BILLKT A MADEMOISELLE DE MAROLLES (I
LETTRE XIX
La Fée qui nous brouilla hier au soir, est vne des plus malicieuses qui fut iamais : et les malédictions de toutes les autres, nem'auroient pu causer tant de mal, qu'elle m'en a fait. le ne m'offençay point de ce que vous nie reprochastes que ie ne suis point d'humeur accoramodante. Car c'est vne qualité, dont on vous accuse plus que moy ; et qui ne peut estre vn défaut, puisque elle se trouue en vne personne toute parfaite. Mais ie vous trouuay trop cruelle, quand vous-vous empeschastes de tourner les yeux siu* moy ; et que du plus beau visage du monde vous en fistes Vn mauuais. Il me sembla alors que tout le Ciel me regardoit de mauuais aspect; et qu'il se faisoitdcux éclipses de Soleil tout à la fois. Cela me couurit le cœur de ténèbres et de frayeurs qui ne m'ont point laissé reposer : Et quelque ora-
(1) C'était la sœur de Michel de Marolles, abbé de Villeloiu, conuu surtoul par sa traduction de Lucain.
DE MOxNSlEVR DK VOITVIU:. Vd\
^euse qu'ayt été la nuit passiH^ elle na |H)iiîl épalé eelh» que Vf)iis ■n'auez iettéedans Tesprit. Elle dure encore, ie vous asseure : ri <Iuoy qu'il fasse iour pour les autres^ il n'y en aura imint pour nioy. que vous ne me Payez donné. De riiumilifé auec la(|uolle ie vous parle^ vous deuez juger, que ie ne suis pas si {çloritîux t\in^ vous dîtes ; et que si ie ne suis point accommodant, ie suis au moins racommodable. Si vous Testes autant que moy, vous recoure/, mes .satisfactions, et mes presens. Fauois tousiours ^avdé cx\ ruban «»'»«de-lin, pour me sauuer dans une nécessité comme ctîlle où ie mi! trouue. Souffrez qu'il fasse Teffet que j'en ay espéré ; et (pTil me tire du labyrinte ou ie suis. le ne sçaurois nier, ((ue ie n*aye fuit vne faute puisque ie vous ay faschée. Mais au moins, j'ay sceu trouuer quelque couleur pour la couurir : et vous ne scauriez dirf; qu'elle ne soit pas belle, puisque c'est celle que vous ayrne/. Vous en verrez tantost vne autre sur mon visaj^c;, qui vous deura auroiv, plus toucher ; et qui vous dira le reste de ce que ie n'ose vous escrire icv.
A MONSIEVn ''\ LETTRE XX.