‹ Les œuvresChapitre 51 sur 149 · A MADEMOISELLE SERVANT · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE SERVANT

l'vne des Filles de son Altesse Royale.

LETTRE CXVII

Mademoiselle,

Vous quej^ay tousiours trouuée si éloquente, aidez-moy, ie vous supplie, à rendre les renierciemens que ie dois à la plus belle et à la plus généreuse Princesse du Monde. le suis, sans mentir, comblé (le ses bontez : et j'auoûe qu'il n'y a rien sous le Ciel de si charmant, ni de si aimable, que la Maistresse que vous semez. Fay pensé dire, que nous semons : et en vérité, il n'y arien que ie ne donnasse volontiers pour pouuoir parler ainsi. Dés la première fois que ie l'oûis, ie jugeay d'abord, que de tous les esprits du monde, il n'y en auoit pas^n si grand que le sien. Mais le soin qu'il luy a plû auoir de moy, m'estonne sur toutes choses : et ie ne puis assez admirer, qu'en mesme temps qu^elle a de si grandes pensées, elle en ait aussi de petites, et qu'vn esprit qui est d'ordinaire si haut , puisse descendre si bas. Au reste, les pastilles que l'on m'a données ce matin , ont fait en moy wï effet memeillcux : et si ce n'est qu'elles ayent touché la main de son A. R., ie ne vois pas d'où peut venir ce miracle. Pour auoir baisé seulement le panier où elles estoicnt, ie me trouue beaucoup mieux. Ce me sera toute ma vie vn contrepoison contre toutes sortes de maux : et hors vn , ie n'en sçache point, dont vn si agréable remède ne me puisse guérir. De peur que vous cherchiez trop curieusement celuy que J'entends, il vaut mieux que ie m'explique, et que ie vous die que c'est le regret de ne l<i voir pas assez, et d'estre destiné à viure loin de la seule personne , qui mérite d'estre seruie. Si vous le voulez bien considérer, ce mal là est plus grand que tous les autres : et il est bien difficile d'estrr linnneste homme , et de n'en pas mourir.

â70 LETTRES

A MONSIEVR LE œMTE DE GVICHE.

LETTRE CXVIIL MONSIEVB^

Quoy que l'on deuroit estre accoustumé à vous voir faire des ac^ lions glorieuses , et qu'il y ait plus de quinze ans que vous faites parler de vous d\ne mesme sorte, ie ne me puis empescher, que ie ne sois touché, toutes les fois que j'entens que vous auez rendu quelque nouueau témoignage de vostre valeur : et vostre réputation m'estant aussi chère qu'elle me Test, j'ay vue extrême joye, de voir que de temps en temps elle se renouuelle , et qu'elle s'augmente tous les iours. Ceux qui désirent le plus ardemment d'auoir de l'honneur, se satisferoient de celuy que vous auez gagné dans ces dernières années, et seroient contens de l'estime, en laquelle vous estes dans l'esprit de tout le monde. Mais à ce que ie voy, Monsieur, il n'y a point pour vous de bornes en cela. Comme si vous estiez jaloux de la gloire que vous auez acquise , et de ce que vous auez fait par le passé : il semble que tous les ans vous vous efforciez de vous surpasser vous-mesme , et de faire quelque chose de plus, que tout ce que vous auiez fait iusques-là. Pour moy, quelque passion que j^aye pour vos actions passées : ie seray bien-aise qu'elles soient effacées par celles que vous auez à faire , et que vos exploits de Flandres obscurcissent tout ce que vous auez fait en France, en Allemagne, et en Italie. Mais i'apprehende, que l'ardeur de la gloire ne vous emporte plus loin qu^il ne faudroit, et ce que vous auez fait dans le dernier combat, où Monsieur le Mareschal de la Melleraye a battu les ennemis, me donne beaucoup de sujet de me resioûir, et en mesme temps beaucoup de sujet de craindre. Les preuues que vous y auez données de vostre conduite et de vostre courage , sont icy admirées de tout le monde : et sans mentir. Monsieur, mesme dans les Romans , on ne voit rien de plus beau, ni de plus digne d'estre loué. Mais permettez-moy de vous dire, qu'à cette heure que l'inuention des armes enchantées est perdue, et que la coustume nY^st plus , que les Héros soient invulnérables : il n'est pas permis de faire ces actions-là beaucoup de fois en sa vie, et la fortune qui vous en a tiré pour ce coup, est vn mauuais garant pour Taduenir. Songez donc, s'il vous plaist, que la vaillance a ses bornes, aussi bien que les autres vertus , et que comme toutes les autres , elle doit estre accompagnée delà prudence, (^elle-cy,

DE M0NSÏE\TI DE VOm'RE. 271

i parler sainement , ne peut souffrir que d*\ii Maresohal de Camp ,

et du Mestre de Camp du Régiment des Gardes, vous en fassiez vn

volontaire , et vn enfant perdu; que vous exposiez si fort à toutes

sortes de rencontres ^vne personne si vtile que la vostre, et quo

vous fassiez si grand marché d*vne chose de si grand prix. le no sçay ,

Monsieur, si vous trouuerez bon que ie vous parle de la sorte. Mais,

an moins, vous ne pourrez pas dire que ie me mesle d'vno chost^

où ie n'ay point d'interest : et vous trouuerez que personne n'y en

a plus que moy, s'il vous plaist de vous souuenir de la passion,

auec laquelle j'ay toujours esté ,

MoNSiEVB, Vosfre, etc.

A Paris le 6 Octobre 1640.

A MONSIEVR LE MARQVIS DE PISANY.

LETTRE CXIX

MONSIEVR

Quand ie serois si ingrat , que de vous pouuoir oublier, vouh faites tant de bruit à cette heure, qu'il seroit difficile, que ie ne me souuinsse pas de vous, et que ie n'employasse; pas tous mes mm , à me conseruer les bonnes grâces d'vne personne, de r|ui jV;ntens dire par tout tant de bien. l'ay eu vne extrême joye, d'apprfmdre combien vous vous estes acquis d'honneur à la dernière ocÀ^anum , qui s'est passée deuant Arras; et quoy que ie cjfntunnsntf il y a longtemps^ les qualitez de vostre cœur, et de vosln; esprit, et que j'aye tousiours eu l'opinion de vous , que tous les autre;» en ont a i-MUt heure : ie vous auoûeray ma foibiesse. Il me se;mble , que l'eUiine générale en laquelle vous estes, me donne vn [>e;u pliH d'ardeur a vous honorer : et ie me sens touché de quelque vanité ^ iïmuAr (U* de la passi(Mi, pour vn honmie qui a l'apfirobation et le^ louau^#7t» de tout le monde. Sans mentir. Monsieur, le conlentern/mt qu»r jVm ay, seroit parfait , sil n'esUM trf>oWé de la cruiuU', que j ;»y, de \htn perdre. Maisie s^ay combien la xdîW'AUt'A e*t \u*: stzritt d;ïu^er''fj%^7. Tapprens par tout , que vofj*îi>*tMt \û%.^. TUfiAUtur iuit*AiA^i^r *V' *if^ tre personne, que vous l'ester de v^V: ;«^,:re ^;,V/v:, O^Ih. Sih<»>.it'Mt . me tient dans des alarme!^ fr^Miun^Ufrit : *'r. k *\frt^iu '\*H' i 4> , fU pf-rdre les meilleurs H I*^ wih *^-\ruiAWi^. fU-. fu^-> hftt'^ . f^ti t\tit

j'appréhende encore pour vous dauantage. Cependant^ parmy cela, j'ay quelque secreite confiance en vostre bonne fortune. Le cœur me dit^ qu'elle a encore beaucoup de chemin et beaucoup de dioses à faire ^ et que Tamitié que vous me faites l'honneur d^auoir pour moy, me sera plus heureuse , que n'ont esté quelques autres. le le souhaite pour vous , et pour moy^ de toute mon ame^ et que ie sois assez heureux^ pourrons pouuoir témoigner quelque iour combien ie suis^ et auec quelle passion,

Vostre y etc.

A MONSIEVR DE SEBISANTES ,

Résident pour le Roy prés la Reyne de Suéde.

LETTRE GXX.

MONSIEVB,

Vostre petite Ode m'a semblé vn grand ouurage, et me fait juger que quoy que vous disiez de vos débauches, vous estes quelquesfois sobre à Stocolm. Les fruits de la Grèce et de Tltalie, ne sont pas plus beaux , que ceux que vous produisez sous le Nord : et j'admire que les Muses vous ayent pu suiure jusques-là. Vous pouuez vous vanter, que vous les auez menées plus loin que ne fit Ouide, et que iamais personne ne leur a fait voir plus de pais que vous. Que si c'est le vin qui vous donne ces entousiasmes : ie vous conseille de vous bazarder tousiours à boire de la sorte.

Dulce periculum est, 0 Lenœe , sequi Deum Ciugentem viridi tempora pampînô.

Et vouspouuez dire/

Bacchum in remotis carmina rupibus Vidi docentem.

ïc ne vous sçaurois dire. Monsieur, combien j'ay eu de plaisir de voir rhuile de lasmin , les gans de Frangipane, et les rubans d'Angleterre, dans des vers Latins. Sans mentir, depuis le commencement , iusqu'à la fin, tout y est merueilleusement agréable.

Insigne, recens, adhuc Indiclum ore alio.

DE MONSIEVR DE VOITVHE. i7a

is à moy qui n'entens gueres bien le latin y e.\pli(iue/-nu)y , \k\ is supplie, ce que veut dire ce mentis et acerbus dolor. !o vous e , que cela me met en peine. le ne veux pas prendre plus de t dans vos secrets, qu^il ne vous plaist de in*y en donner. Mais uuez bon , que j^en prenne dans vos intercsts y puisque ie suis dn t mon cœur,

Vostre, etv.

A Paris le 15 Décembre 1640.

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