BALLADE
A MONSEIGNËVR LE GARÎDINAL MAZÂRIN,
SVR LA PHISE DE LA BASSÉE, l'aN 1647.
Vous VOUS trouuez tousiours dessus vos pieds; Long-temps y a que ie Tay dit en rime : Et quoy^ Seigneur, que disiez ou iasâez, Vous faites voir vostre esprit magnanime, Digne tousiours de louange et d^estime.
L'Archiduc fier, et plus graue qu'vu roc. Nous pensoit bien donner vn rude choc.
Mais sa fierté par vous est repoussée.
Cet Allemand ne s'entend pas en troc.
Pour Landrecy de changer la Bassée.
Les Espagnols, et Flamans r'alliez Sous ce grand Chef, qui leur courage anime, Pensoient desia nous voir humiliez.
Et du bon-heur se croyoient à la cime : Quand leur auez fait voir vn tour d'escrime^ (jui dans le cœur leur donne vn coup d'estoc. Ores voudroient voir tous mousquets au croc ; Tant vous rendez leur audace abbaissée : Et disent tous, que c'est vn mauuais troc. Pour Landrecy de changer la Bassée.
Puissant esprit, qui nous fortifiez, Et dont le soin nos ennemis reprime ; Que vos succez par tout soient publiez : Que vostre los en tous endroits s'imprime ; Et que le chant dont mon ame s'exprime. Se fasse oùir de Paris à Maroc.
Quand ie viurois aussi long-temps qu'Enoc, Tousiours diray, du fonds de ma pensée : Seigneurs Flamans, ce fut vn mauuais troc, Pour Landrecy de changer la Bassée.
DE MONSIEVK DE VOH VHE. Bga
Et vous mutins^ qui si mal auguriez^ Et que Tenuie à grand tort enuenime :
Force vous est, qu'ores vous admiriez Du grand Prélat le iugement sublime.
Repentez- vous, connoissez vostro crime.
Car le Lion s'enfuit deuant le Coq :
Et Leopold se va coiffer d'vn froc, Voyant si tost sa victoire effacée ; Et iuge bien qu'il fit vn mauuais troc , Pour Landiecy de change la Bassée.
RESPONSE ISTRE ESCRnE A MADAME LA MABQViSB W MOSTÂ^MH,
Seigaeoei CbeitiJien Cflluhai^
Et xnoKdiCE iiifiD par vgcte^e kÉtf^^ Que iHUtt anec ai(7ifce «iD JMéte;^ Que tnûs ftase» T^ijmsut^oaumi, Fabe aiwtxiyUe \%k iorihd^sgimfL Le voBtre «a acnuaut « u aiuode^ D'viie €dioquence liam «ecui^ Parie^ Tàmxttjui^ tàHk^ «tjrk.^ £t decebpt2PebaJ*«4irit :
L'ei^it de diacun de «es }«eret>, 1 OU6 Irois de diutoiies luaaiaceti- Le aofiiire ^niuirt; ne dit juut C'est vu fort défttteux aianiMit.
Tout du iuii^ de la uuit il crie :
Et tout k iouiest eu iurie, Fiei'. opiniastre et uiutiu, Aub6i laroueiie qu'vu Luliii.
t^'ii t»e ia^U^. uuc il ue s'aiifMUibe. Ou luy dtrpki^t , quaud (#ii le Labe^ 11 piBoe.. il tsgfatÀgiM.':^ U mort ;
Et gronde mesme quand il dort.
Du reste, belle créature.
Et d'une très-bonne nature ;
Et qui le voit bien en effet.
Dit que c'est le père tout fait.
Sa belle et son aimable mère.
M'a donné charge de vous faire
Mille et mille remercimens.
Cent et cent mille complimens :
Ce sont en tout deux cent deux mille.
Mais c'est que la Dame est ciuile,
Tres-sensible à tous vos bien-faits :
Et vos vers lui semblent bien-faits.
Vostre lettre Ta réjouie.
Plus qu* autre qu^elle ait onc oûie :
Et lisant Louys de Bourbon,
Elle tressaillit tout de bon,
Ce nom tout seul la rendit gaye.
Mais quand elle leut la Moussaye^
Elle tomba tout de son haut ;
Et ne reuint que pour Amaut.
Artenice la bonne et belle,
Ou de Yiuonne, ou de Sauelle,
Vous pouuez choisir de ces noms,
Car l'vn et Pautre sont très-bons :
Vous rend, Seigneur, bien humble grâce,
De vostre souuenir, qui passe
Les honneurs qu'eurent ses Ayeux,
Triomphans et victorieux ;
Quand le Tybre dessus ses riues
Voyoit les despoiiilles captiues,
Qu'après cent belles actions.
Ils remportoient des Nations.
11 reste à vous parler du père.
Qui ne vaut pas moins ([ue la more.
Le fier et braue Montausier,
Dont le cœur est franc comme osier.
Il trouue vostre Poésie
Tout à fait à sa fantaisie.
Partout pleine d'art et d'esprit :
Et ie croy, selon qu'il le dit,
Qu'il fiu\l c\v\o l;\ \)vo(*o. ^oit boîine.
Car onc il ne flatta personne :
Et pour le Pape il ne diroit Vne chose qu'il ne croiroit. Nous n'auons sur vostre escriture Pû tirer vn mot de Voiture.
Car il est en meschante humeur^ Et deuenu mauuais rimeur^ Il ne se mesle plus d'esçrire :
Ou s'il escrit, c'est pour médire.
Il est de fascheux entretien.
Saturne est moins Saturnien :
Et selon qu'il est en mal-aise^ Le meilleur sera qu'il se taise.
Car Maistres-d'hostel sans quartier^ Sont pire^ que Bombe, ou Mortier.
Rien n'est égal à leur manie.
Ce sont vrais Tigres d'Hyrcanie :
Et iettent. dessus toutes gens.
Des grenades auec les dens, .
Comme ces animaux sauuages,
Qu'Arnaud décrit en ses ouurages.
On a beau leur crier, hola :
Deçà grenades, et delà.
Grenades dessus la Moussaye,
Dont il est force qu'il s'effraye.
Grenades sur le panure Arnaut,
Il en vient d'embas, et d'enhaut.
Prenez garde qu^on ne vous blesse.
Ils n^épargnent pas son Altesse :
Son Altesse, que le Dieu Mars
Epargne dans tant de bazars ;
Et que Pallas sa seure guide,
Couure par tout de son Egide.
Mais, pour dire la vérité,
Il est iustement irrité,
Et i^ose vous dire, sans craindre,
Qu'il a quelque droit de se plaindre.
Le mot est bien vray, Messeigneurs,
Que les honneurs changent les mœurs, .
(Comme on dit en cette prouince)
Du temps que Monseigneur le Prince
Ne tenoit pas vn si haut rang.
Qu'il n'estoit que Prince du sang.
Que vainqueur de trois cens murailles,
Et que gagneur de trois batailles :
Voiture estoit aimé de luy,
Comme d'autres sont aujourtfhuy;
Mais du iour qu'il fut fait Grand-Maistre^
Il fit sa faueur disparestre :
Et laissa dans vn grand déchet
Feu son Compère le Brochet,
Le Brochet iadis son Compère,
Et qui quelquefois luy sceut plaire.
Tous les Ëstangs de ces pais,
TousFleuues, en sont ésbaîs :
La Tanche par tout en caquette,
La Carpe n'en est pas muette.
Et de mille estranges façons
Cela fait parler les poissons.
Il n'est goujon qui ne murmure,
Considérant cette auenture.
Et qui ne dise entre ses dents.
Les Princes sont d^estranges gens :
Heureux qui ne les connoist guère,
Plus heureux qui n'en a que faire.
Ces goujons sont hardis pourtant :
le n'en voudrois pas dire autant.
Mais le menu peuple s'expose
A discourir de toute chose.
Or laissons ce fascheux discours :
Reprenons nostre premier cours.
S'il vous plaist de me le permettre.
l'admire dedans vostre lettre,
Celuy qui dit que son dada
Demeura court à Lerida ;
Et dis de plus en asseurance,
Que ie ne sçay qu'vn homme en France,
Qui de la sorte osast rimer,
Et l'osant, osast se nommer.
Quiconque trouua cette rime.
Doit auoir le cœur magnanime;
Et montre que les accidens
DE MONSIEYK DE VOITVRE; 687
Ne le troublent point au dedans.
II reconnoist bien que la gloire Est quelquefois sans la victoire ; Et qu'en celle-cy le hazard Souuent a h meilleure part.
Mais il n'est cheud si superbe, Qui ne bronche, dit le prouerbe ; Ou par fois ne demeure court, Mesmement, quand bien fort il court.
Tous ceux qui sont dans les Annales, Les Gyllares, les Bucephales^ Dassebrun.cheual de Morgant, Bridedor celuy de Roland, Bronchèrent tous^ et par fois cheurent : Toutefois bons chenaux ils furent.
Vn iour Pégase aussi broncha^ Et, peu s'en fallut, trébucha :
Quoy qu'il fust dans vne carrière.
Où pierre n'auoit, ni poussière :
Pourtant, comme Ouide le met, Pégase fut vn bon bidet.
Mesme le grand chenal de Troye, (L'Histoire veut que Pon le croye) Pensa demeurer en chemin, Quoy que Ton le menâst en main, Et qu'il eust les iambes si fortes.
Que seul il portoit dix cohortes.
Son Altesse donc feroit mal.
S'il en prisoit moins son chenal, , Qui Ta seruy par tant d'années, Et dans tant de grandes iournées. Sans iamais faire vn mauuais pas.
Et ce seul coup s^est trouué las.
Mais si iamais il y remonte, (Comme ie sçay qu^il fait son conte) Il refera trembler de peur Le Roy d'Espagne et l'Empereur.
Dieu veuille qu'icy Pon le voye Bien-tost plein d'honneur et de ioye.
Mais sans aller à Saint Dizier, Gomme il escrit. Pour Montausier,