A MONSIEVR LE MARQVIS DV FARGIS
MONSIEVB,
Tay une extrême satisfaction de mon jugement : d'auoir toasioni creu^ que vous ne m'auiez pas oublié^ quelque apparence qoeie visse du contraire ; et de ce que ma mauuaise fortune, ne m'afi obliger à auoir seulement vn soupçon de vous. Tay tousioursiqdié sur elle les manquements que l'on pouuoit croire venir d'ailleurs: et en vn temps^ où elle sembloit me vouloir priuer de toutes ta choses qui m'estoient les plus chères^ ie pouuois bien croire qo'de m'empescheroit de receuoir de vos lettres. De sorte. Monsieur, que. ie n*ay point vsé de cette rigoureuse iustice, auec laquelle toos dites que ie vous pouuois condamner; et ie serois bien faschétfanoir si légèrement fait le procès à vne personne, qui a par tout tantde lémoins de sa générosité, et de sa Vertu ; et contre qui il n'y a dans le monde que le Cardinal de Richelieu qui puisse auoir cette volonté, le vous auouë, pourtant, que quelque foy que l'eusse en vous, i'ay esté extrêmement aise de voir des preuues de ce que ie croyois : et quoy que l'honneur que vous m*auez fait de m'escrircj et le témoignage que vous me donnez de vostre amitié, ne m ayt pas rendu plus asseuré ; il m'a rendu plus content. Si cette joye pou- I uoit estre augmentée par quelque chose : c'est par les asseurances I qu'il vous plaist me donner, des bonnes grâces de Monsieur do Puylaurens. le sçay. Monsieur, que vous auez assez de part diuis son esprit, pour pouuoir répondre de ses inclinations : et vous svauez auec quelle passion ie désire de pouuoir mériter la sienne. Aussi, quand ie lis dans vostre lettre ce que vous me mandez, que vous auez donné ordre pour ma subsistance, pour vn temps, df deçà; et que ie ne vois point d'ailleurs de quelle sorte vous y amz pourueu, ni par quel moyen : j'interprète cela, que vous auez ju^v que Tasseurance d'estre aymé de deux si excellentes personnes, suffisoit pour me rendre heureux ; et que cet honneur pouuoit suspendre tous mes maux pour vn temps. L'on attend icy auec imp,itience Messieurs de Lingendes : et veu les grandes tempesles qu'il a fait, et le long-temps qu'ils mettent à arriuer, j'en serois en peine: j n'estoit que l'on m'a dit, qu'ils auoient esté pris par les Hollandois. I et que cela leur a fait perdre vn mois d(; temps. Le Comle-l'u<
cm'à témoigné, qu^il importeroit exlrémement qu'ils fussent icy ; et t^'il regrettoit fort que Ton perdisttant de temps, pour ne pas Çauotr ce que son Altesse désire. Selon que ie puis juger, il a au- Eint d'enuie que iamais de seruir et de faire assister son Altesse ; et iciODtre en cela beaucoup de passion. le crois. Monsieur, que vous donnerez aduis de cecy à Monsieur de Puylaurens, à qui ie n'en ^scris rien; pource que la lettre que ie luy enuoye estoit desia fermée, n'ayant veu le C!omte-Duc qu'hier au soir. le n'oserois, ni ne 3hiÎ8 sortir de ce lieu deuant Tarriuée de Messieurs de Lingehdes. Uus dés qu'ils seront icy, et que Tordre que vous dites que l'on a lonné en ma faueur, aura produit quelque effet : rien ne m'y sçaucwt retenîrj en vsant du choix, que vous me faites l'honneur de me Dumder que l'on me laisse, ie partiray d'icy en diligence ; et iray, ■oDsieur, vous rendre moy-mesme les grâces tres-humbles que ie vous dois, pour tant d'obligations que ie vous ay. le sçay, qu'au moins pour les premiers iours, ma conuersation ne vous sera pas ennuyeuse : et que vous aurez du^plaisir à m'cntendre dire, combien vous estes icy estimé et aymé de tout le monde : et quelques partîcularitez que ie reserue à ce temps-là. le souhaite qu'il arriue bîen-tost ; et que ie vous puisse asseurer, mieux que ie ne puis Taire icy, auec combien de passion ie suis,
MoNSiEVB, Vostre, etc.
De Madrid ce 13 Mars 1633.
A MONSIEVR DE PVY LAVRENS.
MONSIEVB,
Cet homme que vous pensiez auoir déliuré d'Espagne, n'a pft encore sortir de Madrid : et la fortune ne m'a pas esté en cela si fauorable, que vous. Quelque contraire que ie Taye ; ie souffre patiemment le mal qu'elle me fait, quand ie songe au bien que vous me. voulez : et j'estime beaucoup plusd'estre de vos amis que des riens; sçachant que vous les sçauez mieux choisir c: mieux conseruer. Il semble qu'elle ait arresté les vents pour moy seul ; et que la mer soit nauigable pour toutes sortes de personnes, si ce n'est pour Messieurs de Lingendes. L'impatience auec laquelle ie les at-
61 â NOVVËLLES LETTRES
tends^ me donne tant d'inquiétude^ que ie vous asseure, Monve^ que mes maladies ne m'ont pas tounnenté dauantage. En cette ocosion^ souueut ie me ressouuiens de vous : et ne puis m*empeMte de souhaiter cette tranquillité d'esprit que j'ay admirée antrefiM; lors que sur le penchant d'une des plus importantes aifidreiÉ monde^ ie vous ay veu auec le mesme visage que tousioiin, A moins empesché que pas-vn^ en vue- chose où vous auiez plus 4b soin et d'interest que tous les autres. En cdsL, Monsieur, j'anob que ie vois vne différence infinie entre v(^tre ame et la mienaft Mais cette mesme considération qui me fait connoistre ma foibleae^ sembleaussi en mesme temps .l'excuser : puis qu'il est vray^ qneb désir d*estre auprès de vous, et d'y remarquer de semblables »tions, fsdt une grande partie de l'impatience que i'ay, de me voir hors de ce lieu. Quand i'en seray sorty pur vOStre moyen, ie mtUr tray cette obligation entre les plus considérables que i'aye, d'estn tousiours,
MoNSiEVB , Vostre^ eia
De Madrid ce G Anril.
A MONSIEVR
MONSTEVB ,
Le malheur qui a retardé mes lettres, et qui vous a empesché de les rèceuoir, deuant que vous me fissiez Thonneur de m'escrire pour la seconde fois : a esté au moins heureux en cela ; qu'il vous a donné occasion de faire vne si grande bonté ; et à mdy dereccuoir tant de témoignage de la vostre. Vos interests me touchent de telle sorle plus que les miens: que ie vous asseure. Monsieur, qu'en cela ie n'ay pas eu tant de joye de connoistre que vous m'aymez beaucoup; que de voir, que vous sçauez parfaitement aymer ceux qui sont à vous, et que vostre générosité mérite toutes les loùangw qu'on luy donne. Vous ne le sçauriez mieux faire parôistre, qu'en ayant soin d'vne personne, qui vous est si inutile ; et en laquelle ie ne vois rien qui vous puisse obliger à cela, que l'extrême inclination que i'ay à vostre tres-humble seruice. Si d'auenture, Monsieur, vous y voyez quelque autre chose : ie tacheray de no pas démentir vosiff
DE MONSItVU M-: V(UTMU., {\{l\
«igement; et d'estre tel que Ton no vous acruso pas <lo ùùw do :3iauuais choix^ et d^eniployep mal vue chose si précieuse que xonUv affection. C'est desia, ce me semble, quelque tlisposiliou h cela , que de vous honorer aussi particulièrement (|ue ie fais ; et il n'y a qu'vne ame bien faite, qui peust auoir une si iuste et si grande pas- «on qu'est celle que j'ay d'estre,
MoNSiEVB, Vosire, clv.
De Madrid ce I7 d'Âuril.
A MONSIEVR DE CHAVDE-HOKM:,
. Cheualier d'honneur de Madame la Ducht-Hna d'Orf^anj^,
LETTRE XII
MOXSIEYB^
l'ay creu auoir trouué vn Ihresor, quand dans un rufMuf: pfi((\uH j'ay receu trois de vos lettres, (j; br>nheur, m^; fait f:roire qn^; rru Fortune est changée; et que ie vays'enfrer dans vne :îiai'=u'»T»phK- heureuse. Larriuée de Messieurs de FJnjcrenfles rne f/)nfirrrie em-ore celle opinion; et me fait espérer de virtir ^lien-tr)S^ (W-ft-. lieu. Au moins, mon deuoir ne m'y arreste plij.'^ : et. vne rli--^ «-hâi^ni-'^î nui m'attachoient ioy. e*t rompue, fi ne reste plus que '-•elle Ar. h\ nécessité : laquelle, si elle n'est U plus forte, est .^ns rjouti- hi p|,-,s pesante; et ieeroy. que j'anray peine a m'en fU-hlvH. i'.e qTjK i«> vous puis dire. Monsieur., «vestqne jamais eselane n■^^s^ ^ort y '1" Vi^ev. etn'afuy de son Maistre auee tant, «ie joye, qne '{'w^^y ri»r,nin*r !•* mien. le vous supplie ti»es-hnmhlement d" y pr^ndiv par* ; -^t q\w la présence de Monsieur de Vaugelas. ne V",r*s emp»^sr^.«» pas «i*^. ir',niier la mienne à reiiire. nn ma appris, nnil j»sr ir^ae ,îni»p v.vi<. f«» vois bien quel hâzardie eours en (».ela; ^\ romhi«»n .{ •^«iMinîeile, ;]ne ie garde laphce que j'auois dans vr,.sir^ rtmi!i<». ï»t ■-.u".! lii ^^lli» qu*ii y mérite. Ce ne s^'av pas i^e tjwo vi*,ns i»n !'«»i'.»'/. M;f»*^ J »«i iiOîcile, que vous soyez- i»n '•f»la jnsr^» *»t, *»r.nsJ.int ■•',i\i-'»n4;»Mnhli». ;»» vous ctjûseille pourtant. \fonsi«»ur . '1';niur>M* plus 1' »u;nvl i ■'M\< »; à iuVy qa'li moy. fayme :niiMi\ quitter lui'linu» -^hoM» U* tuor^lr-w» El si foa** me liemandi'Z mon uiis, la histi«'r» -^^i a l#'nM*T.* "r*u que Ton doit violer, le r'rains qu#» ■••'/•y m* pm^mssm i^is nui .utvU^r.t-
614 NOWELUS LETTRES
tion, que pradence; et que l'on attribué à finesse en nioy, de in^ de demeurer d'accord d'vné chose, que ie ne puis enqiescber.QHri il seroit ainsi, encore cela auroit41 son prix : et ce n'est pospnfc sagesse^ de.pouuoir dissimuler en vnint«rest si sensible. Yofq^, Monsieur, eu quelle bonne humeur, m'ont mis vos lettres. ï^ oublié fous les soins qui m'agitoient : etil me sendUe, qoltt me reste plus rien à craindre, si ce n'est que vous aymies Monâav de Vaugelas plus que moy. Cependant, il me faut trouua nMgci de sortir de ce lieu : et résoudre, si ie m^en dois retourner pirh France ou par la Mer; et quel péril i*ayme mieux courre, d'eriiBj noyé,oud'estre pendu. Maispourueu que vous m'aymiez toosioai^ ie ne me donneray point de peine du reste : et ie dois, ce me seDihk^ cstre asseuré Contre la fortune, moy qui ay llionneiu de vous connu si particuirerement, et qui suis depuis si long-temps,
Monsieur, j'auois à mettre icy mille tres-bumbles bcûsè-mains pqor beaucoup de personnes. Mais cela voudroit plus de temps que k n'en ay. le crois qu'il vaut mieux les faire tousà Hift^^in^ la Comtesn de Bariaymont.
MoNsixvH, Vosire^eic.
De Madrid ce 17 d'Âurll 1633. mu
A MONSIEVR ***
LETTRE Xlll.
MOiNSIEVR,
Knfin ie pense que Penchantement est rompu. Au moins, Unie semble qu'il n'y a plus rien qui me puisse arrester. Mais ie n'oserois me vanter de sortir de ce lieu, jusques à ce que j'en sois bien loin. Estant à la veille de mon parlement : ie vous escris auec le peu de loisir que vous pouuez imaginer que doit auoir un homme aassi négligent que moy; et qui a accoustuiné de remettre toutes choses jusques au dernier iour. Outre quelques affaires qui me restent, il me faut aller dire adieu à Dona Antonia, à Doua Ynez, àlsabelica» à la Guzmana, à la Catalana, y a las dos'Toledanas. Il faut quej'enuoyevn recadeà Dona Eluira; que j'escriuevn billet à Dona Vrraca; et que ie donne des chapins y vn manto à i3ona Alonza, et vn Cha-
Miel à sa mère Doua Pedraza. Sans mentir, Monsieur^ j'ay vescii ^ comme vn Saint. Mais ie n'ay pu moins^ que de faire toutes ces wnitiez. le vous asseure pourtant^ qu'elles ne m'ont point débauché : 3t si vous me passez en toutes les autres vertus^ ie me puis vanter :3'auoir exercé en ce pais vue tempérance que vous auriez mal-gar- 5ée. Le Diable n'est iamais si à craindre^ que sous les formes où il apparoist icy : et il y a de certains yeux noirs^ dans lesquels quand il 36 met, il fait tout ce qu'il veut; et il n'y a point d'exorcisme qui l'en puisse chasser. le m'en vay trouuer à Seuille des Démons encore plus dangereux ; et qui sont de ceux que l'on appelle Ignées. Pource qu^l n'y a guéres d'embarquemens à Saint Sebastien, et que Ton n'y trouue que de fort petits Vaisseaux ; ie me suis résolu de prendre cette route. Beaucoup me le déconseillent, pour les grandes chaleurs qu'il y a en cette saison en Andalousie. Mais il me semble, ija'il est difficile que ie meure de chaud ; et c'est vue sorte de mort que ie ne puis appréhender. Si d'auenture le Soleil, la Mer,, ou les Pyrates (j'ay tout cela à craindre) accourcissent mon voyage et ma vie : ie vous prie tres-humblement. Monsieur, d'auoir soin de mon pere, en luy faisant obtenir ma su'ruiuance ; et de ne me plaindre ^'autant que vous -jugerez raisonnable, c'est à dire fort peu. Mais au cas que j'échape, comme ie Tespere, (car il me semble, qu'il Ole reste plus de temps à viure, et que ie ne dois pas si tost guérir le la colique ; ) je vous supplie de me faire la grâce de penser à ma brtune : et s'il arriue quelque changement durant mon absence, le voir s'il y aura lieu de faire quelque chose en ma faueur. lecroy, loDsieur, outre l'extrême bonté que Monseigneur a pour tous ses eruiteurs, que vous y trouuerez encore quelque chose de particuer pour moy ; et qu'encore que j'aye esté esloigné depuis vn an de a personne, ie n'auray rien perdu de la bonne volonté dont il a leû de tout temps à son Altesse de m'honnorer. Pour ce qui est de [onsicur de Puylaurens, ie vous respons de son affection : et ie uis asseuré , qu'il sera bien aise d'auoir moyen de faire du bien à oe personne, en qui il croit qu il y en a \ti peu, et, au moins, de I fidélité de laquelle il ne sçauroit douter. Il n'y pas trois iours que î parlay long-temps de luy, et en telle occurrence, et à telle peronne; que ie croy que ie puis dire, que ce fut aucc quelque vlilité. !ette estoile que vous sçauez qui me fait quelquefois aymer plus [ue ie ne mérite, a fait son effet en celuy qui peut tout icy : et ie ne puis vantera vous, à qui ie puis dire toutes choses ; qu'il m'a émoigné vue affection tres-particuliere. le croy, Monsieur, que s'il ;stoit besoin. Monsieur le Marquis du Fargis parleroit aussi tnrs-
GIG NOVVELLES LETTRES
volontiers pour moy. Mais ie vous ay assez d'autres obligations à Tvn et à Tautre : et ie désire auoircelle-làà Monsieur de Puylaurens tout seul . Si vous voulez. Monsieur, in'obliger autant en autre chose : faites-moy, s'il vous plaist, la faneur de faire souuenir vos amis de moy : souuenez-vous-en sonnent vous-mesme : et croyez que iesuis de tout mon cœur,
Vostre, etc.
Le 9 de luillet 1633.
A MONSEIGNEVR LE COMTE DVC D'OLIVABES.
LETTRE XIV
MONSETGNRVR,
le ne puis différer plus long-temps à me seruir de la pennission que vous m'auez donnée; et à vous dire, qu'après auoirveùlaplus belle partie de l'Espagne, ie demeure tousiours dans l'opinion que j'auois, qu'elle n'a rien de si rare que V. E. Dans tous les lieux où j'ay passé, ie n'ay rien remarqué auec tant de plaisir, que le respect que tout le monde porte à vostre nom, et aux recommandations qui viennent de vostre part. Celles dont il a pleûà V. E.de m'honorer, ont fuit par tout Feffet que j'en pouuois espérer : mais nulle part, comme dans l'Alcaçar de Seuille, où j'ay trouué tout le bon accueil, et toute la courtoisie, qui se doit attendre d'vn lieu, où vous commandez. C'est à mon auis la pièce de toute l'Espagne, qui mérite autant d'estre veuë : et si TEscuriala quelque chose de plus grand, et de plus magnifique; ce Palais a des dons particuliers, et des grâces naturelles, qui le rendent remarquable entre tous les autres. le vous asseure pourtant. Monseigneur, que ses dorures, ses iardins, ' et ses fontaines, ne sont pas les choses qui m'y ont semblé les plus i agréables : et j'y estimay plus que tout cela, la rencontre que j'y ay faite d'vn Gentilhomme, qui parle de V. E. quasi auec autant j d'affection que moy ; et qui m'a apris beaucoup de particuiaritez | de cette vie, qui me semble la plus admirable du monde, le prie Dieu, Monseigneur, qu'elle soit aussi longue que belle : et qu'il me conserue la mienne, jusqu'à ce que j'aye pu témoigner à V. E. combien véritablement j'honore les singuheres vertus qui sont en elle, et auec quelle passion ie suis,
MoNSEiGNEVR, Vostre, elc,
A SeuiUe ce lO Aousl I6:i3.
DE MONSIEVU DE VOITVHE. 617
A MONSIÊVR DE CHAVDEBONNE.
MONSCEVB^
Si ie meurs, vostre Philosophie vous consolera assez. Mais ie croy le ce sera auec quelque peine ; et qu^il y a long-temps que la )rtune ne vous a rien fait perdre qui vous fust si cher. le pense b'il seroit bien mal à propos, que ie vous donnasse icy des asseunces de mon affection. Vous connoissez mon cœur, comme celuy li Tauez fait en partie : et vous sçauez les obligations que ie vous '. Gela estant, il est impossible, que vous ne voyez bien, que vous luez tout-entier. le reconnois. Monsieur, que c'est à vous à qui ie )is le meilleur de -ma vie ; et à qui j^espete deuoir la resolution le j'auray à la mort. Si j'en viens jusques-là, comme il est assez mieux, ie vous supplie très- humblement de consoler mon père liant que vous pourrez; et de dire adieu pour moy à toutes mes aies, que ie quitteray auec quelque sorte de regret. le vous suppKc issi tres-humblement, de vouloir reconnoistre pour moy les obliitions que j^ay à Monsieur de Puylaurens. Pour ce qui est de Taitîé que vous auez pour moy, ie vous prie de la continuer tousurs. Car c'est vne chose queie ne me puis résoudre de perdre, esme en quittant le monde. Adieu Monsieur, ie suis comme vous auez,
MoNSiEVB, Vostre ^etc,
A Biadrid ce II de Septembre 1632. (l)
AV MESME
LETTRE XVL
MONSIEVB ,
le crois que vous me plaindrez d'cstre arresté si long-temps en 1 si misérable lieu : et de voir que ie sois plus de jours pour aller B Douure à Dunkerque que ie n^en ay employé pour passer de isbonne icy. Dans l'ennuy que j'y ay eu, ce m'a esté vne extrême
(t) Il est inutile de remarquer que celte lettre devrait être placée plus haut.
618 NOWELLES LETTRES
consolation d'y auoir la compagnie de Monsieur le Gheualier de Balantin. Il a creù^ que passant par Bruxelles^ il pourroit auoir besoin d*ami6; pour auoir un passeport^ ou pour quelques autres affaires : et j'ay pensé, Monsieur, que ie vous ferois seruice à tous deux, en vous le recommandant. Il est homme de condition : et lequel, outre cela, a toutes les autres qualitez qui font vn honnestehonime. Cela suffit pour vous le rendre recommandable. Maisie crois de vostre bonté, et de Thonneur que vous me faites de m'aymer, que vous ferez encore quelque considération, de ce que ie vous supplie tresrhumblement de l'assister de vostre crédit. le meltraj celte obligation, entre les plus grandes que j'aye, d'estre,
MoRSiEVB, Vasire,etc.
A Douure le 17 de Décembre.
A MONSIEVR DE LA lONQVIERE.
LETTRE XVn.
MONSIEVR
Il n'y a pas deux autres hommes au monde, qui s'ayraentsi constamment, ni si commodément, que vous et moy. Car encore que nous soyons séparez de cent cinquante lieues; ie voushonnore, et vous ayme autant, que lors qu'il n'y auoit qu'vne maison entre nous. Et quoy que vous ne me disiez, au plus, qu'vne fois en vn an. que vous m'aymez : i'en suis aussi asseuré, que lors que vous me le témoigniez tous les iours. le crois. Monsieur, que vous auez pour moy la niesme affection, etlamesme constance ; et qu'ayant connu mon cœur et mon esprit, en vn temps où ils n'estoient pas capables de se déguiser ; vous en auez assez bonne opinion, pour croire, que ie vous conserue tousiours la part que vous deuez auoir en Tvn el en l'autre. A la vérité, vous m'y auez tellement obligé; et de plus, mon inclination m'y porte de telle sorte : que ie vous iure, queie n'auray iamais de maistre ni de maistresse, à qui ie ne manquasse aussi-tost qu'à vous ; et que de tous mes deuoirs, il n'y en a pas-vn, auquel ie satisface auec plus de plaisir, qu'à celuy de vous chérir, et de vous honnorer. Contînuez-moy donc, s'il vousplaist, tousiours Thon-
oeur de vostre amitié : et croyez qu'elle n'est pas tout à fait mal emidoyée ; puisque suis^ et ie seray toute ma vie^
MoNSiBYR^ Vostre j etc.
A Paris le s Innuier 1638.
A M0NSEI6NEVR **^ LETTRE XVIII (1).
Est-il permis de passer ainsi légèrement par dessus les accidents les plus remarquables de vostre vie ; et ne leur donner pas plus de place en vostre histoire, que celle d'vne ligne? Ceux-là sont pardonnables, qui voulant décrire en vn petit espace toute la rondeur de la Terre : nous désignent vne grande et grosse Ville par vn point ; et vne large et longue riuiere par vn simple trait de. plume. Mais vous, à qui la Fortune, outre le loisir de faire les actions que vous faites, laisse encore celuy de nous les conter : vous n'en deuez pas vser ainsi. Vous nous deuez faire voir les choses en leur iuste estendué : ou plutost, comme vous nous les montrez de loin, les grossir et amplifier; ainsi qu'aux pièces que Ton veut placer bien au dessus de nostre veuë, les Statuaires adjoustent tousiours quelque chose au delà de leur naturelle grandeur. le sçay bien que vous n'estes pas grand enlumineur de vos actions; que difficilement pourriez-vous rien nous déguiser à vostre auantage ; et que vous auriez de la peine à les releuer au delà de leur vray prix. Mais au moins, ne les diminuez pas, si vous n'y voulez rien adjouster. La Vérité, qui veut estre entière, et qui ne se peut peindre à demy, s'offense également des deux extréinitez. Toutefois , comme ceux qui luy prestent quelque chose, semblent la mieux aymer, que ceux qui luy osterit : pour nous la représenter telle qu'elle doit estre, parez-la vn peu dauantage. Vous faites honte à vne si chaste et si seuere Déesse, de nous la montrer toute nuë. Il n'y a que Venus dans le Ciel qui ose'paroistre ainsi. Vous deuez, sans doute, estimer
(1) Cette lettre n'est pas entière , y ayant quelque chose qui manque au commencement et à la fin.
6i0 NOVVELLëS lettres
et dorer daiiantage le plus bel accident de vostre vie. César, ei treize ou quatorze ans qu'il surmonta le Monde^ ou, pour le dire pldi glorieusement^ qu'il assujettit Rome à ses loix : ne se vit pa&enn hazard pareil : et nous ne voyons point que le péril l'ait iuM abordé de si près. Toute la Terre saigna pour sa querelle. L'Europe^ TAsie^ et l'Afrique en rougirent à diuerses fois : et comme si tm gouttes de son sang eussent été encore vn trop riche prixpov FEmpire de rVniuers^ luy seul, entre tous les siens , n'en r^nafi point du tout. Mais voyez en cecy la trahison de la Fartune. EDek garda entier, et le sauna de la mdndre égratignure, au miliea de tant de batailles, et de tant de millions d'Ennemis armez à a ruine; pour après, estant Empereur du Monde, parmy ses Anâ desarmez, et au Sénat, le faire percer de trente-deux coups. Celte dernière action me fait croire, quelque bon visage qu'elle hiy fis^ qu'elle )ie luy voulut iamais de bien : et que forcée elle fit alUioee auec sa vertu, pour sembler y auoir contribué quelque chose, et prendre part auec elle, à la gloire de tant d'illustres actions ***.