CHAPITRE VIL
hierre civile. — Voiture à l'armée. — ^ Défaite de Monsieur. — 11 quitte une troisième fois la France.
Suivi de toute sa maison , Monsieur rentra en Lorraine à la tôte le deux mille hommes. Après avoir remporté quelques avantages Hir des détachements français isolés, 41 fut contraint de reculer devant les troupes du comte d'Alais, qui occupa la Lorraine au nom tta roi. (îaston, qui avait des intelligences dans le midi du royaume, lésolut alors de venir en France. Renforcé de quelques bandes espa- |D(ries que lui avait prêtées don Gonzalez de Cordova, il quitta la Ftranche-Comté et passa en Bourgogne, commettant sur son pasnge d'horribles dégâts. Voiture, qui, de même que tous les officiers de Monsieur, était devenu homme de guerre, donnait à mademoi- Kiie Paulet de curieux détails sur sa nouvelle condition :
MàU£MOISBLLE,
Ce fut vn grand bonheur pour moî , de receuoir vostre Lettre deuant
que de partir de Bruxelles; et de receuoîr tant de ecxiiaolatiim à l d*anoir tant de peine. D^uis , ie n'ay eu aucun déplaisir, quoy qu eu beaucoup de mal. CSr ie ne veux pas qu'il soit dit, qu'un homn vous auez soin , puisse estre malheureux : et j'aurois honte que tune eust sur moy plus de pouuoir que vous. Tay cheminé douzi sans m'arrester, depuis le matin jusqu'au soir. l'ay passé par des le bled est vne plante rare , et où Ton conserue les pommiers auec de soin , que les orangers en France. le me suis trouué en des li< les plus vieilles personnes ne se souuiennent pas d'auotr iamais lict. Et pour me rafraischir, ie me trouve à cette heure dans une où les plus robustes sont fatiguez. Cependant , ie vis encore, et ie icy personne qui se porte mieux que moy. le ne sçay pas à quoy a I vne force si extraordmaire , qu'à l'effet de vostre Lettre : et il me que ie suis comme ces hommes qui font des choses surnaturelles auoir aualé vn billet. En arriuant, ie me suis fait enroller, par h de Monsieur de Chaudebonne, dans vne compagnie de Crauates : et puis dire, sans vanité. Mademoiselle, qu'il n'y a personne qui mieux que moy. le n'ay point pourtant encore enleué de femme fille ; pource que ie me suis trouué vn peu las du voyage ; et que ie pas en trop bonne consistance : et tout ce que j'ay pu faire, a mettre le feu à trois ou quatre maisons. Mais ie me fortifie tous le et ie suis plus déterminé qu'il n'est possible de croire. Tout de bon tout autre que vous ne m'auez veu. Et telle personne s'est sauuée
* fois de mes mains, qui ne m'eschaperoit pas à cette heure . .
En partant de Bruxelles, j'enuoyay quelques tal
celuy qui vous doit donner cette Lettre. le le priay de vous les pc ie vous supplie tres-humblement, Mademoiselle, de les donner l sonne, à qui vous jugez que ie les enuoye : et de luy dire , que c partie de mon pillage
Les troupes de Monsieur arrivèrent en Auvergne sans é] de résistance; mais elles furent partout accueillies très- froid Une tentative sur la ville de Riom ne fut pas couronnée de et après s'être recruté en passant de quelques renforts ame Chavagnac, il fallut gagner le Midi par une marche difficil vers les montagnes du Rouergue. S'il faut en croire Voitu moral, dans ces tristes circonstances, se soutenait assez 1
* ses jeux de mots ranimaient la gaieté mourante du bivouac, tite troupe de Gaston arriva enfin dans ie Languedoc, où le
y^ Montmorency, mécontent du cardinal, joignit ses forces à c Monsieur.
Cependant l'armée du roi s'avançait, et elle était beaucoi nombreuse que celle des insurgés. Monsieur dépêcha en Espj Fargis, qui y était resté neuf ans comme ambassadeur de Loi
1 y reçut un excellent accueil^ on lui fit de magnifiques présents^ nais le comte-duc s'en tint là. Voiture commençait à être mal à 'aise; il écrivait à mademoiselle Paulet :
le ne puis portant, Mademoiselle , que ie ^
rous die^cpie quelque passion que i'aye pour la guerre , il y en a quelque mtre qui est bien plus forte en moy ; et que ie connois que nos premières nelinaisons sont tousiours les maistresses. Nous ne trouuons rien qui MHis résiste. Nous nous approchons tous les iours du pais des melons, Ifls figues, et des muscats; et nous allons combattre en des lieux, où nous le eodllerons point de palmes , qui ne soient meslées de fleurs d'oranges it de grenades. Mais ie vous asseure que ie quîtterois volontiers ma part le toutes nos. victoires , pour auoir Thonneur d'estre à cette heure à vos lieds
U ne lui fut bientôt plus possible dWrir à personne une part tnekonque de victoire; les troupes royales remportaient un triomphe décisif à Castelnaudary^ où le duc de Montmorency était blessé ^&it prisonnier. Il ne restait plus à Monsieur que deux partis à pRsulre : se mettre au pouvoir des Espagnols^ ou se soumettre au noi, qui venait de lui envoyer M. d'Aiguebonne, le propre frère de Chaudebonne. U était porteur de conditions assez favorables pour Gaston; mais il fallait qu'il sacrifiast le duc de Montmorency à la ûoière du cardinal. U hésita quelque temps; mais sa position était devenue si mauvaise^ qu'il finit par se prêter à un accommodement^ Bt Montmorency fut perdu sans ressources. Cet arrangement ne devait pas être plus solide que les précédents. Puylaurens, interrogé, par ordre du cardinal, sur le mariage de son maître avec la princesse Marguerite, le nia hardiment; Monsieur avait fait de même. Le secret toutefois ne fut pas longtemps gardé. Aussitôt que Gaston en eut appris la découverte, il assembla ses confidents ; tous, à rinstigation de Puyiaurens qui était fortement intéressé dans la question, lui conseillèrent de partir pour la Flandre; et le B novembre il quittait de nouveau la France, sous un déguisement, loivî de Puyiaurens, Sauvebœuf et du Fargis.