, erunt sal et espaces pour pouldrer cames vestras in inferno» » Menot adresse cette rude allocution aux magistrats. Serm. post. IV. Dom. qtuid.
Taxe d'un bénéfice. — Somme exigée par la cour de Rome , quand elle conférait un bénéfice. Coquillart n'ose pas dire que le pape vend les bénéfices ; mais il nomme taie le prix auquel se vendent les bénéfices d^amour.
Tiwir. —Soutenir, maintenir, prétendre, posséder, sâToir, pratiquer, fournir. — Tenir de la lune : être bizarre, ridicule. G. Crétin dit dans le même sens : avoir cerveau pour tenir de la lune. ^ Tenir court : tenir courte la corde qui Ile les cbiens du chasseur pour les empêcher de remuer. — Tenir manière : se maintenir, avoir bon naaintien. — Tenir pied h boule : chercher à se roataitenir debout sur une boule ; on a beau Pessayer, on finit par tomber. — Des robes chei le drapier qui ne tiennent que pour de Targent : c.-à-d. qu'elles sont retenues par le drapier, attendu qu'elles ne sont pas payées. — Tenu : obligé, lié, Intime, pris d'amour, contraint par suite d'engagement ou par devoir.
nnné. ^fV, Tanné. J
Tnuer, — Tancer, gronder, parler haut.
Terme. — Mots. Termes nouveaulx : locutions à la mode. — Position , iMbitudes , manière d'être.
Terrien, — Terrain. Possesseur de terre. On disait seigneur terrien ou terrier.
Teste. — Tête. Teste molle : complaisant, facile , prêt à ftiire ce qu'on veut. — Teste paintc : dont les cheveux sont teints de la couleur à la mode.
Tétin à oreilles. —Réveillé, qui dresse pu ftit dresser roreille. — Doulx jeulx Jectans fermes oreilles : Mart. d'Auv. — Dans le sermon de la Patience des femmes f les dames se plaignent de ce que leurs maris les négligent :
Da pfcnûer ili en f «Mt tsan :
Biais an bMit de Tan c'est merveille.
Comme leur pendent les oreilles.
Teulx, teXj tieuïa:. — Tels.
Thème. — Sujet , matière d'un discours, d'un sermon. — Ung commun thème à tous prescheurs : sujet qui appartient h tout le monde. Au figuré, femme dont chacun peut parler savamment, qui se prête à tout.
Tillrt. — Tisser, foire la trame d'une étofTe. On disait tissier, tissir, tistre. fV. Ourdir.)
Tirtlembean (H* Adam de). — Surnom injurieux donné aux agents du fisc. — Parmi les agens de Gochinart figure un nommé
Pierre ou Parsoo Tiret , voleur et pillard de premier ordre : il fut arrêté en 1484.
Tirer. — Faire feu , lancer des traits. Tirer en avant : Passer son chemin , fuir.
TUsi , lissu. — Etoffe. Tissu cramoisi : étoffe de soie de première qualité. Vêtement fait de cette étoffe.
Toison (Oster laj. —: Tondre , dcspouiller, exploiter, réduire à Tobéissance passive.
ToUu. — Enlevé. De touidre : lollere.
Topicqiicr, — Du grec topos ^ lieu. Présenter des arguments pertinents , bien placés dans une cause. G. Crétin dit se topiquer pour se battre à coup d'arguments. — Topiqueur : avocat , sophiste , raisonneur.
Torche. -* A Reims, une ord. de police de ^1470, défendait de sortir sans lumière quand neuf heures du soir étaient passées.
Torche. —De torcher, fhipper. fV, LorgneJ. Dans la 60* des C. N. N., un enfant tient un propos qui compromet sa mère, m et (ijoute la narrateur), Je croy b;en qu'il en Ait depuis trop bien torché. »
Tordre (Se). — Se faire du tort, se blesser, s'endommager.
Torsionnaire , torsonnière, — Dommageable, qui fait du tort , injuste. L^ord. de février 1443 impose une amende au juge dont la sentence est cassée comme tortionnaire et déraisonnable.
Touillon, iouUon, touaillon. — Toile commune, torchon , habit vieux , dégoûtant : de touaille , toile , ou de touiller , souiller.
Tour, — Plaisanterie, malices, moyens, ressources, tour d*adresse. Service. Bailler deux fins tours ^ bire deux lois plaisir. — Faire ses tours, ses manoeuvres à cheval.
Tourdion. — Basse danse.
Tourei. — Coussin que les femmes mettaient sous la robe et sur les hanches , pour faire paraître la taille plus fine ou dissimuler un défaut de conformation. On nommait touret de nez, un masque de velours qui couvrait le haut du visage.
Tourin (U grand)* — Sorte de danse.
Tourment. •— Tort causé , violence , méchanceté.
Tùume-moUiU. •— Ce surnom injurieux peut avoir pour origine la bataille d^Aiincourt surnommée la Journée des éperons. Molette signifiait éperon ou petite meule à écraser le grain. Dans le premier cas , notre épitbcte signifie fuyard , làcbe ; dans le second elle veut dire âne qui tourne la meule. En temps de guerre (1423), on usait dans les villes de petits moulins que disaient mouvoir des manœuvres ou des quadrupèdes. Dans tous les sens , tourne-molette est une injure.
TownulU. — Tour du palais de justice à Paris , où siégeait Tune des chambres du parlement. On nommait aussi toumelle une petite tour ou tourelle. Ce genre de construction distinguait les maison des nobles. On y établissait ou des escaliers, ou des cbambrettes semblables à nos boudoirs. Coquillart joue sur ce double sens du mot toumelle , quand il envoie les dames qui tiennent la cour du parlement d'amour, visiter les draps du lit en chambre ou en toumelle.
Tout ^ Rendre tout ou tel ; rendre la pareille. ~ Du tout au tout : en tout point, tout-à-fait. — A tout, avec. — - Tout est en Dieu. (V, Dieu)
Trac* — Allure, marche, chemin. — Tracasser : Aller et venir, se donner du mal, faire du brait pour se faire remarquer.
Traditive. — Leçon transmise. Traduction. Explication livrée, donnée à un auditoire.
Traduction de Flavius Joseph. — On trouve à la bibliothèque royale, sous les N°* 7015 et 7016 , deux vol. in f ^, reliés en maroquin rouge , avec les armes de France sur les plats. Ils viennent de la bib. du card. Mazarin, N° 2004, et renferment la 7mduetion de la guerre des Juifs par Coquillart : elle est écrite sur vélin en lignes longues. Ce manuscrit, qui date du XV* siècle, est orné de vignettes et d^initiales , il y a des mignatures à chaque chapitre. Leur style est celui de Jean Fouquet, peintre de Louis XI. En tète est un prologue que voici :
« La louange de Dieu tout-puissant, notre créateur et rédempteur, qui , par sa sainte miséricorde, volt en ce mortel monde naistre borne de mère vierge et souffrir mort et passion par les mains des Juifs , pour nous tous racheter d^enfer, duquel par le pécbiédu premier homme, nous feusmes soubzmis et obligiez. Et
pour avoir entendement par langaige firançois, de Tistoire de la destruction des Juidset delà cité de Jérusalem, ensemble de toutçla terre dlceulx Juids, ce que plusieurs appellent la vengence de la mort et passion de notre dit rédempteur. S^ensuit d'icelle histoyre une translation de latin en francois, prise sur Tistoire de Josepbus^ fils de Natbathie, hébrleu de lignée , Tun des prebtres de Gbrem. Laquelle histoire Ten trouve translatée par monseigneur saint Âmbroise , jadis arcevesque de Milan , combien que Gassiodorus Tace doubte duquel des trois , soit la translaçion , c'est à savoir ou de saint Ambroise, ou de saint Jhérosme, ou de saint Ruffin , prebtre ! Gomme il est escript au premier prologue d'icelle translaçion ou coropilacion, laquelle contient cinq livres , dont le premier commence : Bello parthico , etc. — Jasoit ceque selon Pistoire que Josephus escripvit en grec , il y ait sept livres. Autres aussi cuidans mieulx dire sont d'oppinion que la dite translaçion ou compilacion, contenant cinq livres futilité par Egesippus. Et l'autre compilacion ou translaçion , en laquelle le nom du compilateur ou translateur est ignoré , contient sept livres ; et combien que la compilacion ou translaçion qui contient cinq livres , soit qu^elIe procède de la fasson monseigneur saint Ambroise ou d^aucuns des autres dessus nommés, soit Irès-élégante et compendieuse , et que tous leurs fais soient créables et del'esglise approuvés, toutefois pourceque Tautre compilacion contient sept livres est un petit plus ample et déclarative , aussi que lesdlts deux compilacions ne sont pas opposites ou répugnantes , ains conviennent en ung mesme sens , du moins en la pluspart , celui qui a faitte ceste présente translaçion de latin en françois , s'est arresté principalement à poursuivre le stille et le cours d'icelle translaçion contenant sept livres, en prenant k la fois ce qu'il a trouvé en Tautre translaçion contenantcinq livres, qui n'estoit compris en celle contenant sept livres. Et encore pour donner plus grant entendement et ample déclaracion des fais contenus en ces deux premiers livres , qui semblent estre a$sez sommiers et récitatifs d'aucunes choses déclairées en aucuns des livres des anticquités d'icelluy Josephus, ce présent translateur les reprent selon la déclaration d'iceulx livres des antiquités , à commencer au YI1« chapitre du XIP livre d'icelles antiquités, commençant iccllui \IV cbap. : Per idem temptu defuncto , etc. Jusques en la fin des vint livres d'icelles antiquités. — Or, supplie il'és-bumblement ledit translateur à tous ceux qui ceste translaçion verront ou orront, que si en aucune manière ils apperçoivent qu'il ait désvié ou délaissié du sens littéral de l'istoire, ils ne l'imputent à malice, mais à la siroplesse de son imbécillc et petit entendement , en suppléant s'il leur plaist aux faultcs , et prenant paciement ce tant \)e\i qu'il a pu comprendre
et mettre en cette traiwladon : laquelle il oommenca à miHu», lieu de sa résidence , le doutième Jour du mois d^octobre, Tao de grâce mil IIIIC et soiiante , Tan troiziéme du pontificat de notre saint Père le pape Plus second, Tan XXXVIII* du règne de noire souverain seigneur le roy de France Charles septiesme de ce nom ; Tan untième de rarcbiépiscopat de très-révérend père en Dieu monseigneur Jehan Juvenal des Ursins , arceyesque duc de Reins , et premier per de France , et l'an XXXIX* de Taage dicelui translateur. »
Cette prébce est ornée d^une vignette : on y a peint le translateur assis dans une grande chaise à ciel sculpté : il est habillé d^une grande robe bleu ciel orée , la tète couverte d''un bonnet à frange tombante. Il tend les deux mains sur un manuscrit ouvert et posé sur un pupitre d^église , à pied et à dos pointu. — A côté est un Jeune clerc écrivant sous sa dictée « son papier repose sur son genou droit , qu'il appuie sur le pied du pupitre. L^appartement est riche et orné de sculptures représentant des chevaliers et autres personnages.
Le second volume est ainsi terminé : « Icy nous est la fin de teste hystoire que nous avions promis bsiliier en toute vérité k ceulx qui désireroient cognotstre par quelle manière ceste guerre et bataille a esté faicte et conduite des Rommains contre les Juids. Biais comment elle est composée , nous le délaissons à dire aux lisans. Ils n'auront Ja desplaisanoe ne peinne d^en dire confldemment la vérité, pour ce seulement qu'ils aient eu conjecture par toutes les choses que J'en ay escriptes. — Cette translacion fut parfUcte le sabmedy veille de Pasques flories, vint quatricsme Jour de mars , Fan mil quatre cent soixante-trois , entre sii et sept heures du matin , k Reims. »
Ici se trouvaient quelques vers que nous avons placés à la fin du volume des poésies de Coquillart.
ta bibliothèque royale possède un second exemplaire de cette traduction. 11 est aussi in-folio , mais plus grand. Le texte est écrit sur deux colonnes. Les vignettes sont ornées d'armoiries. Ce manuscrit parait plus moderne que celui dont il est question ci-dessus. Les vignettes sont bien moins nombreuses et ne sont pas si finement exécutées. — La mention suivante se trouve à la fin de ToBuvre : « Cette présente translacion fut faite Tan de nncarnation Jhesucrist mil seze soixante et quatre cens scelon le conte. Le premier jour d'octobre courant. Vueillez Dieu prier pour Tescripvant. » — Nous devons cette note entière k l'obligeance de M. Louis Paris, ancien bibliothécaire de la ville de Reims.
Traict, imicte. — Tiré, retiré, rendu, transporté.
Tmicîer par honneur. — Traiter une question avec le soin qu'elle mérite , ou pour rbonneur et gratis.
TmicUe. — Traité , transaction ^ aoeommodement^
Traigner. — Traîner. Traigner le patin : les élégants affectaient de Mre du bruit arec les énormes chaussures de ce temps : cette mode était ridicule et inconTCnante quand on la suivait dans les églises. — Quod nulluSj cum calepodiis strepilum facientibw , per ecclesiam tncedat. Statuts du chapitre de Reims^ 1435. CV. Patin et Trainacer.J
Train. — Mode, goAt général, bruit , mouvement, état de maison, dépense. — Entretenir grand train : (dire du bruit, poursuivre une affaire avec éclat et rigueur. — Train court : misère, gène. — Train d'estat : peine, charges, travaux attachés k un état, à une position. — Tous les auteurs contemporains flétrissent avec Coquillart le luie efl^né du XV* siècle. Voici ce que dit Menot : ff O 5tiper6ia .' fads mulieres eoncubinas , ut domieellas et filiae et mulieree de bas état non habentes panem ad cômedendum, Zhicunt statum mirabilem, et tôt luœuriœ indè sequilur/ ~ Quare P Quod non oportet inclinare swum statum. Et guum pauper vir (le mari) nonpoleet, plus fournir à Tappointement (à la dépense) oportet lucrari i la peine de son corps. » Serm. fer. VI, post cineres. — Citons encore quelques mots du discours adressé k Charles VIII par Jehan de Rely, député et orateur des États de 1481 : « Le tiers désordre qui est en Testât des nobles. . . . C^est pour leur excessive despense en butimens, vaisselle d'or, d*argent, habits et saintures à hommes et à femmes, trop grant famille, et trop somptueux banquets et convives ; car après prodigalité va rapinC'
sa nourrice , et la suyt partout pié à pié Je diz à propos
que chacun est maintenant veita de velours et de drap de soye : qui est chose dommageable fort, h la richesse et aux meurt de ce royaume; car il n'y a maintenant ménétrier, varlet de chambre, ne gens d^armes (je ne parle pas des nobles ), qui ne soit vestu de velours , que n^ait collier et signet d^or es doix comme les princes , etc. »
TYutnacer le patin. — Porter des souliers k haut talon et à grandes pointes, et les faire sonner sur le pavé , sur les dalles des maisons , pour se faire remarquer. Mart. d'Auv. fait plus d'une alhision à cette mode. fV. Patin et Traigner.J
Traîne ^at/tan(. — Aller en traînant sa gaine, c.-à-d. son
2Si
corps : marcher ayec mollesse et noncbslance. Rabelais nomma traisDe guaisnes les Uclies , les lUnéanto.
Tminée, — Marche , promenade habituelle , intrigue amoureuse. — Faire de maulvalses traînées : suivre de mauyaises habitudes, STOir de coupables intrigues. — Laissons toutes ces Irainées : laisaons-là ces sujets rebattus. — Faire sa traînée : faire sa promenade habituelle , satisfoire ses habitudes amoureuses.
Train. — Tirer, enlever. Tirer de Targent de sa poche, ou du lait du pis de ta vache. — N'avoir que traire : n'avoir rien à donner. — Se trahre : se retirer.
Traison. — Trahison. — Traistre : livrer, abandonner; de tmdere.
TniU, tnls. — Dards, aiguillons. — Amoureux traits : coquetteries , oeillades. Martial d'Auvergne dit de même :
Doalx yeux eaipeuex de sagettes (Flèches) .
Trappe. ^ Trappu : gros et court , solide des épaules. Dans la 80* nouv. de B. Despériers, on lit : « car il étoit homme trapé, bien amassé , et même qui savait bien jouer des couteaux. »
Traiter, — Marcher, laisser des traces, suivre des traces, chercher.
Traveneuf de chemin. — Vagabond , fainéant qui passe sa vie à voyager et à chercher les aventures. Chevalier errant : flâneur, galant qui use sa vie à passer et repasser sous la fenêtre de sa dame. Traverseur signiflait voyageur , et se prenait aussi en bonne part. — Jehan Bouchot, poète français, né dans le XV* siècle , mort vers le milieu du siècle suivant , se donnait en tête de ses ouvrages le titre <|e Traverseur des voies périlleuses.
Trancher de Vcspousce. •— Faire de rembarras. Avoir la place d'honneur comme une jeune mariée. Cette plaisanterie s'applique à M. Jehan L'Estoflé qui préside le tribunal.
Trésorier. — Officier chargé de veiller sur les recettes et les dépenses du trésor royal. Ces fonctions étaient importantes et bien rétribuées : aussi Coquillart dit-il gros trésoriers. — Jehan Bureau, trésorier de France, fut chargé, en 1461, de réprimer les désordres qui éclatèrent à Reims au commencement du règne de
Louis XI. Il se signala par ses cruautés : peut-être le poète veulril venger ici par une innocente plaisanterie les flots de sang versés quelques années avant.
Tricdondaine, — Rabelais écrit triquedondaine. Dondaine était le nom d'une pièce d'artillerie : trique parait venir de triplex, Tricdondaine signifierait donc triple dondaine; c-à-d. dans Uespèce , triple bordée de sottises , d^injures. Eustache Descbaraps nomme ainsi les hautes coiffures à cornes portées de son temps :
Jeunes dames tels triquedondaines
Ne portez plus : aux vieilles en conviengne.
Tricoys, — Tricot, broderies , jarretières.
Triolaine. — Allées et venues, démarches, intrigues. — Trioler signifiait aller et venir. On nommait triolet un couplet de huit vers , dont 1^ premier se répétait aux quatrième et septième lignes. — A Taide de la triolaine : c. -à- d. à force de démarches et de redites.
Tripot — Complot, intrigues honteuses^ mauvais lieu. Amourettes. Moyens de chicane.
Triumphant. — Homme à la mode , à bonne fortune. Héros du Jour.
Trois entais (Ballade desj, — De tout temps, les enlants des Gaules se sont consolés de leurs misères sociales en répétant de Joyeux refrains. Que d^entreprises sur les droits de la nation inspirèrent la verve de nos poètes populaires ! Que d^émeutes commencèrent et finirent par des chansons ! Avant de méditer des constitutions impérissables , Topposition enfanta des coupjets frivoles. Le mordant vaudeville précéda les adresses au peuple français et mille autres chefe-d'œuvre politiques sous lesquels le siècle des lumières crut avoir enterré les virelais des Trouvères, la ballade des Malcontents, les mazarinades des frondeurs et les rondes gaillardes et railleuses de nos devanciers. Mais , Dieu merci, la tradition les a mis sous son égide : les bibliophiles , les archéologues et tous les monomanes de la même famille , dont rit sans pitié le monde positif, se sont acharnés à sauver les reliques de notre vieille littérature , et plus d^une chansonnette écrite en quelques minutes, faite pour une existence éphémère , survit à nos chartes immortelles. La fleur qui , jadis , naissait au pied du Capitole , s^épanouit de nos Jours sur
Mt ruines. Dtiii nos forêts on n'entend plus rougir Tunis indompté ; le merle y siffle encore gatment. Virelais et chansons , ▼iya donc pour flageller d'âge en âge la mémoire des rois corrupteurs , et poursuirei de vos Justes sifflets les ombres de tous ces hommes politiques , de tous ces entrepreneurs de réforme , qui ne furent que marchands , courtiers , ou denrées à yendre. Dès que Loub XI ftit roi , il devint un tyran , et , ce qui est pis^ un fourbe hypocrite. La pragmatique sanction révoquée livra les bénéflees et les hautes dignités de Péglise de France à la Cour de Rome. Les vieux serviteurs de Charles VII , ces guerriers qui avaient chassé l'Anglais du sol national , furent jetés en prison , bannis el dépouillés de leurs biens. Les communes furent écrasées d'impôts; dans plus d'une cité le sang ruissela par ordre de Sa Mijesté : Téchafoud, la potence et la rivière débarrassèrent le monarque des gens qui osaient murmurer. La corruption et la terreur continrent le mécontentement général , et 1/Niis avait , sinon des amis , au moins des sujets. Cependant rirrltatlon des grands et des petits ne pouvait pas toujours rester assoupie : une .explosion devait avoir lieu , et en 1465 , Charles le-Téméraire panint à organiser la célèbre ligue du bien public. Les princes du sang, les gentilshommes, des aventuriers cupides s'unissent sous préteste de venger la nation opprimée. L'armée qu'ils ont créée marche sur Paris ; elle va passer le pont de St- CkHid , quand arrivent au camp deux ballades. L'une rappelle la plus importante des promesses fiiites et violées parle Roi, la convocation des États généraux ; l'autre résume tous les griel^, causes apparentes de la guerre civile. Nobles , prêtres , gens du peuple f magistrats , tous y murmurent ; tons Ils accusent la cour, tous tiennent contre elle des cris de colère et des menaces énergiques. Avant d'aller plus loin, donnons le texte de ces couplets : nous dirons tout-â-rbeure ce qui advint, quand on les eut bien chantés.