‹ Les œuvresChapitre 125 sur 149 · A MONSIEVR DE PINCHESNE · texte numérisé non relu

A MONSIEVR DE PINCHESNE

suis charmé. Quelques rares que soient ses pensées^ il n'est pas les chercher bien loin. Il les a trouuées sur les lieux^ et en des Lx , où j*ay passé cent fois en ma vie sans y remarquer rien qui [ut commun. Mais c'est ^ que cet excellent Génie auoit le secret découurir dans le fonds des choses^ des veines de marbre^ des les d'or, des carrières de diamans , et en vn mot , des Trésors, il sembloit que les Démons eussent reseruez pour lûy , et qu'ils eussent enuiez aux simples mortels. Fentens les Démons des mes et des belles lettres, dont il estoit le confident et le fauory. effet. Monsieur, il falloit bien, qu^il y Q]ust de la magie en cela, trement, pourquoy et moy et mes confrères les faiseurs de lis, n'eussions-nous pas apperçeu ce qui nous paroist dans ses its, si facile à rencontrer ? Sans doute, son esprit familier, qui ouuroit les yeux et qui luy conduisoit la veuë, détoumoit la »tre, et la couuroit de quelques nuages. Vous n'en croirez pourt. Monsieur, que ce qu'il vous plaira : pourueu, que vous vous isiez persuader ce que ie demande instamment de vous, qu*à la imiere édition nouuelle des œuures de Monsieur vostre Oncle , is preniez le soin d'y faire adjouster son Alcidalis. le consens 5 vous m'en fassiez reproche, si vous n'en receuez de tous costez ; remercieoiens et des louanges ; et si pour mon droit d'auis, is n'augmentez encore de quelques carats ,ya précieuse amitié it vous honnorez ,

MoiNSiEVB, VostreyCtc.

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ELOGE DV COMTE DVC D'OLIVARES,

MINISTRE D'ESPAGNE (i).

£n cette occasion^ il témoigna^ que toutes les raisons d 'Estât ne pouuoîent pas tant sur son esprit, que celles de la Religion; et qu'il aimoit mieux estre mauuais Politique , que de n'estre pas bon Chrestien. Son intégrité est reconnue mesme de ses ennemis. Il a tousiours esté libérai de son bien, et ménager de celuy du Roy : et, ce qui ne semble pas croyable, ayant disposé de plus de cent cinquante millions, il est aujourd'hui endetté de cinq cens mil escus. Son train, sa dépence, et sa maison , sont comme d'vne personne priuée, aussi-bien que son affabilité, et graÎJde facilité qu'il y a de luy parler. Les autres qui tiennent vue place pareille à la sienne, fuyent également les amis, et les ennemis : et n'ont pas moins de peur de ceux qui demandât du bien , que de ceux qui pcuuent faire du mal. Pour luy, il ne craint point les vns; et il escoute les autres : et ne pouuant tout accorder; il croit au moins, qu'il doit tout entendre. Pour ce qui est de son esprit, il ne peut, ce me semble, estre mis en doute de personne. Pour en faire imaginer la grandeur, il sufHt de dire, qu'il s'estend aux deux bouts du monde, qu'il gouueme en Orient et en Occident, et conduit seul en mesme temps les plus importantes affaires de FEurope. Pour ce que j'en ay pu connoistre, il est merueilleusement prompt, actif, et pénétrant, subtil, charmant, et agréable, plein de feu, et de lumière. Il parle sa langue : c'est assez pour cela de dire, qu'il s'appelle Guzmàn : et qu'il est de cette illustre souche qui estoit célèbre en

(l) Le Gommeuceiuent deffaul à ce Fragment , aussi bien que la fin.

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ELOGE DV COMTE DVG D^OLIVAHES.

Espagne deuant qu'il y eut des Roya en Castille ; et qui a laisse a cette Nation, les plus anciens et plus Fares exemples qu'elle ail de vertu j et de fidetité. Son Père Ikïni Pedro de Guznian j eut en son temps peu ou point de pareils en esprit j ou en mérite : et cette louange estoit alors de plus grand poids, qu'elle ne seroit à présent. 11 fut Ambassadeur auprès du Pape^ et en suite, Yice-Roy de * Sicile; et puis de Naples : et estant de retour à Madrid , il fut mis dans le Conseil d'Estat, qui est en cette Cour le plus hautde^ré d'honneurj et de dignité. Estant à Rome, son fils ' * ' * de Gu^mâiî luy nasquit : lequel, pour estre le puisné , fut destiné à rEglise;el les premières années de sa jeunesse employées aux estudcs* Mais quelque temps après il demeura lé par la mort de son frefe;

et par eelle de son Père heritii; Estant ieune, il fut ex^ï^^memi

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caute mille ducâts de rente, -fait de sa personne, grand, * homme de clieual de toute magnifique ; et fut sansdouti^ [U'il en fust le plus puissant.

p Aft affaii où il sémbloit j que le Géme

^ " i que cette Monarchie, qui

I grandeur par Charles Quiet,

Cl sausisïuï u petne sol. ihjjpc ocijOnd, sembloit vouloir décliner sous les autres Roys. Ceux qui ne peuuent iamais estre contens des choses présentes^ et qui cherchent tousiours des sujets de plaintes dans la préuoyance de l'auenir, ou dans la comparaison du passé; regrettent la grandeur et la richesse de la Cour telle qu'elle estoit sous Philippe troisième; et trouuans par tout à cette heure^ moins de lustre, et de bonheur, y concluent aussi moins de conduite. Mais il faut considérer, que ceux qui ont tenu cette place deuant luy, ont tousiours gouuerné durant le calme, en vn temps où il ne falloH que tendre les voiles^i que les choses alloient d'ellesmesmes, et que les vents ne souffloient que pour faire venir l'or des Indes. L'Allemagne, qui se souuenoit encore de la bataille de l'Elbe, et d'auoir veu l'Aigle de l'Empire auec la foudre de Charles- Quint; ne pouuoit au plus auoir que de mauuais desseins. Les Hollandois n'imaginoient point encore de plus grand bonheur, que de jouir de la tréue. L'Angleterre estoit gouuernée par vn Roy vieux, et Philosophe; la France par vn mineur. Toute l'Europe dormoit en repos, et en silence : et les Ministres d'alors n'estoient occupez qu'à distribuer les trésors du Pérou , et à donner ou refuser des grâces. Celuy-cy au rebours, a tousiours cheminé auec vn vent contraire. Parmy les ténèbres, et lors que le Ciel estoit cou-

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uert de toutes parts ; il a teau sa route au milieu des bancs et des écueils : et durant la tempeste et Forage, il a eu à conduire ce grand vaisseau^ dont la prouê est dans FOcean Atlantique^ et la poupe dans la Mer des Indes. 11 a eu à s'opposer en France aux desseins d*vn grand Ministre , haïssant particulièrement les Espa-

' gnols/ habile^ hardy^ et tout-puissant sur l'esprit d'vn Roy ieune^ guerrier, et heureux en mesme temps. Du costé du Nord, la For-

^ tune a suscité à la maison d'Autriche ^ Te plus dangereux ennemy qu'elle ait iamais eîi : vn conquérant y en qui la moindre qualité estoit celle de Roy sage et vaillant, pradent et avantureux, de grande expérience, et de grands desseins; et qui ayant toutes les vertus d'Alexandre, n'auoit pas vn de ses vices, que son ambition. Ainsi cette Monarchie par elle , ou par ses alliez, a eu tout à la fois pour ennemis, les François, et le Duc de Sauoye, les Anglois, les HoUandois, les Protestans d'Allemagne, et le Roy de Suéde: et cela en vna Siècle tres-sterile de grands hommes pour l'Espagne ; et où la Fortune luy estoit plus ennemie que tout le reste. Celuy-^ cy alloit tous les iours de l'Escurial à Madrid auec deux Secrétaires dans son carrosse : et cette personne qui fait mouuoirtant d'Armées, et agir tant de millions d'hommes, n'en a d'ordinaire que trois ou quatre à sa suitte. Il n'y a point d'accompagnement si glorieux que cette solitude. La meilleure preuue dé n'auoir point failly,est de ne point craindre. Pour sa conscience, nous sommes obligez particulièrement de la reconnoistre , après la facilité qu'il nous a donnée, à la ruine des Huguenots , et à la destruction de la Rochelle. Que si les vents ont porté briser contre la coste de Guyenne les Garraques qui se deuoient descharger dans Lisbonne ; si les Généraux des flottes les ont laissé prendre toutes entières; et si la Mer en a englouty d'autres ; si le Marquis de Spinola est mort deuant que de prendre Gazai; si les Aliemans estans les plus forts, se sont laissez battre à Veillane ; si les chefs des Armées ayans de grands auantages , ont suby des conditions desauantageuses; et si la bonne fortune ou la bonne conduite du Roy do Suéde a gagné la bataille de Lipsic : ce sont des accidens, que le Gomte d'Oliuares n'a pu empescher, et qu'il a fallu qu'il ait reparez. Vn des malheurs de ceux qui gouuernent : c'est que, des choses bien-faites, et qui ont vn bon succez , chaque particulier tâche d'en tirer à soy la gloire ; et que celles qui réussissent mal se rejettent toutes sur vn seul. Sa conduite a donné remède à toutes les choses qui en pouuoient receuoir : et si elle n'a pu tout releuer, c'est beaucoup, quelle ait enipesché que tout ne tonibAt.

ELOGE DV COMTE DVG D'OLIVAHES.

Quaud la Fnrtuiic De s'est point opposée à ses conseils^ et qu'elle a laissé faire sa prudence : les bons succez luy sont venus eu foule de tous costez. En vue niesme uunée il couquist Breda, uon seulement sur les HoHandois^ mais sur tous les Potentate de TEurope. U sauna Geones, qui e&toit à demy Frauçoise j et anoit vingt milie François à ses portes. Il lit abaudonuer Calîs aux Anglois^auec tant de diligence, qu'il sembla que Fon ne les eust laissé entrer en Espagne, que pf)ur auoir le plaisir de les en chasser. Et en niesmâ temps, à Fautre bout du Monde^ auec douze mille hommes il cooqujt le Bi*esil. Ain&î à k fois, il triompha de toute la terre ; et eut des victoires , qui pouuoient rendre toute sa vie heureuse et illustre, si elles eussent esté départies en diiftrs temps. Le malheur a pu quelquefois renuerser ses desseins, mais iamais sa eonstanct;. le luy ay veu receuoir d'vn mesme vilage la nomielle de la pri^e de MâSlriCj et de la mort du Roy de Suedû* Et le iour, que la Forlune en luy o.4ant sa tille luy rauît ses plus chères espérances : il ^eut la force de doimer audience, et de vacquer aux affaires. Les sentimens de Père cédèrent au deuoîr de Ministre. 11 creut qu'il ne luy e*loit pas permis d'abandonner aux larmes les yeux qui veilloient pour le bien de FKstat; et qu'vn Esprit qui auoit à sa charge la moitié du monde, ne deuoil pas estre troublé du malheur dVne famille. Son gouuernemenl a eu parliculieremeat le bon-heur de n'auoir point esté taché de sang; et d^auoir esté exempt de proscriptions. Ses soupçons et ses craintes n'ont pas dépeuplé la Cour^ pour remplir les prisons. Le crime de leze*Maesté n'a pas seruy de prétexte à ses vengeances ; et quoy que Ton ait fait^ ou dit contre luy ; il n'a iamais reconnu d'autres ennemis que ceux de FEstat. Mais pource que cet homrne seul fait vne grande partie de cette Cour; que son nom est connu de toute TEurope^ sa personne de peu de gens; et que chacun eu a de différentes impressions, selon Faffection, la haine, ou Fenuie de ceux qui luy en ont fait le rapport : il ne seraj>as mai è propos d'inter* rompre la suite de ce discours, pour dire quelque chose plus particulièrement de luy.

La Fortune a de tout temps accoustumé de prendre bien bas ceux qu'elle \eut mettre bien haut : et pour faire mieux connoistre çon pouuoir, elle se plaist à former de rien ses créatures. Elle n'a pas gardé cette règle au choix qu'elle a fait du Comte Duc d'Oliuares, qu'elle trouua desia si haut, qu'à peine Fa-t-elle sçeu éleuer; et que toute sa faueur ne luy a pu donner de tiltre, qui ne se ^rouuât desia dans sa maison. Les Maistres des Généalogies, qui

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ont l'art de faire descendre des Hoys, ceux qui en sont aimez^ et d'adopter chacun comme il leur plaist en telle race qu'H veuille choisir; n'ont eu que faire de trauailler pour montrer la grandeur de la sienne**^***.

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