A MO.NSELGNEVU LE CARDINAL DE LA VALETTE
LETTRE L MONSBIGNEVR^
lusqu'à ce que la Rochelle ait esté rendue, ie croy qu'il a este nécessaire que vous ne quitassiez point le Roy; et qu'vne si grande afTairc comme celle-là, aùoit besoin, pour estre acheuée, de voslre présence, et de Passistance de voslre génie. Mais si vous ne reuenez bien viste, à cette heure que vous n'auez plus de prétexte de vous yarrcster, vos affaires seront en plus mauuais termes que celles des Huguenots; et dans le temps de la félicité publique , et que tout le monde espère d'estre en repos, vous seul ne jouyrez point de la paix, et aurez vue dangereuse guerre sur les bras. Il y a desia quelques iours. Monseigneur, que Ton commence à murmurer icy, de ce que vous demeurez-là trop long-temps. Quelques Ennemis couuerts , que vous auez auprès de vous, ont escrit, que vous ne vous y ennuyez pas assez : et \i'ouïs l'autre iour lire vue lettre, ou l'on asseuroit que l'on vous y voit rire quelquefois. Cela irrita icy contre vous les esprits de tout le monde. Vne Dame qui ne se fasche pas légèrement, mais qui ne pardonne iamais; témoigna d'en estre fort offensée : et Mademoiselle de Rambouillet, et Mademoiselle Paulet s'en hérissèrent toutes, et en rugirent horriblement, et proposèrent à l'heure mesme, d'aller piller vostre logis. Si vous sc/^iuiez. Monseigneur, aussi bien que moy, de quelle sorte leur haine est à craindre, et combien de maux ont à endurer ceux qui souffrent leur persécution : vous abandonneriez toutes choses, pour reuenir en diligence, et ne vous «irresterioz pas vu moment en che-
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min, que pour boire du lait à toutes les postes. Car si vne foisdta 1^ conspirent contre vous, vostre Dignité ne vous sçauroit mettre l m couucrt : vous serez par tout en alarme, et en inquiétude f etilnfj l^ aura plus dans le Monde vn lieu de seureté pour vous. Pour moj, |(u Monseigneur, dans les tourinens qu^elles me donnent, àidm quelque consolation, c'est seulement en Tesperance de vostre retour : et ie m^imagine, que ce me sera quelque soulagemoit, qÉ d'auoir rhpnneur de vous voir, et le plaisir de n'estre plusobigi ^ d'escrire à personne. Ne vous estonnez donc pas, s'il vouspUA, ^ que ie.le souhaite ardemment; puisque j'y ay tant d'interest, et qtt ie suis passionnément.
AV ME8ME
MONSEIGNEVR
Quoy que j'espère estre dans quelques iours plus prés de vous que io ne suis : ie crois qu'il est à propos que j'en prenne congé dés cette heure; et que ie vous die, qu'enfin, après beaucoup de peine, ie suis resohi d'aller trouuer mon Maistre , voyant que ie n'en ay plus icy. Selon que ie puis entendre, ce n'est pas me mettre du costé des plus forts : et ie ne crois pas que ie le fortifie guère par ma présence. Au moins, ie vois bien, par l'exemple de Monsieur de Lorraine , et le peu de secours qu'il a apporté aux affaires de l'Empereur : que les grands hommes ne font pas tousiours toutes choses; et qu'ils ont besoin de l'assistance des autres, et de celle delà Fortune. Tant y a. Monseigneur, que ie feray tousiours vne grande action en sortant de Paris : et ie crois qu'il faut autant de courage et de force pour quitter cette Ville, que pour en prendre autant que le Roy de Suéde en tient en Allemagne. Il est vray, Monseigneur, qu'il y a moins de difficulté, à cette-heure, que vous n'y estes pas. Et j'auouë que la fortune m'a aydé beaucoup à mfy résoudre, en vous en tirant. Car, sans mentir, ie doute si j'eusse iamais pu en sortir, tant que j'eusse eu l'honneur de vous y voir, et que j'eusse pu y demeurer auec vn si beau prétexte que celuy d'estre aupi'és de vous. Mais, Monseigneur, les personnes, qui me pourroient icy donner de la joye, remettent toutes les leurs à vostre retour : et tous
DE MONSIEVEl DE VOITVKE. 603
=^ desseins de Bals et de Comédies se différent iusques à ce temps* Et. le ne sçay pas. Monseigneur, si c'est vostre absence, ou celle l« la Cour, qui oste quelque chose de leur gayeté. Mais ie vous assure-que ie ne leur vois plus rien faire de bon cœur, que quand klles parlent de vous. Dans vn si grand nombre des plus aymables ^rsonnes du monde, dont vous possédez l'affection; ie n'ay garde \lB croire , Monseigneur, que la mienne vous puisse estre conside- Pf>)e. Mais il me semble, que ie serois ingrat, si ie m'empeschois de fNis dire, que les grâces que j'ay receuês de vous, ont fait en moy ^çffet qu'elles doiuent en vn cœur bien reconnoissant; et qu'entre ant d'bonmies à qui vous auez fait du bien, il n'y en a point qui cit tant que moy.
AV MESME
LETTRE m.
M0NSE1GN£VB,
l'estois en doute, si ie deuoîs vous parler d'vne affaire qui m'est irtrémement importante. Mais Madame la Marquise de Rambouillet l'a asseuré, qu'il n'y auoit point de danger. Et ie ne fay point de ifliculté de la croire : vous ayant oûy dire beaucoup de fois , qu'elle si vne des plus prudentes pei-sonnes du monde; et que Ton ne
eut faillir par son conseil
.yant desia receu tant de bien de vous, ie n'eusse pas osé vous nportunér encore de cette affaire, si elle eust esté pour moy de loîndre conséquence. Mais, Monseigneur, ie sçay bien que vous e vous lassez iamais de bien faire : et j'espère, que vous qui n'auez as espargné vostre bien pour me secourir, serez bien-aise de auuer le mien, en cette occasion; et de me faire le plus importimt laisir que ie puisse iamais receuoir de personne. le vous supplie res-humblement. Monseigneur, de me pardonner, et de croire que î suis auec toute sorte de respect,
M0N8EIGNEVR, Vostre, etc.
imvui^mtiifm ^
Coinine nous auoiis esté au milieu de nostre voyage: vn* Noi't-oiiesl s'est lené de terre : et s'est renforcé de telle sorteji nous a contraints de gagupr ce li&Uj qui est vn petit port de appelle Mont-roiige. La pluye a esté si violente ^ et Torage si gp qitecVstvne merueille que nous nous soyons sauuez. Etsan prières des gens de bien, qui se sont trouuez auec noos^ ie que nous ^ions perdus. MademôiseUe de Rambouillet « dai fon du péril ^ a voué, que ckmx mois durant^ vous iriez toi huit iours à confesse : et m|>y , à v^ gnand coup de vent , fa; mis que vous jeusneriez troijii îoiirs entiers. Nous vous sxxpç tres-bumblement^ M<MQseignei»r^ de nous aquiter exademei nos vaux. Cst nous ne scmuâes ptis Idiement hors de dttgtt nous dénions rien mépriser. L'i^ e^ encore'extréûnéÉneût 1M et nous voyons deis s^nes au CSel^et des ësdaifs/qmiioftlfoii transir. C'est vne chose pitoyable de nous voir en ce lieu, tant que ce vent tirera , ce seroit une témérité trop grande partir. L^on nous a dit, que Ton tâchera à nous trouuer i( pain; et que dans huit iours, il pourra y auoir des febves cette espérance, Monseigneur, nous vous baisons tres-humblc les mains, et moy particulièrement, qui suis,
MoNSEiGNEVB, Vostre ^ etc.
A MADAME ***
Il faut croire que les Procès vous plaisent bien fort, puisque ne sçauriez vous empescher d'en faire sans cesse à la personn vous aymez le mieux , et à vn misérable qui fait aujourd'hui à tout le monde, si ce n'est à vous. Pattendois de la ^consolât! vos lettres. le n'en ay ouucrt pas vne qu'auec vne cspemnc
m MONSIEVK DE VOITVRE. «05
^\fte de trouuer ma guerison dedans. Cepeadaut> il s'est trouué .^'elles m'ont tousiours laissé plus triste ^ que ie ne Festois , auant l%3e de les auoir reçues; et que depuis tant de iours que ie ne vous 'CMS point, ma fièvre, ni les douleurs qui. m'ont osté le sommeil, ^« m'ont pas fait tant de mal que vous. Si j*estois de vostre humeur, *«urois dequoy entretenir long-temps ce commerce de plaintes terpetuêlles; et nous-nous escririons tous les iours vn pouleft pour ^ous quereller. Mais j'auouê que c'est un stile auquel ie ne me plais ^•s tant que vous : et puisque vous ne me donnez pas sujet de vous Hen mander de plus agréable ; je ne vous puis rien dire à cette leure, si ce n'est, Adieu.