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I /apparition de cette œuvre sérieuse dut faire époque. Elle suffisait pour faire la réputation d'un homme de lettres. Aussi l*honneor, que la mémoire de Vitry pouvait en attendre, lui futil disputé:
Sic vos non vobis mellificatis apes.
Les manuscrits des métamorphoses d*Ovide moralisées, que nous connaissons en France, se t^nt tous sur le nom de celui qui les a composées ( J ). Mais une copie de notre texte est conservée dans la bibliothèque de Genève ( K ). Sur son premier feuillet , en tête de la table des chapitres , sont quelques lignes qui signalent comme auteur de cette traduction Chrestien Legouais, de Saincte More vers Troyes.
Ce n*est pas tout : Deschamps , lorsqu'il nous vante le mérite de Vitry, le dte dans un passage que nous devons reproduire ici. Quand nous Tavons publié, nous ignorions qu*on pût contester k Philippe la propriété de son principal poème; aussi avions-nous adopté , peut - être avec un empressement nn peu partial , une ponctuation susceptible d*dtre modifiée. Le poète, après avoir &it Téloge de ses compatriotes , ajoute
ee couplet (1):
Et pour leurs &is ramentevoir , Habiles sont à Tescripture Les pluseurs, et k concepvoir ; Dont cinq, dMceulx met en figure :
— Le Mangeur, qui par très grant cure Veut Scolastique traitier,
— Saincte More, — Ovide esclairer Vitry, — Machault de haute emprise , Poètes que musique ot ohier :
Toutes gens n*ont pas ceste guise..
On peut placer les virgules autrement et dire :
— Saincte More Ovide esclairer,
— Vitry, — Macbaultde hante emprise, etc.
Quel est ce Saincte More qui aurait expliqué les ^ésies d'Ovide? Au XIV* siècle, vivait Guillaume de Sainte Maure, chancelier de Philippe de Valois, mort en 1533. Il ne peut
(I) OBayrei inédites de Deschamps. T. 4, p. M7. t. 2.^ note 141.
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prendre rang parmi les Champenois , que comme ayant possédé la 7I« prébende du chapitre de Reims d6 1522 à 1325. Les services qu'il rendit au pays i ses libéralités envers les pauvres sont connus. Quant à ses travaux littéraires, les historiens n*en ont rien dit : et les recherches , qae noos avons faites sur son compte, ne nous ont encore rien appris à cet égard. -<- Deschamps veut-il parler de Benoit de Saincte Mors? Déjà la Normandie et la^Touraine prétendent à Thonneur de lui avoir donné le jour. Les vers, que nous venons de citer» seraient le seul titre qu*on pût invoquer contre leurs prétentions. Sans doute Benoit de Sainte More s'est inspiré des textes d'Ovide pour écrire ses poèmes d'Enéss et de Troye : mais jusqu'à présent rien ne prouve qu'il ait tenté de traduire les métamorphoses et surtout de les moraliser.
Chrestien Lcgouays , de Saincte More vers Troyes, est-il celui que désigne le poète de Vertus ? Le manuscrit qui nous donne son nom est le seul qui le fasse connaitre* Les mots Saincte More vers Troyes désignent évidemment une origine , un lieu de naissance, et non pas un nom de famille. Deschamps au contraire cite un nom d'individu. Il n'attribue pas à celui qu'il désigne uoe traduction en vers français, ni surtout une tradoctionmoralisée< mais seulement des éclaircissements sur les œuvres d'Ovide, sans dire s'ils sont en français ou en latin , en rimes ou en prose, de qu'elle nature ils sont, s'ils expliquent les métamorphoses ou tout autre ouvrage du même auteur. Or, quel poète fut plus fécond qu'Ovide : les fastes , tes élégies , les héroTdes, les amours, l'art d'aimer surtout n'ont-ils pas de tout temps inspiré les commentateurs ? Un des manuscrits de la bibliothèque nationale renferme des paraphrases en vers et en prose sur l'art d'aimer, composées dans le XIV* siècle (t). Quant aux textes latins relatife aux poésies d'Ovide, ils sept sans nembrOé Œlius Donat , le précepteur de saint Jérôme, n'a cessé d'avoir des imitateurs.
La note placée en tête du manuscrit de Genève paraît être d'une antre main que le corps du texte. Elle est tracée avee une encre plus foncée , et par suite peut être plus moderne. Chrestien Legouays est complètement inconnu dans les fastes de notre littérature. En serait-il ainsi s'il avait réellement éorit fœuvre importante qui nous occupe? Son nom n'est-il pss celui
(I) P«JParis. MannserUs français; t. YU. p. 77.
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d*ua cdpUie qai,- ai» eu pré$eac« d'ua poème sans nom d*90tettr , n'aura pas craint de s'en allribuer le ^mérite? L'histoire des lettres, surtout an moyen- dge , est riche en faits de ce genre* Legouays était peat-6tre encore secrétaire de Vitry. Ne s'estril pas emparé sans scrupule d*un ouvrage qu'il aura copié plusieurs fois , auquel d'ailleurs il aurait contribué par des recherches et des annotations latines. Nous ne pouvons pas encore faire eennattre le Saincte More g dont Deschamps vante le mérite.** nous n'examinons ici que la question de savoir si sa ballade' si le manuscrit de Genève peuvent enlever à Philippe un travail qu'ofi n*a jamais cessé de considérer comme sien. La tradition, qui le lui donne, n'est pas simplement orale : elle s'appuye sur un témoignage écrit , ancien » authentique , connu depuis longtemps et jusqu'à présent respecté.
Un manuscrit conservé dans la hibliotkèque de l'abhaye de Saint-Victor (L) porte au verso de sou premier feuillet une mention latine destinée à désigner son contenu. Nous y lisons ces mots : Liber in gtdlieè et rithmieè ediitta a magistro Philippe de Yitrïaeo , quondam Meldetùi êpiscopo , ad reque$tam domine Johanne quondam regine Francie , cûntinens moralités eonteniorum in xv libris Ovidii metamorphoseo$ , etc. — Ces lignes sontclaires et complètes: elles font connaître nettement l'œuvre et son auteur. Leur écriture accuse une main du xv* siècle : c'est aussi la date qu'on peut donner au manuscrit. Ce n'est pas la même plume qui les rédigea ; et le texte du poème parait plus ancien que son titre. Mais la minutie avec laquelle on précise le sujet du volume prouve qu'il ne s'agit pas ici d'une indication légèrement formulée. La phrase est étudiée avec soin : les mots en sont pesés et forment une description à laquelle rien ne manque. Celui qui les écrivait ou reproduisait scrupuleusement une désignation rédigée avant lui , ou consignait dans quelques lignes le résultat de ses investigations consciencieuses et impartiales >. Cette note est la seule pièce que nous puissions citer en faveur de Vitry ; mais ajoutons que jamais personne n'en a contesté l'authenticité : toujours on l'a considérée comme une autorité sérieuse. (1).
(i) Gallia christiaua ; ëvèchè de Meanx. Ph. de Vitry. — Lacroix da Maine : Bibliolhèqae française, 4584. * Iden^ 4n2. — Cb. de Maasao dans ses paraphrases sur Ovide reconnaît aussi les droits de propriété de Pb. de Vttry sur l'œivre en question. V. bibUotbàqie française de Goi^et.
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U bibliothiqae àe SainC-Victor n'éfart |Ma formée pour satisfaiie uniquement la* vanité des religieui. Ils l'ouvraient h la curiosité publique , aux études des éradit». Ils savaient eux-mêmes user des trésors qu'elle contenait. Si les faits si-* Ifnalés dans Tannotation, dont il s'agit, eussent été feux, inexacts, s'ils eussent fait question , ils auraient fini par être reetifiés. On les eut accompagnés de quelques mots dénonçant une iitcertitude k éclaircir , un problème littéraire h résoudre. Or bous ta voyons telle qu'elle a été tracée. Qu'on ne dise pas que nota parlons ici d'un volume enfoui dans la poussière d'un grenier et mis au jour seulement alors que la nation s'en empara. Son existence était connue : les bibliographes, les compilateurs ht ^gnalent de siècle en siècle; et pas une voix ne s'est éle^êf pour protester. Comme nos devanciers, continuons donc k dé* clarer Philippe, auteur des métamorphoses d'Ovide moraliséer.
Ce grand travail était de nature à inspirer d'autres eomposîtions ; mais ceux qui l'exploitèrent n'eurent pas assez de conscience pour avouer franchement les services qu'elle leur avait rendus. Ils surent dénaturer sa forme et garder se» fonds si riche en belles et bonnes pensées. Parmi ces habiles plagiaires il faut citer Thomas Waleys , dominicain anglais et professeur de théologie à l'université d'Oxford. Il est conno soQs les noms de Galois , Gualois , Valois , Wafeis et Walensis. Quelques doutes ont longtemps plané sur sa biographie : aussi place-t-on sa vie tantôt vers 1411 , tantôt de 1325 k 1350. Mais les profondes recherches entreprises par les RR. PP. Quetif elEchard, frères prêcheurs comme lui, sur l'histoire et Tes œuvres des littérateurs de leur ordre , ne permettent plus d'hésiter sur l'époque où il brilla (1). Contemporain de Titry , il joua , comme prédicateur et défenseur de la foi , un rôle important à la cour d'Avignon sous le pape Jean XXII (1316-1334). On lui doit des sermons curieux et d'intéressants commentaires sur la bible et les psaumes. Il voulut aussi paraphraser Ovide et le ramener à moralité. Ses travaux à cet égard furent longtemps conservés dans Tabbayede Clairvaux ; il en existait plusieurs copies. M. Van-praët en signale un magnifique exemplaire dans la bibliothèque de Gotha. Il venait de Rome et portait pour titre : Moralitates magni Thome de Anglia super libres metamorphoseos (9). ~
ri; Scripfores ordinis predicatoram : Paris 9 vol. ii»-fel.4TlS r ^7^^- (i) lieeberches sur; Golard Manali», Parb 48ia.
L*ouvrage 4e Waleys fût communiqué seulemeot dans les pre» mières suoées du XV}« siècle i Téditeur Josse Btdius qui en* treprit sa publication (1). Ce traité flit bien reçu dn public et obtint en peu d'années trois éditions : c*est la seconde que nous avons pu consulter. Cet ouvrage est écrit en prose latine. L'auteur se borne à résumer en peu de mots les fables d*Ovide , et s*étend avec complaisance sur left allusions reli-> gieuses qu'il y trouve. Au débnt du volume on Ut ce ca« rieux passage : i\rofi tnoveat tome» àliquem quod dteiml ottqui fiùmltts poeiarum alia» fitine moraÛiattta et ad itutarUiam domine Johanne , quondam reginœ Frandœ, dudum in rythmum Gatlieum ptine tranàlatM; quia rêvera opusillud ffêqmtquam me legkae memini. De quo benè doleo ; quia ipsus invenire nequivi, lUud emm labores meoe quam piurimum revdaaset (relevastet); ingenium meum eUam adjuvatset. Non enim fitisiem dedignaHis expontionee in pasninu muUihus turmère et auetorem earwn humilUer aUegare, — Que de périphrases pour cacher la vérité ! Au milieu des circonipcutions de ce latin barbare, ne voit-on pas clairement la lutte de la franchise contre l'amonr^propre de l'auteur? Waleys habita la France de 1325 k 1355. Rien ne lui fut plus ilicile que de consulter les manuscrits de Vitry. Il indique assez clairement son œuvre pour faire voir qu'il la connaissait. Si on l'en croit, il ne se souvenait pas de les avoir lus; il n'a pu les trouver et il se plaint de cette infortune. Ces lamentations hypocrites n'ont*elles pas pour but dé tromper le publie ? Sans doute Waleys n'a pas traduit littéralement Vitry ; mais il est évident qu'il profita de ses travaux et qu'il n'a fiiit que les imiter. Quelques passages, que nous citons , édifieront le lecteur à cet égard (M). L'ouvrage du professeur d'Oxford est loin d*être complet ', il s'arrête au moment où Hercules arrache aux enfers la femme d'Admète. Nous devons reeonnattfo que ce travail rachète son défiint d'originalité au fond, par de curieux détails. Waleys tonne avec courage contre les abus du temps , et dépeint dans son style rude et énergique les vices et les crimes de son siècle.
Avant d'être imprimés , ses conunentaires avaient été con-
^0 Metaniorpbotis ovldiana moraliter a magistro Thomas Waleys anflioo r de professione predicatomm sub sanctlistrao pâtre Domiiiics ex-
planeta» 4 ses. — Depuis , ce traité fat rèiaiprimé par Tli, R^gnaalt «1 «SIS, et par Tbomas l'aisnè en 4sai.
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SQltés. Colard Mansion , le savant lypographe de Bruges , les avait traduits ou plutôt imités eu fraocais ; c'est au moîDS ce qu*il déclarait. Noms alloo» voir qu*il était aussi coupable d'une su* percherie littéraire. Libraire dès i 450 , iUommença ses travaux comme typographe vers U75 (1). On lui doit diverses traductions parmi lesquelles figure celle des métamorphoses d'Ovide moraiisées ( N). Il venait de la foire imprimer , quand il mourut en li8i. C'est dans la bibliothèque de Louis de Bruges, ce protecteur éclairé des lettres et des arts , qu'il déposa son manuscrit. I^ bibliothèque nationale le possède aujourd'hui : rédition sortie des presses de Mansion , de nos jours est devenue très rare : M. Yan-^praët déclare n'en eonnattre que sept . exemplaires. Cette œuvre est une reproduction avouée des paraphrases de Thomas Waleys : mais son auteur leur fit subir des retranchements et des additions notables. Après avoir traduit les explications embarrassées du dominicain anglais , il ijoute que ces métamorphoses d'Ovide moralisées et mises en veirs français , dont il n'a pu avoir connaissance , ont été composées à Rouen par ordre de Jeanne , jadis reine de France. Cette désignation de lieu ne se trouve pas dans Waleys : Mansion travaillait donc sur d'autres manuscrits que les siens. Quelques fragments que nous rapportons prouvent que, comme le dominicain anglais , il avait sons les yeux le poème de Vitry. Après avoir déclaré qu'il n'a pu consulter les textes du poète protégé par la reine Jeanne , après avoir protesté de l'empressement qu'il aurait mie à signaler les sources auxquelles il aurait été trop heureux de puiser , s'il avait pu les connaître , il ne se foit aucun scrupule de môler à sa prose des passages rimes que lui fournit le texte de Vitry : c'est ainsi qu'en racontant la descente d'Orphée aux enfqift, il copie mot pour mot le chant que ' Philippe met dans la bouche du prince des poètes. Quand on examine avec soin les gravures sur bois , dont il fit illustrer son volume, on demeure convaincu qu'elles ont été copiées sur celles du manuscrit de Vitry , exécuté pour Jean de France, duc de Bcrry.
Au surplus, Mansion fut bientôt à son tour traité comme il le méritait. En 1493 , Antoine Verard donnait à Paris une seconde édition de son ouvrage : mais, en censeui; rigide, il sup-
(i) Précis des annales de Bruges. Delepierre, Brogcs, t855,in-9«. — Recherches sur Louis de Bruges ; Van-praet.- Paris, 4851 ,iii-8».
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primait le nom du traducteur ; il changeait même le titre de sa publication et rappelait la bible des poètes. C'est sous co dernier nom qu'elle obtînt plusieurs éditions pendant le XVI* siècle. Guillaume Gaston , le premier des imprimeurs d'outre- Manche , traduisit en anglais la compilation de Blansion dont il était rélève ; mais il ne publia pas sou travail ; le temps le détruisit en partie. La fin de son manuscrit était conservée à Cambridge. Les six derniers livres du poème qu'elle contenait , ont été imprimés en 1819 , aux frais du célèbre bibliophile Héber. Bien d'autres encore proGtèrent des travaux de Vitry : nul d'entre eux n'eut le courage de nommer l'homme dont chacun exploitait les travaux {0).
Thomas Waleys, Colart Hansion, disent tous deux que le poète inconnu, qu'ils désignent, travaillait par ordre de Jeanne, jadis reine de France. Ce double témoignage, quoique empreint de réticence, et peut-être même ï cause de la dissimulation qui l'environne, confirme celui du manuscrit de Saint-Victor dans un de ses détails les plus intéressants. S'il ne peut nous aider k préciser nettement l'époque à laquelle Vitry traduisait les métamorphoses , il nous indique du moins l'un des plus nobles patronages qu'il sût mériter.
De son temps, la destinée fit monter sur le trêne de France six princesses nommées Jeanne. Ce singulier hasard n'est pas de nature à simplifier nos recherches: il va nous condamner à ne former que des conjectures. Jeanne de Chainpagne , reine de Navarre et femme de Philippe le Bel, mourut en ISOi. Titry était alors trop jeune pour commencer et mener à fin un travail long et sérieux. — En 1349, on célébrait les noces de Jeanne d'Auvergne et du roi Jean, encore due de Normandie. En 1551 , Charles V, alors dauphin, s'unissait à Jeanne de Bourbon. Thomas de Waleys était mort avant 1550; le demiei acte de sa vie que l'on puisse dater , remonte à 1358. Il ne parle donc pas de l'une des deux reines, que nous venons de nommer. D'ailleurs, quand elles arrivèrent à la cour , Vitry la quittait pour n'y plus revenir. Il n*était plus dans l'âge où l'homme, confiant dans l'avenir , s'engage sans crainte dans de grandes entreprises. Les jours où le génie peut concevoir et produire étaient déjà finis pour lui. — Charles le Bel , le premier de nos rois qui l'ait récompensé, se mariait en 1525 à Jeanne d'Evreux. Cette princesse, veuve en 1387, ne mourut qu'en 1370. — Philippe de Valois, en 1315,alors qn'U était loin d'être héritier présomptif de la couronne, prenait pour femme Jeanne, fille de Robert II , duc de Bourgogne. Elle s'en allait
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de ce monde en 1348.— Enfin en ï 31 6, Philippe le Long avait contracté mariage avec Jeanne, fille aînée d'Olbon IV, comte palatin de Bourgogne. Elle perdit son époux en 1321. et succomttait à son tour en 1329; de telle aorte que» de 1327 k 1329, il y eut trois princesses du nom de Jeanne, pouvant toutes trois se dire reines de France. Deux d'entre elles ne Tétaient plus de fait : veuves de rois , elles n'avaient plus qu'un titre hono* rifique.
Louis le Hutin avait épousé en secondes noces Clémence de Hongrie. Elle était veuve en 1316, et sa succession s'ouvrait" en 1328. Le 12 octobre de cette année on faisait Tinventaire oe ses meubles et joyaux. Dans Tacte rédigé à cette occasion on trouve Tarticle suivant: Uns grant roumans couvert de euir vermeil des fables d'Ovide, qui sont ramenez k moralité de la mort de Jésus - Christ. Prisés 50 livres, parisis : vendu au roy et livré comme dessus, (i) -^ C'était Philippe de Valois, roi depuis le premier février , qui achetait ce volume. S'agit-il ici du poème de Vitry? Sans doute on peut le croire. Cependant l'ofiicier qui décrivait le manuscrit ne dit pas si l'ouvrage qu'il inventorie est en vers. S'il est admis qu'on exemplaire des œuvres de Vitry ait été réellement possédé par Clémence de Hongrie, il en résulterait que son poème était terminé avant 1328 : mais la personne de sa protectrice n'en sera pas plus fiicile à désigner. Thomas Wéleys, mort avant 1350» en se servant des mots quondam regine Franctœ , ne semblet-il pas désigner Tune des deux reines douairières, Jeanne d'Evreox, veuve de Charies le Bel, ou Jeanne de Bourgogne, veuve de Philippe le Long, et exclure ainsi l'épouse de Philippe de Valois , qui mourut sur le trOne ? Pour que cet argument fût sérieux, il faudrait qu'il fût bien établi que le mot quondam se trouve dans le manuscrit autographe de Waleys. S'il fût ajouté par un eopisie , il devient sans valeur.
Charies le Bel s'intéressait k Vitry. N'a-t-il pas récompensé le dévpûment qu'aurait mis son secrétaire à satisftire un désir littéraire de Jeanne d'Evreux? D'un autre coté,Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe le Long , cette malheureuse princesse qu'on accusa calomnieusement d'adultère, aimait les lettres et les sciences. Elle fonda le collège de Bouigogne. Le roman de Gérard de Roussillon lui fut dédié : c'est au moins ce que nous apprend
(0 Paulin Paris. Manuscrits français. T. s, p. nr.'
B. de II Monniie (Uns ses notes sui Duverdier (1). Jeanne, réponse de Philippe de Valois, rivalisait d'amour pour l'étude ayec les reines qui l'avaient précédée. C*est elle qui fit traduire en français les légendes de Voragine , lé miroir bistorial de Vincent de Beauvais. Les littérateurs lui durent aussi bienveillanoe et protection. Sans doute un jour le mystère que nous ne pouvons éclaircir sera dévoilé ; ce qui reste établi, c'est la ftveur accordée aux poètes , aux hommes éclairés , aux princes de la science , par cette maison de France si souvent décriée par le libéralisme. Nous la voyons de. règne en règne, pendant tout le XIV* siècle , applaudir aux progrès de l'esprit humain , recueillir ses œuvres les plus remarquables, et travailler à répandre finstmction, qui peut seule donner le bonheur et la vertu.
Vitry lui dut sa fortune : la protectien de la cour soutint son œuvre, aussi nouvelle que hardie. Elle faisait connaître enfin d'une manière complète ces métamorphoses si vantées, dont la lecture en latin était impossible pour presque tous ; les allégories , les exhortations pieuses , qui s'y trouvaient jointes , levaient l'interdit qui pesait sur elles. Les copies de ce curieux travail se multiplièrent. Quelques scribes supprimèrent les mutualités qui lui servaient de passeport. Pour plaire à des lecteurs frivoles et mondains , ils détruisirent l'édifice élevé par Vitry. S'il avait traduit Ovide, ce n'était pas pour populariser ses poésies lascives : mais il avait voulu servir la cause de la morale et du cbristianisme. Chacune de ses lignes respire l'esprit le plus profondément religieux ; son poème n'est qu'un hymne en l'honneur de Dieu. Tous ses chants exaltent L'amour du bien , le mépris des vanités de la terre , la foi dans un meilleur avenir.
Vitry connaissait le monde et savait combien coûte cher ce qu'il donne, et le peu que valent ses faveurs. Les années s'étaient amoncelées sur sa tête. Les intrigues des cours devenaient une Citigue pour lui. Il savait qu'un règne i son début appelle les hommes nouveaux. Sans doute il pouvait compter sur la bienveillanoe de Jean : mais il aima mieux laisser des regrets qu'entendre autour de lui les malédictions de l'impatience. Ne pouvait-il pas d'ailleurs utiliser encore ce qui lui restait de forces physiques et intellectuelles ?
• Alors , comme toujours , dans le sein de la religion les
(\) Edition iiM*. — T. ii, p. 4SS.
hommes d*éiat trouvaient ce repos qu'on aime à mettre entre les agitations de la vie et son dénoûment. Les devoirs qu'elle impose n*absorbentrils pas sans peine les derniers élans des âmes actives et brûlantes? Vitry possédait une prébende dans la cathédrale de Beauvais (1). Peut-être en jouissait-il d'aboid à titre de bénéfice. Plus tard il entra dans les ordres. Le voyage qu*il fit en iS80 à la cour d'Avignon, le mit en rapport avec le Saint-Père. Son mérite , ses lumières » son dévoûment k la couronne le recommandaient k la faveur du souverain pontife. Ne songea-f^il pas alors à se préparer les voies ^ers un siège épiscopal? Peu de temps après, Tévéché de Meaulx vint à vaquer: Jean de Meullaiit, qui roccupait, passait à celui de Noyon. Yitry sollicite les suffrages du chapitre : il fut élu. Jean applaudit à ce choix , auquel il ne fut probablement pas étranger. Le pape le confirma (2).
Voici donc Vitry, Champenois de fait, s'il ne l'était déjà par droit de naissance. Les premiers actes du nouveau prélat prouvent sa tolérance et ses habitudes conciliantes (5^. La célèbre abbaye de Saint-Faron avait été longtemps soumise à révfique de Meaux ; mais quelques abus de pouvoir reprochés à ses officiers , avaient provoqué les protestations des religieux; ils avaient même tenté de se. rendre indépendants. L'abbé Jean Des Bordes surtout donna l'exemple de la résistance. Après sa mort, survenue en 1338 , les hostilités continuèrent. Un pareil état de choses ne pouvait se prolonger sans scandale. L'arrivée de Philippe facilitait une transaction dans une querelle, où son amour propre ne pouvait être encore engagé. Il s'empressa de donner l'exemple de la modération. Du consentement de l'archevêque de Sens , son métropolitain , et avec l'approbation de son chapitre , il signa des lettres connues dans les fastes de son diocèse sous le nom de charte Philippine. Elle lui conservait le droit de faire juger par les magistrats de son tribunal les affaires civiles des religieux de Saint-Faron , et les outrages qu'ils commettraient envers sa personne, soit dans son palais de Meaux , soit dans un des villages dont
H) V. Histoire da diocèse de BeaiiTais , par l'abbé Dèlettre , viealregénéral. Tom. 2, p. 438.
(a; Gallia christiana.- èvêçbè de Meaox. Tom. 7 et s. colonne 9S3s.
(s; Histoire de l'église de Meaux. Y. T. Daplessis, Paris 21 T7. T. 2 page sss.
n était seigneur temporel , pourvu toutefois que l'offense fût assez grave pour entratner contre le coupable la prise de corps. Dans tous les autres cas , Philippe reconnaissait les pouvoirs judiciaires de Tabbé dans son monastère et sur son territoire. Néanmoins , si un délit se commettait dans Tetteeinte de Saint-Faron , pendant que l'évêque s*y trouvait en visitA , il pourrait , en concurrence avec Tabbé , châtier les coupables. Les dignitaires de la maison et les moines quelle voix publique noterait justement d'infamie , devaient aussi subir les peines qu'il croirait devoir leur infliger. Enfin , si Ti^bé négligeait de faire Justice des actes répréhensibles dont la poursuite lui était réservée , Tévéque pouvait alors en prendre connaissance. Cette transaction satisfit les prétentions de le communauté; elle reconnut dès -lors la suprématie de Tévêque et s'engagea à lui payer chaque année, k la Saint Martin d*hyver , 4 muids de froment. La charte Philippine éteignit des dissentiments qui n'auraient pas dû nattre : les moines finirent par ne plus l'invoquer et rentrèrent peu à peu dans la dépendance absolue de l'évêché de Meaulx.
Peu après , Charles V , alors duc de Normandie , élevait le chapelle du Vivier en Brie; il y créait une collégiale de quatorze prébendes, dont il se réservait la nomination. Philippe obtint que le trésorier de cette congrégation et le curé de cette église seraient obligés de recevoir leur institution de sa main et de celle de ses successeurs. Après cette concession fiiite à son titre , le prélat voulut bien renoncer à toute juridiction épiscopale sur les chanoines royaux. S'il faisait bon marché de ses privilèges, s'il savait respecter les libertés monastiques , il attachait la plus grande importance k l'instruction du clergé. Ce fut de son temps que l'ofiice de théologal fut créé dans le chapitre de Meaux. Les bulles du 7 juin 1555 , datées de Villeneuve près Avignon , donnaient à ce dignitaire le titre de lector êoerœ theohgiœ. Il devait professer , tenir son cours trois fois par semaine , et prêcher les dimanches et les jours fériés. La collation de cet office Alt accordée à Vitry.
A la même époque vivait à Meaux un bourgeois riche et charitable , nommé Jean Rose ; il conçnt le projet d'établir un hôpital et fit part de ses intentions i Philippe. Celui-ci s'empressa de l'aider de ses conseils ; il lui céda de pins quelques terrains qu'il possédait près de la porte Saint-Remy. Ce fut sur cet emplacement qu'on bfltit le nouvel hospice. Cette fondation assurait un refuge b vingt-cinq aveugles et k di»
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ptQvres enflinto; elle donniit douze lits aux voyageurs sans asile que la Providence menait à Meaux. Philippe la consacra par une charte datée du 5 avril 1356 , écrite en son nom et nnnie de son sceau. Il rédigea le règlement de Tbospitalière maison d'après celui de rHdtel-Dieu de Paris. La direction de rétablissement fut remise à deux religieux Augustins ; l'un d'eux exerçait les fonctions de curé ; c'était l'évêque qui devait l'instituer. En cas de décès de l'un des deux administrateurs, on procédait à son remplacement par élection : les aveugles avaient dans cette occasion voix délibérative. Le choix auquel On s'arrêtait n'avait de suite que si monsieur de Meaux Tapprouvait. Philippe affiranchit l'bOpital de la Juridiction de ses officiers ordinaires. Les affaires qui l^ concernaient, les contraventions qui se commettaient dans son enceinte devaient être portées directement à la connaissance de l'évêque. Il ne pouvait se faire représenter en pareille matière que par un mandataire délégué spécialement.
C'est ainsi que Vitry savait utiliser les jours de grftce que le Seigueur voulait bien lui compter. Eteindre la discorde , semer partout les lumières et la parole de Dieu , Civoriser les œuvres de la charité , concilier tous les intérêts et travailler avec ardeur à relever la société que les mauvaises passions minent sans reiflche , telles furent ses dernières occupations. Elles remplirent dignement la fin d'une existence que se partagèrent l'étude et la religion.
Pendant que l'évêque de Meaux se dévouait avec zèle et bonheur k l'accomplissement de ses fbnctions , l'étoile de la France avait encore une fois pêli. La &tale journée de Poitiers avait fait subir au roi Jean les douleurs de l'exil et l'humiliation de la captivité. La guerre étrangère désolait nos provinces. Mille factions soudoyées par l'Anglais mettaient la nation dans l'impuissance de réunir ses forces contre l'ennemi commun. Les excès de la noblesse, les violences des hommes d'armes ne donnaient que trop de motifii au mécontentement du peuple. L'irritation était grande , surtout dans les campagnes. Les Jacques s'insurgèrent et promenèrent le fer et la flamme dans le B^uvoisis, la Picardie et la Champagne. Le duc de Normandie opposait sa prudence et son courage aux tempêtes qui venaient battre le vaisseau de l'état. Souvent il venait à Meaux consulter Vitry, le vieux serviteur de Philippe de Valois. D'ailleurs, dans cette résidence , il était près de Paris où il ne pouvait rarement séjourner sans péril. La duchesse, sa fismme, se plaisait dans UA asile où elle se croyait en sûreté. Charles, pour la mettre.
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I rjftbii d*ttii ciHlj^ de main, avait foit augftienier les fertifleationg dHine place deHeaox, oonnoe sous le nom da marché. Quelques k^inmes d*annes y furent laissés. Au mois d^ mai 1358V>^eaDne de BMiriion se trouvait dans cette citadelle avec un grand nombre de dames et de jeunes enfimts appartenant auit faimilies nobles du pays, qui cherchaient sous la bannière Toyàle un rempart contre la barbarie des paysans révoltés. En rÂsenee du duc de Normandie , les Jacques et les Parisiens s'entendirent pour attaquer les murs, qui leur dérobaient tant de victimes. Les habitants de Meaux leur ouvrirent leurs portes et avec eux assafllirent les tours du marché. Mais la garnison fit une sortie, repoussa les agresseurs , le& tailla en pièces et mit le feu à la ville. Sa cathédrale fut pillée. L*hOtel du roi, ceux des chanoines furent incendiés. Cet hôpital , que Vitry Tenait d'établir, les monastères furent saccagés par la soldatesque. Les vainqueurs exercèrent de sanglantes représailles t des assassinats furent vengés par des massacres.
Le duc de Normandie devait punir la trahison des bourgeois de Meaux : il déclara la ville inhabitable et réunit sa commune ^ celle de Paris (1). Mais bientôt les prières des bonnes cités de France, les suppliques du clergé désarmèrent son juste Dissentiment. Au mois d*août 1558, il octroyait aux coupable» des lettres de rémission. On y voit qu'elles sont accordées au contemplation du doyen et du chapitre de Meaux. Les maisons des chanoines avai^t été détruites: pour les aider à les rebâtir^ le roi abandonna des terrains dépendant de ses domaines et situés près du palais épiscopal (2). Nous connaissons assez le ^asfxt de Vitry pour être certain que le silence de la charte royale à son égard ne prouve pas son inaction an milieu des malheurs de son diocèse. Sans doute il consacra la fin de •on épiscopat à soulager des. misères, que sa prudence et sa obarit^ n'avaient pu prévenir.
La France était épuisée: il fallut acheter la paix. Le désastreux traité de Bretigny fut signé. Des villes importantes , de riches seigneuries, des provinces entières furent livrées k l'étranger. La nation , la honte au front , les larmes aux yeux^
0) T. Mémoire povr servir k l'histoire de Chartes le Mauvais: SecoQsse.< Paris 47S5. T. I. p. 380 et suivantes* — Trésor des chartes. Registre se^ Piteesss.
f%) Lettre de iafflet 4M8. D. T. Doplessis. Histoire de réglise de Meaus.
plia sous ia main de fer du destin. Vaincae, mais non sotmiise, elle eut foi.daus la protection de Dieu; elle cnit en la sagesse du régent et lui reuit son avenir. Autour de lui les rangs se serrèrent, les partis se confondirent, et bientôt on pat espérer des temps plus heureux.
Les princes de la maison de Valois avaient comblé Yitry de bienfiaits : leurs malheurs étaient les siens. Les infortuné du pays brisèrent Tâme du généreux vieillard. Il ne put survivre à tant de désastres ; et Dieu daigna le rappeler de ce monde pour lequel il ne pouvait plus rien. Les historiens n*ont . pas conservé la date de sa mort : mais elle est ûcile k préciser. Le nécrologe du diocèse de Meaux indique son anniversaire au 9 juin : ses archives prouvent que le siège fut vacant du mois de juillet à celui d'octobre 1361. C'est alors, seulement , que Jean Rouyer , conseiller et aumônier du roi Jean , remplaça Vitry. Ce fut donc vers le 9 juin 1361 qu'il fut relevé de ce poste où , sentinelle vigilante , il avait su bien défendre les doctrines de l'évangile. On ne soit où reposent ses restes mortels. Peut-être une dalle ignorée de la cathédrale de Meaux les a-t-elle protégés contre la profimation des mauvais jours. Qu'elle les défende encore. Philippe de Vitry , féal conseiller de nos rois, vrai disciple du Christ, vous avez dignement porté dans ce monde le fardeau de la vie! Vos études , vos écrits , vos actes n'ont cessé d'avoir pour but le triomphe de l'instruction et de la morale. Croyez-le bien , les hommes ne sont pas toujours sans mémoire. Gomme le demandent les derniers vers de votre poème, le ciel a dû s'ouvrir pour vous, la terre n*a pu vous oublier. Votre nom , le souvenir de vos œuvres n*ont pas péri. Us vivront tant qu'en France on aimera les lumières et la vertu. Noble ami des muses , dévoué serviteur de la France, fidèle conseiller des princes malheureux, la Champagne vous réclame comme son fils bien-aimé. Les arts , la poésie , la religion vous compleront toujours parmi leurs enfiints les plus chers. Aux monuments d'airain survivent la reconnaissance et Testime des nations.
P. TARBi.
LES MËTAHORPHOSES DrOVIDE
ttORALISÉES.
NétnMTf koses d*(Mde ■MraliséM
Se Tescripture ne me ment , l'èat est pour nostre enseignement Qaanqu'il a en livres escript, Soient bien ou mal li escript.
Qui bien y vourroLt prendre esgart, Ly maulx y est que Fen s'en gart , Ly biens pour ce que l'en le face.
Et kjpxi^ieux donne cuer et grâce 6e conqnerre sens et sçavoir, il ne doit pas la bouche avoir "trop chière au bien dire et espondre ; Quar nulz ne doit son sens respondre ; Quar ne vault sens , que Ten enserre, Ne plus qu'avoir respus en terre.
Pour ce me plait que j'encommans Traire de latin en romans Les fables de l'ancien temps.
S'en diray ce que j'en entens , Selon ce que Ovide les baille.
Pluseurs ont essayé , sans faille , A faire ce que je propos , Sans accomplir tout leur propos.
Et ja soit ce qu'en moy n'ait mie Plus sens ne plus philosophie De ceulx qui se cuidèrent faire , En Dieu me fy de cest affaire, Qui aux saiges et aux drscrès Respont et celle ses secrès ;
Si les révelle aux aprentis , Qui sont de Tenquerre enlcnlis.
Or me doint Dieux tel ditié faire , Que tuil puissent prendre exemplaire Du bien faire et du mal despire!
Si me doint bien ceste matire Encommencier , et mieulx moienner , Et k très bonne fia mener !
Dès le premier commancement Du monde jusques à Tavenement Jhesu Crist , qui pour nous requerra Voult descendre du ciel en terre , Font cy mention cestes fables , Qui toutes semblent mencroyables :
Mais n'y a rien qui ne soit voir.
Qui le sens en pourroit avoir , La vérité seroit apperte, Qui soubz les fables gist couverte.
Ne puis cy faire mencion De chascune exposicion Des fables : trop y metroye , Et les auditeurs greveroye.
Trop seroit longue la matière , Si ne pourroye tant écrire.
Mes les mutacions des fables , Qui sont bonnes et pouriGtables , Se Dieux le me donne , esclarciray Le plus briefment que je pourray, Pour plus plaire à ceulx qui l'orront ; Quar maint proufiter y pourront.
Mais ains , pour ce que je me sens De foible engien de foible sens ^ Prit tous ceulx , qui liront cest livre , Que se je mespren à escrire Ou à dire ce que je ne doie ,
Corrigent moy. Bien le vouldroye ; Quar je suis prêt , se Dieux m'ament , De croire leur corrigement , Si com sainte église vouldra Que je doy croire ce qu'el croira.
Qui autrement me reprendroit , Je dirois qu'il mesprendroit.
Le premier livre.
Or vueil commencier ma matière.
Ovides dist : Mes cuers veult dire Les fourmes , qui mués furent En nouveaux corps. — Aucuns cuidèrent L'aucteur espondre et desclairier S'entremidrent de Tempirier , De l'aucleur resprendre et desdire ^ Disans que li aucteurs dut dire :
Les corps qui en fourmes nouvelles Furent mué. Mes telz fa vêles Ne doivent audience avoir.
Homs raisonnable doit savoir Que bien dist , se croy , li aucteurs :
Quar , ainçois que li Créateurs Créast le monde, il n'esloit encors , Ne ne povoit estre nul corps , Qui nulle fourme receust.
Que le corps ière il ? dont Dieus deiist Fourme traire au commancement.
Il n'estoit rien fors li seulement , Qui en sa divine pensée Âvoit la figure ordenee Telle comme il la dooneroit 4 Âtt corps , que de noyent feroit.
Ainsi croy je qu'il soit sans faille.
Ovides en sa commençaille Appelle en plurier Dieux , et dist :
Ay des Dieux à faire cest dist.
Oui TOUS celles formes muastes, Quant vous aux nouveaux corps donastes ; Si faites dès le créement Du monde, en continuement Perpétuel jusques à mon temps , Cest présent ditie que j'entens.
Quoyque li mol paien creussent Des Dieux , et que plusieurs en feussent , Nous devons croire formément Qu'il n'est fors un Dieu seulement , Un seul créëres qui créa Tout. Et trois personnes y a D'une majesté , d'une essence , D'une esgauté , d'une substance Et d'une perdurableté ^ Sans point de variableté, Pères et Fils et Espéris* Qui ce ne croit, il est périls.
Ces trois personnes tout créèrent, Et sensiblement se muèrent.
Quar le Fils voult des eieulx venir Au monde et nais homs devenir , Pour sauver les honimes périlz.
Aussi fu li Sains Esperis , Selon l'escripture divine , Veuz en fourme coulombine Sus lui , quant pour nous natoier Se fist en l'eau baptisier.
La vois du Père y fut oye Venant jusques à l'umaine oy« , Disant : C'est mon Fils , mes amés :
Oyez le tous , vous qui m'amés ! »
Ainsi s'apparurent ensemble Ces trois personnes , se me semble.
Et bien porent estre avisées En trois semblances devisées :
Sans deviser lear unité , Et sans maer leur déité Se muèrent en un moment En trois guises sensiblement.
Pour ce pot en pluralité L'aucteur prier la Trinité; Non pas pour ce que trois Dieu soient ; Quar les trois un seul Dieu faisoient, Et font ores , et toujours feront ; Quar ja que un seul Dieu ne seront.
Hystoire.
Avant la mer, avant la terre.
Le ciel , qui tout cueuvre et serre , Estoit un seul vouls de nature En tout le monde , si com il dure.
S'iert tout envelopés en tasse Ly mons, en une obscure masse :
Chaos ot à nom li moncieux , Dont Dieux traist la terre et les cieulx.
Ce n'iert fors un monceaux de forme Sans art , sans devise et sans forme , Où tout estoit en descordance , Jointe des choses la semence.
Nulz soleil ne luisoitj encores ; Ne la lune ne croissoit lores; Ne la tfrre en l'air ne pendoit ; Ne la mer ses bras n'estendoit Entonr la terre. Âins yert ensemble.
Terre , et mers , ^et airs , seg me semble.
Se n'avoient li élément Nul certain establissement ; Tout estoit ensenable confus Et mer et terre, et air^, et fus.
Et si n'estoit la terre estable. Ne la mer n'estoit pas noable ; Ly airs n'avoit point de clarté ; Ne les cieulx de légierelé ; Nulz sa propre fourme n'avoit ; Et li uns d'eulx l'autre grevoil ; Qu'en un corps descordablemenl , Par répugnable assamblemeot^ Fu la chaleur avec la froidure , Et la mole chose avec la dure , La legière avec la pésenteur, La sécheresse avec la moiteur.......
Dieux naturans nature,
De Ja terre desseing Tair ,
Et mer de terre , et l'air du feu ;
Et mist chascun en certain lieu ,
Et lia par paix acordable :
Or ert leur ordenance estable.
Ly célestieux feu sailli.
En plus haut lieu , et après ly
Ly air, qui de lien le ressemble
Et de légièreté, ce me semble,
Plus que la terre et mer ne font.
La terre est assise en parfont.
Qui plus est espèce et pensans.
Pour les griefs choses qui sont ens.
La mer la çaint à la ronde.
Et ses bras estent par le monde.
Pour manifester clèrement
Et pour donner entenden^ent
Comment vait li ordenemens
Et rassise des élémens.
A ce yeoir noas avisa Ovides, qai les devisa.
Si voult similitude faire Telle qoi nous monstre et desclaire Appertement , si corn je cuit ; C'est par un oef en coque cuit.
En l'oef , se me semble , a trois choses , Qui souC dedans la coque encloses , Le moieulx , l'aubin , la pelette , Qui plus est près de la coquette.
Ly moieulx nous note la terre , Que ainsi que li aubins enserre, Pour qui nous devons la mer prendre.
Tout ensément doit on CiUtendre Que la terre est avironnée De mer : après est ordonnée.
La pelace tenue et dongie.
Qui sur les autres est asségie.
Tout ensément voult Dieux former L'air moite sur terre et sur mer.
Après vient par ordonnement La coque, qui Tentendement Du feu nous représente et note.
Ainsi est Tordenance toute Des élémens manifestée , Qui bien garde ceste adoptée.
Quant Dieux ot ordenéement Asségie chascun élément, Premier a la terre amoncelée ; Égalle la fist reonde et lée.
Après a la mer espandue Et entour la terre estendue, Que s'emfle et trouble moult souvent , Selon le soufflement du vent.
Estaocs et fontaines fist , puis
Fleuves courans , lacs et puis.
Si fist estandre les campaigoes
Et bault eslever les montaignes «
Et les vallées abaissier ;
Si âst les forés verdoier.
Ou ciel les cinq zones assises.
Les .II. sont à sénestre mises «
Les deux à destre , et au milieu
La quinte plus ardante de feu. ?*
Gnq en remist en terre , à destre
Les deux, et les deux k sénestre^
La quinte emmi plaine d'ardure.
Les deux sont de si grant froidure
Que ne pevent estre habitées :
Les deux moyennes sont temprées;
Quar atempréement sont assises ,
Entre le chaut et le froit mises.
Pour ces choses fist assegier Dieux Pair , qui plus estoit légier.
Mais tant comme il poise moins d'eulx ^ Est il plus pesant que li feux.
TIluec mist nubletes et nues.
Et tonnoires , dont esmeues Sont souvent gens et eflraées. lliuec mist foudres et borrées, Et les vens faisans la froidure, Et la gelée froide et dure.
De vers l'orientel conirée , Du royaume de Nabatbée Vient Eurus c'om dist Solerre.
De vers occident prent son erre Sephirus , qui Galénte a nom.
Bise devers septentrion Ly frois , qui les ruisseaux assuie.
Auster , qui amaine la ploie , Vente encontre devers oHdû Ordonné sont, si com je dy.
Les vens en divers lieux pareuix ; Chascun a deux collatéreux.
Quant li uns vente , et Pautre resse :
Ne queurent pas tous d'une lesse ; Ains ventent ordenéement.
Dieux ne voult pas communément Livrer lors le monde b bandon; Quar sll couroient d'un randon, Tout le monde trébucheroient.
Ja soit ce que devises soient , Font il souvent au monde dommage, Tant sont destroit et plain de rage.
Le ciel qui fu plains de clarté, De légièreté et de purté^ Assist Dieux sur toutes ces choses :
Et les estoilles, qui encloses Avoient soubz la masse esté, Monstrèreot lors leur clarté.
Ly soulaus et la lune luirent , Qui lors primes apparurent.
Pour ce qu'aucune région Ne fust sans habitacion.
Dieu mist signes ou firmament , Et les estoiles ensémenti Et les formes de Dame Dieux Qui sont perdurable. Et voult Dieux Mettre en l'air les oyseaux volages; En terre fist bestes sauvages Et les domestes habiter; Es yaues fist poissons noer.
Beste de grant nobilité Et de plus sainte dignité
Falloit encore: ce fa homs,
Qui sur bestes et sar poissons,
Et sur tous les oysiaux de Tair
SeigQourissist a son vouloir.
Lors fu fais boms. Si fu doublance,
Selon la paienne créance
Qui la vérité ne sa voit.
Se cyl ouvriers , qui tout avoit
Forgié, cilz où tout bien habonde,
Dieux ymage du millour tnonde,
Quant homme ot fait à sa samblance,
Ly ot de divine semence
Donné forme et créement ;
Ou si la terre franchement,
Quant fu du ciel départie ,
Reteint en soy quelque partie
De la célestiel semence.
Ly fils Japet, dit la sentence , Prométhéus , qui moult sa voit , De terre et d'yaue fait avoit Une ymagete \k la samblance Des Dieux , qui toute ont la poissance De toutes choses ordonner.
La glose dist que pour donner A Tymage Tesperit de vie , Ot du char du souleil ravie Une luisant foaylle enflamée, Dont il ot l'ymage animée.
El toutes aient les autres bestes Vers la terre enclines les testes , Hault visaige à homme donna .
Tel le fist et tel l'ordonna Que le ciel voie à son vouloir , Si aille k deux piez dreciez vers Tair.
Allégorie : rAutenr.
Or vaeil espondre ceste fiibie, Q«î a l'ystotre est accordable.
Ains qoe Dieux fisl mer ne terre, Ne le ciel qui tout cueuvre et serre , Ne les enfers , ne les abismes , Ëstoii Dieux seul en soy meismes Regnans en perdurableté , En sa parfaite trinité.
Et tant avoit de gloire lores Ly bons sires, com il a ores.
Par sa grâce , et par sa bonté , Et par sa large voulenté , Com cil en qui tout bien babonde.
Ordonna qu'il feroit le monde Et créature créeroit Telle que parsonniers seroit De sa grant joye espéritable, Et de sa gloire perdurable. Et quant ly plut , ainsi fu fait :
Si mist ccste pensée a £aiit , Sans nulle ayde d'autmi querre.
Au premier créa ciel et terre , Et tout le monde en un moncel.
Si ordonna les angeb ou ciel , Qont les aucuns , qui s'orgoeillirent , Oa-ténébreus enfer chéîrent.
Angelz estoient; or sont Dyable Horrible et lait , et mal doutable.
Et la terre vaine et vuide yere ; Et ténèbres de grant manière Estoient sur la face d'abisme , Et Tespérit de Dieu meisme
Estoit dessus Teaue portés.
Et Dieux dit : c'est ma voulentés Que soit fait lumière. Et fu Lumière faite sans refa.
Et devisa Dieux la clarté De la ténébreuse obscurté.
L'obscurté clama nuit , et la Clarté luisant jour appella.
Après fist Dieux le firmament Au milieu des yaues droitement:
Si appella le finnament ciel.
Puis a toutes en un monciel Les yaues soubz ciel assamblées ; Si appella mer leur assamblées.
Terre apparut à descouvert.
Que Dieux fist germe porter vert.
Et se veulx tendre k sa devise , Fist bois portant fruit à sa guise.
Pour le firmament déguiser Et pour mieux le temps deviser, Mist el ciel deus girans luminaires, Dont le souleil, qui est ly maires, Luist de jours ; et la lune est mendre , Que de nuis doit ses rais respandre , Pour donner resplandissement Et les estoiles ensément.
Si mist es yaues les reptiles Et emmi l'air les volatiles.
En la terre a les bestes mises Et les reptiles de maintes guises.
Puis fist hommes, qui sus reptiles, Sus bestes et sus volatiles Dominast et seignourisist , Et cui toute autre obéisist.
D'un pou de terre lymonnée
Dieux a fourme à homme donnée.
Mais tant ly fist il d'avantage Qu'à sa samblance et k s'ymaige Le fist, si que homs le conneast , Et qu'il l'amast et chier l'eust.
Et si le espira par sa grâce Espérit de vie en sa face.
Moult fu la roatère despite ; Mais la fourme fut très esliie.
Car k la fourme au Roy Celestre , Dont nulle meilleur ne puet estre, Fu fais homs. Chier se doit tenir , Et moult lui doit bien souvenir Que Dieux li a fait haulte grâce.
Gart soy que vers Dieu ne mefifaçe ; Ainçois le serve et si l'aoure , Et com son droit seigneur l'onnoure.
Si se tiengne en humilité , Membrer li doit, que de vilté Soit estrais, et créés de boe :
Ne face oi^ueil, ne ne maint moe.
Mais se tiengne en subjection Vers Dieu par bonne entencion.
Si ne mette ailleurs sa pensée.
Pour ce voit il chière levée , Vers le del esleve le vis , Sur deus piez dreciez. Ce m'est vis Que tous ses cuers et sa créance , Et sa pensée, et sa béance Doit estre es choses souveraines i Ne le chaille des terriennes ; Penser doit aux choses divines.
Les autres bestes vont enclines Sur terre : d'dles ne leur tient ; Quar terre les paist et soustient.
Celles n'ont raison ne mesure :
Homs est plus noble créature.
Si doit , puis qu'il a congnoissance , Avoir aucune différance Encontre homme et la beste mue , Qui n'a raison ne entendue.
La mue n'a riens ou penser, Fors à son cors paistre et tenser.
Homs doit penser à sauver s'ame Qui du corps est maistraisse et dame , Et à desservir Paradis.
Ainsi la terre, qui jadis Fu rude et sans cultiveure , Se vesti d'estrange figure Et reçut humaines y mages.
Lors nasqui li dorés aages.
Les gens de leur gré , sans paour , Et sans crainte de jugeour, Sans establissement de loy, Loyauté tenoient et foy; Sans paine et sans paour vivoient; Lyens ne chaines n'avoient Pour lier malfaiseurs ; M'ièrent larrons ne robeurs.
Sans double de nullef justice, Ëstoient simple et sans convoitise.
Encore n'estoit nef controuvée, Pour aler en autre contrée ; Ne nuls n'aloit par mer à nage Pour encombrer autrui rivage, Ne pour visiter autrui terre.
Lors ne faisoit on riens de guerre ; Lors n'estoient tours ne craniaux, N'arbalestes ^ ne mangonniaux Pour les forteresses abatre.
Nuls n'avoit talent de combattre ,
Ne de saillir, ne de contendre.
Entour les mors, pour eaix deffendre,
N'a voit fossés ne roUès ;
Nefaisoient nuls chaplais/
N'estoit lors boisine , ne cors ;
Ne savoient garnir leurs corps
De blaume, de haubert, ne d'espée,
Ne d'escu pour faire mesiée.
La gent estoit oiseiise et seure:
La terre sans cultiveure
De pelé ou de coutre , donnoît
A tous quanqu'il leur convenoit.
Ce leur faisoit qu'il avoient
Les boutons; les frèses mangoient.
Cormes, meures et faînnes.
Et les glandes, et les racines.
Sans arer, estoient de blé
La terre et les champs comblé.
Àdonc couroient les rivières
Par la terre grans et planières
De lait, de miel et de pieament.
Moult vivoient joyeusement;
Nulz ne souffroit travail ne paine.
A cil temps estoit la terre plaine
De bonne plantureuseté.
Lors n'esloit yvers ne esté;
Le temps estoit plâin de tempreure.
Sans grant chaut et sans grans froidure.
Primstemps estoit lors perdurables.
Uns vens plaisans et délitables ,
Zéphirus faisoit les fleurettes
Naistre jaunes et vermeillettes ,
Indes, et blanches, et d'autre guise.
Sans semence qui y fust mise.
Cy rtconie Ovides de Saturoas.
En cel temps , où tôot bien )iabonde, Fa Saturnus sire du monde.
Saturnos fut de Crète roys; Gilz controuva les foies loys.
Cilz roys se faisoit honnorer Com Dieux, servir et aourer Comme s'il fust Dieux ?oirement.
Ne cuidoient oultréement Ses hommes qu'en ciel ne en terre Deust on autre Dieu requerre.
Cilz roys a?oit par mariage Une dame vaillant et sage, Riches , large et de grant renon ; Gybile, Rée ou Ops ot nom.
Saturnus ot de celle espouse Trois damoisiaux et une touse.
Jupiter ot nom li ainsnés ; Cil despoilla de ses régnés Li père et chaça en essil.
Juno fu la fille; et le fil Second appella Neptunon, Et Pluto le tiers filz ot nom.
Gy rteontd comment Sakuraus commanda à Gybile sa femme qa*eUe occist tous ses enfants maies.
Âins que ces trois fils fussent né , Sot li pères que son régné.
Ly toudroit si un d'eulx , et la terre Par force d'armes et de guerre.
Pour la paour qu'il en avoit , Et pour ce que pas ne savoit Lequel d'eulx le despoilleroit ,
Dist qu'il occiroit tous ses fils.
Ainsi seroil seur et fils <}u'il nés eroit deshérités, Ne de son règne fors getés.
A sa femme dut l'aventure.
Qui moult Ai felonnece et dure:
Si li pria, par la grant foy Et par l'amour qu'elle a vers soy.
Que tous les filz que porteroit.
Lé jour que les enfanteroil, Baillast les lui pour mettre à morl:
Mieulx vault que ses fils soient mort Que l'assaillissent en son règne.
La mèlre grant deuil en demaine :
Moult ti semble la chose dure De destruire sa porteure.
Pour quant promist tout vraiement Que feroit son commandement.
Si ne li dist elle pas voir; Bon fait mentir pour paix avoir ^ Quar pluseurs perdent en voir d'ire.
La dame a moult le cner plain d'ire Pour le cruel commandement.
Et moult pensa diversement.
Elle a voit un fils coucou :
Quant vint au terme, die a veu Un fils de si belle faiture:
N'onques plus gente créature Ne fu veue Ik son avis.
Pour son gent corps , pour son cler vis.
Et pour ce plus que il la rioit, Pensa que s'elle l'occioit.
Que ce seroit grant cruautés , Grant félonnie et niantes.
Ne pot vouloir c'om Toccist;
Moult voloDiiers eogien queist , Comment Tenfant puist sauver Et des mains au père eschaper.
L'enfant fist céléement prendre.
Si renvoya sans plus attendre En Archade faire nourrir : Puis fist une pierre couvrir De drapelës et de linceux , Com se ce fust un jouvanceux.
Au père le présente et baille; Si li fist acroire sans faille Qu'elle avoit la pierre enfantée , N'avoit eu autre portée.
Ly vieulz Saturne Tôt tant chière, Qu'il ne pot en nulle manière Croire qu'elle le déceust.
Tant s'i fia, ja ne creust ; Quant plus l'ama, mains la mescreut, Et plus légièrement la crut.
La pierre print sans demeurée ; Si Ta brisié et dévourée :
Bien l'a la dame deceu.
. Un autre filz a puis eu, Com sieust Neptunus appeler.
Celui ne voult elle celer, Ou elle ne pot, ou elle ne vbult; Au père l'a baillié tantost.
Saturnus, sans point respiter.
Le fist ens en la mer geter.
Lk fu noiez selon l'ystoire ; Mes la fable nous donne à croire Qu'il fu Dieux et roy de la mer.
Un fils, qui moùlt tist a amer, A puis la mère conceu.
Si le livra , quant l'ol eu
Au père. Et le père l'occîst ; Conques pitié ne l'adoucist ; Or n'a mais paour de sa gaerre.
Cilz fo rojs d'enfer et de terre ^ Si corn la fable le récite.
Sa seigneurie est trop despite ; Folz est qui tel partie acquiert; Sa meschéance et sa mort quiert.
Saturnus fait sa fille vivre : Or cuide il bien éslrè délivre Et tenir terre longuement ; Mais trop yroit Teuvre autrement, Se Jupiter estoit parcreus:
Trop se tendroit a déceus , Dont il a sa moillier creue.
Lonctemps a sa terre tenue Paisiblement et à grant joye :
N'a un seul homme, qui ne croye Qu'il soit Dieux du ciel et du monde Tant que il dure à la raonde , Ne cuident qu'il soit autre Dieu.
Et leur foie créance est teu :
Plus le tenoient en seurlé, C'om ne deîist homme morte.
Pour son honneur^ et pour sa gloire.
Et pour son nom mettre en mémoire , Vourrent, si com l'^n trouve en fables, L'un des yii planètes erràbles De son nom Saturnus nommer.
Et si en firent sournommer Le derrain jour de la sepmaine.
Comment Japiter ohtcha S«taraus sonpère hon de mb ro|tame.
Leur créance estoit folie et vaiDe.
Jupiter crut et enforça; Eq Crète vint, et par force a Tout le royaume en sa main mÎ9.
Au père fut crueux amis :
Par force d'armes et de guerre , Le deshérita de sa terre; Les génitaires li trancha Et dedans la mer les geta.
De Tescume de mer salée Et d'eulz fut la grani Vénus née.
Jupiter l'ama par amours :
Vénus , la mère au dieu d'amours , Fu de celle amours conceue. Tant a puis Jupiter veue Sa fille belle et agréable , Qu'il Tama : puis , selon la fable , Tant lui plut, tant li abeli Qu'il se voult couchier avec li.
De cette acointance , qu'il firent , Jocus et Gupido nasquirent, Gilz Gupido et Vénus ont baillie De destraindre ami et amie Et de mener à leur bandon.
Venus tient et porte un brandon, Et Gupido l'arc et le flaiche; Et pour les amans poindre en coiche, Venus art et Gupido point, Qui les foulx amans met i point.
Au poindre toult sens et veue ; Quar fols amour du tout desnue Les musars de robe et d'avoir ,
D'entendemeot et de savoir, D'onneor et de bonnes vertus.
Pour ce sont ils paint dévestus ; Et pour ce sont il paint avugle, Qu'amours des yeux mains folx avugle.
Du viel Saturnus vous vueil dire Que chaciés fu de son empire ; Fouy s'en , pour sauver sa vie.
Si se tapi en Lombardie, Dont la gent large Tappella, Pour le Dieu qui se tapi la.
Janus , qui estoit Dieux et Sire De là Y et tenoit tout Tempire , Â Saturnus bel receu.
Et grant joye a de li eu Saturnus , qui bien fu apris ; Leur a Tus de faucille apris , Conques avant sieu n'avoient ; Ne leurs blez soier ne savoient.
Mais aux mains , sans faucille querre , Les arrachoient lors de terre. Pour ce que Saturnus le saiges Leur aprist premiers cel usaiges , Est il en ces paintures pains Tenant la faucille en ses poins.
De Crète vint eu Lombardie Saturnus : c'est large copie Et planté de biens et de blés.
Dont le pais fu tout comblés.
Jupiter a moillier a prise Juno sa suer la bien aprise.
Celle fu sa suer et sa femme :
Un fils ot , qui fut roys de Lenne , Despiteuse personne et vils.
Singes sembloit, ce m'est avis;
Mais saiges estoit et de grant nom.
Yulcans ou Molciber ot nom.
Cil controuva par sa mestrie PrimeraiBS Tart de fabricerie.
Dieu du feu fu ; les foudres fist ; Et la dieuesse d'amours prist A moilliâ*. Mè& onques nul hoir Né pot de la déesse avoir.
Hyst^ire et Allégorie.
Or vous veuil despondre briefment De ces fables l'entendement.
La fable prent en aucun lieu Jupiter pour ciel et pour feu ; Planète erratique est jionimés , Dont maintes fois est sousnommés.
S'est pris pour Dieu /qui tout gouverne, Qui naige , et pleut , et gelle , et yverne.
Vénus planète a tel nom , Dont le venredis a k nom.
Celle est de bénigne nature :
Vénus est prise pour luxure Et pour une amoureuse femme , C'om dist d'amours maistresse et dame. De grandes superfluités Naist luxure et iniquités ; Et l'un péchiez^, de l'autre naist.
Car plus pesche et plus li plaist.
Et plus désire le pechié; Si se délite en son mestié.
Juno nostre bas séoefie :
Quant li feus k l'air se marie, Âdonques tonne il et espart; De ce vient foudre et espart.
3ft
Viilcans, qui est pris pour arsure, Quant il se marie à luxure.
Nul fruit oe rent de sa semence :
Quar Tarsure le desavance.
Vulcans est dieu de favrerie, Quar sans feu ne forge l'en mie.
La saincte escriplure tesmoingne Que cil , qui controuva Fouvraige De foi^ier , ot nom Tubalchaîn , ^ Fieui Lameth, qui tua Gain.
De Saturnus et de Jovis, Puet Ten entendre , ce m'est vis , Et espondre en tel sens les fables :
Saturnus est planète errablés, Ly plus hault de tretous les sept.
Pour ce faint l'en tout entre sept Qu'il fut pères et primerains Et roys sus tous les souverains.
Trante ans demeure k son cours faire Ou Zodiaque , où il repaire.
Si a froide compiexion ; Pour ce, dist on par fiction, Qu'il est vieulx et tardis ensemble.
Estoile est , si comme il me samble , Maie et de nuisible nature.
Quar noif et gelée et froidure, Grelle et tempestes sieot à faire Venir en céleste émispaire , Et plus h l'aler qu'au venir. Pour ce faint ou qu'il doit tenir , Es paintures où il est pains.
Une faucille en ses .il poins.
Jupiter est après assis Soubz lui , dessus les autre .vt ; Cil est plains de bénignité
El d'atemprée qualité.
Pour ce fu la fable trouvée Qu'il a à ses sougès donnée Loy de vivre à leur franc vouloir.
Cilz sceust amenrir le doloir , La malice et la cruauUé De Saturnus plain de durté; Quar il li toult Tengendrure De noif, grelle et de froidure , Quani il est près voisins de li :
Se dist le livre où je le li.
Pour ce faint la fable sans faille Que les génitaires li taille :
11 fait divers effès en terre Selon ce qu'il s*apresse et serre Des autres planètes errables.
Pour ce controuvèrent les fables Qu'à divers enfans , qu'il avoit , Âprist divers ars qu'il sa voit.
Saturnus , si corn je Tentens , Sénéfie plenté de temps Et de tous biens large copie , Dont la terre fu raemplie.
C'est paradis , où Dieu mist l'omme , Âins qu'il eust mangié la pomme Ne passé son commandement , Dont il vint puis à dampnement.
En ce déliceux paradis Yivoii lors homs à son devis Sans fain, sans soif, sans cbaut, sans froit. Mul!e deffauts ne sentoit ; Quar sans labourer à sa brace Le repessoit Dieux de grâce.
Lors estoit ly mondes dorés ; Non pas pour ce que coulourés
Fust tous de dorée couloar ; Mais si corn moins valent de l'or Tout autre métal qui sont orés, Valoient miex les gens de lores Que ne firent ceulx , qui puis vinrent , Et plus saintement se continrent.
Puis perdi homs, par la fallaee Du serpent, la divine grâce ; Si fus desmis par son oultrage De paradis son héritage.
Puis que Saturnus fu démis , Et Jupiter ou trône mis, Qui du monde fu roys et maistres, Et souverain des dieux céleâtes.
Lors estahli à sa devise Par tout le monde sa justice, Ses loys et ses commandeméns :
Si fist ses establissemens.
Lors vint li mondes argenteux , Qui fut mains que Tor précieux, Mais plus que cil de arain assez :
Lors primes falli la plantez Du monde , qui dorés sieut estre Et les gecs de grâce repaistre.
Lors abréga il lé prim temps :
Si parti l'en en quatre temps, En y ver, ampthone et esté.
Et brief ver^ qui ains ot esté.
Lors premièrement commença La paine, qui deslors encha Fu appareillié aux morteulx :
Lors commença le temps esteulx , La noif , la glace et la gelée :
Lors premiers fu l'art controuvré , De faire bordes et maisons.
En ces roches , en ces buisson» ,
En ces loges qu'il faisoient
En lieu d'autres maisons , mannoient.
G'estoit leur habitacions ;
N'avoient autres mansions.
Lors convint premiers labourer ,
Semence espandre , et beufs arer.
Jupiter fu , selon Fystoire , Roys de Crète, et faisoit croire Par Tart de son enchantement Qu'il estoit Dieux : quar oultréement Faisoit , par art de négromance , Ce qu'il vouloit. En tel errance Hist la foie gens esbahie , Que plusieurs ne cuidoient mie C'om deust en autre Dieu croire ; Tant tindrent sa parole k voire.
Âus aucuns touUoit la veue.
L'autre l'oye et Vantendue.
Les aucuns tourmenloit griefment Et metolt à cirueux tourment Par diverses aflBictions De raiges et de passions, De dommages et de périls ; Si les faignoit avoir garis, Quant il daignoit sa main retraire Des griefs maulx , que leur faisoit traire.
Dont les gens meschéans et nice Le doubtoient pour son malice , Et y meltoient leur créance; Quar plus fait on de révérance Aux mal Vais pour leur malvaislié, Qu'aux bénignes par amistié.
Et pluseurs enfons , qu'il avoil , Aprenoit ceulx ars qu'il savoit;
Dont esloient crémuz et doublé
Du félon peuple rassoté;
Et pour Dame Dieu les tenoient
Par les terres, où il manoient ,
 leur loeoge et à leur gloire :
Et pour leurs noms mettre eu mémoire,
Faisoient faire par le monde
Cilz chetif Dieu , ( que Dieux confonde ! )
En leurs noms temples et moustiers ,
Fausses ydoles et autelz ;
Et demandoient sacrefices
De pors, de beufs et de genices.
Le chétif peuple assotissoieut ;
Si que tous leur obéissoient.
Et tant crut ceste folience,
Que tous avoient leur créance
Que cilz mauvais dieu leur doooient
Les biens , qui de Dieu leur venoient*
Pour plus leur bienveillance avoir ,
Et pour plus les foulx décevoir,
Ot Jupiter tel loy donnée
A la foie gent mal senée,
Que sans mesprandre leur leust
Faire à tous ce que leur pleust ;
Et si disciple s'enhortoient
Âus fouis, qui pour ce les amoient.
Puis ce que cil Dieu furent mort , Ly vif diable après leur mort , De cui sens il seuUent ouvrer.
Pour les foies gens amuser En leurs ydoles s'apparoient , Et en leurs noms respoas donnoient:
Si conseilloient k la gent Conseil dampnable et domagent.
Quant homs ot fait par son péchié
Tant , que Dieux Tôt desbébergé
De paradis le délitable ,
Par rennorlemént du dyable,
Qui de pécbié le fist encbaut ,
Lors ot boms faim , froit, soif et ebaut ;
Lors ot paioe , mal et travail ;
Lors fu en cure et en esvail
D'aquerre , et gaingnier son vivre ,
Et de labourer , s'il voult vivre ,
Si com tesmoingne Tescripture.
Mais celle gent fu nette et pure ^
Et plus nettement se continrent
Que les autres qui après vinrent.
Ly tiers aages fu d'arain :
Car aussy que ly primerain Furent meilleur et plus valurent Que ly second qui après vinrent.
Valut mieux la seconde gent De la tierce; tout com l'argent Yault mieux que ly arains ne vault.
Lors commencèrent li assault , Les batailles et les mellées ; Lors furent armes controuvées ; Lors devint la gent engigneuse , Soublille et trop malicieuse.
Mes n'estoit de si grant félonie Com fu puis la quarte lignie.
Elle fu de fer dur et rude ; Lors primes mist la gent s'estude  faire toute felonnie Tout barat, toute tricberie.
Lors s'enfui voirre et droicture , Raiâon, foy, paix, honte, mesure, Tous biens et toute loyautés.
Si régna toute cruautés ,
Frdode, traisoa, lecherie.
Force , agais , touste et roberie ,
Et désir d'aatrui dommagier.
Lors primes prist-^on à nagier ;
Si fureot les yaues temptées
Et les navires con trouvées.
La terre qui fa ains commune
Comme H solaus et la lune
Et à tous estoit habandonnée ,
Fu lors départie et bornée.
Lors ne quist on pas seulement
A la terre uourrissement
De blés , ne d'acoustumés fruis.
Âins fist on caves- et conduis ,
Pour traire hors Tor et l'argent,
Qui souvent esmueuvent les gent
A toute desloyauté faire.
Lors primes prist on à fors traire
De la terre le fer nuisible,
Et Por qui est plus dommageable •
Par ces deux sourdent les meliées :
Dont maintes gens jsont affollées :
Et li pluseur perdent la vie
Par convoitise et par envie.
Li pluseur vivent de rapine :
Dès lors nuit la maie racine,
Par qui pluseur sont mis à mort.
La plus grant part des gens s'amort
A larecin, à roberie.
A touste et a forcenerie.
Chaseuns trice, barate et lobe;
Ly uns oste et l'autre desrobe,
Ou murtrist sans l'un deiBer.
On ne scet mais en qui fier.
En gendre, en cousin, n'en frère.
so
En fils 00 en flUe>, ob en père.
La femme vise ao mari nuire , Et cil k sa femme destraire.
Les marrastres , ans dars corages , Font les envenimés brutages Aux fillastres envenimer.
On ne peut li uns Taatre amer ; Ains se béent k décevoir.
Le fils pour . l'eschoité avoir Au père vait la mort quérant , Et de son aage enquérant.
Pitiez gist ; vaincue est franchise :
Et (oy, charité et justice Issirentde cest sanglent monde, Où toute mauvaisté habonde.
Mais justice la darrainne Celle remest k quelque painne Après les autres un petit, A savoir mon se l'apetit Et les cuers des malfaiseurs Peust refraindre lespieurs, Et la doubte de sa vengance.
Un jour fu ja que, pour doubtance De justice , lessoit on mal k faire :
Mais or ne la double l'en gaire; Ne pour li on ne lesce mie A faire nulle félonnie.
Or ne trouve l'en qui droit juge ; Jadis estoient li bon juge , Qui sans haine et sans amour, Sans avarice et sans crémour Rendoient k loial mesure A chaseun homme sa droiture.
Ne ja un homme n'espargnoient , Ne nulle an^ ne déportoient.
Or sont li juge corrompo.
Et justice a le col rompu ;
Justice est morte, ce m'est vis.
Non est ains eu paradis ;
Quar là justice ne morra.
Cilz est droit juges, qui donra
A son général jugement
A chascune ame loyaument,
Selon son fait et sa déserte,
Aux bons gaing, aux malvais perte.
lÀ ne \auront excepcions,
Ne fausses allégacions.
Celui ne puet on décevoir.
Ne corrompre pour nul avoir :
Glz scet qui a tort et qui droit.
Mais le faulx juge d'or en droit ,
Qui bon juge appeller se font.
Droit et justice contrefont ;
Si en ont Tombre retenue.
Cils défoulent la gent menue
Et condempnent contre raison.
Or n'a mes droit le povres hom ;
Li fort, li riche et li poissant
Vont ore les povre agonssant ,
Et cueillent leurs bonne querelles.
Si gaignent par leur favelles
De fausses advocacions.
Par dons, par adulacions.
Les mal vais juges aus fors se tiennent.
Et leurs malvaises causes soustiennent ;
Et le povre mainnent k honte.
Car de nul droit i^e tient on conte:
Et cils , qui doivent droit tenir ,
La terre et les drois soustenir,
Mainnent les povres k martire
Et les ridies n'osent desdire.
Pour ce qne ne leur souffist mie Faire en terre leur villonnie, Pour ce que le ciel eust guerre Et tout aussi comme la terre, Voulrent assaillir paradis Les géans, qui furent jadis, Et seigneurs en cuidèrent estre Et déposer le Roy célestre.
Pluseurs montaignes assemblèrent, Et Tuns sur l'autre levèrent Pour monter contremont le ciel.
Quant Jupiter vit le monciel.
Et vit et sot leur maie emprise, Foudre cruel et aspre a prise ; Si a leur montaingnes pourfondues.
Et jus contre terre abatues ; Et les géans a craventés  terre mors ensanglantés.
Du sanc des géans, qui mors furent, Nasquirent gens, qui pis valurent, Plus fel et plus malicieux , Fier , et divers , et envieux , Et furent plaiu de tricherie, De fausseté, de forsenerie; Et plus amèrent murtre et guerre Cils, qui naquirent de la terre Et du sanc qui fu espandus De ceux qu'il virent estendus.
Que li premier qu'orent esté.
Dès lors soubzonda , la plenté De tous maulx et de tout malice.
De convoitise et d'avarice,.
De traison, de félonnie^ D'ire , de rancune et d'envie :
Plos despirent leur souverain Qne ne firent li premeraio.
Or vous diray comment la fable Peut estre à Tystoire acordable :
Quant Titan vit déshérité Son frère et de Crète gelé , Et que Jupiter tint la terre Par force d'armes et de guerre , Dolans en fu : qu'il esperoit.
Que, quant Saturnus mort seroit, Qtt'em la terre hériter denst, Et que nul autre n'i eust.
 grant host et h grant conroy Vint guerroier contre le roy Jupiter, qui Crète tenoit.
Quant il vit que Titans venoit Aprestés d'armes et de guerre Pour lui geter hors de la terre, N'ala pas encontre k plain chaple ; Car trop fust la jouste doubtable.
Ains fist ses gens soubz un mont traira, Chastiaux fermer et eogiens foire Pour guerroier à ceulx d'aval.
Si leur getoient çontreval Hangonûiaux de pierre et de fust , N'estoit nulz qui ferrie en fust, Qui ja puis peust relever.
Et plus pot ceulx du val grever Que cilz du val ne le grevoient.
Cilz du val contremont rampoient; Si dressoient contre le mont Eschielles pour monter amont; Car ou mont se vourrent embatre Pour ceulx de la montaigne abatre.
Mais Jupiter les cravantoit
km maogoniaux, qui leorgetoit:
Ainsi fu la guerre eschevée.
Si fn la fable conlrouvée Que cil, qui ou mont babiloient, Célestieulz nommé estoient, Ou Dame Dieu , ovt souverain :
Si confondirent li primerain Âdonc, et li plus ancien.
Gilz qui bas furent terrien, Homs serpentin nommé estoient.
Pour ce que conf remont montoient.
Ainsi vainqui comme vassaus Jupiter ces premiers assaus.
Mes ne fu pas quite à tant ; Cent plus aspre et plus combatant, . Plus cruelle et plus félonnesse , Plus anieuse et plus engresse, Qui de leur lignaige estoienl estraite , L'y ont puis mainte guerre faite, Mainte yre et mainte iniquité* ' La fable et la divinité S'acorde que anciennement Firent paien un fondement ; Si le vourrent si fort fonder Qu'il ne puest mais effondrer.
Puis ont une tour sus fondée.
Qui jusques au ciel fnst maçonnée.
Hais Dieu , qui vit leur fol corage , Leur confond! si leur langaige Et varia diversement , C'un seul qui lors estoit seulement SouflBsant par trestout le monde , Tant comme il dure à la ronde.
Mua en plusieurs langages Dieux.
Lors vint tel controverse entr'eux
Que Puo trébuchait l'autre à terre :
Quar quant li uns demaudoit pierre , Ly autres, qui pas ne savoit Son langaîge et un autre avoit, Ly apportoit mortier ou sable.
Ainsi la tour fort et durable Fn laissié pour cest assoyne : Et le lieu ot nom Babilonne , Où la tour devoit estre faite , Qui demoure nient parfaite.
Babilon c'est confusion :
Pour la multiplicacion Du langaige, que Dieu flstlores.
L'appelle on Babilone encores.
Et si langage , qui lors furent Contreuvé , par le monde durent.
Telle all^orie y puis meUre :
Les géans , qui pour Dieu démettre , Vorrent élever le moncel Des montaignes contre le ciel , Notent les orgueilleux du monde , Où toute malvaistié habonde , Tout orgueil , toute félonnte , Toute trafeon , toute envie , Qui par foie présompeion^ Lièrent leurs cogitations Contre Dieu , pour lui guerroier.
Si veulent vers lui forssoier; Si s'orgueîllîssent et si sourcuident Que sa gloire usurper lui cuident :
Mes Dieu , qui tout orgueil confont , Ou feu d'enfer ou plus parfont Fait ceulx confondre et trébuchier, '^"i si se vuelent hanlt encrooer.
La fable de Hermaphiedidia
Le Dieu d'éloquence et Veous
Orent jadis uu enfançon
Moolt bel et de geote façon.
Telz estoit de corps et de vis ,
Qu'en lui peust on , se m'est vis ,
Cognoistre la fourme k son père
Et la samblance de sa mère :
L'une et l'autre samblance avoit.
Et se son nom nulz ne savoit,
Ermofroditus iert nommez ;
Bien fu le sien nom renommez.
En Inde fu nez et nourris ;
Quant .XY. ans ol , de son paîs
Se parti par envoiseure.
Si mist et son sens et sa cure
En eercbier estrange terre.
Et pour savoir et pour enquerre
Des gens estranges les manières.
Se repairoit sus les rivières :
Simples estoit et sans malice;
Un jour vint en Carie en Lice :
Si com là s'aloit déduisant,
Vit un estanc cler et luisant,
Qui estoit creulx et parfons.
Nulz n'y osoit querre li fons :
Sans jons , sans rosiaux , sans ordure ,
Clos iert environ de verdure.
Là repairoit une mescbine,
Qui n'iert pas samblans à frarine.
Migoote îert et de graol affaire ; Onques n'avoit apris à riens (aire.
Moult estoit de grant quoioterie ; Riens ne savoit de chacerie; N'avoit apris de traire de Tare ; Si ne savoit tenir le dart ; Ne n'ot apris par ces gaudines A eourre après les sauvagines ; Ne sot carper ne filer laine , Hais soy baignier en la fontaine.
Et son chief blandir et pegnier , Et son vis laver et guignier.
Souvent se regarde et remire , Et par grant entente s'atire^ Et vest d'escarlate ou de vert.
Si se couche sus Terbe vert^ Et vait conqueillant des florettes « Roses et lis, et violettes.
Et queilloit lores , se devient , Quant elle vit Tenfant , qui là vient Esbanoiant par Terbe drue :
Tantost fut d'amour esmeue Pour les grant biautés qu'il avoit ; Tantost l'aime qu'elle le voit.
Mais ainçois se voult aquointier Pour son corps parer et quointier.
Lors a mis tantost son avis En parer et polir son vis ; Puis vint vers lui , si Taraisonne Et dist : Enfès, belle personne.
En qui toute biauté habonde .
Voir il n'a ton pareil ou monde.
Dont bien doit estre Dieu creus; Car plus biau Dieu ne fu vous.
Se Dieu est , je crois que tu soies
Li Dieu qui les amans meslroyeSt Cupido, le fils de Vénus.
Et 8é tu es morteulx devenus, Fils fus de beneuréjpère Et de beneurée mère, Qui te cançupt , qui t'enfanta , La nourice qui t'alaita ; Car en sont ceulx qui t'appartiennent Et qui de lignage t'atiengnent.
Mais plus en est bien eureuse Celle, qui ta femme ou t'espoose Est , ou celle qui le sera Et charnelment t'atouchera.
Se tu as femme bénie.
Je te requier par courtoisie Que tu m'aimes céléement :
Si démenons privéement Le jeu d'amours par draerie ; Je seray ta loiale amie ; Si te serviray bonnement.
Si tu n'as femme appertement , Moy pren par loy de mariage.
Je sui femme de baut parage , Par moy seras moult avanciés.
Et bonorés , et essauciés. »
Âtant s'est Salmacis teue ; Li a sa réponse atendue.
Hermofrodicus se ot proier , Qui ne scet riens de donnoier , Et ne scet que tel amour monte ; Adonc ot et vergogne et honte , Rouges devint. Bien li avint ; Biaux estoit ; mais plus biaux*]devint.
La rougeur , qui fait frèsche et fine , Le blanc de son vis enlumine.
La belle qai roogir le voit De la vergogne qu'il avoit, L'embrace et prie qu'il loi plaise Que sans pins faire au moins le baise.
Qlz ^ qui de son donnoy n'a cure , Li dist et certainement jure , S'elle ne le laisse , il s'enfuira , Et tout l'estre li guerpira.
Salmacis voit qui lui annule ^ Grant paour a qu'il ne s'enfuie.
Si K dist : Je te laisseray , Et cest lieu te délivreray.
Si porras plus délivrement Prendre cy ton esbatement. > Salmacis faint qu'elle s'en aille; Lors tourne en une respoustaille ; Ne venir pas qu'elle soit veue ; Tonte quoie c'est la tenue Pour espier que cil feroit , Savoir mon s'il se baigneroit Sous l'eau clère et atrempée.
Et li enfès sans demeurée.
Qui cuide estre sans compaignie , Et ne se gar^ de Tespie.
S'envet par Terbe déduisant:
Ses piez plonge en l'eaue luisant ; Tant la treuve bien et trempée Que sa besongne a aprestée ; Mist jus la robe qu'il a voit.
Quant la puoelle no le voit , Plus est eschauffée et esprise :
Pour sa grant biauté qu'elle avise, Plus est esprise de l'amour.
Ne puet plus faire long demour ; Ja li est vis qu'elle l'embrace
Et que loot son taleot en face^
Lors pert fonte sa contenance.
L'enfS» se jooe et se balance ,
Et vait par Teaue saletant
Et ses bras estandant en noent:
Son corps par dessus Teane blandioie.
Celle s'escrie : si Dieu m'avoie «
Or ay je ce que je désir ;
Or feray de toi mon plaisir. »
Lors se despouille , et toute nue
Est par Teaue à l'enfant venue.
Malgré sien le baise et embrace.
De tontes parts le çaint et lace ,
Si le taste et vait palmoiant
Et par tout son corps tastotonant^
Malgré lui, et dessus son pois.
Qui son délit ne prise un pois ,
Et moult s'efforce d'escbaper.
Mais celle pour plus atraper ,
Contre lui se serre et estraint.
Plus si lasse et plus le destraint
Qu'enguille ne fait le prenant.
Et plus le vait entretenant
Par col , et par ventre , et par ntins ,
Que ne fait Lyeré les Ions rains»
Et quant vit que nulle manière ,
Ne pour anoy, ne pour prière.
Ne povoit l'enfant esmouvoir
A ce qu'elle en pui6t avoir
Son délit , qui tant la destraint
Que pour l'eaue point nte s'eslaint ;
Cilz qui haoit sa compaîgnie ,
Sedeffent; et celle li crie:
Mauvais, dist elle, el y parra
Corn ta deffense te garra.
James voir ne n^eschaperas ,
Ne de moy ne te partira» •
Biau sire Dieux, qui ce yeés.
Je voos pri qu'an don me donnés.
Que jamès ne puisse en ma vie
Estre de cestui départie.
N'il ne soit mes de moy desjoius :
Tousjours serons ensamble joins. »
Ly Dame Dieu font sa proière :
Leurs corps sont joins eu tel manière Qu'entre eulx deulx n'orent qu'un seul vis.
Si Teissiez , ce iert avis , Deux rains croistre et atisier L'uns k l'autre , et fructifier ; L'uns rains à l'autre s'assemble.
Ainsi sont annexé ensemble Le jouvencel et la pucelle.
Ambedui sont maie et femelle; Ainsi sont yoint l'un à l'autre ; Et si ne sont ne l'un ne l'autre.
Quant Hermoprodicus se voit Demi maie , et que fourme avoit Double de maie et de femelle.
Si qu'il samble estre cil et celle , Les deux mains toit et si s'escrie A Yois féminine et délie :
Père et mère , qui m'engendrastes , Et de vos deux noms me nommastes , Un don vous pri que me donnez Que ainsi que sui transmuez Et demi malles deyenus.
Où j'estoie tous homs Tenus , Que quiconque s'ira lavant En ceste eaue d'ore en avant , Se c'est uns homme et il m , baigne ,
Qoe demi malle il àewiegoe. »
Ken fa oye ToroiscQ;
Et c'est la cause et la raisoo
Que la fontaine a tel povoir
Que membres change à son vouloir :
Car cil , qui là baignier se Tiennent ,
Tantost demi malle deviennent.
Par Salmads est entendue Femme , qui toute s'entendue Met en soy fiHider et guignier ^ En soy laver , en soy pignier , En soy parer d'aournemens ^ De joyaux et de vestemens , Pour faire les musars muser ; Et veult toute sa vie user En vain délit , en vaine ordure.
Folz est qui telle femme a cure ; Car li homs , qui si acompa^ne , Grant merveille est, s'il i gaingne.
Telle femme majnne homme à la mort ; Trop est folz qui à li s'amort , Et qui se soille en sa fontaine , Que tant est périlleuse et plaine De grant ville et de domage.
Il n'a au monde homme si sage , Tant soit de ferme volonté , Plains de vertus, plains de bonté, S'il se soulle.en tel fontenir Dont la jonchière est de penil , Qu'abaubis et mas ne se tiegne , Et que son cuer flous ne deviegne.
Car homs , cui foie femme alrape , A paine vient qu'il en eschape.
Autre sentence y peut avoir , Qui bien est accordabte à voir :
Salmacis puet noter le monde ,
Où toute vanité habonde.
Tout orgueil, toute quointerie.
Vain délit , vaine lecherie ,
Biauté fainte contre nature ,
Yain déduit, vaine envoiseure
Par art et par aournement.
C'est celle pute droitement
En cui beneurtéd éclipse ,
Cest , dont dist Tapocalice ,
Qui fait les folz avoutroier ,
Et de droit chemin forvoier.
Celle est chiefs de confusion , Qui du vin de perdicion
A maint fol musart imbeu.
Maint enivré , maint déceu:
S'il est , qui de cel vin s'enyvre , James ne s'en venra délivre.
Se Dieu n'y ceuvre par sa grâce.
C'est la putain , qui tout agrape ; Riens n'est , qui lui puist eschaper , Mais qu'elle lui puist agraper.
L'eaue , où tel putain se baigna ^ Note la tourbe et la compaigne Des gens qui sont k li subget , Sus qui elle chevauche et siet :
Ou qui veult, l'eaue segnefie La multitude et la copie De mondains biens , vains et muables , Plus coulans^ plus abhominables D'eaus , combien <iue ceure tost ; Car s'a l'un donne ^ k l'autre tost Le monde et ses faintes délis.
Et qui plus telz bien a eslis , Mains s'esjoist tinablement.
Et s'en doult perdurablement.
C'est la périllease rontaioe, Qai les baigoans coavreat et baigoe A hoDte et à condempDemeDt D'âme et de coips finablement.
L'eofès, qni pars et parfais ièrK Ains qu'il eolrast eo la rivière , Où ta ribande le hapa , Qui si le prist et atrapa Qu'il perdi sa perfection Et chay en chativoison. Devint mole et cbétif , et vils , Puet segniBer , ce m'est vis , Cenix qni par, uet et saiotemeot Vealent vivre, et parfaitement En l'eslat de religion , Qui puis par dissolacion De cuer, qui les fait esgaier, Vaelleut pois le monde assaier El isBir de leur habitacle , De leur cloislre et de leur oracle, Pour prendre récréacion ; Telle est leur excosaeion.
Si vont par le monde esbatant , Par lieux estranges , iasqu'à tant Qu'il viennent ii Carie en Lice :
C'est el moien d'oiseux délice Du monde , qui tant les assocbe , < Tant les atrait , tant les acroche Par vaine détectacion, le leur fait de religion I dévocion despoullier, : tout le bon propos soullier is en l'estanc de vain délice, trs emont la cbar ei atise irs le charnel esmouvement,
&5 Où courent par consentement.
Lors les estraincl , lors les embrace En Teaue et en boire , et enlace Le monde , qui ies vait temptant , Tant qu*à lui se vont consentant De corps , de cuer , se m'est avis :
La font orde mellée et vils Du monde et d'eulx ; et cuident vivre Religieusement, et suivre Les délices du monde et l'aise.
Si ne croy mie qu'à Dieu plaiw Telle religiosités.
Ce n'est que feinte vanités ; Saint Jacques en puis traire à garant.
De buef et d^asne vont arant ; Hès Dieux deffent telle areure. Sus l'euvre Dieu font vesteure Composié et de laine et de lin :
Tel demi malle et féminin^ Qui le cuers ont divers et double, Font trop desconvignable couple.
C'est diverse profession Du monde ot de religion , Et cuident franchement servir Dieu et le monde , et deservir La Dieu grâce , et le monde avoir.
Certainement doivent savoir Que Dieu tient la meslée k vil , Monstiueuse et plaine de péril.
Car plus les hounist et affonde La féminine amour du monde , Et plus les maine à dampnement Que leurs bienfaits k sauvement.
HermoproditUs vous diray, Et ceste fable vous exposeray Que la fontaine segnifie ;
Mes ne le tenez k villonie.
La fontaine, si com moy samble,
Est le lieux où la semeoce assamble,
Qui vient de cbarael jonctioD ,
Pour faire généracion.
Le lieux est matrix appelés,
Qaî tant doit esire graos et lès ,
Que .TU. Belles ; puissent estre ,
Trois il destre et trois à seneslre ;
Et la .Tii*. est on milliea.
Qaant le germe entre ou moien lien
Eus , où qu'il se fournie et conferme ,
Se com l'art de phisique afferme ,
l doit bermodilns naistre.
Si c'est femelle , devers sénestre ,
Et raasie devers destre lès ;
Ainsi est cilz entremellés.
Fonrme de malle et de femelle
Ont cenlx de la moienne selle,
Et ont l'uns et l'antre nature.
Uës quant Jt l'œuvre de luxure
Puet plus li membres féminina ;
Impolens est li masculins.
U ftbte da Uuder «t da Hem l'mia.
la mer, qni Helle se nomme, iabidon tia riche homme, homme et de haulte gent, Ht an filx bel et gent,
kl
Moult appert et moult affâitié.
Ces! Léander , qui s'amisté
Avoit k belle Hero donnée ,
D'nne dame de Sate née»
Moult s'entramoient ambedni :
Mes moult leur parfait grtint anui
La mer, qui les amans départ-
Héro demouroit d'une part
En Sextes , droit sur la marine ;
Et li amans k la meschine
En Habidos d'autre part ière.
N'avoit entr'eux que la rivière
De mer Belles, qui court parmi,
Qui départ Tamie de Tand.
La nuit, quant gens iert endormie,
Âloit li amis à s'amie
Parmi la mer, sans nef, sans barge,
A no , de tant qu'elle estoit large.
N'osoit pas à sceu de gent
Aler à la belle an corps gent.
Que leur amour ne fust apertc
Longtemps fu la chose couverte:
Chascun soir, de nuit c'om n'y voie.
Se met le damoisiaux à voie
A la belle, pour soy déduire.
Ne croit pas que riens li puist nuire.
Tant comme il soit en td voiage.
De la pncelle au cler visage
Fait tout son bon et son plaisir,
Tant comme il a la nuit loisir.
Lendemain ^ ains que le jour , s'empart ;
Au soir retourne celle part :
Chascun soir est en esguaife
La belle en une tour , qui gaite
Ans fenestres que &il viegne :
La droite voie li enseigne
AS
A un brandon ardant, qu'elle a, Qui droitement renseigna là« Glz sieut la clarté du brandon , Puis fait de la belle abandon Son bon hui^ com il ot fait bier.
Longtemps menèrent cil mestier Qu'onc ne fu la chose scène De nul des leurs , n'aperceue.
Ne le savoit fors euls seulement , Et une viellote ensement, Qui nourrie avoit la pucelle.
Bon temps avoient cilz et celle , Et moult fussent beneuré.
Si leur eust longuement duré , Se ne fust leur empeschal.
Mes trop leur fait grant contristal La mer, qui fait d'eulx dessevrée.
Un jour fu tourble et tempesiée , Plaine de tempeste et de vent»
Trop mène la mer grant tourment ; Les ondes ne font fors Jiurter , Trop faisoit la mer à doubter ; Nulz à nagier ne s'esmeust En nef, n'en barge qu'il eust; Ne nuls ne s'osoit sus mer mètre.
Long temps dura, se dist la lectre, La tormente sans apaisier.
Trop fait les amans esmaier La grief tourmente , qui là bruit.
Chascun pleure et plaint jour et nuit; Chascune heure leur sambîe un jour.
En Âbidos iert à séjour Léander a pou de délit :
One en .vu. jours ne jut en lit, Ne ne sot que fu bien ne joie^ Tord il tarde que celle voie
OÙ est son cuer et son pensés , Dolens, tristres et trespensés Sas une roche aloU seoir Sus mer, pour le pais veoir Où nianoit la belle au cler yîs« Souvcnle fois li fu avis Qu'il Yeoit le brandon ardant , Que la belle en lui regardant Tient en la tour sus la fenestre.
Moult lui desplest que n'y pot estre ; Moult se complaint, moult se démente De la mer et de la tourmente :
— Ha I las ! dist il , com sui mauvais ^ Qui me tient que je n'y vois mes
À la plus belle de cestmont!x>
Tant l'angoisse , tant le semont
Amours, qui tant l'art et argue
Que la robe , qu'il ot vestue ,
Despouille , puis sault en la mer.
Bien est au^oisseux pour amer
Quant en péril de mer se boute ^
La mer le décbace et déboute
Selon le mouvement de l'onde*
Ly damoisiaux «m. fois affonde ;
A pou failli qu'il ne noia.
A revenir trop s'esmaia ;
Bien voit que ne porroit durer ,
Ne les tourmens endurer.
Ce poise, loi; mes toute voie
Ly convint laissier cette voie.
Moult se démente , et plaint , et pleure ;
— Ha ! las I dist il , vendra ja l'eure Que ceste mer soit appaisie ?
Trop me parfait fiere envaïe, Quant mon propos destourbe et tourble.
N'iert pas plus maable ou plas tonrble,
Quant la damoiselle v noia,
Qui de son nom la baptisa ,
DoDt elle est Belles puis nommée.
Belle sur toutes riens amée,
Mes cuers, ma joie, quant sera
Que les tourmenls cessera?
Quant me porrés recevoir?
Ne nous puet pas si bien cbeoir
Que vous et mo; fussiesme né
D'une ville et d'uu seul régné?
Si fusse o TOUS, ei tous o moy.
Trop me desconforte et esmoy
Pour ceHte mer qui nous desjoint
Les corps, dont It cuer sobI attjoint. ...
Je sambte le mescheant .bomme
Qui muert de faim, et a la pomme
A la bouche et n'en puet user.
Bien porroie long temps muser.
Se je m'amie ne veoie
Devant ce que la mer fosse quoie.
Bien puet cilz temps longues dorer ;
Ne porroie tant eiidurer;
Aler m'estuel , soh tort ou droit ,
Quo; que m'en avlègne, or en droit
A la belle, où j'ay m'amour miie.
Le ajF d'aler ma bonne assise;
Car lii de celle, où tant désir,
mon boa et mon plaisir.
noreray en mer pour li ;
Y hors de cest anui.
r nmerai , se devient :
Dieus, s'ainsi m'en avient, par deik mort arive.
trouvera la dietive
Et plorra son chier ami mort; Et sara le fait de ma mort. »
A tant le fol sault en la mer; Fols esioit il de trop amer.
Quant plas amoit autrui qae soi.
Ne mora pas en mer de soy; Tant but que noier le convint.
Péchiés fut, quant ainsi avint D'enfant si vaillant et si sage:
Mort l'ont amours par leur oultrage.
Héro la belle iert en la tour, Qui moultv désiroit le retour De son ami, qui tant demeure; Moult se complaint de sa demeure :
— Lasse I Com grant demeure à cy , Bian doulz Amis, vostre mercy Pensez de garir vostre amie.
Se plus tardez, je n'en doubt mie, Morte me trouverez sans faille.
Tant m'angoisse, tant me travaille Amours, que plus né puis durer.
Si ne puis pas tant endurer, Gom vous faites, e^est grant tourment.
Bien say que vous m'amez forment; Mes miens vous poiiez consirier D'acomplir vostre destrier; Car vous avez le cuer plus fort.
Si povez trouver maiut confort.
Quand vous n'estes o vostre amie, Que je ne trouveroie mie.
Assës trouvés au déporter Pour vos dolonrs réconforter , Chacier en bois, ou en rivière.
Ou en forest grant et plainière , les vallès de vostre temps.
5« Je soi ej sente, qni aleos Sans eompaignie et sans confort.
Je n'ay onllni, qui me confort Des manlx, que je sen ponr amer.
Lasae ! tant mal vi ceste mer ,
Qui si destoarbe mon Tonloir.
Trop par me griève et (ait donloir
La demeure de mon amaDl.
Trop ce désir. Se Dieu m'amant ,
Ponr quoy demeure qne ne vient ?
Il a essongne voir, $e devient,
EssoDgoe du mal vent qui vente.
De la mer et de la loormenie,
Qai ca ne le laisse «eoir.
Espoir il n'y daigne venir?
Ne daigne, lasse I ne daigne ilT
He despite il? certes nennil.
Hès trop li est la mer contraire ;
Hier fo paisible et débonnaire.
Bien penst ier esire venos.
Hé Dienx! Ponr qnoy s'est il tenas?
Teoir qne ne me vint il hi»?
Maintes fois est, an mien cnidier,
Çà venus en moins de termine.
Or est troublée la marine ;
S'il fast de ç&, ne m'en ebausist.
Se ce temps jamës ne fausisi,
Se je lenisse entre mes bras
Uar caer, ma joie et mon solas, : quesisae par ma teste mes fausist ceste tempeste.
tienxl Com mal fait qa'il ne vient!
.es fois vint, bien m'en sonvienl, mer n'iert pas moins lempestueuse.
Trop eo estoie crémeteusc
Quant en ce péril le veoie.
Or me merveille , se Dieux me voie ^
Dont or li vient si grant crémour.
S'il fust si destrois pour m'amour
Com il souloit, je n'en donlt mie
Qu'il ne fust venus à sa mie ;
Ja tant ne l'eust mis en sueffre.
Non pourquant bien vueil qu'il se sueflTre;
Jusques la mer soit en repos;
Mais qu'il se tiengne en son propos «
Et qu'il ne fais une autre amie.
Mes voir ce ne vorroy je mie :
Mieux vorroie, se Dieux m'ament^
Estre morte que mon ament
Perdre, ne qu'il autre aquointast.
Si croy je bien qu'il se batast
Plus de venir, se ce ne fust:
Dont seroit il plus dur que fust
Et plus faulx que nuls homs qui soit.
Se il ainsi me traïssoit,
Bien m'aroit ore déeeue.
Ne m'en sui pas aperceue
C'onqoes eust vers moy mespris.
N'onques de riens ne le repris ;
Ne je ne truis qui mal m'en die ;
Ne pour ce ne le dy je mie.
Mes je l'aim de trop grant amour ;
Ne nuls n'aime bien sans paour :
Pour ce m'en doubt je que je l'aime.
Ne je n'en ay nul autre crème.
Fors que pour ce que trop demeure.
Si ne say pourquoy tant demeure :
Si puis plus de double avoir
Pour ce qve je n'en say le voir.
Amis, Dreux tous ramaiot b joie.
Si que sain et sauf vous revoie ProchaiDement et sans demoor.
Lors me baiseriés par amour, Et entre vos bras me tenrois.
Si ce n'est que vous remanois Ponr le destourbe de la mer.
Non pas pour autre femme amer.
Certes se mon ami perdoie , fien say que de dolour moroie.
Hès ja , se Dien plest , o'avenra ; Jamais amis ne me fanra; Ja ne fera vers moy boisdie.
Ja fust venns , qaoyque je die ; Hais la tourmente le délient.
Lasse ! com cils ihanx temps «e tient I Que si se va par mer salant.
Tout le cuer me va tressaillant Do ténébreux temps que je voy.
Trop snis iristre , et doteote aboy. NeptuDus , le dieu de la mer , Ja sceas tu par amours amer?
si guerroiez mon amant ; tses iD liez que enssement gnerroiast, quant tu amoiesT i\ loa et quel grâce y aroies , tel enfant avoies mort?
nage serait de sa mort :
p est franc de cuer et de corps. »
JDsi se plaing et plus eneors damoiselle; et main et eorr pnet ne paix ne joie avoir.
is jours a en cner et en bondie », qai plus au cner li touche.
Cent fois le jour vaii au rivage Savoir aë ja tronvaai message Que d'Âbides venir veist.
Qui nouvelles li en deist.
Mais elle n'en puet oïr nouvelle.
Toutes les nuits mosoit la belle Sus la tour , où elle aitendoit , Et son brandon ardent tendoit , Pour monstrer lui la droite voie.
Mes fortune , qui les guerroie , Et le vent , qui trop les destourbe , Sa lanterne esteint et essorbe.
Dont elle dut l'enfant avoier , Et fist le jouvencel noier.
Car trop ot le CHer esperdu « Puisqu'il ot son joir perdu ^ Qui li monstroit s^ droite voie.
La pucelle attend toute voie; One de .vu. nuis ne prist sommeil ; N'onques ne furent elos si oueil La montance d'un seul moment.
Trois jours le voit elle en dormant :
Si li est vis qu'elle Fembrace* Et que tout son talent . en iace »
Et quand dui gisent en un lit.
Lors k grant joie et grant déduit ; Mes failli li est en pou d'eure ; Au réveillier souspiro et pleure.
Et pour ce, nous dist li aucteurs.
Au réveillier sont les doleiirst Celle prie qu'ainsi avenir Puisse qu'elle le puist tenir, Ainsi que l'a ven en songe :
Biau doulz Amis, ceste mençonge Nous puisse h grant joie tourner.
Peossés, Amis; de retourner A votre amie par amour.
Ja o'aiex double ne crémour:
Bien passerés, au Dieu plaisir.
S'acomplirons notre désir
Lasse! pour quoy sui tant honteuse?
Se si ne fusse vergondeuse »
Ne fusse mie en tel crémour , En tel destraisse pour amour :
J^alasse appertement à lui.
Si n'eusse ne mal ne anui.
Ne dueil de rien qui m^avenist, Quant il avec soy me tenist.
James ne fusse s'o lui non ; Mes trop crain le mauvais renon.
Ne s'acordent pas bien ensamble Amours et honte, se me samble.
Trop est Tune à Tautre contraire ; Car amours veult tous ses bons faire, Quoy que aviengne mal ou bien ; Et honte ne s'accorde à rien , Qui ne soit avenable chose.
Ce qu'amours veult et honte n'ose»
Si fait trop que fols, qui s'ahonte.
Si sont il maint, qui ja pour honte Ne lairont leur plaisir à faire.
Autressi deussions nous fiiire ; A nous ne fust pas telz anuis.
Ne ne passast toutes les nuis , Mes amis^ mer pour moy requerre; Ne de la mer , qui si nous serre Ne craingnist pas tant les assauts.
Amis, vous soiez sains et sans, Et Dieu vous gart de meschéance ^ .
Ainsi com il en a poissance t »
Ainsi se complaint et démente La dolorease , la dolente.
Mes ne scet la de^conveQue, Qui du varlet est avenue.
Parmi la mer Tait flotant mort ; One mes si doloreux descorl Ne fu veus à damoiselle , Quant elle en saura la nouvelle. - Mot n'en scèt ; mes grant doubte en a.
Ou grant dueil qu'elle démena La damoiselle s'endormi ; Mais n'ot pas longuement dormi, Qu'elle vit un songe pesant ; Dont s'effréa moult durement.
Lj songes fu qu'elle tenoit
Un grant delphin, qui mors venoit
Parmi la mer droit à la rive.
Au port, dessoubz la courantive.
Grant dueil en fait ; ce li est vis.
Tant en ploura , que tout son vis
Et toute sa face en moilla.
A taut la belle s'esveilla ;
Toute effraée court au port ,
Où pou trouva joie et déport.
Son ami voit venir flottant.
Si com le vent le vait boutant.
Et chace devers le rivage.
Tel dueil en a que toute enrage ;
De son dueil ni veulz faire conte ;
Nul dueil vers le sien rien ne monte.
En mer sault contre son amant ;
Moult par l'embrace estroitement ;
Bras a bras est lez lui périe ; Par son grant dueil est la noie.
Bien li monstra semblant d'amer,
5ft
Qoant pour lui vouh noier en mer.
Qoques pour mort ne pour vie Ne fu leur amour départie.
Puis arrivèrent li amant Au port de Frixe droitement.
Hors de la mer espoventabie.
Or vueil espondre ceste Table :
Léandre dissoluçion Donne , qui met s'eotencion En fols amour, en fols arsiire.
Âmoit Hero : ce fu luxure , Qui fu née en Sexte sur mer.
Car toute la force d'amer , Toute la cause et Taventure, L'escbaufement et Tordure Naist du sixte membre de femme.
Héro tieùt le brandon qui flame , Dont elle alume k son amajit.
Qu'amours art ef voit enflamant.
Cuer , qui s'abandonne à amer , En vait par les périls de mer , Gourant tout nu par nuit obscure.
Car trop plus a malaventure, Périls et persécucions , Tourmens et tribulacions , Qui suèffre les dolours d'amer , Que s'il nagoit parmi la mer.
De mer amère a amours nom ; Il n'i a s'amertume non.
Léander aloit nu nagent Par nuit obscure; car la gent Luxurieuse et dissolue Escorcbe , et 4espoullé , et desnue Fols amour , qui si les desseule , Si les enténèb)res et aveugle,
Qae tout leur tost sens et savoir,
Et tous les biens Vom puest avoir.
Lors naissent tourmentes et vent,
Qui esmeuvent la mer forment ,
Et du brandon estaint la flame.
Car puis qu'amours fait liomme ou femme
Chéoir en tel chétiveté ,
En si honteuse povreté
Que n'a que rendre , tie que prendre ,
Ne que donner , ne que despendre ;
Si a le sien tout despendu :
Dont le voulroient avoir pendu
Tuit cil et ceHes , qui l'amoient.
Et, qui ami doul le clamoient,
Le laissent du tout k amer.
C'est la tourmente de la mer
Par qui li brandons , ne la Mlle
Qui pluslot meurt que feu de paiite ,
Est toute amortie et estainte.
C'est amour décevable et fatnte
De ceulx , qui pour le sien avoir.
Le souloient jadis décevoir.
Hës puis qu'ils n'en peuvent riens traire ,
De s'amour n'ont mes plus que faire;
Chascun le déchace et déboute.
Plus est périllieus que qui floute
Et déboutés par la marine.
Chascuns het mes amour frarine ;
Nulz n'a mes de povre amour cure.
Lors estaint en lui la luiure ,
Qui n'est amés ne n'a amie :
N'il n'a de nulle amour envie.
Plus estudie à sôussier^
Que ne fait à luxurier.
Povres hoins n'a d'amer talent ;
TaDt a le cuer triatre et dolent , Plafo de pésaoce et plain d'angoisM , Pour la mesaise qai l'angoisse, Que bel toute joliveté.
Et s'il vouloit en povreié Les déduis d'amours maintenir , Ne les porroit il sonstenir Pour la sooffreté, qui le tient.
Folz est qui celle amour maintient , Qui robe et despoutle homme «t femme D'amour, d'avoir, de corps et d'ame.
Autrement le puis exposer :
Par Héro puis prendre et gloser Celle sapieoce devine , Qui tout commence , et tout atSne , Et tout ordonne souefmenl.
Par Léander puis droilement Entendre homme ou humain lignage , Par Seste le bault herbegage Des cienix, par Âbido le monde.
Par la mer estroile et profonde Puis noter ceste mortel vie , Où nous n'avons autre navjc Que le corps pour tendre li la joie De la celestial monnoie, Où la sapience divine Nous Btant , qui par la marine Du monde nous guie et avoie , Se nous suivons la droite voie , lue nous monstre son luminaire , é nous vivons k l'exemplaire le ses fais et de sa doctrine, l'est la clarté, qui enlumine 'ont homme en ceste amère mer ; l'est celle qui tant pot amer
L'amain lignage à mon avis ,
Qui l'a mist prime en paradia
Pour estre o lui joieusement.
Moult y fa beneureusement ,
Et moult ot homs aise et délit :
Ou dont? en délitablelit
De paradis avecques s'amie.
Mes ce bien ne li dura mie ;
Car leur amour se départi ;
Si ot li homs molt mal parti.
Le mal m^nde ot plain de tristresse ,
Plain d'angoisse et plain de destresse.
Ot ponr plus doubler ses annois,
Il ne poYoit ne jours ne nuis ,
C'est à dire ne vifs ne mors ,
Veoir de paradis les pors.
Car la tourmente de péchié
Ot son passage empechié.
Et le vent de temptacion ,
C'est la maie subjection
Du dyable, qui l'avugla.
Et déçut, et deshérita ;
Pour ce qu'il li ot enprlé,
Et toute estainte sa clarté ,
La grâce et le doctrinement
Du devin amonestement
Que li homs doit suir et tenir ,
S'il vottlsist droitement venir
Au port de la salvable joie.
Lors perdi homs la droite voie ;
Si li convient k forvoier
Sus en la mer, et puis noier.
Es flos d'enfer sans alégance.
Mes la devine sapience.
Qui trop ot en lui s'amistié,
Par &a grâce et par sa piUe , Pour homme raembre et ceqnerre, Yoult descendre du. ciel en terre Et prendre forme et cbar humaine , Et soy livrer k mortel paine Pour homme, que tant pot amer.
Ce le traist de ranoèce mer D'enfer au très salvable port , Plain de pardnrable déport.
Gomment OiphéttS' al» quem wk ftaima en enAr.
Desus avés oi la fable Gomme Iphis , fille , fifô devint Et print femme. A ces noces vint  grant feste et joieusement Hymen dieu de noceoiement.
D'illec s'empart grant allure Par Tair , en jaune couverture , En Ciconie où semons ère Aux noces de grande mariëre.
Orphéus semons li avoit Que nouvelle espouse devoit Espouser joenne ^ gente et belle , Erudice la damoiselle.
Sens nul bon heur qu'il aport , Et sens nul signe de déport Est Hymen aux noces venus :
Mais tristement s'est contenus Et donne signe et démonstrance De douleur et de meschéance
Que venir doie aux noceoars.
Mais l'aventure fu peours
Que li signe n'orent esté.
La neuve espouse au prim esté
S'aloit nus pies esbanoiant
Aux préz pleins d'herbe verdoiant.
;t <^ Un pastours beaux et envoisié ,
^ ^ C'est Aristéus le proisié y Vit la belle ; si la pria D'amour : mais celle li nia S'amour et sa grâce à donner.
Si ne li voult habandonner , Pour prière qu'il li feist , A faire riens qu'il fi queist; Ains s'en fuit et s'il la siévoit.
Tantois que la belle fuîoit^ Un serpent ou talon l'a mort; S'en fu la belle mise à mort.
Grant doleur ot et grant pésance.
Quant par soudaine meschéance Ot Orphéus perdu s'espouse.
Moult se complainte moult se doulouse.
Quant tant Tôt au monde plourée.
Se voult en l'infernal contrée Descendre, et aler pour savoir Se s'espouse peust ravoir « Et si les infernals peust Esmouvoir à ce qu'ail la reust.
Il tint sa harpe et son arçon ; En harpant chanta tel chançon :
vous, Dieu de la chartre obscure , Où toute humaine créature Vient et descent ou tost ou tart.
Ne nuls ne vous en fait essarl , S'ifme ioist, et se voir os dire,
Ne vieo pas ci pour cest empire
Visiter, ne pour vous \eoir ,
Ne pour vos tourmens asseoir ;*
Car de tout ce n'ai je que faire .
Venus i sui pour autre affaire :
Euridice , que prise avoie
A femme , est cause de ma voie.
Autre chose ue quièrre je çà :
Un serpent ou pié la bleça ;
Si mouru de la bleceure ;
Or est en ceste chartre obscure.
Certes ne cuidai sans pésance
Souffrir sa mortel meschéance.
Ja ne sera par moi noie.
Que je n'aie assez essaie
Se je peusse sens douloir
Mettre sa mort en non chaloir.
Mais je ne puis, ue ne pourroie ;
Qu'amours m'assaut trop et guerroie ;
Ci m'a vaincu par vérité.
Cil Dieux en grant auttorité
Est tenus ou souverain estre.
Si tien ge que cil doive il estre :
Si est cil, si com je devine,
Amours fist faire la rappine
De vous deux et rassemblement;
Se la renommée ne ment ,
Pluto Proserpine ravit
Par amours , si tost qu'il la vit.
Par le paour, par l'obscurté.
Et par la grant maleurté.
Par les feus et par la froidure ,
Qui sont en ceste chartre obscure.
Vous pri que ma femme et m'amie
Me rendes , et mettes en vie.
En ce n'arez vous nul dommage ; Quant el aura fait son eage , Vous la rarez en autel point.
Perdre ne le poés vous point ; Car tuil viennent ou tost on tart Li mortel homme cesle part.
Cils ont leur derrain hebergeage , Que vous lenés en héritage , Et lenrés perdurabiement.
Un poi d'usage seulement Vous demant , quant k orendroit , En m'espouse, et non autre droit. »
Ainsi dist Orphéus son lès :
Les âmes du tristre paies Pour la doulceur du son plouroient, Et leurs peines entroublioient ; Tantalus oublia son soi ; Et Yxion dessous soy Laissa sa roe reposer; Et Siziphus rêvait poser La roche, qui le tra villa.
Ne Ticius pas ne bailla Aux voutoirs rungans son jusier ; Et sans la fontaine espuisier Ont leur saunes et leur tamis Les Bellidiennes jus mis; Et se la renommée est voire.
Qui ce nous fait entendre et croire , Les Ménidiennes plouroient , Qui la douçour du chant oaient.
Ce tout mais ne pot avenir , La Royne ne pot tenir ^ ^
Ses oeils qu'elle ne larmoîast, *
Ni li Rois d'enfer ne noiast Pour riens ce qu'Orphéus demande.
La reine et le roys oommande
Que Eoridice soit appelée ,
Qui fa en l'ombreuse valée
celles, qui nouvellement
Sont venues k dampnement.
Euridice clochant aloit
Pour la plaie du pîé qu'elle oit.
Quant Orphéus la vit venant,
Lié fu : mais par tel convenant
Li fu Euridice rendue
Que à son retourner l'ara perdue ,
Se se retourne et ^rde arrière.
Mais voist devant , elle derrière
Se tost qu'elle ert oultréement
Fors de l'infernal tenement;
Ou se ce non ja n'en istroit.
Un sentier ronseux et destroit ,
Plein de silence et de durté ,
Et de forvoiable obscurté ,
S'en vont lu; avant, elle après:
Et ja estoient auques près
Tout fors de l'infernal poari»ris.
Quant cil , qui d'amours fu soaspris ,
Désirans de veoir s'amie
Et doubteux que ne venist mie.
Se tourna pour lui regarder.
Et sans maintenant plus tarder ,
Est celle en enfer refuie
Et de ses oeils esvanuie.
Cil tent ses mains, prendre la cuide;
Hais comme vens de luy se vuide.
Celle se départ de son mari ,
Qui de sfconde mort mouri.
Mais ne se puet de li blasmer^
S'il ne se plaint de trop amer.
Le desr^in salut H rendi Que cilz à peines entendi.
Orphéus forment se douloit Pour sa double mort , el voutoil Retourner pour querre la ttorie ; Mais il trouva ferme fa porte.
Et le portier la gardoit , Qui son ire li retardoit.
C'est noie que jamais la voie; Car retraite li est la! voie.
Sept jours fu sur Tinfernal rive , Plourant la mort de la dieitive ; Sens boire et sens mengier vivoît , Paissans soi du duel qu'il avoit.
Ses plours et ses deuls le soustinf ; Hais Dieu d'enfer pour fdon tiiH.
Puis est en Rodope venus; Trois ans esC sens fetmué tenus^.
Sens esponse et seâs eo«icûbine.
Si fui toute amour fémniitte ; Toutes femmes mist en refu.
Or ne sce je pour quoi ce fu , Ou pour yce qu'il ot promit  celle, qui tant ta amis^ Ou . pour ce que mal l'enchey ; Hais toutes femmes en hay« Toutes voies plusiews Tamèrenc, Qui en s'amour point eonquestèreot , Et ne purent de luy joïr :
Qu'il n'en daignait mAks o!r ; Si s'en dolurent durement.
Historial sens puet avoir Geste fable , et pour estre à vonr , Si com li comptes le récite, Priât Orpbéus la devant dicte
Euridicem par espousailles , Et que la dame en ses noceailles Mourut do serpent qui l'a mort; Dont li poètes si s'amort  la plourer oultre mesure Conques puis n'ost de femme cure.
Toute amour de femme fuioit ;
Car toute femme H puoit
Par Orphéus puis droitement Noter regnable entendement , Et par Euridice sa femme La sensualité de l'ame.
Ces deux choses par mariage Sont jointes ^n l'humain linage.
Li pastours , qui l'espouse prie Et requiert qu'elle soit s'amie , Puet noter vertu de bien vivre, Qui seult l'ame enchaucier et suivre Pour traire aux vertuosités.
Mais quant les sensualités , Qui trop s'eslonge folement De raisonnable entendement , Et tels que vertus K envoie Telle amour refuse et dévoie , Si vait courant à descouvert Tous nus pies desus le pré vert:, C'est ^ dire par les malices De ces terriennes délices Dont elle abuse folement , Et marche par consentement Sur le serpent de mortels vices, Qui se repont soubz les délices.
Cil serpens eus ou pié le mort.
Si l'envenime et met à mort De péchié par consentement:
Lors ebiet Tame doleotement Eo la ténébrease obscarté De profonde malehnrté.
Cils enfers est en lay meisme ; Car malvais coer est uns abisme Pleins de tourment et plein de peine , Qui pécheours tourmente et peine Jour et nuit rigoureusement.
Et se Macrobe ne me ment.
En cest enfer mal et pénible Sont .y. flueTS lait et horrible.
Le premier fluvs est oubliance ; Car en perverse continence Cueurre oubliance trestout bien.
Au malvais cuer n'amembre rien , Qui soit ne bon , ne prouffltable , Ne qui ja puisse être sauvable.
Âins est pleins de si grant oublie Que lui meismes en oublie Et tous les biens qu'il ot ehus ^ Ains qu'en cil enfer feust cheus.
Et Dieu les a mis , ce me semble , Tons en oubli , si com moi semble.
Après court Stix le haineux.
Le malvais fluvs et chainneùx , Qui Tame angoisse et traîne, Et met en rencour de haine , Tant que ne puet nul bien amer.
Cils fluvs venimeux , plein d'amer , Fait tous biens dëspire et fouir Et son prochain à tort haïr:
Si tient le cuer k grant destrece.
Après court le fluv de tristece , Qui la lasse ame affonde et noie.
Et li toult espirituci joie. >
Pais court GocbiiQS le plooreui , Qui fait cuer triste et doaloorenx; Duquel fluv, qui pleins est d'ordure D'angoisse et de mal aventure, Cils fluvs soufle ou cuer et atise L'ardeur d'ire et de convoitise ; A meschief est Tame livrée Qui de ces murs est enmurée.
En cest enfer a maint tourment.
Qui l'ame tourmente forment:
Cil qui muert de faim et de soi , Tantalus, qui a devant soi La pomme et l'iaue qui li touche Jusqu'au menton près de 1^ bpucbe^ Et si ne s'en puet aalsier.
Son faim ne son soif apaisier.
Qui l'art , et angoisse , et aUse , Segnifie ardant convpilise.
Qui félon cuer art et enflamme ; Et tant l'angoissa et tant l'enflamme Que de riens , qu'il ait , n'a profit :
Mais quant plus a, maint li souflSt^ Et plus a faim de plus acquerre.
Siziphus, qui la pesant pierre Porte à grant peine contremont Sur Sidn col sur la roche amont.
Puis la trébuche contreval.
Du hault jusqu'au pic h val , Note la soussieuse cure, L'angoisse et la maie aventure , Qui les tirans tourmente en terre Pour temporel honneur aquerre.
Main sont or einsi tourmenté ,| Qui cuer , et coqpts , et volonté ^ Tout leur pensé, toute leur cure.
£t tout leur temps tant com il dure •
Mettent en dignité acquerre
Et en mondains honneur de terre.
Si acquièrent les grans hauhesces ,
Les grans honneurs , les grans noblesces ;
Hais quant plus montent haultement ,
Plus trébuchent soubdainement
Du hault mont de prospérité
Ou val de honte et de vil té :
Si leur fait fortune la moe.
Le tourment de l'infernal roe Que Yxion vait tournoiant, Note ceulx qui vont foloiant Sans sans, conseil et sans cure, Sans pourvéance et sans mesure , Si com avi0n(ure \e$ marne Et fortune, qui les poormaine Selon ses variabletés Pleines de décepvabletés.
Et puisqu'ils soni sans' pourvéance , Souvent ont duef ef mesdiéance ; Et leur vie est pire dé mort.
Li voultours, qui reonge et mwt, Le corps, le juisier et Tentraille, Que Titius li livre et baille Sans cesser, note sans donbtance Le rémora de h conscience :
Car tous jours aguiflonne- et mort , Et reonge homme qm s^amort A faire œuvre qur déscon viengne , Dont conscience le repreigae (f).
Des gloutons et des léeheours,
(ij n y a iei dans la manuacrit quelques vers passé». Ce qui suit s'applique aux Danaïdes.
Des yTroins et des beveours ,
Qui pour leur ventre saouler
Veulent tout prendre et engouler
Les mondains biens, qui sont finable
Trespassant et coulourgéable
Plus que iaue assiduel courant.
Cil glouton vont tout dévorant ,
Tous jours voulroient gloutonner ,
Vins et viandes entonner,
Pour emplir leur vaisseaux sens fons,
Dont n'est ne bons airs ne bons fons.
Mais ja tant ne engouleront ,
Ne tant ne se saouleront,
Ne tant n'aront anuit beu,
Combien que soient embeu,
Que demain plus ne leur conviengne
Et tout ont à recommencier.
Poi se puet donques avaqcier,
Et bien pert s'entente et sa peine ,
Qui de son ventre emplir se peine;
Puisque rien n'i puet deraorer.
On ne doit pas trop demorer
Pour saouler sa gloute pance,
Mais mengier selon sufSsance,
Sans plus pour soutenir sa vie
Ne pour cause de glouton^nie.
En cest enfer pénible et vils Descent Orpbéus , ce m'est vis , Pour querre Euridice sa femme :
Quant pour querre pécheresse ame De péchié, qui prise la tient/ Entendement de raison vient Ou cuer /où tant a de malice , Pour luy faire à savoir son vice^ Et son péf il , et son meschié ,
Si rédargoe son ori pédiié
Au son de la harpe Appoline.
C'est d'inspiration divine.
Qui la visite et qui l'espire
Tant que ses péchiés tire à tire
Li manifeste et fait savoir :
Et si H fais apercevoir
Les périls , où l'ame est livrée ,
S'el n'est rescousse et délivrée
Par pénitence ou par confesse,
Et la sensualités laisse
De malvais usage de vivre ,
Et s'efforce de raison suivre
Qui le doit conduire et guier.
Ainsi se doit vivifier
L'ame, qui Dieus la grâce en donne.
Mais quant l'ame se habandonne
A félonnie et à viltés ,
Et que la sensualités ,
Qui doit estre la darrenière
Et raison ensuivre, est première ,
Si que raisons est bestournée ,
Et réfléchie , et destournée
Par fols amour , par fol désir
A suivre le charnel plaisir ,
L'ame escoulourge de rechief
A duel , à honte et à meschief ,
En cel enfer, dont issue ère;
Et pire est l'errour darrenière
Que la primeraine ne fu.
Car n'atent l'ame nul refu
Ne secours , puisqu'el a fors close
Raison , et contre li tient close
La porte ducuer endurcy,
Si ténébreus , si obscurcj
Qu'il ne voult o sm recepveir Nulle coDgJoissanee de Toir.
Par allégorie pois mettre Meillear sentence en eeste lettre :
Quant Dieu ot nestre humanité Mariée à la déilé.
Pour humanité faire raaisire De gloire et du règne cétestre, Et la char 9 morte par eoide, Fu ressoursse de mort k vie, Tout li Juifs furent dolent, n en monta par Pair volant Couvert de jausne couverture, (C'est taint en sai^uine tainture ,) Aux ciels , où toute paii haboné».
Ql créères de tout le monde Fist jointure du eorps à Tame El mariage d'omme et de femme* Hais l'une ne l'autre joininre Ne fu si fine ne si pure Qu^à maint ne soit puis mesehen , Qui ont puis maint encombrier eu.
Par les premiers peut on savoir Apertement que ce soit voir.
Le serpens, qui le supplanta, Fu diables^ qui tant tempta La première mèro jadis En délittable paradis^ Quant il , par son exeitemenlf , La mist en mal consentement De mangier la dampnable pomme , Dont elle fist mengièr a t'homme.
C'est la venimeuse pointure;»
Qui toute humaine créature Fist mettre en l'infernal tourment.
De ce se doubs Dieu formeiii.
Qui Famé ayoit prédestinée Être saave et espousée.
Poar loi déliTrer^et reqaerre, Voolt Dieus yeair de ciel eo terre Et descendre en la chartre obscare D'infer, pour humaine nature Traire de l'infernal prison.
Et pour les mettre k garisoo :
Ceux, qu'il trouva préseMemenft Des siens, furent tout quitteraient.
Et cil, qui descendre i deu^sent Pour l'entecheure qu'ails eussent De mors dont li premier moufiireQt , Par lui quite et délivre furent.
Hais que tenissent vrai^nent L'amour de leur très vrai amant , Et cil après leur délivrance Tenissent la droite créance De Dieu, sans ressortir arrière Jusqu'ils feussent hors de Tondière D'enfer et du monde passés.
Ha Dieux I comme ils sont ore assés De ceuls , qui pour mortels péchiés , Dont ils sont griefinent entechiés, Enquenrenit la dure sentence Deed infénial neschéance , Qui les mors pécheours atent , Qui persévèrent jusqu'^ tant Que Dieu par sa miséricorde  soi les rappelle et racorde.
Et trait fors de celle misère.
Qui puis se reversent arrière Et pardurablement se perdent Par les maulx , où ils se raherdent ,
Jusques l'ame da corps se part.
Si Tont li diable en leur part Enfermée en Tobscure tour.
Sans espérance- de reeour.
Lors n'a mais Dieu nulle amistié , Miséricorde ne pitié Que Dieus eust onques de luy.
Jamais Dieu n'aidera nulli, Puis qu'il y sera descendus.
Or est li recours deffendus A tous ceiils, qui là descendront.
Car jamais rescousse n'aront , Se mort les assomme en ce point.
N'a mais de délivrance point L'ame , que diables emporte, Puisqu'el a passés la porte , Qui tantost est close et fermée; Car là rèmaint l'ame enffermée , Sans jamais raençon avoir.
James Dieux , se scet oo devoir , Pour eulx en infer n'entrera ; Ne dampnés plus n'en istera.
Ci compte comment Vénus la déesse aima le bel Adonis. -^ Ci compta Vénus la déesse à Adonis son ami de Aihalonta la bien counnt.
Un jour baisoit par grant amour Vénus son fils le dieu d'Amour ; Et l'enfès, qui l'ot embracié, L'a soubs la mamelle blecié
D'an dart d'amour par mespriaon.
N'a pas de légier garison
Celle, qui de cest dart est pointe.
D'or fin esmeré fa la pointe ,
Plus tranchant que rasoer d'acier , ^
Pointe ague a pour miels percier.
La plaie fu longue et estroite ;
Ângoisseuse fu et destroite
Venus , pour le cop de la plaie.
Mais ce le conforte et apaie
Que la plaie semble petite :
Pour l'estroitesse la despite.
Mais tant corn plus la desprise ,
Est-elle plus d'amour esprise,
Et plus art ses cuers et enflamme. .
Quant Vénus , qui d'amours fa dame ,
Ne sceut contre amours avoir force ,
Fols qui contre amour s'efforce.
Vénus aima ; ne l' pot desdire :
Pour ce voulttel amant eslire ,
Qui feust digne de celle amie.
Adonis aima , qui n'îeit mie
En biauté mains vaiilans de ti.
Adonis plot et abelli
A la déesse pour sa fourme.
Amours l'introduist et enfoorme
A faire ses commandemens
Qu'elle commande aux fins amans.
Or ne li chaat de déité ,
Ne d'honneur , ne de dignité.
Tout oublie pour le damesiel ;
Et n'a en terre ne en ciel
Nulle chose, qui tant li plaise.
Elle l'embrace , elle le baise :
A lui se déduist et déporte.
Compagnie ii tient , et porte
Ses filles par prés et par Taals.
Or li agrée li tra?aHls «
Qui de travail n'aYoil donc cure.
Ne met plus s'entente et sa c«re
En soi polir et cointoier ;
Or ne le chant mis d^ombroier.
Escourtiée vait la déesse,
A manière de téneresse.
Par ces vauli et par ces montaignes ,
Par ces forests et par ces pleines ,
Les filés porte et i» chiens meiiie.
Pour Famour Adonis se peine;
N'onc mais & labourer n'aprist;
Mains cerfs t mainsr daims « mains lièf re» prist.
Mais onques Hoo , m Képart ,
Sanglier , ne ours^ ne fisi essarta
Ne ne prist nulle armée beste .
Son ami prie et amonneste,
Si riens y vault amonnester,
Qu'il se gardast de contrester
A bestes de tels cruautés:
— « Amis, eages ne beautés
Ne pourroit fléchir leur courages ;
Car trop sont pleins d^ire et de rages.
Ne les poursttÎYes ,. doub amia«
A douleurs seroit mes «Mrs mis ,
S'il te mesdiéoit de tel diace.
Ton mal, veille, et mien ne pourAace ,
Pour un petit de vaine j^ire.
Le mien conseil tieik en mémoire ;
Chace les bestes qui fuiront ;:
Ja tels chaces ne te nuiront.
Et si te gardes d'en^aïr
Celles , qui ne scevent fouir ,
AiBs ont apris à relouroer.
A grant dommage paet tovmer
Hardement contre les hardis.
Miels te vault estre acouardis
Et toarner en fine asseur ,
Que chacier à ton malehenr.
Pour ce te pri , mes amis doiils ,
Que De soies fols ne estous
A Dostre douleur pourchacier.
Garde toy des béates chacier,
Qui ont naturel hardement ,
Et des lions nomméement
Ceux hé-je plus que riens do mond*
Pourquoi ? — Pour ce que méfiait m'ont.
SéoDs nous ci sur Therbe en l'ombre
De cest peuplier ; car «trop m'encombre
Li travaulx , qu'en avuie usé*
Je te diroi pour quoi pins hé
Les lions que autre sauvagine ,
Et pourquoi vient eeste hayne. m
Atant en l'herbage s'assi&t Vénus. Mais pas ne li dessist Que ses amis s'assist sur li ; Ains li plot moult et abelli.
Lors sist en son giron coucbié* Puis à tel raison couMuencié:
t En Crète otune damoiselle^ Qui tant fu courans et isnelle Qui ne pouvoit homme trouver , Qui voulsist vers li Qstriver De courre, qu'elle ne vaiqquist Grant nom et grant los en aquist ; Merveilles fu de sa isneaoté Et plus açsez de sa beauté ; Qu'en tout le mont , ce m'est avis ,
N'ot de corps , de chief ne de vis Femme si belle ne si geôle.
La pucelle ot nom Athalente.
Un jour voult celle assear savoir Qnel espoux el devoit avoir.
Li Diens li fist asseur entendre Que n'a mestier de baron prendre, De baron prendre n'a mestier : Mais ja ne si savoit gaitier Si bien , pour rien que on li deist , Que en la fin baron n'eist, Et se verroit tel temps en vie Que ja n'aroit de soi baillîe.
De tel response , qu'elle ot oy , La pucelle si s'esbabi.
Dès puis ne voult barop< avoir Pour richece ne pour avoir , Ne pour amour , ne pour prière ; Ains fu si crueuse et si fière Que tous les mettoit au refu.
Mais trop plus désirée en fu , Et plus aimée , et plus requise ; Car plus a on grant convoitise De la chose , où a contredit , Que de ce que nuls ne desdit.
Plus l'aimoieot pour le debout :
A li venoient tout debout Li riche baron de la terre , Pour de mariage requerre.
Et celle avec son escondit Dit que ja n'aura marit , Fors qu'à une condicion, Qui puis mist à perdicion Pluseurs , dont fu perte et dommages Or ot tel loi cil mariages
Que n'a talent de baron prendre :
Mais qui voulroit à li entendre ,
Et la puist au cours passer
Sien soit ; se non , sans irespasser ,
Il a failli à son corps gent.
Et bien sache certainement ,
Il est mis à perdicion.
One pour cesle condicion
Le premier propos ne perdirent ,
Ne de la mort semblant ne firent ;
Mais à cours faire se présentent;
Car de ce riens ne s'espoentent.
Venu sont pour le cours veoir
Lî pères o tout leur povoir ,
Et du pais tout 11 barnés.
Uns damoiseaux de Thebes nés , Ypomenes , li beaux , li gentis , Venu i fu o autres gens :
Nieps estoit au Dieu de la mer.
Les jouvenciaux prist à blasmer , Que du courre s'entremetoient , Qu'en péril de mort se metoient Pour requerre tel mariage :
Péril y a et grant dommage.
Ainsi les blasmoit de parole Et leur amour lenoit à foie.
Mais quand il vit la damoiselle , Qui tant estoit plaîsans et belle Apertement en mi la face Plus clère et plus luisans que glace , Plus blanche que flour d'aubespine , ' Plus vermeille que rose fine, En corps pur et desafublé , D'amours le cueur ot aveuglé:
Esbabis est et irespensés.
Toust li fo mués ses pensés.
Abatue li fo la gengle ; Amours Ta rendu mat en l'angle.
A ceux blasmer plus n'entent ; Mais merci cri et se repent Des autres , qu'il avoit repris.
Certes ne savoie le pris
Du grant loier qu'ils atendoient.
Ha ! com bien beuré seroient , S'ils povoient tel pris conquerre î Qu'il n*a si belle dame en terre ^ N'onques ne fu , ne n'ert jamais. »
Quant plus la loe Ypomenès , Plus art et esprent de désir :
— Dieu, fist-il, par Tostre plaisir Faites à la belle secours, Que ne soit vaincue en son cours.
Mourir m'estuet , se je la pers.
Moult ert ores mes cuers despers ; Et villainement mesprenois.
Quant je ces vallès resprenois , Qui pour la belle aosent sur eut Emprendre fais si douloureux , Com d'euls meltrent en péril de mort.
Trop mourroient de doulce mort , S'ils mouroient pour soie amour.
Qu'alens-je? Ne pourquoi demour Que je ne vois au cours emprendre?
Je pourrois bien trop attendre :
Mestier m'est que je m'aventure Pour déservir tel créature.
Entreprendre m'estuet le cours.
Ja fait Dieu aide et secours Aux courageux et aux hardis.
Mais le malvais acouardis
Pert mains biens par sa eouardie. »
Endemensliers qu^il s'estudie Et qu'il devise sans parole , Plus tost que oizillon ne vole S'en cuert la pucelle Athalente.
Au vallet plaist et atalente La grande isnelletés de li; Mais plus li plet et abetli La beauté , dont elle est garnie.
Car vermeille rose espanie Ne fu de si fine couleur.
Trop embelli pour la chaleur Du cours et de la lasseté, Moult plus qu'elle n'ot ains esté.
Sur ses espaules d'ambes pars Gîsoient si cheveuls espars , Plus luisans d'or fin , et si longs Qu'ils li batoient aux talons.
Endementières que cil entent A sa beauté , qui si resplent , La pucelle a le cours vaincu :
Livré sont à mort li vaincu.
Mais onc cil ne s'espoenta.
Devant tous en apert s'esta, La virge avise en mi le vis, El dist : — Pucelle , il m'est avis Que petit d'honneur conquestés En ces cheilifs , que vous matés ; Car foibles sont et sans savoir.
Mais se voulés loeâge avoir , Encontre moi vous esprouvés , Se vous tel hardement avés.
Se fortune me fait secours, Tant que vaincre vous puisse à cours, Ce ne vous ert honte ne let
D'eslre espouse h si bel varlet.
Par moi sériés moult exaulciée ; .
Car eslre seul de graut ligoiée.
Fils sui Macaire Tenvoisié , El nieps au Dame Dieu proisié , Qui a \k justicier la mer.
Si n'en fais pas mains à proisier ' Par force ne par vassellage, Que je fais par mon grant lignage ; Et s^aquerre me poviés, Nom pardurable en ariés. »
Endementiers qu'ainsi parole Le jouvenceaus, qu'amours afole.
Pour qui e'mprent tel hardement , La pucelle ententivement Le remire de chief en pié :
En son cuer dist : — Pour quel péchié.
Pour quel outrage et pour quel tort Se veult cil enfès mettre à mort , Et pour moi livrer à douleur ?
Je ne suis pas de tel valeur , Que pour moi deust mort souffrir , Ne son corps k martire offrir; Car trop est biaux et amoureux.
Si convoite fès douloureux Entreprendre pour m'amitié , Certes il me ^it grant pitié.
Non mie pou^ beauté qu'il ait , Mais pour l'éage du variet :
Car trop voi joenne le meschin.
Et si est nés de noble lin ; Neptunus est son bel aiauls.
Si m'aime tant le damoisiaux , Que pour m'amoui? ose entreprendre Tel fès que de la. mort atendre,
Se de fortuD6 n'a secours.
Enfès , va t'en : laisse le cours ; Car ja n'aroie vers moi force.
Je ne le die mie , ^^fors ce Que de l'amour face refû ; Qu'il n'est femme , n'onques ne fu , Qui pas deust estre reprise S'il estoit de t'amonr réprise.
Mais je te dis que s'est foleur, Se pour moi meurs k tel douleur.
Trop aroit ci maie amitié. Â voi^ donc me vient tel pitié?
One mais ne fu ci piteable :
Trop a femme le cner muable.
Dès quant sui-je si débonaire?
Qu'ai-je donc de s'amour k faire ^ Il ne l'en cbaut; il het sa vie.
Puisqu'il a de mourir envie.
Si meure; car il ne m^en chaut:
Ce ne me fait ne froit ne chaut.
Il deust bien estre esmeus Pour les autres qu'il a veus Pour moi mettre à desconfiture.
Ha! se mouroit tel créature, Enfès de si très bonnes meurs « Pour ce qu'il m'aime par ameurs, Trop aroit à maie mérite.
Ains fust tel victoire maldite Que vaincu l'eusse , ne mort.
Trop aroie blasme de sa mort.
Ce poise moi qu'il se me requiert :
Sa mescbéance et sa mort quiert En cet estrif, qu'il a empris.
Ce fait amours, qui l'a sourpris.
Si voulroie que FDieu pleust
Qu^à cest cours yaiocre me peust.
Ha! enfès, de belle facture, Simples sur toute créature, Mal fu la beauté de ton corps.
Digne feusses de vivre encors :
Ce poise moi que tu m'as veue ; Chier comparras ceste veue.
Trop me fait fortune douloir; Certes s'il fust à mon vouloir De baron avoir à mon chois , Ne scè homme, tant ait richois, Que je miels aimasse de toi. ;»
Ainsi pense et parole à soi La pucelle, qu'amours maistroie.
Petit et petit s'amoloie ; Moult est doubteuse et esbahie ; Et l'aime , et cil ne le scet mie.
Dementiers èrent environ Li pères et tuit ii baron, Pour le cours des deux esgarder.
Ypomenès sens atarder Fist s'oroison dévotement :
«-* Yénus, Dame que tuit amant Doivent requerre près et loing , Moi secoures k ceste besoing!
Je sui par vous en ceste amour. \
Secourre le vins sans demour ; Isnellement me mis à voie.
^ Em Cipre un mien jardin savoie ; Un arbre y ot de grant valeur ; Li arbres et li fruis est d'or.
Trois de ces pomes d'or queilley , Au varlet vins , et li baillai ; Et li apris qu'il en feroit , Et comment il les geteroit
Pour amuser la damoiselle ,
Qui taot ert coorans el isnelle.
Li corneour le cor cornèrent
Et cils de courre .s'aprestèrenL
Tant couroient isnellement
Que bien sembloit certainement
Qu'ils volassent com deux oisiaux.
Mes s'esjoist li damoisiaux.
Car tout le peuples crie: — Or tost!
Se malvaistié ne le vous toult I
La pucelle ares. — Si Toy ;
Merveilleusement s'esjoy.
Si fist la pucelle Aibalente ,
Qui de courre n'estoit pas lente.
Souvent li plet à relarder
Son cours , pour le cours regarder.
Moult li poise qu'elle le lait ;
Car li cours au vallet retrait ,
Com cil qui le corps ot lassé.
La mète est loing : si Ta passé
La pucelle , qui plus tost court.
Or est métier qu'il se secourt :
D'une des pommes, qu'il avoit,
Gète devant : et quant la voit
La belle , de désir esprent ,
Le cours laisse et la pomme prent.
Lors y ot grant noise el grant bruit ;
Tous li peuples de joie em bruit ;
Car le damoisiaux l'a passée.
Mais elle , qui pas n'est lassée ,
Se basta lant que le rataint
Et le trespasse. Et cil ataint
L'autre pomme : si la geta.
Et la pucelles s'arresta ,
Pour la pomme saisir et prendre.
dil outre passa sens atendre»
La pucelle Ta tant seu , Qo'isnellement l'a eonseu.
Li damoisiaux fat moult lassés ; Les deux pars du cours ot passés.
Et le plus grant tiers ot à courre :
— Or me veilliez , disl-il , secourre ^ Dame Vénus, à ce besoing. »
Après geta la pomme loing , ' Pour la pucelle destrier.
Je vis la pucelle esmaier.
Qui ne savoit qu'elle en feist.
Se le laissast ou le preist.
Et à poi la cuida laissier.
A donc la fis je abaissier , Et li fis le fruit prendre à force.
Et le variés tantost s'efiEbrce, Car enfin passa la pucelle.
Et vint h mète : et print la belle Par mon secours et par mon don.
Mais onques n'en oi guerredon ^ N'onc puis de moi ne li souvint.
Or oî comment il l'en mesvint.
J'ai grant engaigne et grant despil Du jouvencel , qui me despit.
Si m'en sceu fièrement vengier ; Mon mal talent li vendi chier.
En son pais s'en revenoit ^ Avec soi s'espouse menoit.
En une lande , où ils entrèrent , Le temple Cybèles trouvèrent.
En un bel retrait , loing de voie , Enmeine Ypomènes la bloie Pour reposer son corps en l'ombre.
Car las sont , et trop les encombre
La chaleur do soleil d'esté.
Ou temple se soot arresté :
Tant fès qu'illec jeot o sa femme.
Moult en fu dolente la dame Cibeles , qui li temple ère.
"Vengeance en print cruel et fière.
Et les mist a confusion ; Tous deux les mua en lion.
Moult y a orgueilleuse beste.
Pour ce, douls, t'ammoneste Que ja tels bestes ne ehaices, Que por leur fierté ne preignes. »
Ainsi chastoie son amant Vénus. Mais pour chasloîemrat Ne pot homs hardis son cuer faindre.
Que lors les veist entr'eux estraindre.
Entre baisier bouche et ifis, Bien peust dire, ce m'est vis, Que li un feust de l'autre amés.
De doulz baisiers entresemés Et de souspirs se font présent , Tant com ils sont iliec présent.
Vénus s'empart k moult grant peine ; En Cipre yait , à son domaine.
Adonis est ou bois entrés ; Un grant sangliers y est levés , Que chien avoient esmeii.
De tant long com il l'a veu , Vers lui s'en vint , l'espieu brandi ; Onques au chastoi n'entendi, Que s'amie li eust fait. Ce fu folie ; et si mefTait De passer les commans s'amie; Mal l'en vendra , je n'en doubt mie.
Adonis a le porc féru ;
Mavré Ta : li porc li couru ; Fièrement si le pourfendi Et mort illecques Testendi.
L'eniès en mourant se oomplaini; Venus oî de loing li plaingt , Retourne, et si le treure mort Ses cheveux ront, ses poins détort.
— Hail fortune, qui te meut?
Tu m'as le mien ami tollut I »
Dist Vénus , qui trop se douloit.
A poi soustenir se pooit; Triste o le cuer et esperdu.
— Douls amis^ quant je t'ai perdu Grant douleur ai et grant angoisse.
Jamais li d'eni, qui si m'angoisse.
De mon cuer ne se partira.
Chacun an renouvelera;
Ton sang ferai muer en flour , Qui renottvdera mon plour Et le duel, qui me desconâst.
Par Siphone des femmes fist Nouvelle mente; et je ferai Ton sang florir: si te muerai.»
Ainsi se plaint et doulousa La déesse: après arrousa Le sang de savoureus piment.
Ne demeura pas longuement Que du sang nasqui une flour.
Qui sang ressemble de colour.
En la flour a une bocete ; Pleins de grains est la flourete ; Adonis a nom , ce me semble ; Pour petit de vent chut et tremble (1).
(i) Adonis représente la beauté et la paresse, Vénus la hixiireet Teisiveté; le sanglier ^est la débauche qui tue l'homme. Adonis est
Qr diroi rexposicion De ceux qui devinrent lion :
Par Âthalenta la mouvable.
Qui Unt fa belle et déliUable, Là où plusieurs homooies oouroient, Qui par s'acointance mouroient, Puis noter les délis du monde Où toute vanités habonde En filuttive muabletés.
C'est une délittabletés , Qui ne scet estre en ferme point.
Tousjours fuit et ne cesse point De ceux destruire et déoep^voir, Qui plus se peinent de l'avoir.
Ce n'est fors pour fois amuser ; Qui plus y veult son temps user, II le convient , au diief du tour , Ame et corps perdre sens retoar.
Ipomenès de Thebes nés, Qui ceux tenoit k forssenés Qui aux mondains delis couroient Folement,*tant qu'ils y mouroient, Puis fu plus ardament espris Que cil qu'il en a voit repris, Peut noter ces clers et ces prestres , Ces sermonneurs et ces maistres, Qui sont assis pour Dieu servir.
Non pour la foie amour servir.
Ce sont cils , qui le siède aprennent Et par leur preschement reprennent Ceux, que voient que leur temps perdent
encore rembldme des vanités do monde qui ne durent qu*un jour. — L'tutenr le compare encore an fils de Dieu , Adonaï. Dans cette alléforie , le sanglier représente les Juifs.
Aux Tains délîs où ils ^'aberdent ;
Et ci sont ore lî plos chiche ,
El li plus ardent d'estre riche.
Si ne leur chant quel chief i preignent ,
Hais que riche et magnat deviengnent.
Li un montent en audience
Par leur sens et par leur science;
Li autre ont leur grant parenté
Désirant et entalenté
D'euls enrichir et mettre avant;
Li autre monte assés souvent
Par sa prouesce et par sa peine;
Et tant y met s'entente vaine
Par espervier et jour et nuit
Qu'il en enrichist, qui qu'il anuit.
Quant cil clerc sont ainsi monté.
Et tant ont a leur volenté
L'aise du monde et le délit ,
Qu'ils ont à leur partie eslit ,
Si montent en oultre cuidance.
Lors mettent Dieu en oubliance ,
Qui tous ces biens leur a donnés ;•
Dont ont leurs cuers abandonnés
A rage et desloiauté,
A malice et à cruauté.
Cils portent le char d'avarice,
Dont l'une roe est de malice ;
L'autre roe est d'incontinence;
L'autre se est de récréance;
L'autre est impétuosités,
Présomptive hativetés.
Tels sont les roes de cel char
Plein d'avarice et plein d'eschar,
Sur quoi siet dame convoitise ,
Qui cuers aguillonne et alise
A toute desloiauté faire.
De tels bons n'a Diea que faire, Qui le desprisent et sa grâce; Âins deffent de suivre leur trace.
Autrement .puis la fable (1)
Par Albalenta peut on prendre
Sainte église la preux , la belle ,
Yirge curieuse et isnelle
A courre humblement sans buffoi
Au cours de la divine foy ,
Celle qui ses amis, a voie
Et adresce h courre la voie
De la créance. Jhesucripst
Et des commans ., que Dieu escript :
Si que par leur recréandise
Se lairont vaincre o sainte église ,
Et retrairont mat et vaincu.
Ains qu'ils aient le cours vaincu ,
Seront à grant confusion
En infer, à dampnacion
De mort , dont tous jours mais mourront.
Et cils , qui loiaumeni se courront ,
Que Dieus voulra faire secours ,
Tant qu'ils puissent vaincre le cours ,
Et qu'ils en aient la victoire.
Ils seront couronnés de gloire
sainte église en paradis.
Maint coureour furent jadis , Qui pour la loi Dieu , qu'ils am^nt ^ Et pour sainte ^lise eslrivèrent Loialment jusqu'à mort atendre.
Et miels voulrqnt leur sang espandre Et mourir ou cours sainte église
{i) Il manque ici deux vers dans le texte.
Que vivre en tel récréandise.
Li fol, qui mourir kg veoient En la foi^ tolemeai oreoieni Que Dieus eust en oubli mis Ses champions « ses bons amis , Qui pour s'amour voulrent mourir.
Ains les vouU es sains ciels flourir ; Et sont par leur digne victoire Couronnés d'honneur et de gloire.
Par Ypomenes puis entendre Ceux , qui jadis seulent reprendre Les coureours de sainte ^lise , Comme saint Pol et saint Denise, Cil qui fn compaings saint Ruffin »
Saint Tiburce et saint Augustin , Qui primes furent mescréanl.
Si tenoient à meschéant Les sains , qui la foi Dieu lenoient , Et com ignorans reprenoient Ceux , qui miels vouloient offrir Leurs corps k marlire souffrir Que recroire au cours de la toi.
Puis laissoient ils leur buffoi Et leur foie mescréandise , Yenans h la foi de l'élise , Desirans de vaincre en cel cours:
Et Dame Dieu leur fist secours , En donnant trois pommes doréos.
Ce sont trois vertus honnourées , Qui sont plus précieuses d'or; De leur valeur n'est nul trésor.
Sans ces trois pommes ne puet estre Que nuls viengne à gloire celestre, Ne qui ait victoire en cel cours , Se ces trois ne le font secours*
L'une c'est foi ; Taulre est esperenoe ; Et la tierce, qui plus avance Tout homme, est vraie charités.
Les trois pommes, c'est vérités, Doit avoir , qui par fia victoire Yenlt avoir parmanable gloire ; Ou se ce non ja n'i venra.
Mais mas et vaincus se rendra A honte , et à confusion , Et k maie perdicion.
Ces trois riches pommes dorées , Ces trois vertus tant esmerées Orent cil saint , cil champion , Cil fier , cil courageux lion , Qui desprisoient les desrois , Et l'orgueil des ducs , et des rois Tout aflOit et toute menace.
Tant furent fort en la Dieu grâce , Que miels voulrent pour Dieu mourir Qu'au mont régner et seignourir.
L'onneur du monde à vil tenoient; Pour ce fu dit qu'ils trainoient Le char de terrienne honneur.
Si requérèrent nostre Seigneur Pour le soustenement du monde.
Ja nos gar l'heure que tout fonde !
Et ja feust fondu , se li saint N'eussent l'ire Dieu estaint.
De par Siphone doi encors Gloser , qui par les féipenius cors Hue en mente qui bien flaire.
Li saint , qui par bon exemplaire Retraient de fragilité , De foiblece et de vanité , De tout péchié de tpute ordure
Et de pareceuse froidure Li féminin, qui bien avoient Apris à faire , et les avoient Esmeus k toot bien oavrer Pour nom bien flairant recouvrer , Dont ils sont chaut et désirable , Sont entendu par ceste fable.
Cy parie de Pythagoras.
Un clerc de grant nobililé Ot en Croloine la cité , Grant philosophe et bien séné , Pitagoras de Samie né, Qui moult est bons naturiens Et sages astronomiens.
En son temps n'ot per ne graignour.
Pour mal du terrien seignour.
Fu mi en exil en Cretonne; Preudoms fu et sainte personne Et des célestiaux secrès Fu et sage et bien discrès.
.Si sçait des secrès de nature Tant, que nulle autre créature Ne sceut plus : et com bien apris , Enseignoit ce qu'il ot apris A ceux , qui ses leçons oaient.
Si leur monstroit com ils dévoient Vivre au moudre et eux contenir.
Et disoit donc pevent venir La noif , la foudre , et le tonoirre.
Si disoil qu'on voulsisl croire
Que tous homs se doil atargier
De son boire el de son maogier ;
Et vouloit moDstrer par raison
Qu'il n'est pas drois que mortels boai
Doie destruire et affoler
Autre corps n pour soi saouler.
Autres viandes sont assés ,
Dont on peut eslre respaissés :
Et puet on convenablement
Mengier pour son soustenement
Blés et roisins , poires et pommes.
De tels viandes se paisse homme,
Herbes doulces et choux et lait.
La terre est large, et largement
Donne à tous son soustenement
Tant, qu'il doit à cbascun souffire.
Besles sauvages pleines d'ire
Seulent autre corps dommagier,
Pour la leur faim assouagier.
Si se saoulent, si entassent
Tant que par force s'en encraissent.
Par sang et par occision
Tigre d'Alménie et lion,
Ours et leups, qui sont pleins de rage ^
Se nourrissent d'autre dommage ;
Qu'il affiert à leur cruauté ,
A leur rage et à leur mauté..
Autres y a de plus douce aire ,
Qui n'ont d'occision que faire:
Chevaux , asnes , bœufs et brebis ,
Qui vont paissant par ces erbis.
C'est leur vie ; c'est leur pasture :
Aussi nulle humaine nature
Ne doit i pour saouler sa pance ,
Faire à autrui mal ne grévance.
Car c'est trop grans desloiautés Et félonnesse cruautés, C'une ame pour sa nourriture Mette une autre k desconfiture.
Ne puet homs son ventre apaisier Sans autrui destruire et plaier ?
Ce fu trop malvaise aprison Que de faire tel mesprison.
Un temps fu anciennement Que les gens savoureusement « Sans char mengier , se nourrissoient Des frais , qui des arbres issoient , De cos , et d'erbe , et de racine.
Celle gens fu de franche orine , Plantureuse et bien eurée.
Et ceste appeiloit on dorée , Pour les hommes qui bon esloient.
A celui temps riens ne doubtoient Les oisillons; par l'air voloit.
Nuls homs ne les farsoit :
Car nuls , pour prendre les oisiaux , Ne tendoit ne las , ne roisiaux.
Et li lièvres s'esjoïssoient Aux champs; or li poisson nooient En pais , sans doubte d'ameçon.
Nulle riens n'estoit en souspeçon C'en li ^feist fraude ne guille :
En bois, en champs, en pleins, en ville Estoient toute riens asseur , Sens doubte de. nul maleur.
En pais, en joie et sans paour.
Mais puis que li glout leeheour , Qu'ils que feussent premièrement , Rompirent félon nessement
Geste pais ei ceste aliances , Pour saouler leur glotites panées , Et de charnels mengiers vesqnirent, Â toutes cruautés se inisrent.
Si fu leur entente et leur cure A toute fraude, a toute injure.
Si monstrèrent primes la rage Et la fierté de leur courage Aux sauvages bestes occire.
Ce leur deust au mains souffire De sauvages bestes deslruire , Celles qui s'efforcent de nuire Ans corps d'omme et homme occient« Hais mal font cils, qui se conchient Pour mengier si ors et si vils.
Bien ont tels bestes , se m^est vis , Par leur rage mort déservie ; Mais mangier ne les doit on mie ; Car c'est trop grant desconvenue.
Or est la cruautés crene , La félonnie ou li outrages Que n'ont pas les bestes sauvages Seulement, qu'ils mettent k mort.
Mais chascuns s'alèche et amort Au mengier et pis encores Qu'il ne suelt ; car on occist ores Les simples bestes , sans raison.
Si quiert on cause et achoison C'om les tue pour gloutonnie :
Si dist on que mort a la truie Desservie , par son ouitrage , Que son groing fait trop de dommage Aux blés qu'elle devuere et mort.
Et la chièvre rest mise à mort.
Pour ce qu^elle broate la vigiie«
Or soit que cil niaois leur aviengue Par leur coulpe et par leur méfiait , Qu'ont les doulces brebis meffait?
Dont elles ont mort déservie.
Que plus nous valent en leur vie Qu'en leur mort? Ce peut on savoir.
Se nous voulons dire le voir ; Car le lait et laine en avons , Dont nous nous vestons et vivons.
Li beuf neis, qu'ont ils pec^hié? Pour quoi leur fait on tel raeschié , Que du destruiie ou dudefiaire?
La beste est douce et débonaire , Qui fent et laboure les champs, Dont le blés nous est apparens.
Et la vache donne le lait , Dont chair humaine se refait.
Homs destruit son laboureour.
Son sergent et son gaigneour !
Encor ne leur soufiBst--il mie À faire si granl felonnie :
Ains en mettent sur Dieu la rage.
Et dient que sans ce dommage Ne pourroit Dieus estre appaiés; Et cuide que bien soit paies Du sang et de Toccision De beuf , de vache et de mouton De faire à Dieu tel sacritice.
Encor font ils plus de malice ; Car du boiaus et des entrailles Font ils charmes et divinailles.
Si cuident enquerre et savoir Des divins ingénieus le voir.
Ils sont ore bien forssené Qu'ils cuident savoir le secré
toi
De Dieu pour la puant cntraille.
Puis font de la char leur vitaille :
Ce ne devroient-ils pas faire.
Nuls tels mcngiers ne devroit plaire A nul homme, ce m'est avis , Qui tant soit roeschéant et vils.
Bonnes gens , pour Dieu ! ne vous chaill* De vous paislre de tel vitaille.
Nuls biens ne vous en peut venir; Mais metés peine à retenir Ce que je vous enseignerai :
Et je vous manifesterai , Puisque Dieu m'en donne la grâce Qui me semont que je le face , Les sentences et les dégrés Et les célestiaux secrés, Que sont en ma pensée enclos.
Si vous sera par moi desclos Plus que li ancien ne sceurent Encerchier, et plus qu'ils ne porent.
Par les estoilles m'en irai, Et tout en apert vous dirai Ce que mais ne porent enquerre.
Lairai les vanités de terre ; Si m'en irai par l'air volans.
Aux chaitifs hommes et dolens , Qui n'ont sens ne discrétion , Et qui par foie opinion De mort se vont espouventant , Tant que nuls \k nul bien ne tant , Monstrerai comme ils doivent vivre y Se ma douctrine veulent suivre.
Si leur monstrerai l'ordenance Des destinées sens doubtance.
Foie gent , desmesurée ,
Gent esbabie et esgarée.
Dont vient eeste vaine paour ,
Geste doubte et ceste fréour ,
Qui tant vous fait espœntir
Pour la grant double de noioarir?
Pourqu'esles vous tant assotés
Que enfer , ne ténèbres doubtés ,
Ne les infernaulx Déités?
Ce n'est que fainte vanités.
Dont li poète font leur compte ,
Qui riens ne vault , ne riens ne monte*
Soies certain, quoi qu'il aviengne
Du corps , k quelque fin qu'il viengne ,
Doie ardoir li corps ou pourrir :
Les âmes ne pevent mourir.
Ne mal souffrir, ne mal avoir.
Elles reschangent leur manoir;
Si habitent un nouveaux corps,
Jadis fu , car bien m'en recors ,
Au temps que la guerre ert à Troie ,
Autres hom ; et nommés estoie
Efforbes^ fils Pethoides^.
Hénélaùs , le mendre Atrides ,
Me perça le pis o sa lance.
J'ai puis congneu sens doubtance
L'escu , que je portois lores ;
Ou temple d'Arges peut encores.
Toute chose se chamge et mue ;
Riens ne muert. Mais quant demenue ,
C'est d'un corps quant il péris.
S'en ist Tame ; c'est li espéris.
Tant vait errant, que ilreeuevre
Un autre corps , dont il se cuevre ,
Celui qui premiers li avînt.
Ainsi vait t'espérit et vient j
Si change et mue ses maoages.
Et l'aine des besles sauvages
Souvent s'en entre en corps humains;
El la noire ne plus ne mains
Aux sauvages besles s'envole.
Tout aussi comme la cire mole,
Sens sa substance esmouvoir ,
Peut diversses fourmes avoir
El diversses impressions ;
Ne pour les variacions
Des emprainles , où on l'émue ,
Ne se chamge , ne ne remue
La propre substance de cire.
Aussi puis je proprement dire
Que l'ame est une , sans doublance ,
Sans muer sa propre substance,
Ja soit ce qu'elle se déguise
En tonte manière de guise.
Trop est donc de maie nature, Qui deslruist, pour la nourriture De son glout ventre , un autre corps.
Car l)ien puel , si com je recors , En destrui&ant une autre beste , Faire violence et moleste A aucune ame sa cousine, Sa parente , ou sa voisine.
Trop malement se desnature Li homs , qui de sang s'apasture.
Nuls ne doit, tel paslure amer.
Et puis qu'en la parfonde mer Sui portés , et j'ai mis avant Et desploié mon voile au vent.
Pais qu'empris et commencié l'ai , Je veil dire sans nul délay Ce que je ai au cuer conceu.
lOft
Et s'ai je bien aperceu
Que toutes choses se varient ,
El cliangenl, et diverssifient ;
Car il n'a riens en tout le monde.
Tant com il dure h la ronde ,
Qui puisse arrester en un point ;
Si com l'iaue ne cesse point
De courre par nuit et par jour.
Sans repos prendre , et sans séjour ;
Ains cuert et toujours vait flotant ;
A l'un flos vait l'autre boutant :
Aussi le temps se change et Tore ;
Et li temps, où nous sommes ore^
Ne i'u pas ier , ne n'est demain.
Li temps s'enfuit et soir et main ,
Sans arrest faire ne séjour.
Après la nuit revient le jour ;
Et quant le jour fuit et décline ,
La nuit vient qui se rachemine.
Ainsi li temps n'arresle point.
Ne le ciel n'est pas en un point.
Ne teuls la nuis come le jour ;
Ne le solauls n'a tel coulour
Quant il liève« ou quant il se couche ,
Pour la terre dont il s'aproche ,
Gomme il est en droit midi.
Et de la lune autre tel di ;
La fourme n'est pas toujours une ;
Mais adès semble-il que la lune
Son estât et sa fourme mue.
Une heure est pleine , autre cornue ;
Si se change chacune nuit.
Et la fourme , qu'elle ot anuit ,
Est dissemblable à celle d'ier.
Si, est hui meindre , au mien cuider ^
Que demain quant est encroissaDl ; Et quant elle est descroissant , Si est hui graindre que demain ; Et pius ancienne est au main, Et plus vers le vespre nouvelle.
Ainsi se change et renouvelle Li ans en quatre temps divers, Printemps , estes , autompne , y vers.
Qui ont diversses qualités.
Sont les quatre deversités De l'an , qui ressemblent et suivent Les estas des hommes qui vivent.
Alors que printemps renouvelle, Est la saisons. tendre, et nouvelle.
Et moiste, aux enfans ressemblable.
Et nouvelle herbe et délictàble Naist lors, et liève faible et tendre.
Si qu'el ne pourroit pas atendre Ne noif , ne gresle , ne gelée ; Ains seroit flestre et engelée.
Li agreste, qui Terbe volent.
Espérance y ont, et s'esjoient.
Lors vont les champs raverdissant, Et toutes choses flourissant.
Hais en cil temps sont trop foibletes Les feuilles joennes et tenrettes.
Estes revient après printemps « Qui ressemble, si com j'entens , Jouvencel, qui plus a de force.
Lors se resvigourre et efforce .
La saisons; et se rasseure L'erbe, qui devient forte et dore.
C'est li temps sec et plein d'ardure : Aussi est de chaude nature Joennes, et fors pour soustenir
Plas qu'enfance. — Après doit venir
Autompne, qui plus est meure,
Enire le chaut et la froidure,
Entre joenne et viel ensement ,
Est trempés raisonnablement ;
Si qu'il n'est trop viels ne trop joennes;
S'a crins entremellés de diaines.
Après vient yver, qui tous tremble, Qui vielles et crespis ressemble.
Cil temps a la crigne perdue ; Ou il l'a blanche et esperdue.
Le corps des hommes ensement Ne pevent estre longuement En un estât , en une fourme :
Âinsse change et mue et diffourme L'eslre et Testât de corps humain.
Si nous som hui, non pas demain, Tel que nous sommmes or en droit.
Et qui bien garde y prendroit.
Il le pourroit appercevoir Et congnoistre que ce soit voir.
Un jour fu que premièrement Fumes semence seulement Enclose au ventre de la terre, Eus ou vaissel c'om daim mère Ou matrix, sans fourme avoir.
Mais nature par son savoir T ouvra tant , que fourme eusmes , Et ame , et vie : et tant creusmes Que au ventre à destroit estion , Et que nos mères grévion.
Feussons et foible et tendre; Si faisions leur ventre tendre , Tant , que nature nous traist hors Du ventre aux mères et du corps.
Quant nous fumes k pleiu venu , Si nous i eûmes foible et nn , Sans force ; et qui secours n'eust , Ja nuls aidier ne se peust.
Puis creusmes et enforssames Tant que sus quatre pies alasmes En guise de beste sauvage.
Après nous creut force et eage Tant , qu'un poi vigoureusement Nous soustenismes droitement , Sur deux pies k petit d'aiue.
Ainsi se change , ainsi se mue La force et li aés des hommes , Tant que du corps afforcié sommes.
Pikis passe le temps de jouvente.
Après ce vient , que je ne mente , Li homs en son moien éage :
Si est plus meurs de courage Et plus amesurés assés.
Quant cil éages est passés , Si vient li éages de viellesce.
Lors rechièt Thomme en foiblesce Et pert la force, et la valeur , La grâce, et la belle couleur.
Et tels étoit en sa joennece Fors et fiers , qui en sa viellesce Ne se peut aidier ne porter.
Et tels se souloit déporter , Quant il estoit de joenne eage , En remirant son cler visage Qu'il ot vermeil et cras et plein ;
Mais quant se voist et pale et vain , De vielles fronces , sens couleur, Adonc puet avoir grant éouleur.
En son cner se pleure et souspire f.
Quant en son mireour se mire , Et voit son descoulouré vis.
Tout gaste et destruit, se m'est vis, Yiellesce et ainsi nous déçoipt :
Le vielles bien s'en aperçoipt.
Ainsi se trescbange et desguise Toute chose en diverse guise :
Et néis les quatre élément Se transmuent diversement :
Quatre éléments sont, dont sont traites Toutes choses du monde et faites.
Cils sont li naturel merrien De tout le monde, et nulle rien N'est sans eux fait en tout le monde.
Li doi pesant, c'est terre et onde.
Qui plus sont espès et masseis, Et pour leur pois plus bas assis.
Assis sont li autre élément Desus ces deux , plus haultement ; Car mains poisent l'air et li feus.
Cils quatre en quatre divers lieux Sont assis parmanablement.
Et non pour quant communément Sont les choses d'euls composées, Et en eux resont raportées Et résoulies: car élément S'entrassemblent paisiblement.
Li feus s'en rêvait espessant En sa légièreté laissant ^ Et devent air ; et l'air s'espesse En iaue ; et l'iaue en terre espesse.
Si se muent li élément L'un en l'autre diversement, Et changent leur propre figure Et leur espèsse. Aussi nature
Les choses mue et renouvelle ; Si leur donne fourme nouvelle , Autre qu'els n'a voient devant.
Ainsi riens nulle longuement En tout le monde ne dépert ; Ains se varie et autre apert Qu'il n'aparoit premièrement ; El par le renouvellement De la fourme , que renouvelle , Semble naistre toute nouvelle.
Si dist l'en que naist : et qu'est naistre ?
Commencier seulement à estre La chose autre que n'ait esté.
Et mourir est , par vérité , Delaissier sa première fourme.
Ja soit ce qu'elle se transfourme Et translate, elle ne meurt pas.
Mais rien ne dure c'un trespas En une fourme , en un éage.
Ainsi se muent li éage; Et li siècles , qui furent d'or\ Sont devenu fier au temps d'or.
Or valu ains , et puis aident , Après arain , puis fer. La gent I est muée. Lieu nais Se transmuent en mains pais, Ce qui seult estre terre et mer :
Si peut on orendroit semer, Comme en terre arable et champestre , En mains lieux où la mer seult estre.
C'est assés legier à prouver; Car on peut loing de mer trouver Et aux diamps , où on queult les messons , Où sont coquilles de poissons Qui soaloient en mer noer,
iiQ
Et aux iaues grans mons trouver.
Et la montaigne eo liaat levée
Est or endroit une valée
Em pluseurs lieux creuse et profonde ,
Par le déflaement de Tonde.
Et ce que fu palus boeuse
Est ore terre sablonneuse.
D'iaue est ores toute couverte ,
Ce qui fu ja terre déserte.
Âillours sourdent, aillours tarissent
Les fontaines , qui de terre issent.
Ainsi se vait tout transmuant
Terre sèche et iaue noant
Araphis et Phoros ces deux isles ,
Thir en Phénice et autres villes
Souloient être en mer encloses,
ijui n'en sont mais. Ainsi les choses
Se chamjentt anciennement
Fu jointe continuelment
Leuca à gaignable terre;
Or l'enclôt la mer et enserre.
Zanthe fu jointe à Italie ;
Or l'en a la mer départie.
Qui Clithe et Burin querroit,
Soubs les iaues les trouveroit:
Cités furent de grant renon ;
Or n'i a se pierres non ,
Qui remèsent de la ruine
Des murs plongiés sous la marine. . . .
En'Libe a une fontenelle»
Que trois fois change et renouvelle
Son estât entre jour et nuit;
Elle est chaude endroit mie nuit.
Et endroit midi réfroidist.
An soir et au main atiedist«
Ailleurs a une autre rivière De tel force et de tel manière Que le fust art , quant on l'i boute ; Tant est chaude et ardant la goûte, Quant la lune tourne en croissant.
Un autre flueve a si poissant En Ciconie , qui en beroit , Les entrailles dures aroit Ainsi que de marbre ou de pierre.
Si a bien près de nostre terre laues , que qui s'i laveroit , Or ou laton ressembleroit Sa crine ou sa cheveleure.
laues y a d'autre nature , Qui les corps merveilleusement Huent et les cuers ensément ; Dont cest grant merveille à veoir.
Salmacis a tant de povoir Que tous cils, qui s'i baignent , mue.
Bien est la force congneue De la fontaine de Clitoire.
N'i boit homs mortels , c'est le voire , Que jamès dès lors en avant Veille boire vin k son vivant.
Une cause est d'autre nature Que nulle humaine créature N'en boit , que Teaue ne Tenyvre ; Si chope et chancelle com yvre.
Une rivière a en Arcade, Qui de nuis est malvaise et fade :
Si que , tpA de nuis en beroit , Mort ou péril en recepvroit ; Et de jours , sans dommage avoir , Em peut on boire, au dire voir.
On dist que vers septentrion
A geat eo une région, Que on appelle Palealée, Que quant elle ot ix fois haiitée La Tritonie palu Ils sont tous de plumes vestu Com oisel ; mais c'est grief i) croire Que tel chose puist estre voir.
Si dist on qu'aussi pevent faire Une femme de put affaire.
Qui sont ainsi qu'eaginerresses.
Sorcières et enchanterresses.
Mais s'il est nuls qui veille croire Chose bien esprouvée et voire , Des ebaroigoes de chars pourries Sont coDcrées et nourries Petites bestes d'autre fourme Que li boielle crée et fourme.
.Ou ventre des toriaux pourris L'escharboi est aés et nourris.
Quant l'ourse enfante son faon.
Il ne semble fors un braon De char mal faite et mal tonrmée.
Âprèti li est fourme donnée Par l'alaiiement de la mère; Si donne la fourme du père.
Le faon que les ees fons , Qui la cire cuevre et repont , Naissent sens pies premièrement; Puis leur vienent tardivement
et èles; et sont parfait ,
i com celle qui les fait.
l'aigle et le paon verroil
s coulons , envis croiroil,
ne l'avoit ainçois ven
^trouvé , et congnen ,
Que du moieu de Toef nasquisseot , Et que ce devenir pouissent :
Non pourquant c'est vérité fine.
Aucuns dient que de l'escbine D'omme mort , mis en sépulture , Quant elle tourne h pourriture , Peut un serpent naistre et venir.
On voit toutes fois avenir Que tels choses , que j'ai nommées , Sont d'autres espèces fourmées.
Mais une en y a seulement.
Qui de soi seul mesmement Se rappareille et renouvelle :
C'est un oisel , que on appelle Phénis, qui habite en Âssire.
De cel oisel puis je bien dire , Qu'il ne vit pas de la pasture , Dont 1i autre ont leur nourriture.
Il ne vit fors de cynamoine , D'encens, d'espices et amoine.
Quant le temps de .vu. ans passe.
Ou sommet d'un haut mont amasse Un nid d'espices à sa bouche Et aux ongles ; et là se couche Ou nid délittable et flairant , Qui douice souatinne rent.
Si fine en douice odeur son temps ; Et de lui nest , si com j'entens , Un petit fénix à délivre , Qui autre tant de temps doit vivre.
Quant à tant vescu qu'il a force , Et qu'il s'esvigueure et efforce, Il liève le nid de son père Et le berceul où nourris ère.
Si l'emporte au ciel hautement ,
Et Tassiet honoorablement Ed la cité , devant le temple, Da soleil ^ qui est large et ample.
Mais se nuls de ce s'esmenreille , Encor est nn autre merveille , Qui moult est merveilleuse et fière.
Un serpent est de tel manière , Qui doublement si renouvelle :
Une heure est masie 4 autre femelle.
Yema ainsi rappelle on.
Si oyzel , c'est Gamaléon , Qui ne vit de rien proprement.
Fors d'air et de rient purement.
Une beste est , qui lynx a nom , Qui ne pisse se pierres non ; Car sa pissate devient pierre , Quant à Tair vient et touche k terre.
Li coraus est de tel nature Que fors de Tiaue est pierre dure ; Et ce qui de mer est couvert , Si est vergate tenre et vert.
Trop feroie longue demore Si tout raconter vouloie ore Ce qui se transfourme et treschange En nouvelle espèce et estrange (1).
Or n'est-ce donc pas chose honneste Que nuls homs occie autre beste Pour son corps paistre et enforcier:
Âins les doit on en pais laissier , Puis que les âmes de nos frères , De nos amis et de nos pères , Ou les âmes des autres hommes , Qui tel ont esté que nous sommes ,
(1) Ici se trouvent racontées la chute de Troie , la fondation de Borne et la pronostication de sa grandeur.
I pevent estre et demoarer.
C'est grant honte de dévorer.
C'est très grand cruautés sans faille De trenchier la gorge et Tentraille D'un aignel : et dur euer aroit ^ Qui à pitié ne s'esmourroit , Quant il l'orroit braire et muir.
Qui seroit, qui pourroit oïr Un chevreul crier et braire.
Ainsi com un enfès seult faire ?
Laissiés les bestes non grévables Vivre em pais ; et les destruisables Destruisiés. Et ce vous soufflse.
Sans ja mangier de telle occise.
Gardés , par le col n'en passés :
Autres viandes sont assés.
Les domestes vivre laissons , Dont si grant prouffit nous avons (1).
Or ai ma matière k chief traite , J'ai une tel œuvre parfaite , Qui riens ne double , à mon avis , L'ire ou le desdaing de Jovis.
Ne ja n'ert par feu dépecié Ne par fer, se n'est effacié Par viellesce qui tout efface...
Quant k la mort plaira , si face De mon corps son plais son plaisir ; Qu'elle n'a force ne loisir De m'ame ou de mon los estaindre.
Cest deux choses m'estuet remaindre.
Malgré sien ; quant le corps prendra , Ja l'ame ne mon los n'ara.
(1) Viennent ici l'histoire de Numa , celte du dieu d'Épidanre , le récit des victoires, de la mort de César et de son apothéose.
li6
Car pardursiMement vivrai
Par ces duex; ame^ et los aurai.
Car mort effacier ne pourra
Ja m'ame ; et mon los ne mourra
Par assaut de mort ne d'envie,
Tant com cils siècles soit en vie.
Et tant com le povoirs de Rome
Est grant, qui s'estent sur tout homme,
En toutes terres , en tous règnes ,
Sera cils miens livres menés.
Si le pourra on partout lire ,
Se nuls poètes sèst voir dire.
Si vous di bien , par saint Martin ,
Que de cest livre c'est la fin.
Si vous dis bien en ma mémoire,
Je ne truis plus en l'istoire :
Ne n'en fu plus ne ne sera ,
Qui mençonge n'i trouvera ^
Foy que doy Dieu et saint Michiel
Qui veille mener l'ame ou ciel
De l'escrivain qui l'a escript.
Que Jhesus li envoie prouffit ,
Et il le maintiengne en santé ,
Ait son ame par charité (1).
Or me doint Dieus grâce et savoir De bien expondre et mettre à voir Le sens et l'exposicion De la grant prédicacion , Que Pittagoras nous a faite, Que grant &ble nous a retraite !
Si que se soit premièrement A la gloire et l'exaulcement
(1) Ici Tautear compare Numa aux Apdtres qui fondèrent la aaintc Eglise.
De la parfaite Trinité,
Qui Dieus est en simple unité.
Pour qui toute ai cest œuvre emprise ,
Et à Thonneur de sainte église ,
Et au preu de ceux qui l'orront :
Maint, si Dieu plait, en amendront.
Aucun sont , qui ceste fable ooient , Qui la condempnent et renoient.
Et dient que c'est desverie A dire , et droite bougrenie , Et c'on ne doit ce livre lire Pour la mençonnable matière.
Dont il parle. Et sans doubtance.
Elle est contraire h no créance.
Voirs est, qui Ovide prendroit A la lettre, et n'entendroit Autre sens, n'autre entendement Que tel que l'aucteur grossement I met en racontant la fable , Tout seroit chose mençonnable, Poi prouffitable et trop obscure, Non pas cy, mais tant com il dure:
Et qui la fable ainsi croiroit Estre voire , il mes croiroit ; Et seroit bougrenie aperle.
Mais sous la fable gist couverte La sentence plus proufitable:
Donc qui la tient à pure fable^ Ne li cbaille qu'elle quel soit; Et qui croit qu'en tels fables ait Autre sens , autre entendement , Ne doit trop outrageusement Blasmer la fable ne reprendre, Pour ce se ne le peut entendre Ou bon sens qu'elle peut avoir.
Telle fraterne, c-on ne devoît
Faire à elles nulle molesle ,
Se se n'esloit nuisable beste.
La fraterne esloit droitemeni ,
Qui du créateur seulement
Furent cils et celle crée :
Ce ne porroit eslre vée
De nul homme, qui sens eust.
Et se beste, qui neust
A corps d'omme en tollant la vie^
Et qui mort eut desservie ,
Mort receust , bien Toeciassent :
Ja pour ce la char ne mengassent ;
Car ce leur semblest chose enfrune ^
Par char enfraindre leur jeune.
Ja ne daignassent menger char.
Mes des herbes à grant eschar
Et des fruis qu'aux arbres trouYoient,
Dont escharcément vivoient:
Et ce leur souffisoit assés.
Tel^ estoient es temps passés
Li saint hermite, et mieudre eneo/e.
Autre sont li hermite d'dre , Qui ont leur habitacions, Es désers des religions ; M'ont talenl qu'ainsi se maintiengnait Ne cuidés pas que il se tiegnent A la pasture des buissons, Mes aus plus savoureux poissons De yaues douées et de mer; Tels mèz souloient il ore amer.
Chars domestes et sauvagines Puet on trouver en leur quisines,.
Qui sont viandes à gloutons ; Mon pas senelle ne boulons >
Dont les pluseurs , si com j'enteas , Yivoient en l'ancieD temps.
Si repre&oient les gens foies « Qui pour plaire aui dusses ydoles , Diverses bestes occioient Qu'à divers dieux sacrifioient.
Si vivoient de sacrifice; Ce tenoient à grant malice Li saint preudomme et à bon droit , Si devroit on faire en droit.
Plus disoient-ils , se m'est vis , Que li fol , non sachant et vils , Qui pour paour d'enfer faisoient Bien et mal, si se meffaisoient; Car pour paour de dampnement Ne doit on mie seulement Le mal laissier et le bien faire.
Hais pour ce qu'à Dieu peust plaire , Cils , qui bons est parfaitement , Doit pour Dieu charitablement Le bien faire et le mal laissier.
Pou déservent, se Dieux m'ait chier, Ceulx que pour paour de tourment , Et non pas charitablement Pour . Dieu , se gardent de mal faire.
S'il n'en doutoient à mal traire , Ja mal aCEaiire ne lairoient , Ne li bien fait ne leur plairoient....
Cilz disoit que pas ne dévoient Sanc espandre ne bestes occire :
Si vous dirai que ce vault dire.
Par les bestes communément Peut on entendre droitement Les gens , qui rude sens avotent Et qui bestialement vivoient ;
Par les simples , les simples gens ; Par les crueulx de fol apeos Entent on les domageoucs, Les murtriers et les robeonrs Qui par cruaulté s'estudient En sang espandre et geas^ occient.
Selon Dieu , selon sainte Église Ne doit-on à mortel juise Mètre homme ^ se ce n'est aus mains Homme sauvage et deshumains , Qui par sa crifaulté s'estudie A sang espandre et gent occie. Puis qu'boms s'ainort k occire homme, Pugnir le puet on (c'est la somme) Et occire , sauve pitié :
Bien compère sa malvaistié, Sa folie et sa cruaulté, Cils qui fait tel desloiaulté.
On peut occire Tocciant, Qu'ainsi est-:l mon essiant En la loy, que Dieux fist escrire.
Mes ce devroit au moins souifire ; (P) Car puisque la lais justice Yeult mètre homme à mortel juise , Par sa coulpe et par son méfiait Ou pour murdre, quant il se fait, Souffire li devroit à tant.
La justice pourquoi donc prent Le sanc au murtrier^ et à soy Le sache et le prent? Dieux I pour quoy Le prent et s'en veult encraissier ?
Ja ne s'en deust appaisier ; Ains en deust grant honte avoir.
Du sang c'est le sangimt avoir, Que li lierres sanglratement
A conquis eo destruisement D'aatroi sabstance et d'autrui vie.
la n'en deust avoir envie De si sanglent avoir acquerre; Ains deust encerchier et enquerre Qui cilz avoirs avoit esté , £t sus qui Tavoit conquesté; Si le rendist ou feist rendre A celui , qui cils V la prendre.
C'est au seigneur qu'il dut estre.
Et s'on ne puet tronver le maistre, A qui on avait pris l'avoir, Son hoir suivant le doit avoir ; Car il y a raison greignour.
Et s'on ne trouve hoir ne seigneur, Donner le doit aus povres gens, A souffreteux , aus indigens :
Ainsi doit faire la justice Par droit. Mais ardant convoitise Sousprent si le siècle or en droit Que nuls n'entent à faire droit.
Je voy les juges aourser A tout ravir et embourser , Aux amendes lever et traire , Trop plus que penser à droit faire.
Or puet foler seurement Cilz , qui puet donner largeipent ; C'est soubz pié ; c'est sans mot sonner.
Glz , qui vuet ou juge doijtner Li dons des riches meffaisans , Fait les juges mus et taisans.
Mes bien savent achoisonner Ceulz , qui n'ont riens que donner ; Tout manguent , tout dévorent Ceulx neis qui pour enix labourent y
Doot il el tuil li autre vivent.
Li pères prent , et les fils suivent;
Tous entendent à cruaulté ;
Car nuls n'entens à loiaulté,
Fors \k povres prendre et mangier ,
Qui ne se pevent revengier.
Ly juge lay premièrement ,
Et li clerc ensuivablement ,
Tuit les escorchent , tuit les plument ,
Et sanc et substance leur hument.
Tout ont , et tout veulent avoir ,
Comment qu'il voist de leur avoir.
De ravoir ne chausist encores;
Mes convoitise est si grant ores,
Que pour le désir de l'avoir
Qu'il veulent estordre et avoir ,
Jugent li juge à perdre vie
Plusieurs , qui n'ont mort déservie :
Ce ne duest pas estre fait.
Que nuls morust sans grief meffait,
Et par très loial jugement.
Sai^nte église anciennement Et li mastre, qui la tenoient, Qui l'autre peuple gouvernoient Dient : — Hieulx vault conversion Que ne; fait la perdicion De celui, qui pèche et meffait, Quant il délaisse son méfiait Et vient k vray repentement. »
Establirent piteusement, Selon les drois de saincte Eglise , Que nuls homs à mortels juise Ne fust mis. Hès qui mefleroit , Digne pénitance en feroit , Selon ce qu'il aroit mespris.
Si estoient teuu et pris Rq cbartre, ceolx qui meffaisoient ; Ou autrement les puguissoient , Selon ce qu'il faisoit h faire , Sans nul mètre à mort ne deffaire ; Dont maint par longue pénitence Vindrent à vraie repentance.
Nulz ne doit destruire ou deffaire Son frère , pour péchié qui père.
Nous sommes tuit frère et cousin En Dieu : et lointain , et voisin , Povre et riche, grant et menu D'Adam sommes fait , et venu De Dieu pour les âmes données Et aux corps jointes et crées.
L'ame au juif , Tame au paien, Aussi comme Tame au crestien Créa Dieux pour vivre et pour estre Es cieulx en la gloire celestre Après ceste présente vie , Se ne la pert par sa folie.
Donc ne doit on nullui poursuivre De mètre à mort, mais laissier vivre.
Si ne doit on nullui despire; Car souvent cils, c'en tient pour pire.
Quant Dieux y veult sa grâce espiandre, Yoit on plus à bieii faire entendre ; Et li justes souvent desvoiê.
Se com dyables le marvoie Et empire. Ne certainement Nuls homs ne scet finablement S'il est dignes, pour riens qu'il face.
De la haine ou de la grâce De Dieu , qui sus tous est jugières.
Aussi tost fttst sauvés le lierres
En la croix , com fu saint Jehana , Qtti pour Dieu aouflfri mains ahana , Et fu jastea toute sa yie.
Dieu par sa grâce vivifie Les pécheours ; si les ravoie y Quant il li plaist et met à voie De bien faire à leur sauvement :
Et pour son répons jugement Laisse aucun juste pervertir ; Dont se doit cbascuns advertir De vivre en vraie charité, Et de garder fraternité Sans orgueil et sans arrogance.
Que vault humaine oullrecuidance ?
Je ne voy pas par quel raison S'outrecuidance nuls mortels homs.
Se nuls s'orgueillist pour richece, Pour sens, pour force, ou pour jonnece, Pour biau corps ou pour biau visage , Pour noblece ou pour grant lignage , C'est folie et grant nicetée.
Car c'est trop malvaise vanitée ; Trop sont vain, trop sont variable Li bien du monde, et trespassable.
Si ne savent estre en un point , Si com l'eau n'areste point , Qui court et de courre ne cesse , Si fuit l'une et l'autre en presse , Et sans arrester vait courant :
Ainsi ne sont point demorant En nulle ferme estableté Li bien , plain de muablefé.
Tout se change et diversifie; Le temps meismes se varie , Et tous jours court sans revenir ;
Dont nalz ne se court retenir.
Or se doit chascuBi pourveoir Qu'il puist bien maintenir Ce qu'il en a présentement ; Car qui le gaste folement Et despent en mauvais usage.
Avoir y puet honte et dommage (1).
La lune note sainte église; Elle n'est pas en une guise , Ne en un point communalment :
Ains se mue diversement.
En sa première commençaille Fu înenre et mains parens sans faille Que ne fu puis , et mains poissant :
Puis vint de jour en jour croissant.
Tant que fu de plaine grandeur.
De lumière et de resplendour.
Si espandi à grant habonde Sa lumière partout le monde , De bon exemple et de doctrine.
Mes or m'est vis qu'elle décline Et sa biauté vait descroissant , Et sa resplendour espessant.
Li juste vont amenuisant:
Au monde aloient reluisant Par doctrine e.t par honesté« Autres sont qu'il n'orent esté Li ministre de sainte Eglise ; Tant que leur biauté apetise , Ains est ja si apelisié, Que sainte Église est mains prisié Qu'el ne fut anciennement,
fi) Ici l'auteur compare la marche du isoleil \ la vie de Jésus- Ghrist qui vint chercher ici-bas une mort sanglante » et remont» aux dieux plein de gloire.
Quant plas vivoieni saintemenl (1).
Légende de la Véronique.
Jadis eo la cité de Rome :
Furent deux princes vaillans homme, Poissans furent et renommés.
Li un si fu Tytus nommés ; Et l'autre ot non Yespasiens, Si comme je Tay des anciens Oy raconter et retraire.
Si un d'eulx ot un grief contraire ; C'est une maie maladie, Com dist lèpre ou meseulerie ; Dont tout iert atains et pourpris ; Et tout en ot le corps souspris , Dont moult en estoit affolés.
Et tous li peuples adolés.
Sus le prince ot une pucelle Courtoise et sage damoiselle , Qui venue iert de Galilée.
Celle ot oye la renommée Des miracles, que fais avoit Le bons Mires , qui tout savoit Garir de toute maladie , Le fils II la Yiei^e Marie.
Si dist qui trouver le porroit.
Certainement il secourroit
(i) Suivent de nombreuses . allégories qui expliquent le système de Pythagore.
Le prioce enlin de son malage.
Tantost furent qais H message ,
Qui en Jhérusalem iroient,
Et de ce saint mire enquerroient
Nouvelles, tant qu'il trouvassent.
Et à Rome o eulx l'amenassent
Pour saner le prince et garir.
Mais ja l'avoient fait morir
Li fel Juifs , qui pendu l'orent.
Le message vinrent plus tost qu*il porent
En Jhérusalem la cit(^
Pour enquerre la vérité,
Se li saint mire trouveroient ,
Qui pour le prince le quéroient.
Et tant des nouvelles enquirent
Que assés trouvèrent, qui leur dirent
De sa vie et de son affaire.
Et des miracles qu'il sot faire,
Qu'à sa parole seulement
Garissoit tout communalement De quelque malage qu'il eussent, S'avugle, ou sourt, ou lépreux fussent.
Les mors meismes à délivre Faisoit il résoudre et revivre.
Mais par envie et par desro; L'ont ceulx de la Juise loy Mis en croix à mortel tourment.
Monlt s'en adolèrent forment Li message , et si enqueroient Diligemment et s'il trouveroient Ne de ses draps ne de son corps , Qui fust remës en terre encors.
Tant enquirent et demandèrent C'une veuve femme trovèrent , Qui ot un voil où enprainte iert
ISO
De sa figure , lors qu'il ciert Son viaire plain de suour , Lorsque li chien plaio de puour , Li fel Juif porter li firent Celle croix, où il le pendirent :
Onq puis ne fu qu'il n'i parast.
Par cellui penssent qu'il garust Leur inferme prince, s'il l'avoit.
Mes celle femme, qui l'avoit, Ne Yoult sans soy le voil baillier :
Mieux s'aime à Poine traveillier Que perdre la fourme et la chière De Jhesucrist, qu'elle ot tant chière.
A Rome est o le voil venue; Et quant li princes ot veue La fourme peinte ou queu vrechief , Tout fu sauvés de son meschief De la lèpre, qu'il ot eue , Et sa char sainne devenue.
Si loa Dieu de la merveille; Et tous li peuples s'esmerveille ; Et joie orent communalement .
Les deux princes ententivement Enquirent qu'estoit devenus Cils, dont tels signes iert venus, Qui peut garir de tel maiage :
La preude femme et le message Leur dirent et firent savoir Tout le procès et tout le voir , Com le juif pendu l'avoient.
Et les deux princes arrière envoient Pour tout destruire et mettre k mort Ceulx ,/ qui pendu l'orent à tort.
Ainsi fu Ronde confortée Par la Véronique apportée,
Qui lors vint de Jhenisalem En Rome; ce tesmoigne l'en. Si tient on ceste Yéronique Pour sainctuaire et pour relique.
L'invention de la sainte croix.
Il ot un vaillant prince k Romme , Que Tescripture appelle et nomme Constantin , humble et sans buffoy.
Mes de la crestienne foy Ne savoit riens ; car paiens ierre ; Tant que Diex li donna lumière De sa créance et de sa loy :
Car Barbarin plain de buffoy Vinrent son règne guerroier , Qui tout cuidoient foudroier Et jeter à perdicion , Ou mètre en leur subjection.
Quant li frans roys les choses oy, Moult se doubta , moult s'esbahi :
Si fa pensis et ot paour Que il n'en eust le piour.
Une nuit qu'en tel doubte estoil, Vit que devant lui s'arestoit Uns homs de moult belle samblance Qui li dist : — « Roys , n'aies doubtance.
Garde es cieulx ; il t'i apparra Une enseigne , qui te garra. »
Ly roys drece aux cieulx sa veue ; S'a une resplendeur veue En fourme de croix droitement Et lettres d'or appertement , Qui faisoient assavoir Que par ce signe doit avoir Victoire de ses ennemis.
Le signe a en mémoire mis ; Et lendemain un en flst faire D'autel fourme et d'autel affaire Com il avoit es cieulx veu.
En cel signe sont esmeu Le Romain pour ceulx assalir, Qui les cuidoient mal baillir; Si vainquirent oultréement.
Lors vit ly roys appertement Que la croix avoit grant mistère.
Hès ne savoit pas quel il ière.
Si le voult savoir sans délay :
Manda les prostrés de la loy; Si leur demande à tous ensamble Qu'il entendent . et qu'il leur samble Que cils signes sinifioit.
Aucuns par aventure i oit Qui dist : — C'est le signe au Dieu celestre. Mes ne savons quels y peut estre.
Lors vint un pou de crestiens.
Qui pour la doubte des paiens Estoient répons et celé.
Si ont au roy tout révélé Comment Diex , pour son peuple acquerre, Fist son chier fils venir en terre , Et char humaine et mortel prendre.
Si se laissa lever et pendre En croix, et souffrir passion , Et mort pour la rédempcion De son peuple , qu'il aquita :
Et au tiers jours résuscita , Puis monta es cieulx à la dextre Dieu le père en gloire celestre ; Ceulx qui ce croient s'ièrent sauf.
Par leur los et par leur consaus Fu roi Constanlins baptisés :
Puis a ses hommes envoies Avec sa sainte mère Elainne Pour mettre diligence el painne Comment celle croix fast trouvée , Par qui ta vie iert recouvrée. Tant ont ceulx leur chemin tenu Qu'en Jhérusalem sont venu.
La Dame devant soy mande Tous les Juifs : si demande La croix où Jhésu Crit pendi.
Un en y ot , qui deffendi Qu'elle ne li fust enseignée.
Mais la sage bien enseignée Tant les tint cours, tant les chaça Tant les destrain t et menaça Que cils, qui deffendu Tavoit, L'amena là où il savoit Que la croix estoit respondue.
Et tant quirent sans atendue Que la sainte croix fu trouvée , Et par miracles esprouvée D'un mort qu'elle vivifia.
La Reine en .11. la sia ; Si en laissa une partie:
Puis est l'autre? reverlie A son fils, qui moult l'onnora.
Et tous li peuples l'aoura.
Qui grantjoie ot de sa venue.
Si fu k grant honnour tenue La croix par toute sainte Église, Si corn l'ystoire le devise. (1).
(i) L'auteur revient à la mort de Géaar et à son apothéose. Elles représentent la mort et rascension du Sauveur. Si Tua a établi la puissance de Rome , Tautre a fondé la sainte Église.
iU
Saint Pierre et cil ensemeott Qui puis lui vindrent et vindront, Tinrent , tiennent et tenront Sainte Église. Et Dieu par sa grâce Si sains et si parfais les face , Qu'il la puissent en paix tenir, Et ore , au temps k venir , A l'onnour Dieu premièrement, Et puis au preu communalment D'eulx et de toute sainte Église , Qui leur est baillie et commise , Et par qui leur sainte doctrine La gent Juise et Sarrasine, Et tous ceulx qui par ignorance Sont en Terreur de mescréance , Puissent atraire et esmouvoir A la congnoissance de voir Et à la chrestienne foyl Si qu'il guerpissent leur buffoy, La mescréance et la durté, Où leur fol cuer sont ahurté.
Et Diex, par sa miséricorde.
Vraie paix et vraie concorde Doint à tous ! Si que sainte Église Puisse en paix faire son servise.
Et le pape paisiblement Puisse avoir le gouvernement De tous! Que tel garde en face Que l'amour en puist et la grâce Du roy célestre aquerre !
Gilz est nostre père en terre ;
Si puet lier et desUer,
Absoudre et escommunier.
Et Diex H doinl si bien ouvrer
Que par ce puisse recouvrer.
Après sa vie transitoire,
Honneur et pardurable gloire!
Ainsi Foctpoit li poissens sire ,
Qui seignourisl sur tous empire,
Roy poissans et dieu pardurable ,
Diex le pères espériiable ,
Le filz et li sains esperites
Pour l'amour et pour les mérites
De la glorieuse 4>ucelle ,
Qui temple est et divine celle ,
Sainte nonne religieuse ,
Sainte prestresse gracieuse,
Et qui règne en éternité
la parfaite trinité.
Et par la mérite eqsement
Des sains, qui charitablement
En ce présent du monde ensievirent
Jhésus Crist , et pour lui souffrirent
Peines et persécucions ,
Et par les tribulacions
De fer et de feu s'empassèrent ,
Et pour sainte Église penèrent
Tant, qu'il il laissièrent la pel !
Après j'en réclaim et apel Tous ceulx, qui en l'aveu nasquireni De sainte Eglise et si vesquirenl Au monde bien et saintement.
Qui ont déservi dignement Que on face feste et service En l'onnour d'eulx par sainte Eglise :
Qu'il en prient le roy célestre.
Si leur plaist , qu'ainsi puist il cstre l
A toy, parfaite Trinité, Dieu regnans en sangle unité, Soil gloire pardurable, hoqours Qui moy le mendre des meneurs , Enfant non sachant et oovisse, Yray Diea débonnaire et propisse Daignas conduire et assener A si grant œuvre à fin mener , Sans garde prendre aus griefs péchiés^ Des quelz je sui moult entéchiés.
Ce n'est pas pour ma mérite.
Que tu de ton St-Espérite As en moy la grâce espandue.
Tant que j'ay par grant entendue Acomplie ceste œuvre cy :
Mais par ta piteuse mercy , Qui la grâce espans, quant tu veuls, Aussi aus jonnes com aus vieuls, Aussi aus povres com aus riches , Com cils qui n'iers n'avez ne cUcbes De la [sainte science espandre A ceulx, qui y daignent entendre.
Et par la bouche aus nous sachans Reprens les vices aus sachans.
A toy, glorieuse Pucelle, Qui du Filz Dieu fus chambre et celle,. Et qui seule fus vierge et mère, Et qui seule enfantas ton père , À toy soit loenge et honneur Sur tous, après nostre Seigneur, Et à tous sains généralment Rent je grâces communalment ; Les qui proières m'ont aidié A faire cest présent ditié.
Et je pri que Diex par sa grâce Doint à ce dit tel efficace , Que ceuk y puissent pourfiter , Qui l'oront lire et réciter.
Et la paine que j'y ay mise Soit devant Dieu contée et prise En pénitance des meffais Et des ouUrages, que j'ay fais.
Si que Diex en soit appaiés; N-en quiere estre autrement paies.
Après je pri tous les lecteurs.
Tous les maistres et tous les rectours, Que oront et liront ce dit, Que s'il y a vice ou mesdit Qui n'y dust estre, ou s'il y fault Par oubliance ou par défault Chose que je y dois avoir mis, Gomme seigneurs et com amis Qu'il supportent la non sacbance, La faulte et la non souffisance De mon engien ; car je n'ay mie Tel sens ne tel philosophie Qu'il n'y puisse avoir à redire, ^ Et qu'uns autres n'en peust dire Mieux assés, s'il l'eust empris.
Et s'il est que j'aie mespris , ( Dont Diex me gart à son plaisir ! Car je n'en ay fain ne désir , Ne dire rien contre la foy. ) Je veuil sans fraude et sans buflfoy Âmander quanque g'i sauray Et croire bon conseil et vray.
Puis pri que nuls ne me despit.
Ne qu'il n'ait desdaing ne despit Dont j'osay tel besoigne emprendre:
Et s'il Oit nal vice reprendre , Dont conscience le reprende , Je pri qu'en despit ne le prende; Que ce n'est mon intencion De faire repréhencion 4
Contre nulle seule personne.
Mais si com la sentence donne De l'aucteur, au plus loialment Que je puis, ay généralement Les yices blasmés et repris.
Sans entente d'avoir mespris Vers nul homme, qui soit en vie Car par amours ne par envie N'en ay nul loè ne blasmé.
Nulz ne s'en tiengne à diffamé Pour nulle repréhencion !
Car n'ay eue entencion De resprouver ne de remordre Nulle dignité ne nul ordre , Fors sans plus Testât de péchié.
Et se nulz s'en sent entechié, Amende soy ; si fera que sage, Sans haïrjpoy en son corage.
Et s'il est, que pour ce me bée, Diex soit juge de la pensée.
Car, qui par tout veult dire voir, Ne puet par tout la grâce avoir. Diex meismes en fu haïs Des faulx envieux maleis , Qui repris estre ne vouloient.
Et pour voir oïr se doloient.
Et Diex par sa sainte mercy Doint tel grâce à ceste œvre cy Qu'il n'y ait rien qui li desplace , Ne par droit k reprendre face I
Et qu'el ne puisse estre effaciée, Ars, perdue, ne dépeciée Par envie ou par ennemis , Ne par vieilece en oubli mis , Ains soit publiée et leue Par tout le monde amenteue , Tant com cilz siècles durera!
Et quant mes corps s'aquitera Envers la mort, qui son truage Prent sus tous sans faire avantage Et sans nul homme déporter, Diex en face m'ame porter Es sains cieulx en sa compaignie, Pour vivre en pardurable vie !
Et mon nom soit escrit au livre Où Diex fait ses amis escrivre !
Amen.
Explicit Ovides methamorphoseos.
Les diets du Pranc-Gontier.
Sottbs feuille verd , sur herbe déiiclabre
Sur ruy bruyant et sur claire fontaine
Trouvay fichée une borde portable:
Là sus mangeoient Gonlier et dame Héleine
Fromage frais , laict , beurre , fromagée
Cresme ^ maton , prune , noix , pomme , poire,
Cibor, oignon-, escalogne froyée
Sur crouste grise au gk'os sel pour mieux boire.
Au groumme burent ; et oisellons harpoient
Pour rebaudir et le dru et la drue ,
Qui par amours depuis s'entrebaisoient
Et bouche et née, et polie, et barbue.
Quand eurent prins des doux mets de nature,
Tantôt Gonthier hache au col au bois entre
Et Dame Héleine si mit toute sa cure
 ce bner , qui cueuvre dos et ventre.
J'ouïs Gonthier en abattant son arbre
Dieu mercier de sa vie très sure :
— Ne8cai,dit il, que sont piliers de marbre,
Pommeaux luisans , murs vestus de peincture.
Je n'ay paour de trahison tissue
Soubz beau samblant, ne qui empoisonné soye
En vaisseau d'or. Je n'ay la teste nue
Devant tyran , ne genoil qui se ployé.
Verge d'huissier jamais ne me desboute ;
Car jusques là ne me prend convoitise.
Ambition, ne lescherie gloute.
Labour me plait en joyeuse franchise :
J'aim' Dame Héleine, et elle moi sans faille;
Et c'est assez. De tombe n'avons cure. »
Lors dit: — Hélas ! serf de cour ne vaut maille ;
Mais Franc Gontier vaut en or gemme pure. »