‹ Les œuvresChapitre 50 sur 149 · A MADAME LA DVCHESSE DE SAVOIE · texte numérisé non relu

A MADAME LA DVCHESSE DE SAVOIE

LETTRE CXVI

Madame ,

Après tant de lettres de consolation, qu^il y a eu sujet d'écrire à voslre Altesse Royale : ie n'ay garde de perdre Toccàsion de luy en écrire vne de réjouissance. Elle est si peu accoutumée d'en receuoir de cette sorte-là, que ie pense qu'elle sera bien-aise d'en voir; et quand il n^y auroit point d'autre raison, la nouueauté toute seule les luy doit rendre agréables. Il y a long-temps. Madame, que j'attendois ce que ie voy qui va commencer à cette heure, et que j'auois iugé, que le malheur de la plus parfaite et de la plus aimable Princesse qui fut iamais, estoit vn trop grand desordre dans le monde, pour croire quMl pust durer. Quelque malignité et quelque enuie (|uc la fottune semblast auoir contre elle, et quelque fatalité qui parust contre le bien de ses affaires : ie m'imaginois tousiours que tant de bonté, de générosité, de constance, et de diuines qualitcz qu'il y a en V. A. R. nepourroient estre long-temps mal-heureuses, et qu'enfin, le Ciel ne manqueroit pas de faire quelque miracle, pour vne personne en qui il en auoit tant mis. Il y a beaucoup de raison d'espérer, Madame, que celuy de la prise de Turin, sera suiuy de beaucoup d'autres: et que ce grand succezqui vient d'arriuer dans vos Estats, est vne crise qui y va changer toutes choses, et les remettre en l'estat où naturellement elles doiuent estre. Mais ce qui vous doit donner plus de joye dans ce bon-heur : c'est quil est vray que la part que vous y auez, redouble icy la joye de tout le monde, et que V. A. R. est si aimée, que tout ce qu'il y a d'honnestes gens à la Cour, se resioiiissent autant pour Tinterest qu'elle il dans cette prospérité , que pour le bien qui eu renient à la France, et pour la gloire que les armes du Roy y ont acquise. le croy. Madame, que V. A. R. est persuadée, que dans cette resioiiissance publique, j'en ay vne bien particulière, ot que personne nen a esté touché plus sensiblement ciue moy : au moins si elle me fait Thon-

neur de se souuenir de l'extrême passion gue j'ay pour tout ce qui la regarde, et de Finciination et de l'obligation auec laquelle ie suis, de V. A. R.

Le irès^humble, etc.

A Paris ce 4 Octobre I640.

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