‹ Les œuvres de Philippe de VitryChapitre 2 sur 7 · RECHERCHES · texte numérisé non relu

RECHERCHES

Snr la Vie et les Onrragei 4e PkUlppe

4e Titry.

Voyes' oe noble chêne porter vers les eieux et tête majestwut. Ses racines touchent au cœur de la terre. Ses branches nerveoses étendent au loin leur ombre protectrice. Que de siècles ont d^k salué SI jeunesse et son fige mûr! Que de vils insectes ont attaqué sa souche indestrttitible ! Que d*orages sont venus se briser à ses pieds 1 Parfois sans doute le ver rongeur enchaîna sa croissance : Touragan du midi , la bise glaciale de temps k antre courbèrent son front imposant : mais toujours il a vaincu ses ennemis , et bravé leur rage impuissante. Hs ont passé comme la nuée chassée par le vent ; le roi des forêts est resté debout: la main de Dieu seule le fera tomber.

C'est ainsi qu*a grandi la France : fondée par Glovis, assise par Charlemagne sur le trône des Césars, elle va périr au milieu de Tanarchie. Hugues Capet la sauve; Philippe Auguste , Saint Loote lui rendent la place que la Providence lui garde. En vain la 1^

jalousie de la vieille Angleterre travaille avec ardeur à miner sa puissance. En vain les descendants d*un bfttard normand prétendront régner sur un peuple qui les hait : pendant plus d*un siècle , ils pourront promener le fer et la flamme dans nos provinces désolées. LÀ France s'arrêtera dans sa marche triomphante. Mais elle ne périra pas : le ciel la protège.

Au milieu de ces terribles épreuves auxquelles il soumet les nations , leur génie s*exaUe : quand l'adversité vient éprouver les peuples et réveiller leur patriotisme, TAme de l'homme s'émeut et s*élève. Son cœur s'ouvre aux passions généreuses : Alors surgissent les grandes et fécondes inspirations , les nobles pensées : Les lettres , les sciences et les arts participent au mouvement général. A côté du prince intrépide , du sage miuistre , du guerrier habile viennent se placer le poète, Thistorien et l'artiste, et du sein du malheur jaillissent des jours de gloire. Au xiv« sièelé , la France est envahie , dévastée , presque conquise : mais Dieu lui donne Charles V , pour Taffranehir du joug étranger. L'héroïsme des Rémois arrête sous leurs murs la marche menaçante d'Edouard. La Champagne répond à l'appel du pays. Ses enfants courent défendre le sol national : k leur tête brillent Jean , Guillaume et Miles de Dormans , tous chanceliers de France et bons citoyens , Gauthier de Chfttillon , Raoul III , Raoul IV , Gaulhier VI de Brienne , Louis de Sancerre , tous connétables de France, et encore avec eux trois hommes de talent, trois poètes, Guillaume de Machault, Eustache Deschamps et Philippe de Vitry.

Aux deux premiers nous avons déjà consacré quelques pages: nous allons essayer de raconter la vie du troisième. La date et le lieu de sa naissance, l'emploi de ses premières années nous sont inconnus. C'est le sort de tous ceux qui savent sortir de la foule et faire oublier leurs aïeux. Philippe devint ancêtre ! ses descendants se souvinrent de lui.

Un témoignage contemporain, impartial , irrécusable le signale comme champenois. Lorsque Eustache Deschamps défendait contre l'Italie l'honneur de notre littérature , son orgueil patriotique se bornait k énumérer les écrivains distingués fournis à la France par la province qui l'avait vu nattre. Sur cette liste , Philippe de Vitry figure le troisième. Dans une autre ballade , son nom se lit encore ï côté de celui de Guillaume de Machault (1). Mais reçut-il le jour en Champagne , ou ne fit-il qu'y trouver son tombeau ? C'est ce que le mordant Châtelain de Fismes ne nous a pas appris. Les départements de la Marne, de la Haute-Marne et de l'Aube contiennent six communes de Vitry ; les archives de Reims signalent en

^0 OBiivres inédite» d'Eusiacbe Desehamps. T. Lp. 447, IM. — t. IL p. 414 et «le.

maintes occasions des personnages , des cbanoines , des fone- Uounaires de ce nom. On les rencontre dès les premières années da XIV« siècle. A cette époque déjk les titres patronymiques existaient. La bourgeoisie même en avait senti la valeur^ Ce* lui qu'avait porté Philippe appartenait , au temps d'Eustache Deschamps , à plusieurs familles nobles ; elles devaient y tenir avec d'autant plus d'énergie que leur annoblissement était ré* cent. Personne n'aurait pu le partager sans droit avec elles. Mais était-il celui d'un fief possédé par les pères de Philippe? indiquait-il seulement le berceau de leur race : nous TignoroDs. Constatons seulement qu'au momt^nt où notre poète entra dans le monde , le nom qu'il devait illustrer était déjà connu sur la scène politique (A).

En 1285 , parmi les secrétaires de Philippe le Bel , on voit CVji figurer un Philippe de Vitry (B). Il est le dernier inscrit sur ^^^ le rOle où son nom se trouve. Probablement il était alors le plus jeune de son corps , soit par le nombre de ses années , soit par ordre d'installation. On ne peut cependant lui supposer moins de vingt-cinq ans. Il fallait en effet qu'il ait prouvé son savoir et sa capacité , qu'il ait acquis l'expérience des affaires. Il était donc né vers 1260. Notre poète est mort en 1361 ; s'il eut servi sous Philippe le Bel , il aurait été centenaire : cette circonstance aurait frappé les chroniqueurs : or ils n'en disent rien. De plus , nous allons le voir chargé d'une mission diplomatique en 1351. Alors il aurait eu 91 ans. A cet âge on n'entreprend plus guère de lointains voyages; l'heure du repos est venue , même pour ceux qui ont reçu du ciel la faveur de vieillir lentement.

Le secrétaire de 1285 fut peut-être le père de notre poète : probablement il lui transmit sa charge : nous trouvons encore au parlement de Paris, en l3l7, un Geoffroy de Vitry. Philippe le Bel avait épousé Jeanne reine de Navarre , comtesse de Champagne et de Brie: cette princesse, morte en 1304, avait sans doute fait admettre à la cour et dans les offices qui relevaient des princes quelques-uns de ses compatriotes. Les rois ses fils durent les protéger, et ce fut sans doute k leur bienveillance que la fimille de Vitry dut sa ^position à la cour.

Charles le Bel s'empressa de placer ou de conserver parmi ses secrétaires ce Philippe de Vitry , dont nous essayons de tracer la biographie fl5âl - 1327;. Juste appréciateur des services publics et du mérite du jeune employé, il voulut lui donner des témoignages utiles de son estime en lui assurant k

YUJ

«ifr 6 .S. P. par jour et 10 livres pour ses manteaux (1). (C>.

Le féal clerc da roi avait donc déjà payé de sa personne -et gagné par son dévouement et ses travaux les faveurs royales. Il devait alors être dans la force de Tâge : aussi placerons-nous sa naissance de 1285 à 1295.

Philippe de Valois en montant sur ce trône, qu*on lui dis« putait, fut trop heureux de garder autour de lui des hommes (iont ses prédécesseurs avaient éprouvé la valeur et le patriotisme. Il eut soin aussi de maintenir au nombre de ses secrétaires Philippe de Vitry (2).

Les offices de ces fonctionnaires , ceux des maîtres des requêtes de Thôlel étaient confiés à des clercs et à des laïcs. Vitry faisait alors partie de ces derniers : il était marié : le nom de la femme , qui consentit à s*associer à sa destinée , nous est inconnu : ils eurent plusieurs enfants : Michel, l^iîné de leurs fils , obtint sous Plrilippe dA Valois la garde du châ* teau de Chaulny. 11 devint chef de cette famille de Vitry si longtemps brillante à Paris. Elle fournit au parlement plu- >$ieurs membres distingués, à nos rois, des serviteurs fidèles. Le titre de châtelain de Chaulny devint héréditaire à son profit nt trausmissible d'aîné en atné. Elle possédait les fiefs de Crespières , de Chemery et de Goupillières , et portait d*azur à la face losangée de 5 ou de 3 pièces d*or, accompagnée de 5 merlettes de même.

Les pièces du cabinet des titres, qui nous ont fourni ces renseignements, présentent comme père de Michel ce Philippe de Vitry, secrétaire du roi en 1285. Sans doute il est important pour une famille de faire reculer d*un siècle Vépoque de son apparition. Mais ce n*est pas une raison pour admettre sans examen ses prétentions généalogiques. Michel avait une sœur consanguine nommée Guillemette : elle épousa Pierre Blanchet , depuis maître des requêtes et diplomate. Il mourut à Londres en liOt et sa veuve se remaria à Haimon Raguier, trésorier du

(i) Lettres récognitives de ee droit du io aodt 4846. Cabinet des titres- Bibl. nationale.

(i) Blanchard: éloge des maistres des requestes. Paris 4670. p. 74.— Pièces diverses du eabinet des titres.

roi (1)4 II se senit donc éeoulé 116 ans entre le jour où ta fille de Philippe célébrait ses secondes noces , et Tépoque où le père qu'on lai donne aurait été revêtu de fonctions hono» rabies. Admettons plutôt que le prénom de Philippe appartint successivement k deux membres de la maison de Vitry. La vanité ne les a-t'-elle pas confondus?

Au-dessus des secrétaires du roi se trouvaient placés hiérarchiquement les maîtres des requêtes. Le nombre en était peu considérable. Au commencement du XIV* siècle , la conr n*en comptait que trois : sous Philippe de Valois et Jean second, on en vit six. Ifs faisaient partie de la maison royale et la suivaient partout. Elle leur devait la table et le logement; ils jugeaient les causes des domestiques et celles des officiers du prinee , statuaient sur toutes les demandes adressées ao monarque. Les cas sérieux lui étaient réservés : on les examinait en sa présence et ses décisions s*appuyaient sur Ta vis des maîtres des requêtes. On les nommait aussi juges de la porte par ce qu'ils devaient tous les jours siéger à l'entrée du palais ou de rhOtel où se tenait le roi, pour accueillir ceux qui voulaient lui pré83nter des suppliques ou des plaintes. Ces fonctions étaient fort recherchées ; on ne les donnait qu'à des hommrs graves dont la probité , Texpérience étaient bien connues. Simon de Bucy , alors premier président au parlement de Paris , avait grand soin de prendre parmi ses titres celui de maître des requêtes de Thostel du roy.

Philippe de Valois comprit que le secrétariat de son cabinet et de la chancellerie était au-dessous du mérite de Vitry. Pour utiliser ses connaissances administratives et son esprit d*équité, il lui donna Tune des places dont nous venons de signaler Timportance.

En 1531 , Jean avait reçu le titre de duc de Normandie : sa maison dut être placée sur le pied nécessité par sa nouvelle position. 11 avait aussi distingué Vitry parmi ses collègues; et à des époques que nous ne pouvons préciser, mais antérieurement à 1346, il l'avait nommé successivement son secrétaire, membre de son conseil et maistre des requêtes de son hOtel. Il ne l'appelait jamais que son amé et féal censeiller, et le

\i) BliBtliard, éloge des maistres des requestes. Paris 4iT0. p. 74.

traitait avec tous les ëgahlà qu'un priocë a pour l'offieier qa'il apprécie et qu'il affectionne (1).

Pendant que Vilr> suivait avec honneur la carrière qu'il •▼ail adoptée , Tambition de Fanglais n'avait cessé de troubler le repos de la France. Du nord au sud il avait maintes fois envahi nos provinces. La Providence leur réservait de phis cruelles infortunes. Dès 1344 Je comte de Derby, générai d'Edouard tll , occupait la Gascogne : il attaquait l'Auvergne et le Poitou. Aiguillon , Villefranche , Angoulême avaient subi le joug de l'étranger. Vainement Philippe de Valois avait tenté d'arrêter la marche du vainqueur. D'autres dangers l'avaient ' rappelé sur d'autres points. Ce fut au duc de Normandie qu'il confia le ^oin de défendre le midi ; et bientôt è Toulouse se réunit l'armée française. Le comte d'Eu , connétable de France, les ducs de Bourgogne et de Bourbon , les sires de Craon et de Coocy , les comtes de Vendôme et de Tancarville , f Svêque de Beauvais , Jean de Marigny s'y rendirent. La campagne S'ouvrit dans les premiers jours du printemps de 1346. Lei villes de Villefranche , d'AngoulÔme , du Port-Sainte -Marie , furent rapidement reprises. A la tête de cent mille hommes , le duc de Norman dicvint mettre le siège devant Aiguillon. Cette place, située au confluent du Lot et de la Garonne, renfermait de nombreuses compagnies de gens d'armes, et la fleur de h noblesse anglaise. Ce fut le 16 avril qu'elle fut investie rS)!^

Philippe de Valois pensa que les services de Vitry ne sar> raient pas inutiles h son fils ; il lui permit d'aller le rejoindre» et le huit mai Jean vit arriver près de lui son fidèle conseiller. Le mattre des requêtes voulut monter à cheval ^ . prendre les armes et comme tous les bons français combattrrJ pour l'indépendance de la patrie (3). Cependant le siège traînait r en longueur. La garnison, protégée par la nature, abondam-' ment pourvue de munitions et formée de soldats aguerris , résistait avec une opiniâtreté trop souvent heureuse. Chaque jour on donnait l'assaut ; le sang coulait et sans résultat. Le rot d'Angleterre s'inquiétait néanmoins du progrès de l'armée française. 11 résolut d'aller en personne la combattre . Sa flotte était prêle : elle allait partir pour Bordeaux» quand les conseillers d'Edouard le décidèrent à descendre à l'improviste en Nor-

(0 Pi^s da cabhiet des titres : lettres des 24 may et 40 30611546. (i) Frbisaard, tiv. 4^ partie. 4. €bap. 257.

(4^ Pièce do cabinet des titres ; lettres da 2$ may U4«.

mtndie : o'est cè qu'il Ht. Après «voir rainé ceUe milheureiue proTince , il traverse le Betuviisis et marche sur la Picardie. Philippe de Valois court à sa reneontre , et le 26 août la bataille de Grécy fat perdue. Il fallait sauver la fortune de la France ; Jean reçut l'ordre de lever le siège d'Aiguillon et de venir avec toutes ses forces se réunir h l'armée royale (1) ; 11 obéit. L'amour propre national dut se sacrifier au salut du pays.

Pendant cette campagne , Vitry , paya de sa personne. Aussi le prince se montra-t-il reconnaissant. La modeste pension de 6 s. par jour que Charles le Bel avait cru devoir assurer à son secrétaire était insuffisante en temps de guerre, dans un pays devenu champ de bataille. Jean après avoir pris l'avis de son conseil , arrêta que les appointements de son loyal conseiller monteraient à iO. s. par jour tant qu'il serait sous les armes ( 2 ). Dans ces temps malheureux , la monarchie aux abois fut souvent dans Timpossibilité d*acquitter ses dettes. Afin de faire face aux dépenses nécessaires pour résister ï l'Anglais, une ordonnance royale décida qu'il ne serait pas payé de pension au-dessus de 3 s. par jour, et ce depuis depuis le premier octobre 1345 jusqu'au premier octobre suivant. Jean ne voulut pas que Vitry fût victime de cette réduction. Par un arrêté spécial il lui conserva l'intégralité des appointements à vie que lui avait octroyés Charles le Bel fS). Maintenir avec bonne foi les récompenses accordées aux services passés , c'est le moyen d'assurer à l'état pour l'avenir de dévoués serviteurs. Dans cet acte politique , Jean voyait de plus un acte de probité. Brave , loyal , ami des sciences et des lettres, il aurait fait un grand roi s'il eut été plus heureux. Ses volontés furent ponctuellement exécbtées , et les quittances de Vitry prouvent que cette fois comme toujours ce prince Hnt ce qu'il avait promis (4).

Cependant la ville de Calais était tombée dans les mainr

(4; Suivant M. Boehon Tordre de lever le siège serait arrivé avant la perte de la bataille de Crèey , et Jean se serait mis en route dès Ir as aoâU V- édition de Froissard: Panthéon littéraire isss. p. 246.

(3) ^ièees du cabinet des titres : lettres données devant AigaUlea le 94 may 4546.

(n) Idem. — Lettres, du 40 aodt 4846 devant AlgnilIoD.

i4) Pièces du cabinet des titres .* quittances des S juin , M joiUet r- Vf aoat 4S4«.

de TAnfleterre , et l'horrxoo de la France se couvrait de sombres nuages. Dans ces temps malheoreox , Vitry rendit sans doute au duc de Normandie quelques services dont nous ignorons la nature. Mais en I5i8 on le gratifiait d'une somme assez importante . et il en recevait le reliquat le 3 janvier 1349. La même année , le 10 octobre , Jean lui faisait encore un don de 200 livres , dont partie était payée le 16 novembre suivant (1).

Le 23 août 1350 Philippe de Valois , ce prince qui sut au milieu de ses défaites rester sur un trône où rappelaient les lois de rétat et la volonté du peuple , s'en allait i ses pères : Jean lui succéda. Les trêves conclues avec Edouard étaient expirées; il fallait recommencer la guerre. Le nouveau monarque voulut débuter par attaquer Tennemi dans le midi de la France et mettre le siège devant Saint- Jean-d*Angely. Pour atiliser son voyage , il désira visiter la cour d'Avignon et s'assurer par lui-même de la bienveillance du Saint-Père (2). Dès le 3 septembre il avait envoyé Vitry près du souverain pontife pour lui faire savoir son arrivée et sonder ses intentions (S). L'accueil foit à Jean fut amical et brillant. Le roi partit pour le Languedoc, et Vitry resta quelques jours encore à la cour du pape. Nous le voyons à Villeneuve-lès-Avignon le 30 sep. tembre donner quittance des sommes à loi dues à titre d'indemnités (4). Avec cette mission finit sa vie politique : une nouvelle carrière allait absorber les derniers élans de son ardente activité. Bientôt après la mitre épiscopale venait se poser sur son front. On récompensait ainsi le dévoué serviteur de la couronne de France , Tartiste novateur , le littérateur distingué , le philosophe religieux.

. Sans doute ils étaient déjk loin les jours où les muses lui aouriaient. Lorsque viennent les neiges , les roses s'en vont. Quand les cheveux du poète ont blanchi , ses idées plient leurs voXlés ; le souffle du génie s'abat; l'esprit rentre au port. L'flme enfin domine cette mer agitée longtemps par les

(i) Pièces da cabinet des titres.

(3) V. Frolssard. iiv. 4. partie 2, ctup. VL

(8) A cette occasion il lai fat alloaè eo s. par jour .• lettres da roi Jean données à Vinoennes le s septembre 4S50. — Lettres d'Kngoerrand du Petitielier, trésorier dn roi, relatives au paieaMnt de cette somae. Pièces da cabinet des titres.

(4) Qiittance da pènnltiène Jour de septembre .- cabinet des titres.

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•rages : elle règne entre la vie et U mort, entre le r6ve et le réveil. L'homme alors se prépare ,è comparaître devant le tribunal de Tavenir en feuilletant le livre de sa mémoire. Heareux qui peut avec calme remonter le fleuve de la vie et plonger en souriant dans le trésor de ses souvenin ; c*est qu'il ne doit plus rien à ce monde qui demande tant et donne si pen; c'est qu'aux yeux de sa conscience et devant l'Etemel il a Payé sa dette sociale. Spectateur tranquille et désintéressé , il a le droit d'assister à ce drame dont le premier acte remonte aux premien joun de la terre et ne finira qu'avec elle. Si dans cette lice, dont il connaît les périls et les triomphes , il voit s'élancer de jeunes combattants pleins de foi dans l'avenir , seul il peut applaudir sans envie ï leura premiera sodées et dire avec le poète :

; ^ Et ego pastor in Arcadia M,

Que) Jpassé pouvait être plus riche que celui de Vitry. La politique, les trMux sérieux , les luttes de la cour , les périls de la guerre avaicÉt rempli son existence. La poésie, la musique l'avaient embellie, La popularité n'avait cessé de lui sourire. Quelques-unes de ses cBUvres seulement sont venues jusqu'à nous. Il avait composé des ballades , des lais , des rondeaux. De toutes ces pièces courtes et légères il n'en est qu'une qui nous soit connue. La célébrité dont elle jouit dès son apparition la rendit pour ainsi dire classique. Imprimée dès le XV1« siècle , elle a reparu d'fige en ftgé dans diven ouvrages de littérature. Nous voulons parler des dits du franc Gontier. Ce petit poème compte simplement trente-deux vén. L'auteur y peint les joies de la vie champêtre et les misères du courtisan. L'esprit d'indépendance qui tint sa plume , en cette occasion, est noble et sans bravade. 11 refuse de \Vagenouiller et devant les tyrans et devant les mauvaises 'passions. Cette idylle satyrique est infiniment remarquable, par la netteté de son style et l'énergie de ses pensées. Pierre d'Ally , Enstache Deschamps et bien d'autres après eux l'imitèrent. Nicolas de Glamanges la traduisit en latin. Elle &it partie de notre recueil (û).

Nous trouvons la trace d'une autre pièce de ven composée par Vitry dus un passage de Gace de la Buigne, son contemporain. On lit dans son poème sur les plaisin de la

0) Dedals delà ctese des bestes sauvages et des oiseau de piole^ par GastaPhètas eomtede Foix.) Paris, TreppenI in tel. goCh.— CWUa QurMiaBa: èrécfaè de lleaui, ao nom f» Pblltppe de Yltry.

Et si l'ouel se va baignier....

On ne le doit nrie blasmer,..

Gir gariaon selon nature Déaire tonte crèatore De sa donleor, si oom dist Un acteur qui le nous eserlst En on motel qu'il flst nonveanlx, Bt pnls fa Eresqnede Meaulx.

PlitUppe de Vi^ ont nom.

Qui mieux sent motets que nnl hom.

Citons encore quelques] lignes d*un curieux manuscrit intitulé les règles de la seconde rhétorique (1). Il contient des principes de versiCcation à Vusage du XV^ siècle , quelques pièces de vers citées comme modèles et la liste des poètes qui firent la gloire de la France dans les XlVe et XVe siècles. 0n y lit ces lignée : après vint Philippe de Vilry , qui trouva la manière des motets et des ballades , et des lais , et des simples rondeaux s et éia la musique trouva les .1111. prolaciom^ et Ibs notes rouges , et la novelté des proporcions.

Ce témoignage est d'autant plus précieux qu*il fait connaître en peu de mots presque tous les titres littéraires et artistiques qae Vitry peut avoir à Testime de la postérité. Digne compatriote de Guillaume de MachauU (E) il fut son émule. Tous deux firent entrer dans la voie des progrëjs, la musique instrumentale et vocale , mondaine et religieuse. Vitry ne se borna pas 4. composer des morceaux de chants sacrés ou pro&nes ; il approfondit la théorie de Tart qu*il cultivait. Après avoir constaté Tétat dans lequel il le trouvait , il rédigea les réformes qu*il voulait lui faire subir , les améliorations que ses études lui sug* géraient. Ses idées furent accueillies avec faveur. Parmi ceux qui s'empressèrent de leur rendre hommage , il &ut citer Jean de Mures (2). Ce chanoine de Notre-Dame de Paris florissait ▼ers 1350: il réunit les découvertes musicales faites de son temps d^ns un volumineux recueil dont le manuscrit est possédé par la bibliothèque nationale ( 5 ). On y voit développé tout un système de signes 4estiné8 ï indiquer la valeur des notes, la

(4) Il fait partie de la bibl. de M. de Montmerqué, membre de Tiistltnt (2) y, GalUa ebristiana •* èvèehè de Heaax, au nom de PhUipçe de Yitry.

(B) U Vient de l'abbaye saint-Victor et porte le n* 4404. Son titre est * Ptacîka mensntabilis eantns. «» Voir aussi a la MMinthiinmi «fM/M>«u u jnamisarit dassè soos le n* Tior.

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wman ei la mooftnMnt ém tMs. H paritt <pi*îl «st emprooté pretqM entièmncBl aox innoTations professées parTitry.

La bibliothèque dn Vatican renfeime un volame inédit et consacré à des études consciencieuses sur le contrepoint. H passe pour être rœuTie de Philippe. Nous n*avons aucun lenaeignement sur son contenu, son origine et son histoire. Mus il n*en n*est pas de même d*un curieux recueil conservé dans la bibliothèque de Strasbourg, intitulé Liber muaicalium. M. Jung, è la garde duquel il est confié , a bien voulu nous le décrire. Nous M devons les détails que nous livrons k la publicité (F). C*est dans ce texte qu'on doit chercher Tensemble des théories adoptées ou créées par Titry. C'est là que sont exposés et •on mode de notation en signes ronges , et ses principes sur les prolacions , les tons , et les mesures. Quelques-uns des morceaux qu'il créa, sans doute les plus appréciés, sont reproduits à la suite de ce traité. Ils donnent une idée et du génie de Tauteur, et du genre d'écriture musicale qu'il inventa.

Les artistes applaudirent ï ses efforts. Sa réputation s'étendit au loin rt lui valut de glorieuses amitiés. Pétrarque était en correspondance avec lui; de tous les titres qu'il pouvait lui donner dans la suscription de ses lettres, c'est celui de musicien qu'il préftre (1). L'épitre latine è laquelle nous frisons allusion est conservée dans divers recueils manuscrits ou imprimés, mais avec des leçons diverses. L'édition que nous avons consultée lui donne la date du XV* jour des calendes de mars ; les auteurs de la Gaule chrétienne y ajoutent le millésime de 1350. Sans doute la version quils avaient sous les yeux le leur permettait. Cette lettre insérée dans l'un des manuscrits de la bibliothèque nationale (t), renferme quelques phrases inédites anez curieuses. Elles prouvent que Pétrarque estimait aussi Vitry comme poète , et le traitait de : pâeta mine umem GaOivum. Cette hyperbole italienne , due sans doute à l'enthousiasme de l'affîction, établit au moins que les œuvres de Philippe étaient goûtées à la cour d'Avignon H peut-être au delà des Alpes. La missive, dont 11 s'agit, est datée de Padone (G);

fO FmâseosPetrardia, Philippe de Vitfiaeo, IfBsieo , cpistob XZXm. —Frac Petrardae..... epistolaniB Ub. La^d. apai fii—rl OrispiiiBi laei.

^^tàs•i,.

elle nous monire Vitry en rapporte intimes avec le cardioal de Bologne, légat du pape, et un médecin de Padoue nommé Marc. On y découvre quelques détails sur sa vie privée. Le cardinal de Bologne avait reçu du saint Père une mission pour ntalie : il allait négocier un traité de paix. Le diplomate quittQilki résidence ; en route il reçoit une lettre dans laquelle notre poète* le plaint amèrement d* être obligé de quitter la France , ^Jti la communique à Pétrarque. Celui-ci se charge d*y répondre. / Le ton familier avec lequel il s'adresse au poète français , démontre qu'ils se connaissaient de longue date, que leurs relations avaient été bienveillantes. Il rappelé à son ami les jours où tous deux jeunes , pleins de foi dans l'avenir, exaltés par le désir de voir et d'apprendre, ne souhaitaient que lointains voyages. L'ardente imagination de Vitry le transportait dans les climate glacés du nord , dans les sables brûlants de rihde. Pétrarque lui demande ce qu'est devenu son amour pour les excursions périlleuses. Il loi reproche de s'endormir au doux murmure des ondes de la Seine , de se laisser fasciner par les merveilles étalées sur le petit pont de Paris. Il le raille avec gaîté de ce qu'il se borne modestement à se promener dans les prés de Saint-Germain , à monter sur la colline de Sainte-Geneviève pour voir le soleil se lever. Il l'engage à sortir de son apathie , à lui rendre le brillant compagnon de ses belles années , ce Philippe qu'il a connu jadis si plein de feu , dont il aimait à suivre lus enthousiastes rêveries. Cette curieuse lettre respire d'un bout ë l'autre l'amitié la plus vive. De toutes les preuves d'attachement et de considération que Vitry put recueillir dans le cours de sa vie, celleci n'est pas la moins flatteuse : qui n'aurait été fier d'avoir place dans ce cœur, que la belle Laure avait cru posséder tout entier !

Ce n'éUit pas avec quelques ballades que Philippe avait uniquement conquis son renom d'homme de lettres : des œuvres plus importantes étaient sorties de sa plume. Quelques-unes d'entre elles ne sont-elles pas perdues pouc la France? Nous Citerons par exemple un manuscrit intitulé le Chappel des fleurs de lys , classé dans le siècle dernier parmi les livrcg du roi d'Angleterre (1), Sans doute c*est une des dépooillos

(4;Galak>fiHi MMioilMeannn, nawMriplom Régis IngUAf LMéNar<Tt4.

•pimes enlevées i nos princes par les vainqueurs de Poiliers et d*Azincourt. Dans le seizième siècle , le nom de notre poète s*écrivaitVictray. Les textes latins le nomment Philippas de Yictriaci. Victray «st une tradaction du mot Victrhieam, adoptée par Lacro» du Makie , mais repoussée par le témsignage eontemporain d*Eustache Dewhamps , et par les pièces qd«>ous a prêtées le cabinet des titres de la bibfiothèque nationale. Le Ghappel des fleurs de lys , si nous en croyons son titré ^ peut être une œuvr» patriotique et composée en l'honneur de cette famille que l'étranger prétendait détrôner. Les démarches que nous avons faites pour en connaître le lond ont été sans résultat ; nous regrettons d*étre réduits à signaler son existence (GG).

\ Le principal titre littéraire de Philippe est jusqu'à présentes '' traduction des métamorphoses d'Ovide. Avant lui d'autres avàieni translaté du latin en français les harmonieux récits du poète de Sulmono. Chrétien de Troyes , Benoît de Sainte-More , et quelques trouvères encore aujourd'hui sans nom , s'étaient exercés dans les xii«etxiii« siècles à lutter degrâces avec le chantre de la mythologie païenne ; mais aucun peut-être n'avait conduit l'œuvre jusqu'au J)out. Philippe y parvint : il sut donner de plus à son travail un cachet particulier. Alors les métamorphoses passaient, aux yeux des hommes sévères gardiens de la morale publique , pour une œuvre dangereuse; ils n'y voyaient qu'un plaidoyer en faveur des passions et des vices ; aussi la lecture en était-elle interdite. D'un autre côté le style séduisant 4e l'auteur , les Charmes de sa poésie , ses récits élégants avaient trop d'attraits pour que It censure les rendit impuissants. On lisait donc les poésies d'Ovide en dépit de la prohibition qui les frappait. Il s'agissait de concilier les intérêts de la littérature et ceoK des bonnes mœurs. Des esprits ingénieux se demandèrent si le poète avait pris au sérieux les anecdotes qu'il racontait si bien. N'y pouvait-on pas voir une suite d'allégories en l'faonneur des vertus et des idées religieuses ? Sans doute Ovide avait eu connaissance du culte liébraïque et de ses livres saints ; i! avait assisté oomme centemporai» à la vie miraculeuse « à h mort divine du Christ; il l'avait vu payer de son sang la délivrance du genre humain. N'avait-il pas survécu 4e 17 ans aux mystères de la passion ? 11 était donc possible de trou* ver dans ses poésies des allusions aux traditions de la bible , aux récits de l'évangile. D'ailleurs ses vers n'étaient pas toujours emblématiques : les annales de la Crète , de la Grèce » de l'Egypte lui avaient fourni iie nombreuses pages. De cas

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diverses hy))olhèses on vint à chercher , non pas ce qi»*il avait dit, mais ce qu'il avait probablement voula dire.

Cette tâche demandait des études profondes en théolof ie et en histoire, une intelligence vive et délicate, une grande souplesse dans les idées , et surtout une patience énergique : elle B*effraya pas Philippe. Sa franchise égalait son dévoûment k la cause des fettres: dès le début de son poème, il déclare que d*autres ont d^à tenté de trouver la d^nse de la saine morale dans les métamorphoses d*Ovide. Ils n*ont pu toucher le port : il essaiera de Taiteindre. Les premières et les dernières lignes de son poème ne laissent aucun doute sur ses intentions. \Y proteste contre la lettre des poésies licencieuses qu*il traduit; mais il blâme ceux qui ne veulent pas en saisir Tesprit. G*est en Thonneur de Dieu et pour sa plus grande gloire qu*il entreprend ce travail de longue haleine.

Gemme celui d*Ovide » il sedivise en quinze livres : il déclare dès 1^8 premiers vera que, sll essaie cette translation, c*estpour obéir au cri de sa conscience : quiconque a reçu du ciel sagesse et savoir doit en tirer parti dans Tintérét de tous. Loraqu'il a mis en vers une fable païenne , i) examine avec soin ce qu'elle peut cacher de souvenirs historiques, ce qu'elle renferme d'allégories morales et religieuses, d'allusions à la vie et à la mort de Jésus-Christ. Souvent chaque sujet lui fournit phisieura explications. Les mêmes personnages représentent tour- Utour il ses yeux le bien et le mal. Quand le fonds d'une fable est épuisé , il en reprend les détails et il découvre de nouveaux emblèmes. Pour donner au lecteur une idée de cette intéressante étude nous publions l'analyse des quatre premiers livres de l'œuvre.

Un pareil cadre donnait facilement place à la satyre : l'auteur ne recule pas devant l'occasion qui se présente : il stigmatise hardiment les vices- des puissants du siècle. Ses traits n'épargnent pas le clergé ; mais ses attaques les plus vives sont dirigera contre les magistrats. C'est au milieu d'eux qu'il avait passé sa vie: mieux qu'un autre il pouvait signaler leur ambition , leur ignorance et leur cupidité (H). Sa muse est sévère sans malice; sa rigueur est empretute d'une bonne foi incontestable. Aussi prie-t-elle soutrent le lecteur de lui pardonner la rudesse de ses accusations. Elle supplie l'église de l'avertir si ses réprimandes passent les bornes de la justice et de la charité. Vitry ne cesse de protester de son dévoûment à la raligion , de sa soumission à ses dogmes et aux remontrances

qa*il peut mériter. Il place ses (BUTres ^ous la proteclioo de la Vierge et sons Tégide de la sainte Trinité.

La morale quMl prêche n*est pas celle de la dévotion minutieuse : Elle ne place pas la perfection dans les pratiques d*ttn catholicisme étroit : mais elle s^élève aux considérations religieuses et philosophiques de la plus hante portée. Ce n*est pas par la terreur qu*élle eissaye de convertir les pécheurs. Elle veut qu*on aime Dieu parce qu*il est hon , et la vertu parce qu'elle est belle. D'une main hardie Tauteur soulève le voile Jeté sur de vieux abus et signale d*importantes réformes. Ailleurs il discute avec force , mais sans passion , les problèmes les plus graves de l'organisation «ociale. Nous signalons an lecteur son plaidoyer contre la peine de mort : nous le publions.

Au point de vue littéraire, son travail n*est pas moins digne d'attention. De temps à autre sa versification est pénible : on voit qu'elle lutte contre un texte dont elle veut rendre le sens et ses beautés : elle porte avec elle les traces des efforts qu'elle vient de foire. C'est ainsi qu'elle conserve par exemple les désinences latines des substantif qu'elle rencontre. Les gé. nitiUs, les accusatifs survivent ^ la traduction, quand même la rime n'a pas besoin d'eux. Le texte de Vitry renferme de nombreux passages analogues à celui-ci :

Judo t la femme Jovis , S'en aperçât, ce m'est vis.

Si commença Jovem enqvene.

Néanmoins le vers dn poète court habituellement avec focilité ; sa pensée, quelquefois singulière , est toujours nette et précise. Sa fécondité l'entratne souvent au-delà des limites que doit respecter un traducteur. Il s'abandonne volontiers à des descriptions qui dénotent un esprit curieux et observateur (I ). Ses explications morales sont quelquefois trop longues : eUes se répètent de temps à autre et souvent dans les mêmes termes. Mais en général elles ont un caractère original et que tournure imprévue. Le style du poète est celui de son sièda. . Plus nerveux que celui de Machault , il a moins de concision que celui de Deschamps. Les rimes de Vitry dénotent un ouvrage fait non pas pour être chanté publiquement comme les poèmes du cycle Carlovingien , mais pour être lu dans le silence du cabinet. Ordinairement consonnantes , elles cherchent à satisfaire k la fois les yeux et les oreilles : presque toujours elles y réussissent.

Philippe ne se fit sucun scrupule d'insérer dans son ou-

vnge des iMtttges, qui n'étaient |»as de lui : naos citerons comme exemple Tliistotre de Pyrame et Thisbé. Ce petit poème se troave dans divers manuscrits antérieurs au X!Y« siècle (1). Mais qu'on n'accuse pas Philippe de plagiat : jamais usurpation littéraire ne fut consommée avec plus de franchise. En marge du passage en question on lit ces mots : Et noté bien que le maistre , qui fit ce livre , ne dita mis ce conte ; mais Ta pris d'autruy . — Ce n*est pas tout , Vitry «gnale lui-même l'emprunt qu'il a fait : voici son aveu :

0^ vous raconteray le compté Et la fable , sans ajouster , Sans muer , sans riens ester , Si comme uns aultre l'a dite.

Puis y meterai la mérite; C'est ystoire et l'allégorie Que ceste fable segnefie (2).

Cette bonne foi de l'auteur lui fera pardonner quelques expressions grossières et peu poétiques. Les mœurs du temps loi permettaient d'en user. D'ailleurs on ne peut soupçonner la pureté de ses pensées ; il rachète ces licences , alors sans gravité , par l'élévation habituelle de son style , la forme sérieuse de son argumentation. Il aime à semer sur sa route des sentences satyriques ou morales ; on les appeUit alors des notables : elles sont signalées en marge du manuscrit par le mot nota , ou par une main au doigt tendu. Plusieurs d'entre elles se retrouvent dans des auteurs plus modernes ; Deschamps leor dut quelques-uns de ses refrains.

Vitry n'oublie pas d'indiquer aussi en marge les noms des

auteurs sacrés ou profanes qui l'inspirent , et le titre des

ouvrages qui peuvent appuyer ses allégories. L'exemplaire des

métamorphoses morallsées , qui appartint à Jean de France , duc

de Berry , est riche en citations de ce genre ; il présente

même de temps à autre de fort longs commentaires en prose

. latine ou française relatifs aux passages qu'ils accompagnent.

j^ La bible , les prophètes , Ovide . Macrobe , Juvénal , Esope ,

/ saint Grégoire , Gicéron , saint Vincent , les martyrologes sont

\ indiqués toor*à-tour comme autorités invoquées par Philippe.

dT

H) V. manaecrit de la bibliothèque nationale , n« 7148.

(2) Manascrit de la bibliothèque nationale, n* sas. Ancien fonds de St-Vidor li* 4444. — Fol. Si.

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