CHAPITRE XVm
Ifort de Voiture. — Mort de mademoiselle Paulet. — Pinchesne publie les œuvres de son oocle.
Voiture mourut au commencement du mois de juillet 4648, pour 'être pui^é ayant la goutte. Il fut pris d'une fièvre ardente qui emporta en quatre jours. Dès qu'il fut tombé malade y sa Hdèle imie^ madame de Sainctot, accourut pour le voir^ et ne le quitta ju'au dernier moment. Il y avait aussi près de son lit une autre iemme qu'il avait aimée : c'était la fille de Renaudot le gazetier. iademoiselle Paulet disait de Voiture^ qu'il éiaii mort comme le ^nd Seigneur y entre les bras de ses sultanes. Elle ne lui survécut pas longtemps; elle mourut en 1651^ à Tâge de cinquante-neuf ans, ipioiqu'elle ne parût pas en avoir plus de quarante.
Voiture laissait une fille naturelle, qui entra dans un couvent. Elle eut toujours en grande vénération la mémoire de son père ; et 3omme le souvenir d'un homme aussi profane était peu compatible ivec l'austérité et le recueillement du cloître, elle l'avait fait peinfee sous les^raits de saint Louis : c'est ainsi que fut conservée son mage, que le burin de Nanteuil allait bientôt populariser.
Voiture mort, Pinchesne s'enferma dans le cabinet de son oncle, i là, assisté de Conrart et de Chapelain, il procéda à rinventairo
M VIE DE YOITUHE.
H : de ses œuvres. Voiture n'avait rien fait imprimer pendant sa vie : ses poésies^ qui abondent en vers charmants^ sont presque toutes des pièces de circonstance; et ses lettres môme, qui lui avaient coûté
«une si longue et si savante préparation^ n'étaient point écrites en vue de la postérité. II avait composé un éloge du duc d'Olivarez, qui ne nous est parvenu qu'à l'état de fragment; et le roman d'Aïcidalis et de Zélide^ dont il avait reçu le plan de Julie d^Angenaes,
• est resté inachevé , quoiqu'il y eût travaillé pendant vingt ans. Mais
I si l'on songe à sa vie agitée, à sa santé débile^ à sa paresse enfiQ, puisqu'il faut tout dire , on cessera de s'étonner qu'il ait si pea écrite et l'on admirera davantage encore l'érudition si gracieuse et si variée qu'il a semée dans sa correspondance , et cette perfection
■I de style qui a fait la fortune de ses ouvrages^ et qui lui assure une place honorable à c^té des grands écrivains du dix-septième siède. Pinchcsne^ assisté^ comme je l'ai dit , de Conrart et de Chapelain^ compulsa tous les manuscrits de son oncle; et lorsqu'il eut mis à part ceux qu'il destinait à l'impression , il se livra à un nouveau travail d'épuration , qui consistait à retrancher des lettres et des poésies tout ce qu'elles contenaient de compromettant, c'csl4dire toutes les allusions politiques^ et un grand nombre de noms' propres^ dont l'absence répand sur bien des passages une fàcheosi obscurité (i). Les œuvres de Voiture, ainsi tronquées, furent livrées au public; elles eurent un succès prodigieux. Dans un petit nombre d'années^ il en parut sept éditions; fait incompréhenril lorsqu'on se reporte au temps où le libraire Barbin disait à De^ préaux : « Monsieur, votre Lî/^rm s'enlève; s'il plaît à Dieu, noi0a| vendrons cinq cents exemplaires! » Quelque grand que fût le W ces, il était mérité ; Voiture a le premier assouph celte prose finft*
' çaise, qui semble à la torture dans les écrits de Balzac , son riw Il a eu de plus une autre sorte de gloire fort appréciée en Franeilî car il a été l'homme le plus spirituel de son temps, et les plusn^ des adversaires de sa renommée n ont pu s'empêcher de reccBnaître en lui, comme dit Tallemant, le père de ringénieuse 6«Snerie.
Amédbe Roux.
(1) Des découvertes précieuses nous ont heureusement restitué la plaps»
des fragments supprimés.
AV LECTEVR.
Dans le dessein que j'ay d'honorer la mémoire d'vn Oncle icj'estimois infiniment, et dont le soauenir me sera tousiours ed^ix ; j'ay jcrû, Legtevr, estre obligé^ en te faisant part
ses Escrits, de te dire quelque chose de sa personne. Que si Q parle à son auantage, ie te prie de ne me point tenir suspect or estre son parent, et de croire au contraire que cette qaa^ € m'oblige d*7 apporter plus de retenue , que n'auroit pu Te en cette. occasion le moins passionné de ses amis. Il fcpas tenu àmoy qne'ie ne sois dispense de luy rendre vn Juste deuoir ; tant par mon peu de capacité, que pour la reignance que ie trouuois en moy-mesme à publier la vertu m homme de qui i'estois si proche. Mais ie me suis laissé Ipier aax persuasions de ses amis et des miens, qui m'ont fait tendre qu'en me chargeant du soin de faire voir ses Oeuvres, m'estois engagé à celuy de t'entretenir de son mérite, et de
rendre quelque compte de sa vie. le diray donc de luy, Be moins d*ornement et d'artifice, que de franchise et de véé, tont ce qu'vn semblable suiet me peut permettre. £t pour firire vne peinture de son ame qui aille au delà de ce qui b peut paroistre dans ses Ëscrits, quelques beautez et quelles agrémens qui s'y rencontrent; j'oseray bien tasseurer L*il auoit en luy beaucoup d'autres qualitez pour le moins Bsi considérables, et capables toutes seules de le tirer du Dunun, et de le faire passer pour vn des ornemens de son de. Il anoit plusieurs talens aduantageux dans le commerce Monde, et entr'autres ceux de réussir admirablement en I. 5
60 AV LECTEVR.
^ conuersation familière, et d'accompagner d'vne grâce qui n'eitoit pas ordinaire, tout ce qu'il Touloit feirey ou qu'il tmloit dire. 11 auoitia parole agréable, la rencontre heureiue,h contenance bien composée ; et quoy qu'il fust petit, et d'^ complexion délicate, il estoit fort bien fait et extrémenNrt propre sur soy. Encore qu'il ait passé la meilleure partie d0 sa vie dans les diuertissemens de la Cour, il ne laissoU fi d'auoir beaucoup d'estude et de connoissance des bons kh theurs. 11 possedoit bien e« qu'on appelle les belles lettres < Et ce qui Ta fait valoir dauantage, est qu'il en sçauoit, ai que personne, le droit vsage, et auoit vue grande adreM s'en seruir. Quand il traittoit de quelque poinct de sdenoe, qu'il donnoit son jugement de quelque opinion, il le auec beaucoup de plaisir de ceux qui l'écoutoient, d'i plus qu'il s'y prenoit tousiours d'une manière galante, i et qui ne sentoit point le chagrin, et la contention de l Il entendoit la belle raillerie, et tournoit agréablement en les entretiens les plus sérieux. Cette merueilleuse adresse f< prit Ta fait bien accueillir des premiers Seigneurs de la et des Princes mesmes. 11 auoit vue noble hardiesse à se duire, tempérée d'vne douceur et d'vne ciuilité polie, avec quelle il sçauoit se démesler judicieusement de la com] du grand Monde : Et en cela particulièrement il a réussi, esté du pair auec les plus galans hommes de son temps. H f^. trouué pourueu par la Mature de lettres de faneur, et deie sçay quel caractère qui l'a fait chérir et honorer des plusGiai « au delà de sa condition, et l'on peut dire de luy, que l'ofti ftiamais veu de Courtisan de sa sorte, le porter si haut qall porté ; puis-qu'estant d'vne naissance médiocre , il est * entre les plus grandes connoissances et les plus célèbres Ânul *de la Cour. Monsieur le Cardinal de la Valette a esté vn premiers qui l'ait poussé auprès des Princes et des PrinoOi 11 estoit dès-lors Introducteur des Ambassadeurs prés son tesse Royale ; et tant par cette qualité, que pour son pia mente, il n'auroit point manqué d'emplois, s'il eusttl! s'appliquer aux affaires. Mais il estoit né pour d'autres du et c'eust esté dommage pour la gloire des Muses, et Tenl
Dtrt—
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B honnestes gens de son siècle, qu'il s'y fust adonné tout tier. Il n*a pas laissé d'auoir quelques emplois assez honoratt : n a esté long-temps à la Cour d'Espagne, par l'ordre et Qf les affaires de son Maistre, Monseigneur le Duc d'Orléans, . il a entretenu familièrement le Comte Duc d'OIiuarés, et Mitres Grands d'Espagne, qui faisoient vn particulier estât de n Esprit. Gomme il auoit tousiours aimé la langue du Pals, qu'il 7 auoit lait un autre voyage, il la possedoit si bien, 7i\ j fit des vers Espagnols qui furent pris pour estre de »pé, yn de leurs plus excellents Autheurs. Il a encore esté noyé par le feu Boy vers le grand Duc, pour la naissance ^ Boy d'à-présent; et ces deux voyages acheuerent de le conner dans la connoissance qu'il auoit desia des langues Espaéle et Italienne, qu'il a très-bien entendues. Il auroit pu obrirassez d'autres commissions honorables ; mais l'amour qu'il imsiours eu pouf les lettres, ne luy a pas permis de se charger -plus grandes occupations pour les affaires, ausquelles il a Mnré le repos. Il a tousiours aymé naturellement les gens liprit et de sçauoir, de quelque qualité qu'ils fussent, et en Mé pareillement aymé. Entre les personnes de condition, et k|biyez aujourd'huy dans le Ministère de TEstat, Monsieur kdâux a jette le premier fondement de sa réputation, qui ^yée sur vn homme d'vn iugement si exquis, et d'une Eta si eminente et si généralement approuuée, ne pouuoit diqaer de se soutenir. Depuis, Monsieur de Chauigny n'a pas U oontribué à l'establir, par les marques d'estime qu'il luy a bnées. Messieurs les Mareschaux de Schomberg et de Graminl l'ont honoré d'vne amitié tres-estroite. Et pour monter fes haut, feu Monseigneur le Prince et toute sa Maison, luy fetteore fait l'honneur de le voir de bon œil. Monseigneur le lliee d'auiourd'huy l'a aymé et escouté souuent auec plaisir, «mme tu verras par ses lettres, luy a donné la liberté de i èscrire souuent auec beaucoup de familiarité. Monseigneur ftrinoe de Gonty commençoit aussi aie goûter bien fort, sans lUer icy l'estime que Monseigneur le Duc d'Orléans son Éftre fûsoit de luy, et l'affection qu'il luy a tousiours témoife. n estoit bien aussi dans l'esprit du Boy, de la Beyne, et
r>; Av LEirrE\'h.
de )l*>iii«i£iieur le Cardinal d a prâeDt, duquel il aaoitlhoineur d'estre connu de longue-main, et d'auoir recea qndqMfoi< de» marques de bien-Tueillance. Il a esté singalieraBeA avoië de la plus célèbre Maison, où la Vertu ait esté de M ternp^ reci>nnuê. et honorée, j'entens THostel de Bambofiilkt tiutre le Maistre et la Maistresse ; tout ce qoi y aborde dlm? nettes sens de l'vn et de Tautiv sexe, le cherissoient et entt&l ^ieiit srand cas. Entre les sçauans et les honunes de MMI] d'vne condition plus conforme à la sienne; Monsieur de Mon^^ieur Chapelain, et beaucoup d'autres encore qu'il trop Ions de nommer, l'ont estimé viuant, et ont encore sa moire en singulière recommandation ; et Ton peut dire que tous ceux qui ont aujourd'hui quelque réputation d'espriti n'y eu a cueres qui n'avent goûté et admiré le sien. l'ose cer cette parole en sa faueur, et ie m'asseure que VAa entière, de laquelle il estoit, ne m'en desadbilera pas. Ibii me trompe i^i le suffrage d'aucun homme, pour qualifié soit dans l'ordre de la fortune et de la suffisance, luy est auantageux que l'approbation de ces femmes illustres, qm fait de sou entretien et de ses Escrits tu de leurs plus diuertissements. Ce sexe a le goust tres-exquis, pour la tesse de Tesprit, et il faut prendre ses mesures bien pour estre toiisiours leu, ou escouté fauorablement au CeR et au Cabinet. C'est en quoy celuy dont ie t'entretiens, a vn grand Maistre; il a très-bien pratiqué cet Oracle d'vnll cien, Que c'est bien souuent vn tour d'adresse, que d'éniter. plaire aux Docteurs. Aussi vouloit-il plaire à d'autres, ieTfl dire à la Cour, dont les Dames font la plus belle partie. le contenteray d'en nommer trois qui tireront facilement q elles la voix et le consentement des autres ; protestant qi^ cet endroit ie fais beaucoup moins de reflexion sur la oonditi de mes témoins, que sur leur mérite. Madame la Ducheae Longueville doit sans doute de grands biens de naissance é fortune au sang de Bourbon et de Montmorency ; mais n'est gueres moins redcuable a son Père et à sa Mère pour aduantages de l'esprit. £t eu effet, il semble qu'elle ait btf de Tvii ces lumières et cette clairvoyance qu'il auoit en toi
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^Xitt d -affeires, et qu'elle possède auec l'autre les rares et préiMM qualitez qui font tousiours considérer Madame la Prin> ilM, comme la merueille de nostre siècle. Elle y a joint tant eii grâces et tant de belles acquisitions par le commerce des Hflleurs liures, que c'est à bon tiltre que les Nations estranim disent d'elle à l'envy de la France, tout ce qui se peut ppede plus glorieux d'vne personne bien faite, et d'vne ame pB raisonnable. Tout le monde la regarde comme on faisoit Mrefois la statue de cet excellent Ouurier, qui estoit si acfaetkf que les autres Sculpteurs l'appelèrent la Règle. Le don lifdle a d'vn discernement parfait ; ie ne dis pas entre les bon- Itt^et les nmuuaises choses; mais entre le bien et le mieux ; Ile justesse de sa raison, sa forée et son estenduë, qui luy font Mpebrer les défauts les plus cachez, et les traits les plus délipides ouurages de l'esprit, luy donnent droit de prononcer linement en telles matières. Mesdames les Marquises de \ et de Montausier ne sont pas si-tôt nommées, que nostre t se remplit de limage de deux personnes accomplies en Hmesmes, et dans toutes les belles connoissances. le n'entre- \ pas leur éloge, mais ie sçay que des Princes, des Amleurs et des Secrétaires d' Estât, gardent leurs lettres ■une le yray modelle des pensées raisonnables, et de la pureté I* nostre langue. Cette princesse et ces Dames veulent bien V ie die d'elles, pour la gloire de nostre Autheur, qu'elles Il ingé qu'il approchpit de fort prés des perfections qu'elles yMont proposées, pour former celuy que les Italiens nous déinoit sous le nom de parfait Courtisan, et que les François bdlent yn Galant-homme. Mais il est temps que ie t'entrepme de ses mœurs, qui ont bien esté aussi recommandables en Ôf comme les autres choses. Il estoit parfaitement bon Amy, et M cette bonne condition de son cœur, autant que celles de son prit, qui luy en a acquis vu si grand nombre. Monsieur le résident de Maisons l'a cordialement chery, et luy en a rendu à y et aux siens des témoignages pleins de tendresse et de getorité, iusqu'apres sa mort. Il n'a iamais contracté d'amitié 0e personne qui se soit démentie, et comme elle estoit fondée r la vertu de ceux qu'il aymoit, plustost que sur leur fortune,
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elle n'a point cessé par leur disgrâce. U a eu les mœurs aussi don* ces comme il auoit Fesprit ; il a esté sans animosité et sans eooie pour les ouurages et pour la gloire d'autruy ; il a iugédes choiei
I sainement et sans passion, et n'a iamais médit ny pris plaisir i diminuer la réputation de personne. Il a tousiours eu les sefttiments qu'on doit auoir de la Religion; il a esté charitable en-
^ uers les panures, et ceux qui l'ont connu dés sa ieunesse, l'ont
* tousiours trouué fort éloigné de toute sorte de libertinage. Quoy qu'en autre chose il ait aymé la raillerie, il n'a iamaii
* rien escrit de satyrique, et l'on ne voit rien de luj qui ne sœt cl l'aduantage de ceux dont il a parlé. Cette dernière quaUli, Lecteur, t'inuite à vser de sa réputation, comme il a fait de ceUc des autres, et à l'espargner autant qu'il te sera possible. le ne doute point qu'il ne se rencontre quelque chose dans ses Eserili digne de ta censure, comme il s'en trouue dans tous les autres, puisque ceux mesmes qui font profession d'estredes plus grandi Maistres, n'en sont pas exempts, et que personne n'a enooie trouué le secret d'escrire au gré de tout le monde. Mais iele prie de ne considérer pas tant ses Escrits en détail comme a gros, de n'y peser pas tant les paroles que le bon sens, et d'y remarquer le génie, et l'esprit, que tu y trouueras possible beau par tout. le pourrois icy entreprendre de deffendre eee Oeuures ; mais quel crédit leur pourroit donner vue approbation comme la mienne ? Peut-estre que celle de quantité d'boanestes gens de ses amis feroit vu plus grand effet sur ton eeprit : Mais il faut plustost croire qu'elles se soutiendront aiw d'elles-mesmes sans autre recommandation, et il est iuste de laisser cela à la discrétion de ton jugement. Si plusieurs po^ sonnes de condition, dont les noms t'ont esté marquez cy-d»* uant, et beaucoup d'autres encore , n'en auoient souhaitté et mesme sollicité l'impression, tu neseroispasaujourd'huy en h peine d'en dire ton sentiment. Ses proches, de leur monuemeet propre, ne les auroient iamais donnez au public, soit par h modestie dont ils estoient obligez de seconder la sienne; seil dans la connoissance qu'il n'a iamais rien escrit à cette fie. Et ce n'est pas vue des moins louables conditions de ses mœurij de ce qu'il a fait si peu de vanité d'vne chose, que tu pourrai
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trouuer qu'il sçaaoit si bien faire. Mais il est certain que ce sont ses Amis plustost que luy-mesme, qui ont publié ses Ouvrages, et qu'il n'a iamais rien escrit que pour eux ; ce qui n'est que trop éuident par des périodes et des pages mesmes toutes entières de diuers sens, tellement nez dans son sujet, et si estroittement attachez aux circonstances des temps, des lieux, et des personnes, que hors de là ils ne sçauroient estre trouuez bons, ny goustez et estimez selon leur iuste valeur. C'est ce qui m'a obligé de te faire souuent de longs tiltres, qu'il a fallu mettre par nécessité ; à moins que de te donner ses Escrits, sans leur prester en mesme temps les moyens de se faire entendre. A cela, et à la conduitte de tout ce Becueil, m'a se^-uy beaucoup l'assistance et le conseil de quelques-vns de ses Amis, et enttr'antres de Messieurs Chapelain et Conrart, à qui i'ay cette (èligation de s'y estre offerts de bonne grâce, d'y auoir mis la nuûn auec beaucoup d'affection pour la mémoire de l'Autfaeur. Cest auec eux particulièrement que ie me suis conseillé du choix que ie deuois faire de ses Lettres : Car dans la quantité qne i'en ay reconurée, nous auons trouué à propos d'en trier les plus propres à estre veuës, et de ne les pas produire toutes iodifferemment. Quant à ce qui est de l'ordre que ie leur ay donné, ie me suis réglé à peu près selon le temps auquel i'ay crû qu'elles auoient esté écrites. Que si tu n'y trouues pas toujours cet ordre bien obserué, comme il seroit à souhaiter, tu t'en prendras à la négligence de l'Autheur plustost qu'à la mienne. Il mettoit fort peu de dates à ses lettres, principalement celle de l'année, ce qui a esté cause que ie n'ay pu leur donner vnesuitte, sans beaucoup de peine. Tu trouueras au reste comme ie t'auois promis, cette septième Edition beaucoup plus correcte que la première, et peut-estre assez pour en estre content ; to la trouueras aussi augmentée de beaucoup de lettres, et de quantité de vers encore, qui m'ont esté donnez depuis. Les mots François que tu y verras en lettre Italique plus fréquemment qu'en la première Edition, ont esté mis ainsi pour faire connoistre que ce sont des termes qui demandent vue particulière explication, laquelle ie n'ay pas voulu entreprendre de te faire, de peur de m'y tromper, n'en ayant soeu auoir tout l'é-
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claircissement nécessaire, quelque enqueste que i'eo aye faite. Ce sera doue aui Lecteurs à s'en informer de ceux qui onteo plus de part dans le secret de ses conuersations. D suffit que i*aye marqué de la façon que i'ay dit tous ses mots qui portait vn sens extraordinaire. Ses lettres purement amoureuses seroirt i icy distinguées de celles qui sont de Galanterie, pour la satiifaction de ceux qui ne les ont pas trouuées de la beauté et de la force des autres : Mais comme elles n'ont pas laissé de pbiie à plusieurs, et que chacun a son goust, nous auons trounéi propos en cette septième Edition de les mettre à part, aii qu'elles n'y soient que pour ceux qui les voudront voir, sani interrompre la suite de la lecture des autres. De tout ce qu'il a fait, quoy qu'il y ait (comme i'ai desia dit) \ne Histoire cb forme de nouuelle, sous le nom d'Alcidalis, auec \n dlsooon des affaires d'Espagne, et du Gouuernement du Comte Ducd'Oliuarés ; comme tous les deux sont fort défectueux en beaueoif |i d'endroits par les fueilles qui y manquent ; nous n'anoM trouué que ses lettres et ses vers qui se peussent donner « public. le ne veux point m*étendre à Tayautage des vus, of des autres. Il suffit que ie te die de ses lettres, que tu n'y b trouueras pas vue vniformité de style lassante et ennuyeuse; que tu y verras les inuentions, les figures, et les paroitt luesmes extrêmement variées, et que tout y est escrit facÛemeot h et nettement, auec vn air et vn agréement tout particulier. B = se pourra faire que sa façon d'escrire te semblera vn peu tr(f familière, pour quelques personnes de la condition de celles i qui il escriuoit : Mais tu considéreras qu'il s'estoit acquis ee priuilege par l'habitude qu'il auoit contractée à traiter de cette sorte auecque les plus Grands, et par la liberté qu'ils loy en r donnoient eux-mesmes ; ce qui faisoit que l'on ne trouuoit point mauuais de luy ce qui n'auroit peut-estre pas réussi i tout autre. 11 en a toutesfois vsé auec beaucoup de discretioB, et dans des matières si chatouilleuses et si délicates, il s'eit tousiours gouuerné auec beaucoup de jugement. Pour ce q« est de sa Poésie, si elle ne te semble escrite auec tout l'art, et •: toutes les règles qu'vne seuerité bien exacte le peut requerifi tu y rencontreras en recompense, vu si beau génie, des pH"
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âoDS si tendres et si bien toncbées, et par tout des grâces si aaturélles et si naïfues, que ta anoneras qu'il n'y a point d'art ly d'estode qui les vaille. Ce n'est pas pourtant qu'il en ait nianqaé en ce qn'il a fait ; mais il l'a conduit auec tant d'àtresse, qu'il n y paroist pas, et n'y éclate point, au prix de la beauté du naturel. Il faut encore adjoûter à cela, qu'il n'a ianais lait profession de Poésie que pour son diuertissement, et ians regarder sa gloire. Tu luy départiras celle que tu trouueras qu'il a méritée; et sans que pour cet effet ie brigue ta feneor, i'ay assez bonne opinion de tout ce qu'il a fait pour m'en remettre à ta iustice. Si pour le faire valoir dauantage, j'auois 1 comparer son génie auec quelqu'vn de ceux des Anciens, ne pourroit-on pas dire ; pour la Poésie, qu'il auroit quelque rapport auec la douceur de celuy de Catulle? et pour la fine et délicate raillerie de ses lettres, et sa façon de tourner en jeu les dioses graves et sérieuses, auec l'esprit de Lucien ? Hais disons plnstost qu'en ce point il n'est comparable qu'à luy-mesme, et que comme deuant luy, nous n'en auons point veu qu'il n'ait surpassé, il sera mal-aisé que l'on en voye après luy qui s'en acquite d'aussi bonne grâce. 11 a esté d'ailleurs bien plus retenu que pas vu de ces deux Autheurs. Sur tout, en sa façon d'escrire reluit la naïfue familiarité de Terence, et la pureté et propriété des termes, auec laquelle il a imité en nostre langue la perfection de la sienne ; par où il a assez donné à connoistre le fruit qu'il a fait en la lecture de ce iudicieux Escriuain, qu'il a chery par dessus les autres. Mais ces iugements ne sont pas de ma portée , et ie feray mieux de les laisser à de plus sça- Qaus que moy. Cependant, tu ne trouueras pas mauuais, que eomme vue matière qui m'est plus propre, ie donne à \n sexe qu'il a tousiours honoré, le reste de ses discours ; et que ie le prie de luy continuer après sa mort, ses bonnes grâces qu'il a sçeu gagner durant sa vie. Car dans la délicatesse du goust des Dames, et l'extrême politesse qu'elles demandent dans les écrits et dans l'entretien, il a tousiours eu le bon-heur de leur plaire et de reiîssir auprès d'elles. Et comme cette belle moitié du Monde, auec la faculté de lire, a encore celle de iuger, aussi Men que nous, et est auiourd'huy maistresse de la gloire des
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»;c'c8l par elle fM Sœ, qa'il a de toift ipurlapri^eqae Um de liT lumuBu le i^iNneiix auantagede , d qm'ipRs amir Uaaé les hmnjiies dans laliie krigae la fineor des Tostres. Aed TOS «i^iidîaseflBe&s; voyei k»
. qù sQBl sortis de ses naiiis, d'aussi bon côlqa'ila wn caToasIephshclonMagBqoisoitsortydesmainsdeli Salore; praKi eoangemeBSCBt son paitj contre craxqoib londront reprendre; cl ne dites iamais rien de loy qu'à mi bonnenr, pnîsqn^il n a iasais rien écrit qœ ponr rostre gloiie. Anoûei aneeqoe BOj qne les amours cl les grâces esUnent nés aneoqœ hiT, cl qoe si elles ne Tinoient encore en vous, dki seroient mortes anec loy-mcsme. Si j*en distnqp an jagemois de qndqncs-TneSy dks donneront oél excès à In passion qst j'aj de llionorer; cl â ie n'en dis pas aaseï au sentiment (b quelques antres, dks le donneront à la proximité du sang, 4 à la modestie auec laquelle, cMome sou parent , j'estois de parler de Iut.
VETTVRII EPITAPHIVM.
Etrvscae Charités^ Camœnœ Iberae, Hermès Gallicus et Latina Siren^ Risus^ Deliciae^ Dicacitates^ Lu8uSj( Ingenium^ loci, Lep6res^ Et quicquid fuit Élegautiarum Quo Yettvrivs hoc jaeeot sepulchro.
iËGiD. Henaoivs.
IN OBITVM VETTVRII.
Dvm te delicias Pindi, Venerumque parentem ( Heu fati crimen ! ) cultior Aula gémit :
Ecquis erit qui vos Vénères, Elegantia, Lusus, Et te dulcis Amor, dixerit esse Deosî
Menardbbivs.
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conaersation familière, et d'accompagner d'vne grâce qui nV toit pas ordinaire, tout ce qu'il vouloit faire, ou qu'il toiloit dire. 11 auoit la parole agréable, la rencontre heurease, k contenance bien composée ; et quoy qu'il fust petit, et d'no complexion délicate, il estoit fort bien fait et extrémemoft fe propre sur soy. Encore qu'il ait passé la meilleure partie ds d sa Yie dans les diuertissemens de la Cour, il ne laissoit pa d'auoir beaucoup d'estude et de connoissance des bons A»* theurs. 11 possedoit bien ce qu'on appelle les belles lettra: Et ce qui l'a fait valoir dauantage, est qu'il en sçauoit, autart que personne, le droit vsage, et auoit vue grande adreoeà s'en seruir. Quand il traittoit de quelque poinct de sdenoe, m' qu'il donnoit son jugement de quelque opinion, il le fiÛBoi( i auec beaucoup de plaisir de ceux qui l'écoutoient, d'aatv plus qu'il s'y prenoit tousiours d'une manière galante, enjo3é| ie i et qui ne sentoit point le chagrin, et la contention de l'EsodK n Il entendoit la belle raillerie, et tournoit agréablement en jf$ \ les entretiens les plus sérieux. Cette merueilleuse adresse d'a| i| prit l'a fait bien accueillir des premiers Seigneurs de la Gooq i. et des Princes mesmes. 11 auoit vue noble hardiesse à se pio» ^ duire, tempérée d'vne douceur et d'vne ciuilité polie, aueckr ^ quelle il sçauoit se démesler judicieusement de la compagml ^ du grand Monde : Et en cela particulièrement il a réussi, et( ^ esté du pair auec les plus galans hommes de son temps. U s'tf ( trouué pourueu par la Nature de lettres de faneur, et de ie tf sçay quel caractère qui l'a fait chérir et honorer des plus Oraoèj] «au delà de sa condition, et l'on peut dire de luy, que Fttii'i tiamais veu de Courtisan de sa sorte, le porter si haut qu'il 1^ porté ; puis-qu'estant d'vne naissance médiocre , il est ^ entre les plus grandes connoissances et les plus célèbres Amilifll *de la Cour. Monsieur le Cardinal de la Valette a esté vndi |, premiers qui l'ait poussé auprès des Princes et des Princessak^l ^ 11 estoit dès-lors Introducteur des Ambassadeurs prés son Ar | tesse Royale ; et tant par cette qualité, que pour son pro]|ii mérite, il n'auroit point manqué d'emplois, s^il eust Tooh s'appliquer aux affaires. Mais il estoit né pour d'autres chosfll» et c'eust esté dommage pour la gloire des Muses, et l'entretki
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S honnestes gens de son siècle, quil 8*y fust adonné tout lier, n n'a pas laissé d*anoir quelques emplois assez honoraes : n a esté long-temps à la Conr d'Espagne, par l'ordre et vnr les afiiedres de son Haistre, Monseigneur le Duc d'Orléans, i il a entretenu femilierement le Comte Duc d'Oliuarés, et lutres Grands d'Espagne, qui faisoient vn particulier estât de n Esprit. Gomme il auoit tousiours aimé la langue du Pais, qu'il y auoit fait un autre voyage, il la possedoit si bien, ['il y fit des vers Espagnols qui furent pris pour estre de tpé, Tn de leurs plus excellents Autheurs. Il a encore esté uoyé par le feu Boy vers le grand Duc, pour la naissance L Roy d'à-^présent; et ces deux voyages acheuerent de le conmer dans la connoîssance qu'il auoit desia des langues Espalole et Italienne, qu'il a très-bien entendues. Il auroit pu ob« ûr af»ez d'autres commissions honorables ; mais l'amour qu'il tOQBiours eu pouf les lettres, ne luy a pas permis de se charger I plus grandes occupations pour les affaires, ausquelles il a eferé le repos. Il a tousiours aymé naturellement les gens esprit et de sçauoir, de quelque qualité qu'ils fussent, et en osté pareillement aymé. Entre les personnes de condition, et aployez aujourd'huy dans le Ministère de TEstat, Monsieur Adanx a jette le premier fondement de sa réputation, qui ipayée sur tu homme d'vn iugemeut si exquis, et d'une ortu si eminente et si généralement approuuée, ne pouuoit anqaer de se soutenir. Depuis, Monsieur de Ghauigny n*a pas m contribué à l'establir, par les marques d'estime qu'il iuy a nmées. Messieurs les Mareschaux de Schombei^ et de Gram- (mt l'ont honoré d'vne amitié tres-estroite. Et pour monter us haut, feu Monseigneur le Prince et toute sa Maison, luy encore {tût l'honneur de le voir de bon œil. Monseigneur le rince d'auiourd'huy l'a aymé et escouté souuent auec plaisir, comme tu verras par ses lettres, luy a donné la liberté de i escrire souuent auec beaucoup de familiarité. Monseigneur Prince de Gonty commençoit aussi aie goûter bien fort, sans iblier icy l'estime que Monseigneur le Duc d'Orléans son dBtre ledsoit de luy, et Taffection qu'il luy a tousiours témoiée. n estoit bien aussi dans Tesprit du Boy, de la Beyne, et
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de Monseigneur le Cardinal d'à présent, duquel il auoit Thonneur d'estre connu de longue-main^ et d'auoir receu quelqoeifois des marques de bien-vueillance. Il a esté sidgalierenwnt aymé de la plus célèbre Maison, où la Vertu ait esté de tout temps reconnue, et honorée, j'entens THostel de Rambouillet Outre le Maistre et la Maistresse ; tout ce qui y aborde d'hoih nestes gens de Tvn et de l'autre sexe, le cherissoient et enfin? soient grand cas. Entre les sçauans et les hommes de lettni d'vne condition plus conforme à la sienne; Monsieur de Balae, Monsieur Chapelain, et beaucoup d'autres encore qu'il scnit trop long de nommer, l'ont estimé viuant, et ont encore sa mémoire en singulière recommandation ; et l'on peut dire qoedi tous ceux qui ont aujourd'huy quelque réputation d'esprit, n'y en a gueres qui n'ayent goûté et admiré le sien. l'ose aiiaii|.t cer cette parole en sa faneur, et ie m'asseure que l'Acadi entière, de laquelle il estoit, ne m'en desadbttera pas. Mais me trompe si le suffrage d'aucun homme, pour qualiM qi' soit dans l'ordre de la fortune et de la suffisance, luy est auantageux que l'approbation de ces femmes illustres, qui fait de son entretien et de ses Escrits \n de leurs plus aj diuertissements. Ce sexe a le goust tres-exquis, pour la tesse de Tesprit, et il faut prendre ses mesures bien
I pour estre tousiours leu, ou escouté fauorablement au et au Cabinet. C'est en quoy celuy dont ie t'entretiens, a Yu grand Maistre ; il a très-bien pratiqué cet Oracle d'vn cien, Que c'est bien sonnent vu tour d'adresse, que d'éniter, plaire aux Docteurs. Aussi Youloit-il plaire à d'autres,. ie dire à la Cour, dont les Dames font la plus belle partie. le contenteray d'en nommer trois qui tireront facilement elles la voix et le consentement des autres ; protestant cet endroit ie fais beaucoup moins de reflexion sur la coi de mes témoins, que sur leur mérite. Madame la DuchesM
' LongueYille doit sans doute de grands biens de naissance i fortune au sang de Bourbon et de Montmorency ; maïs n'est gueres moins redeuable à son Père et à sa Mère pourj aduantages de l'esprit. Et eu effet, il semble qu'elle ait de l'vn ces lumières et cette clairvoyance qu'il auoit en
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>rtes d'afbires, et qu'elle possède auec l'autre les rares et préeoses qaalitez qui font tousiours considérer Madame la Prin- »8e, comme la merueille de nostre siècle. Elle y a joint tant e grâces et tant de belles acquisitions par le commerce des meilleurs liures, que c'est à bon tiltre que les Nations estraneres disent d'elle à l'envy de la France, tout ce qui se peut ire jàe plus glorieux d'vne personne bien faite, et d'yne ame ien raisonnable. Tout le monde la regarde comme on faisoit itrefois la statue de cet excellent Ouurier, qui estoit si acfaeée, que les autres Sculpteurs l'appelèrent la Règle. Le don u'elle a d'yn discernement parfait ; ie ne dis pas entre les boues et les nmuuaises choses; mais entre le bien et le mieux ; 3tte justesse de sa raison, sa forée et son estenduë, qui luy font oietrer les défauts les plus cachez, et les traits les plus déliais des ouurages de Tesprit, luy donnent droit de prononcer oauerainement en telles matières. Mesdames les Marquises de ablé et de Montausier ne sont pas si-tôt nommées, que nostre kme se remplit de limage de deux personnes accomplies en Qes-mesmes, et dans toutes les belles connoissances. le n'entre- «ends pas leur éloge, mais ie sçay que des Princes, des Amwsadeurs et des Secrétaires d' Estât, gardent leurs lettres omme le vray modelle des pensées raisonnables, et de la pureté le nostre langue. Cette princesse et ces Dames veulent bien ine ie die d'elles, pour la gloire de nostre Autheur, qu'elles mt iugé qu'il approchpit de fort prés des perfections qu'elles « sont proposées, pour former celuy que les Italiens nous déiriaent sous le nom de parfait Courtisan, et que les François appellent vu Galant-homme. Mais il est temps que ie t*entreienne de ses mœurs, qui ont bien esté aussi recommandables en Uj conune les autres choses. Il estoit parfaitement bon Amy, et *est cette bonne condition de son cœur, autant que celles de son sprit, qui luy en a acquis vn si grand nombre. Monsieur le ^résident de Maisons l'a cordialement chery , et luy en a rendu à By et aux siens des témoignages pleins de tendresse et de geerosité, iusqu'apres sa mort. Il n'a iamais contracté d'amitié Dec personne qui se soit démentie, et comme elle estoit fondée ir la vertu de ceux qu'il aymoit, plustostque sur leur fortune,
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elle n'a point cessé par leur disgrâce. U a eu les mœurs aussi douces comme il auoit l'esprit ; il a esté sans animosité et sans amie pour les ouurages et pour la gloire d'autruy ; il a iugédes dMM t sainement et sans passion, et n'a iamais médit ny pris plaisir i ^ diminuer la réputation de personne. Il a tousiours eu les Mtiments qu'on doit auoir de la Religion; il a esté charitable fl»- ^ uers les panures^ et ceux qui l'ont connu dés sa ieunesse, l'ant
* tousiours trouué fort éloigné de toute sorte de libertinagi. Quoy qu'en autre chose il ait aymé la raillerie, il n'a ianai
* rien escrit de satyrique, et l'on ne voit rien de luj qui ne soit à l'aduantage de ceux dont il a parlé. Cette dernière qutliii, Lecteur, t'inuite à vser de sa réputation, comme il a fait deodb ^^ des autres, et à l'espargner autant qu'il te sera possible. le ai doute point qu'il ne se rencontre quelque chose dans ses Eserill digne de ta censure, comme il s'en trouue dans tous les autMi puisque ceux mesmes qui font profession d'estredes plus graoè Maistres, n'en sont pas exempts, et que personne n'a emM trouué le secret d'escrire au gré de tout le monde. Mais îeH prie de ne considérer pas tant ses Escrits en détail Gomme É ^ gros, de n'y peser pas tant les paroles que le bon sens, et ij remarquer le génie, et l'esprit, que tu y trouueras beau par tout. le pourrois icy entreprendre de deffendre si Oeuures ; mais quel crédit leur pourroit donner yne apprd»" tion comme la mienne ? Peut-estre que celle de quantité dTicH* §■ nestes gens de ses amis feroit vu plus grand effet sur ton tf* prit : Mais il faut plustost croire qu'elles se soutiendront d'elles-mesmes sans autre recommandation, et il est iuste laisser cela à la discrétion de ton jugement. Si plusieurs sonnes de condition, dont les noms t'ont esté marquez ejM uant, et beaucoup d'autres encore , n'en auoient souhaitté mesme sollicité l'impression, tu neseroispasaujourd'hoy peine d'eu dire ton sentiment. Ses proches, de leur moai propre, ne les auroient iamais donnez au public, soit par' modestie dont ils estoient obligez de seconder la sienne; dans la connoissance qu'il n'a iamais rien escrit à cette Et ce n'est pas vue des moins louables conditions de ses m< de ce qu'il a fait si peu de vanité d'vne chose, que tu
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ouuer qu'il sçauoit si bien faire. Mais ii est certain qae ce ^nt ses Amis plastost que luy-mesme, qui ont publié ses Oùrages, et qu'il n'a iamais rien escrit que pour eux ; ce qui 'est que trop éuident par des périodes et des pages mesmes élites entières de diuers sens, tellement nez dans son sujet, et i estroittement attachez aux circonstances des temps, des lieux, k des personnes, que hors de là ils ne sçauroient estretrouuez ons, ny goustez et estimez selon leur iuste valeur. C'est ce qui l'a obligé de te faire souuent de longs tiltres, qu'il a fallu mètre par nécessité ; à moins que de te donner ses Ëscrits, sans sur prester en mesme temps les moyens de se faire entendre. i eela, et à la conduitte de tout ce Becueil, m'a se^-uy beaucoup 'assistance et le conseil de quelques-vns de ses Amis, et enr'antres de Messieurs Chapelain et Conrart, à qui i'ay cette obligation de s'y estre offerts de bonne grâce, d'y auoir mis la nain auec beaucoup d'affection pour la mémoire de l'Autheur. j'est auec eux particulièrement que ie me suis conseillé du Aoix que ie deuois faire de ses Lettres : Car dans la quantité |ae l'en ay recouurée, nous auons trouué à propos d'en trier es plus propres à estre veuës, et de ne les pas produire toutes ndîfferemment. Quant à ce qui est de l'ordre que ie leur ay lonné, ie me suis réglé à peu près selon le temps auquel i'ay ^ qu'elles auoient esté écrites. Que si tu n'y trouues pas toûours cet ordre bien obserué, comme il seroit à souhaiter, tu t'en prendras à la négligence de l'Autheur plustost qu'à la mienne. 11 mettoit fort peu de dates à ses lettres, principalement ^Ue de l'année, ce qui a esté cause que ie n'ay pu leur donner rnesuitte, sans beaucoup de peine. Tu trouueras au reste ionune ie t'auois promis, cette septième Edition beaucoup plus kHrrecte que la première, et peut-estre assez pour en estre conent ; tn la trouueras aussi augmentée de beaucoup de lettres, et le quantité de vers encore, qui m'ont esté donnez depuis. Les BOts François que tu y verras en lettre Italique plus fréquemaent qu'en la première Edition, ont esté mis ainsi pour faire onnoistre que ce sont des termes qui demandent vue particuiere explication, laquelle ie n'ay pas voulu entreprendre de te lire, de peur de m'y tromper, n'en ayant sçeu auoir tout Té-
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claircissement nécessaire, quelque enqueste que i'eo aye faite. Ce sera donc aui Lecteurs à s'en informer de ceux qui ontea plus de part dans le secret de ses conuersations. Il suffit que i*aye marqué de la façon que i'ay dit tous ses mots qui portent vn sens extraordinaire. Ses lettres purement amoureuses seront f icy distinguées de celles qui sont de Galanterie, pour la satisfaction de ceux qui ne les ont pas trouuées de la beauté et de la force des autres : Mais comme elles n'ont pas laissé de jdaire à plusieurs, et que chacun a son goust, nous auons trouoé à propos en cette septième Edition de les mettre à part, afin qu'elles n'y soient que pour ceux qui les voudront voir, sau interrompre la suite de la lecture des autres. De tout ce qull a fait, quoy qu'il y ait (comme i'ai desia dit) vue Histoire en forme de nouuelle, sous le nom d'Alcidalis, auec vu discoon des affaires d'Espagne, et dû Gouuernement du Comte Duc d'Oliuarés ; comme tous les deux sont fort défectueux en beauooiQ' d'endroits par les fueilles qui y manquent ; nous n'auon trouué que ses lettres et ses vers qui se peussent donner aa public. le ne veux point m'étendre à Tayantage des vns, nj des autres. 11 suffit que ie te die de ses lettres, que tu n*J trouueras pas vue vniformité de style lassante et ennuyeuse; que tu y verras les inuentions, les figures, et les pandes inesmes extrêmement variées, et que tout y est escrit facilemeal et nettement, auec vn air et vn agréement tout particulier. B se pourra faire que sa façon d'escrire te semblera vn peu trop familière, pour quelques personnes de la condition de celles i qui il escriuoit : Mais tu considéreras qu'il s'estoit acquis os priuilege par l'habitude qu'il auoit contractée à traiter de cette sorte auecque les plus Grands, et par la liberté qu'ils luy e& donnoient eux-mesmes ; ce qui faisoit que l'on ne trouooit point mauuais de luy ce qui n'auroit peut-estre pas réussi à tout autre. 11 en a toutesfois vsé auec beaucoup de discretioDf et dans des matières si chatouilleuses et si délicates, il s'est tousiours gouuerné auec beaucoup de jugement. Pour ce qfâ est de sa Poésie, si elle ne te semble escrite auec tout l'art, et t toutes les règles qu'vne seuerité bien exacte le peut requeriTi tu y rencontreras en recompense, vn si beau génie, des pa»-
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si tendres et si bien touchées, et par tout des grâces si relies et si naïfues^ que tu auoûeras qu'il n'y a point d'art 'estude qui les vaille. Ce n'est pas pourtant qu*il en ait [ué en ce qu'il a fait ; mais il l'a conduit auec tant d'àe^ qu'il n y paroist pas, et n'y éclate point, au prix de la lé du naturel. 11 ftiut encore ad jouter à cela, qu'il n'a iafait profession de Poésie que pour sou diuertissement, et regarder sa gloire. Tu luy départiras celle que tu trouueu'il a méritée; et sans que pour cet effet ie brigue ta fa- , i'ay assez bonne opiniou de tout ce qu'il a fait pour m'en ttre à ta iustice. Si pour le faire valoir dauantage, j'auois nparer son génie auec quelqu'vn de ceux des Anciens, ne roit-on pas dire ; pour la Poésie, qu'il auroit quelque rapauec la douceur de celuy de Catulle? et pour la fine et dé- ) raillerie de ses lettres, et sa façon de tourner en jeu les » graves et sérieuses, auec l'esprit de Lucien ? Mais disons ost qu'en ce point il n'est comparable qu'à luy-mesme, et îomme deuant luy, nous n'en auons point veu qu'il n'ait issé, il sera mal-aisé que l'on en voye après luy qui s'en ite d'aussi bonne grâce, 11 a esté d'ailleurs bien plus reque pas vu de ces deux Autbeurs. Sur tout, en sa façon rire reluit la naïfue familiarité de Tereiice, et la pureté et riété des termes, auec laquelle il a imité en nostre langue rfection de la sienne ; par où il a assez donné à connoistre lit qu'il a fait en la lecture de ce iudicieux Escriuain, qu'il îry par dessus les autres. Mais ces jugements ne sont pas ta portée , et ie feray mieux de les laisser à de plus sçaque raoy. Cependant, tu ne trouueras pas mauuais, que le vue matière qui m'est plus propre, ie donne à vn sexe a tousiours honoré, le reste de ses discours ; et que ie le de luy continuer après sa mort, ses bonnes grâces qu'il a gagner durant sa vie. Car dans la délicatesse du goust des îs, et l'extrême politesse qu'elles demandent dans les écrits os l'entretien, il a tousiours eu le bon-heur de leur plaire réussir auprès d'elles. Et comme cette belle moitié du e, auec la faculté de lire, a encore celle de iuger, aussi jue nous, et est auiourd'huy maistresse de la gloire des
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hommes, autant comme les hommes mesmes ; c'est par elle que i'ay résolu de finfa*. Souffrez donc, beau Sexe, qu'il a de toot temps singulièrement respecté, que ie conclue par la prière que ie vous veux faire de luy conseruer le glorieux auantage de Yostre estime, et qu'après auoir laissé les hommes dans la liberté de leurs jugemens, ie brigue la faneur des Tostres. Accorde^luy tos suffrages et vos applaudissemens ; voyez les Ouurages qui sont sortis de ses mains, d'aussi bon œil qu'il a veu en vous le plus bel ouurage qui soit sorty des mains de la Nature; prenez courageusement son party contre ceux qui le voudront reprendre ; et ne dites iamais rien de luy qu'à bob honneur, puisqu'il n'a iamais rien écrit que pour vostre glmre. Auoûez aueoque moy que les amours et les grâces estoient nées auecque luy, et que si elles ne viuoient encore en vous, elhi seroient mortes aueo luy-mesme. Si j'en dis trop au jugemeol de quelques-vnes, elles donneront cet excès à Ja passion que j*ay de l'honorer; et si ie n'en dis pas assez au sentiment de quelques autres, elles le donneront à la proximité du sang, et à la modestie auec laquelle» comme son parent , j*estois obligé de parler de luy.
VETTVRII EPITAPHIVM.
Etrvscœ Charités^ Camœnae Iberœ, Hennés Gallicus et Laiîna Siren , Risus^ Deliciae^ Dicacitates^ LosiiSj iDgenium^ loci, Lepôres^ Et quicquid fuit Élegautiarum Quo Yeûvrivshoc jacept sepulchro.
iEoiD. MSMAOIVS.
IN OBITVM VETTVRII.
Dvm te deKcias Pindî, Venerumque parentem (Heu fati crimen ! ) cultior Aula gémit :
Ecquis erit qui vos Vénères, Elegantia, Lusus^ Et te dulcis Amor, dixerit esse Deosî
Menardebits.
A MONSEIGNEVR LE PRINCE
SONNET
Prince le plus vaillant de tout ce qui respire. Et qui de nostre Trosne est le bras triomphaiit ; Qui fais céder l^pagne aux armes d'vn Enfant , Sous qui bien-tost le Ciel ordonne qu'elle expire.
Toy qui guides ses pas à marcher à l'Empire , Qui donnas la Victoire à son règne naissant; Et qui ieune aux combats des premiers te poussant, As fait cent Actions que tout le Monde admire !
Que te resto-t-il plus après tant de beaux-faits , Pour rendre tes désirs et nos vœux satisfaits ^ Que de trouuer en France vn Héraut de ta Gloire ?
Tu Pauois en celuy qui traça ces Escrits, Si grauant ta Valeur au Temple de mémoire. Trop tost pour Tacheuer, la Parque ne Teust pris.
Db Pinchesne.