‹ Les œuvresChapitre 5 sur 149 · CHAPITRE PRElVffiR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRElVffiR

Naissance de Voiture. — Sa famille.

- Son éducation. — Sa mission littéraire. — Le comte d'Avaux. --,J de Sainctot. ~ II est admis à Thôtel de Rambouillet

vinn^l Yo'*"r'M>i>quH m lfî9ftj^Jy?h'?*'j P*»^ du Marché. ^.Soa père^ richfUaaaJCdtol^ de la cour, qu'il suivait

dans ses pérégHnations, vivait dans une soir{e~^de familiarité avec les grands^ qu'il aidait parfois de sa bourse, et qu'il captivait par sa bonhomie et son amour pour les plaisirs. Outre Vincent^ il eut un Als qui mourut officier au service de Suède ^ et deux filles dont Tune devint la mère de ce Pinchesne que Despréaux avoué à l'immortalité du ridicule, mais qui s'est relevé en quelque sorte aux yeux de la postérité par le culte pieux dont il entoura la mémoire d'un oncle dont les œuvres> sans lui, n'eussent probablement ja-

Snaisvu le jour.

Voiture quitta de bonne heure Amiens pour Paris, où il reçut une

I éducation brillante dans les deux collèges de Calvi et de Boncours: assis sur les bancs de l'école à côté d^illustres condisciples, parmi lesquels on remarquait le comte d'Avaux^ le futur plénipotentiaire

de Munster, il étonna par ses succès ses niattres et ses rivaux^el jeta dès lors les bases d'une fortune qui devait être éclatante. Ses

/ premiers essais furent des vers sur le retour d'Astrée et des stances

ê adressées à Gaston^ frère du nouveau roi Louis Xm. Ces deux pièces^ qui se rapportent la première à Tannée 161 2^ la seconde à Tannée 1614, nous ont été conservées; on y reconnaît déjà le poète facile et gracieux dont les œuvres devaient illustrer et charmer la première moitié du dix-septième siècle.

Lorsque Voiture parut, la littérature française entrait dans une ère d'enfantement et de transition. Depuis longtemps déjà Ronsard n'était plus; sa grande figure apparaissait encore à Phorizon revêtue d'une nuée lumineuse, mais sa pléiade était dispersée et sa gigan-

, tesque tentative avait définitivement échoué; son école s'était éteinte avec ses premiers disciples.

Bertaut, Motin, Desportes le spirituel abbé de Tiron, Régnier lui-même malgré ses protestations et son style archaïque, apparte*

• naient tous à une nouvelle époque, et marchaient, sans s*en douter, à la suite de Malherbe, qui, avec sa rude voix et ses vers laborieux,

^ semble être le régent de cette troupe indisciplinée. La poésie avait trouvé en lui un guide et un maître ; la prose était plus en retard. La langue naïve d'Amyot, l'idiome seini -bordelais de Montaigne leur appartenant en propre, n'étaient pas susceptibles dlmitation; et même après là Satire Ménippée on attendait encore l'auteur qui de-

/vait faire de notre langue une langue classique, et la marquer au coin de l'avenir. Ce que Malherbe avait fait pour la poésie , Voiture p/ devait le faire pour la prose française. C'a été sa gloire et la tâche de toute sa vie, de préparer aux grands écrivains qui allaient naître une forme souple et sublime pour les œuvres de leur génie ; il a I créé celte langue du dix-septième siècle, riche, noble et charmante dans sa simplicité un peu négligée.

Voiture, je l'ai dit, avait connu le comte d'Avaux sur les bancs du collège. Ce fut son premier protecteur, et il l'introduisit bientôt

^dans la maison de madame de Sginciot dont il était l'amant. Jeune et belle autant que gracieuse et bienveillante , aimant les hommes de lettres et surtout les gens d'esprit, elle accueillit Voiture avec

^empressement et l'associa à tous les plaisirs d'une société choisie. Voiture y apportait un large contingent d'esprit et d'attentions délicates, qui se traduisaient d'ordinaire en petits vers et en épitres flatteuses. Un jour qu'il se promenait avec sa nouvelle amie, leui carrosse versa, et madame de Sainctot fit une chute si malheureuse, qu'elle montra bien des choses que les dames ont coutume de ca-

i^oiture lui envoya le lendemain des stances aimables et spiri* \, quoique un peu libres. On y remarquait les vers suivants :

le m*estois gardé de vos yeux ; Et ce visage graciçux , Qui peut faire pallir le Dostre , Contre moy u'ayaut point d'appas, Vous m'en auez fait voir vn autre , De quoy ie ne me gardois pas.

vers, empreints du mauvais goût régnant, n'en furent pas trouvés admirables. Une autre fois il lui envoyait la traduciTArioste par du Rosset avec la lettre suivante, qui commença utation :

Madame,

y, sans doute, la plus belle auanture que Rolland ait iamais eue. quMl défendoit seul la Couronne de Charlemagne, et quil arra* is Sceptres des mains des Rois, il ne faisoit rien de si glorieux pour l'à cette heure , qu'il a l'honneur de baiser les vostres^ Le tiltre de c, sous lequel il a couru jusques icy toute la Terre, ne doit pas her que vous ne lui accordiez cette grâce , ni vous faire craindre outre. [Car ie suis asseuré qu1l deuiendra sage auprès de vous ; et ibliera Angélique, si-tost qu'il vous aura veuë.|Au moins, ie sçay périence , que vous auez desia fait de plus f^rands miracles que r, et que d'vn seul mot vous auez sceu guérir autrefois vne plus 3use folie que la sienne. Et certes, elleseroit au delà de tout ce )ste nous en a iamais dit : s'il ue reconnoissoit Tauantage que vous ir cette Dame ; et n'auouoit , que si elle étoit mise auprès de vous , oit recours, avec plus de besoin que iamais, à la force de son An- ^ette beauté , qui de tous les cheualiers du monde n'en trouua pas é à Fépreuue , qui ne frappa iamais les yeux de personne, dont elle isast le cœur, et qui brusla de son amour autant Je parties du , que le Solpil en éclaire , ne fut qu'un portrait mal -tiré des merque nous deuions admirer en vous. Toutes les couleurs , et le fard oësie , ne l'ont sceu peindre si belle que nous vous voyons : et lation mesme des Poètes n'a pu monter jusques- là. Aussi , à dire s Chambres de Crystal , et les Palais de Diamant, sont bien plus imaginer, et tous les ËDchantemens des Amadis, qui vous semblent yables , ne le sont pas tant , à beaucoup près , que les vostres. jremière veuë , arrester les Ames les plus résolues , et les moins a seruitude ; faire uaistre en elles vue sorte d'amour qui couuoisse 1 , et qui ne sçacbe ce que c'est que du désir, ni de l'espérance ; ' de plaisir et de gloire les esprits , à qui vous estez le repos et la et rendre parfaitement contens de vous ceux à qui vous ne faites

point du tout de bien : ce sont des effets plus estranges etplusesloignezde la vray-semblance , que les Hippogryphes , et les Chariots volans, ni que tout ce que nos Romans nous content de plus merueilleux. le ferois n liure plus gros que celuy que ie vous enuoye , si îe voulois continuer ce discours. Mais ce Cheualier qui n'a pas acooustumé de quitter le premier rang à personne , se fasche de me laisser si long-temps auprès de vous, et s'auance pour vous faire oùir l'histoire de ses Amours. C'est vnefeueur que vous m'auez beaucoup de fois refusée. Et pourtant ie souffiriray sans iaiousie, qu'il soit en cela plus heureux que moy, puis qu'il me promet,

" en recompense , de vous présenter ce mot de ma part , et de vous ie £Ée lire auant tout autre chose. Il ne falloit pas vn cœur moins haidy que le sien pour cette entreprise; et ie ne sçay encore comme elle lui mmi Néantmoins, il est, ce me semble, bien iuste, puisque ie luy donne moyes de vous entretenir de ses passions, qu'il vous raconte quelque chose dei miennes ; et que parmy tant de fables , il vous die quelques veritez. le sçay bien que vous ne les voulez pas tousiours entendre. Mais poisqoe vous n'en pouuez estre touchée , et que cela est trop peu de chose poor vous obliger à quelque ressentiment : il n'y a pas de danger que vous sçacbiez , que ie vous estime seule plus que tout ie reste du monde ; et q»

I ie tirerois yoins de vanité de le commander, que de vous obeûr, et d'estre, etc. Voitubb.

Cette lettre assez médiocre, où son talent n'apparaît pas encoi^* eut pourtant un succès prodigieux. On Fimprima en une nuit à dei milliers d-exernplaires , et elle se trouva bientôt dans toutes Itf mains. Outre Famour de madame de Sainctot, elle valut à Voiiii»

1 ramitié de M. de Çhaudebonne, chevalier d'honneur de la duchefli d'Orléans et le meilleur ami de madame de Rambouillet. Ce seigneur, le rencontrant un jour, lui secoua rudement la main, etki dit, avec ce ton de bienveillance un peu brutale dont on n'a^ alors ni le goût ni le droit de s'offenser : « Monsieur, vous êtes iB

^ trop galant homme pour rester dans la bourgeoisie ; il faut que je vous en tire. » C'est à cette apostrophe que Voiture faisait allusiol plus tard lorsqu'il se disait réengeodré par M. de Çhaudebonne d par madame de Rambouillet, qui, à peu de temps de là, radrfj dans son cénacle.

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