‹ Les œuvresChapitre 56 sur 149 · A M0N81EVR LE PRÉSIDENT DE MAISONS (1). LETTRE CXXIX · texte numérisé non relu

A M0N81EVR LE PRÉSIDENT DE MAISONS (1). LETTRE CXXIX

MONSIEVB^

C'est vne trop grande bonté à vous, de pï;endre la peine de m'es* crire : et de me traitter aussi ciuilement que si ie ne vous auoispas les infinies obligations que ie vous ay. Je vous supplie tres-humblement, et tres-serieusement, de' ne vous en plus donner laj^ine.La pluspart du temps, vous n'auez rien à me mander. Pour moy, outre que mon deuoir m'oblige à vous escrire ; les nouuelles qu'il y a icy de temps en temps, me fournissent dequoy le pouuoir faire. le vous auoiie, pourtant. Monsieur, que i*ay eu vn extrême plaisir à lire la dernière lettre qu'il vous a plû de m'escrîre : et toutes les fois que vous aurez à me dire d'aussi agréables nouuelles, ie ne refuse pas, que vous me fassiez l'honneur de me les faire sçauoir. le suis rauy de la grande amitié, que ie vois que vous auez faite depuis mon départ, auec Mademoiselle de Rambouillet. le ne le connob pas plus par vos lettres, que parles siennes. Elle ne m'escrit iamaû sans me parler de vous, et auec toute l'affection et toute l'estimf qui vous est deuë. Ce m'est, sans mentir, Monsieur, une extréiiM consolation, de ce que vous et Madame de Rambouillet, me plaignez de la folie que i'ay faite ; et ce me sera vne raison, pour n'ei plus faire à l'anenir : outre que l'en ay fait de nouueau vne protes tation solennelle entre les mains de Monsieur de Chauigny. l'ai aussi beaucoup de Joye, que vous ayez eu le ci*edit de tenir quinzi jours Madame de Sablé, et, ce qui est dauantage,, de faire deffenseï aux autres d'y aller. Il me déplaist seulement, de ce que vous n'ei disposez, que quand elle se veut reformer, et qu'elle est en estât d< pénitence. le vous exhorte, néantmoins, à ne vous point rendre Car le temps, la fortune, et l'adresse d'vn honneste homme, peuuent changer beaucoup de choses. Apres auoir parlé de ces choses là ; il me semble. Monsieur, que vous n'aurez pas grand plaisir, qvn ie vous entretienne des nouuelles de deçà. Aussi pour ne vous pa

(1) René de Longueil, marquis de Maisons, second président au parlemen do Paris, fut successivement : surintendant des finances , ministre d'État c rhanci'lierde la reine régente Anne d*Aulriche. Il mourut le 1" décembre If.fô

enuuyep, îe vous les diray le plus succinctement que îe pourray **\

VostrCf etc.

A Narbonne le lo May 1642.

AV MESME

LETTRE CXXX

MONSISYR y

C'est un excès de vostre bonté, de me remercier de quelque chose : moyqui ne sçaurois iamàis assez faire, pour vous^ et qui vous en deurois encore de reste^ quand j'aurois cent fois hazardé ma vie pour vostre tres-humble seruice. De cette bontés Monsieur, et de Poffire qu'il vous plaist me faire, ie vous rends mille grâces treshnmbles : et j'ay vue extrême joye de voir, que dans les plus grandes, et les plus petites choses, vous ne cessez de me rendre des tesmoignages de Pamitié que vous me faites Thonneur d'auoir pour moy* Quoy que i'aye joué fort estourdiment, ie ne me suis pas pourtant si fort emporté, que ie ne me sois réserué assez d^argent pour me tirer d'icy : et suis seulement bien fasché de vous auoir mis en mùn vue à mauuaise assignation; et de vous auoir donné vn créander, qui n'est guère meilleur que moy. Au reste. Monsieur, ie ne vous puis dire Textréme joye que i'ay, de voir la grande amitié que vous auez faite auec tout Thostel de Rambouillet. Mademoiselle de Rambouillet ne m'escrit iamais, sans me dire quelque chose de vous; par où elle marque Textréme cas qu'elle en fait : et afin que vous connoissiez mieux les sentiments qu'a pour vous Monsieur le Marquis de Pisany, îe vous enuoye vn morceau de la dernière lettre qu'il m'a escritè. Pour Monsieur de Chauigny, vous estes sans mentir obligé de l'aimer de tout vostre cœur. A toutes les occasions qui s'en présentent, il parle de vous auec toute l'estime, et toute l'affection imaginable. Il se vante de vôtre amitié à tous ses amis; et la promet à ceux qui luy sont les plus chers, et qu'il veut obliger le plus, n me dist l'autre iour que vous luy auiez escrit vne lettre la plus iolie, et la plus obligeante du monde. Mais pource qu'il estoit en compagnie, il n'eut pas le temps de me la monstrer. Il partit il y a trois iours pour aller à l'armée, et assister à la cérémonie de Tordre, que le Roy donna hier au Prince de Mourgues ; et renient de- «lain. Pour ce qui est du retour du Koy, on n'en sçait rien. Tauray

en cela, Monsieur, tout le soin que le dois auoir, des choses qae vous me commandez. On commence à r'alentir Fesperance que Ton auoit, d'auoir Perpignan si-tost. On dit à cette heure, vers le quinzième du mois qui vient. Monsieur de Turenne m'a dit, qu'il gageroit bien deux cens pistolles, que Ton Taura dans tout le mois de luin. Toutes les fois que Monsieur de Chauigny va à l'armée, il loge chez Monsieur des Noyers. C'est à cette heure la plus grande amitié du monde, mais vraye, et sincère tout de bon. le suis, .

MoNsiEVB, Vastre, etc.

A NarboDne le 22 May 1642.

A MONSIEV» CHAPELAIN.

LETTRE CXXXI

MONSIBVB ,

Quelque hardy que ie sois, ie n'oserois retourner à Paris, sans vous faire réponse : et i'ay honte, sans mentir, d'auoir tant tardé à Vous rendre ce deuoir. Mais ie vous Tauouëray franchement : préuoyant que j'aurois encore à vous escrire, pour vous faire sçauoir le iugement que Ton auoit fait des vers que vousauez enuoyez; j'ay différé tant que i'ay pu, en dessein de mesnager vne lettre. Si vous estes iuste, vous ne deuez pas trouuer estrange, que J'en ait peur en escriuant à vn Docteur comme vous estes : et certes, quand il me vient en la pensée, que c'est au plus judicieux homme de nostre siècle , à l'Ouurier de la Couronne hiiperiale , au Metamorphoseur de la Lionne, au Père de la Pucelle que j'escris; les cheueux me dressent en la teste si fort , qu'il semble d^n hérisson. Mais d'ailleurs, quand ie pense que cette lettre s^adresse au plus indulgent de tous les hommes, à Texcuseur de toutes les fautes, au loueur de tous les ouurages, à vne colombe, à vn agneau, à vn mouton : mes cheueux s^applatissent tout à coup, plat comme d'vne poule moiûUée ; et ie ne vous crains non plus que rien, le vous diray donc nuëment, et franchement, Monsieur, comme à vn mouton que vous estes, que les vers de Monsieur de Balzac, n'ont pas encore esté veus de Monsieur le Cardinal.

O ('œlum , 6 Terras, o Marin Ncpluni î

ous écrierez-vous. Est-ce Testât que Ton fait des enfans de lupiter? ït comme on traitte le premier homme du monde?

Frange miser calamos, vigilataque prslia dcle.

V^ous auez raison de dire tout cela. Mais vous ne sçauriez croire^ combien on a. eu d'autres choses à penser durant tout ce voyage : et si Apollon, que bien connoissez, fust venu luy-mesme à Narbonne, ie dis auec tous ses rayons; il n'y eust esté receu qu'en qualité de Chirurgien. Fen ay parlé cent fois à Monsieur de Chauigny, qui m'a tousiours respondu , que pour l'amour de Monsieur de Balzac, il falloit reseruer cela au temps, où Tesprit de son E. fust plus tranquille, et plus en estât de bien gouster cette sorte de choses. Il m'a donné charge, au reste, de vous prier de sa part de faire de grands remercimens à nostre amy : pour les epigrammes qu'il a faites pour luy, desquelles il est merueilleusement satisfait. A dire le vray, elles sont les plus belles du monde. Pour ce qui est des vers pour Monsieur le Cardinal, ils sont entièrement de Virgile, auec vn peu plus d'enthousiasme qu^il n'a.accoustumé d^en auoir : et pour moy, quand j'aurois les deux bras rompus, ie prendrois plaisir à les entendre. S'il y a de la honte, que celuy pour qui ils ont esté faits , ne les ait pas encore veus : la plus grande partie en retombe sur Monsieur de la Victoire (1), qui en estoit principaleihent diargé. Pour moy, j'ay eu en cela tout le soin et toute Taffection que ie deuois auoir : et sans mettre en considération le poids de vostre recommandation, et la passion que j'ay à seruir Monsieur de Balzac, j'aurois, ie vous iure,^ sollicité aussi ardemment pour vn homme du fond de la Suéde, qui auroit fait ce que vous auez enuoyé icy. Toute la faute que j'ay faite, est de ne vous auoir pas escrit plustost. Mais vous m'en auez bien pardonné d'autres, et m'en pardonnerez encore, puis que iesuis,

MoNsiBYR, Vostre, etc.

A AiiigDon le il luin fM2.

(1) Claude Duval de Coupeauville , nommé à l'abbaye de la Victoire en 1639, mourut au mois de décembre 1676. On citait ses bons mots.

A MADEMOISELLE DE RAMBOVILLET.

LETTRE CXXXIK

. Mademoiselle^

11 faut allouer que ie vous aimerois estrangemerit , si ie ne vous voyois iamais. Pour auoîr esté seulement deux mois, sans estre auprès de vous, mon affection en est augmentée de moitié, et s'aocroist tellement de iour en iour, que si ie ne vous reuoy bien-tost, ie sens bien qu'elle passera toutes sortes de bornes. A dire vray, outre la satisfaction que j'ay d'auoir esté quelque temps sans disputer auecque vous; et d'auoir passé vn Caresme, sans que nom ayons eu querelle sur les laits d'amende; ie vousauoûe. Mademoiselle, que vos lettres contribuent encor beaucoup, à faire queie iuge de vous plus fauorablement, et que ie vous trouue plus aymable. Les deux que vous ni'auez fait l'honneur de m'escrire, m'ont estonné de nouueau, comme si ie n'auois iamais connu voslre esprit : et quoy que l'on ait, à parler franchement, quelque dépit, de lire des choses que Ton ne pourroit escrire ; j'en ay receu, ie vous asseure, vn extrême plaisir. Elles m'ont consolé de tous mes desplaisirs ; elles m'ont presque guery de tous mes maux ; et m'ont donné vne joye, que ie ne pouuoisauoir icy, que par enchantement ou par miracle : Il y a tant de l'vn et de l'autre en tout ce que vous escriuez, que ie ne m'estonne pas. Mademoiselle, qu'elles ayant fait cet effet en moy. le m'estonne seulement de ce qu'elles m'ont donné vne extrême impatience d'auoir l'honneur de vous renoir : puis qu'il est certain qu'il n'y a point d'homme, qui eust le goust des bonnes choses , et qui vous connust aussi meschante que ie vous connois , qui ne desirast volontiers estre tousiours à deux cens lieues de vous, pour receuoir de vos lettres. Vous deuriez encore plus souhaiter, que ie me contentasse de cet honneur; et que ie ne me r'approchasse pas de vous. Car sans doute, en estant esloigné; ie vous sers beaucoup mieux, et vous dois estre sans comparaison plus agréable. Et certes quand ie songe à tous les seruices que ie vous ay rendus depuis que ie suis hors de Paris; à tout ce que ie dis de vostre part à Monsieur de Roussillon; aux asseurances que ie donnay de vostre affection à Monsieur le Comte d'Alaix; aux pi*otestations que ie fis à Madame sa femme , qu'elle estoit vne des personnes du monde que vous honoriez, et que vous aimiez le plus; aux meriieilles que ie dis pour vous à Madame de saint Simon ; et

aux paroles auec lesquelles j^asseuray Messieurs les Députez de. Marseille ^ de la bonne volonté que vous auiez tousiours eue pour eux et pour leur ville : il me semble que ie ne vay par le monde ^ que pour vous y acquérir des seruiteurs , pour y entretenir vos amitiez; et pour estendre vostre réputation. Encore hier^ Monsieur h; Président F. que ie trouuay dans la Chambre du Roy^ me vint parler de vostre bel esprit. le lui dis^ qu'il estoit vn des hommes du monde^ qui estoit autant à vostre gré; et qu'il y auoit long-temps que ie connoissois que vous auiez vue inclination particulière pour luy. n est beau^ et le croit : et ie vous asseure^ Mademoiselle, et Monsieur de Ghauaroche aussi, que si vous plaidez iamais à la Cour de Parlement de Grenoble ^ le premier Président sera pour vous. l'ay eu vn (Bxtréme plaisir^ à voir tout ce que vous me mandez des maistresses de Monsieur le Marquis de saint Maigrin. Sans mentir j'en ay vne extrême joye : et pour estre entièrement honneste hooQune^ il luy manquoit d'auoir fait vne fois cette sorte de vie-là. A dire le vray, pour mettre quelque chose dans son esprit, qui pust tenir la place de la personne qui y estoit; il falloit qu'il y en mist sept à la fois : et encor il aura de la peine à trouuer en sept autres toutes les choses qu'il aimoit en vne seule. Cependant, ie trouue estrange, pour vous parler franchement, et ne comprens pas comme' il se peut faire, qu'vn homme aime ainsi sept personnes à la fois. Car pour moy, ie n'en ay aimé que' six, lors que j'en ay aimé le plus : et il faut estre bien infâme pour en aimer sept. Mais, Mademoiselle, selon que ie voy qu'il est deuenu coquet, et que ie suis deuenu chagrin : ie croy pour moy que nos deux âmes se changèrent^ quand il m'embrassa la dernière fois , lors que ie luy dis Adieu. Car depuis ce temps-là j'ay eu vne perpétuelle inquiétude ; j'ay tousiours souhaité d'estre hors des lieux où j'estois; mesme il me semble que j'ay mieux aimé Mademoiselle du Vigean que de coustunie. le ne sçay si cela vient , ou de l'honneur qu'elle m'a fait de se souuenir de moy ; ou bien de ce qu'il faut, qu\ne affection si bien fondée s'augmente, et s'accroisse à toute heure. Mais ie vondrois, qu'au lieu qu'il a aimé jusqu'icy la plus douce personne du monde : il se fust adressé à cette autre que vous sçauez, qui veur, quand vne fois on s'est déclaré estre dans son seruice , que l'on y demeure , et que Ton y meure : pour voir ce qui en fût arriué. Et il seroit expédient, sans mentir, pour le bien de tout le monde, quo Ton vist vne fois vn infidèle puny. le l'appelle infidèle, quoy qu'il n'ait fait que ce qu'on desiroit de luy. Mais il ne deuoit pas le pouuoir faire : et pour son honneur et pour l'affection que ie luy porte.

:k)2 lettres

ie voudrois qu'il en fust mort. Mais nous verrons quelque iour ceB galans-Ià terriblement chastiez en l'autre monde. Pour moy qui ay esté pécheur comme les autres^ ie me suis admirablement goduerty : et ie puis dire^ que j'ay mis mon ame en repos de ce costélà. Mais , Mademoiselle ; qu'est-ce que vous me contez du mariage de Mademoiselle de Vertus et du Comte de Grancey : et où est-ce que la Fortuné a esté chercher ces deux personnes^ pour les joindre ensemble ? le me resioûis de celuy de Mademoiselle de Clermont et du Comte de Fiesque. Il y a vue de nos amies y qui sera .bien fianiere à ces nopces-là : et ie suis ,bien fasché de n'y estre pas, Toutea les nouuelles sont^ que ceux de Colioure capitulent. Vous verrez par la lettre que ie vous enuoye, que ie n'ay pas oublié de faire rendre à Madame de Lesdiguieres, celle que vous luy écriuiez. D y a, Mademoiselle^ quatre heures que j'escris. N'est-il pas temps, à vostre aduis , que ie vous die^ que ie suis^

VostrCy etc.

A MONSIEVR ESPRIT (l).

LETTRE CXXXIII

MONSIEVR

On peut dire de vostre lettre, aussi bien que du chariot du Soleil: (eussiez-vous pensé que le chariot du Soleil et vostre lettre eussent rien de commun ensemble?)

Materiam superabat opus.

le n'eusse pas creu , pour vous dire le vray, qu'il peust arriuer, que Madame la Comtesse de T*** me donnast tant de plaisir, que M. la V. D. me deust estre si agréable; ni que l'on peust rien faire de si bon de Madame de C***. Cependant, de la façon dont vous les auez mises , j'ay pris vn extrême plaisir de les voir toutes : et vousauez si bien embaumé ces corps, que les plus sains, et les

(1) Jacques Esprit, conseiller du roi en ses conseils et membre de l'Académie française, naquit à Béziers le 22 octobre 16tl. C'était un des habitués de l'hôtel de Rambouillet. Après la mort du prince de Conti, son protecteur, il retourna à Béziers, où il mourut le 6 juillet 1678.

DE MOiNSffiVR DE VOIÏVRE. 3():{

plus jeunes ne m'auroient pu plaire dauantage. Gela fait voir^ Monteur ^ qu'vn grand Ouurier fait des merueilles^ en toutes sortes do matières : et celle-cy, qui après la matière première , estoit la plus nuê, et la plus panure de toutes; a receu de vous vue forme si excellente , que vous en auez fait vn parfait composé. Il n'appartient qu'à vous de faire Mercure de tout bois. Celuy-cy , dont tout autre que vous n'auroit pu faire que des cendres, a esté si bien arrangé , et employé auec tant d'industrie, que le cèdre, le calambou, et le Palo d'Aquila, ne sont rien au prix. Vous auez, entre vous auti'es hyrondelies , vue propriété merueilleuse de faire auec vn peu de terre, et de paille (car vous sçauez

Et miré lateum garrula fingit opas)

des ouurages qui sont aussi admirables que les plus beaux eflets de la plus parfaite architecture. Il n'y a, sans mentir, si beau gratte-cu, qui ne deuienne rose entre vos mains.

Quidquid calcaueris hic rosa fiel.

Et vue hyrondelle comme vous, peut faire le printemps. Aussi ie vous honore , ie vous iure, comme si vous estiez vn Aigle , ou tout au moins vne Austruche, et suis,

Vostre, etc.

A Nisme le 17 luin 1642.

A MONSIEVR COSTART.

LETTRE CXXXIV

MONSIBVB,

Voyez, si ie ne procède pas de bonne foy auecque vous : puis qu'vn si beau prétexte, que celuy d\n si grand voyage, qui se feit auec tant de diligence (car en six jours , nous auons esté de Paris à Grenoble en carrosse : ) ne m'empesche pas de vous faire response. le receus vostre dernière lettre , vn quart-d'heure deuant que de partir. le prens part à vos prosperitez , comme si c'estoient les miennes : et tandis que ie suis mal-heureux dans toutes les choses que ie désire; ie me tiens heureux de vostre heur. En effet, ie ne puis pas dire, que la fortune me soit tout à fait ennemie ; pujs qu'elle vous est fauorable : et ie luy pardonne tout le mal quVlle u\ç^ ^^\V. .

en reconnoissance du bien que vous en receuez. Vous serez estonné de ce que vous allez entendre : et^ sans mentir^ j'ay honte de vous le dire. M*** m'est plus cruelle que iamais; plus fiere qu'elle ne Testoit dans ses lettres : et ce qui est pitoyable , et honteux tout ensemble; cette résistance me picque : et le suis plus amoureux d'elle , que vous ne me Tauez iamais veu.

O indignum facinus! nunc ego et Illam scelestam esse , et me miserum sentio. Et tiedet, et amore ardeo, et prudens, sciens» Viuus, vidensque pereo : nec quid agam, scio.

C'est vne des raisons qui m'a fait entreprendre ce voyage, vt de- ' fatiger. Mais j'ay peur qu'il m'arriuera comme à celuy-là. Vous qui estes plus sage, et qui la connoissez mieux : donnez-raoy quelqiM conseil là-dessus, et dites-moy;' si vous iugez, qu'elle demeurera opiniastre dans la resolution qu'elle semble auoir prise. Mais pariet m'en franchement : et en vne rencontre comme celle-là, ne vous seruez point de vostre complaisance ordinaire. Ce me sera , peul-^ estre , vn remède de croire qu'il n'y en a point. Vous estes plus obligé que personne, de me tirer de ce mal. Car outre que vous me deue'z plus aymer que personne ne m'ayme : c'est vous qui, en quelque sorte, m'auez causé tous les déplaisirs, que j'ay à cette heure ; et qui me la fistes voir la première fois.

te cum tuà Monstratione magnus perdat lupiter !

Ce n'est pas tout de bon que ie le dis. Mais c'est, qu'il m'a semblé, qu'il estoit assez à propos, le ne vois pas plus clair que vous , dans le mot sur lequel vous me consultez, quoy que j'y aye songé en chemin. A la vérité, ce n'a pas esté beaucoup. Car ie ne sçaurois penser bien fort, qu'en elle. Adieu. Ostez-luy vistement mon cœur, afin que vous l'ayez tout entier : ou faites, au moins, qu'elle le possède auec iustice. le suis,

MoNSiEVB, Vostre, etc.

DE MOiNSIEVR DE VOITVKE. :m

AV MESME

LETTRE CXXXV

Domine^

Sans mentir^ auec tout vostre latin^ vous estes vn grand niais : et ''ous faites bien voir^ que les plus grands Clercs ne sont pas les plus Ins. le fus admirablement bien auec Madame *** dés le premier demy- |uart d'heure que ie la vis. A peine nous eusmes nous fait chacun leux ou trois reproches^ que nous nous embrassasmes de meilleur sceur que iamais. UAmour estemiia plus de deux cens fois ce iourà^taniost à droit, et tantost à gauche; et en a esté enrumé plus le trois semaines. Elle m'en donna mille, deinde centum, deinde 9iille altéra , deinde secunda centum. Voyez donc, où vous en estes, l'auoir allégué si mal à propos ces deux Epigrammes. Car pour >rous dire le vray, ie trouue qu'elle a le nez fort bien fait : etie suis ]e Tauis de sa Prouince. Sic meos amores? Il ne se faut pas laisser ittraper comme cela, à ce que les Amans disent dans leur colère : ît quoy que Phedriadie en entrant sur le théâtre, meretricum con- *umelias : à vue scène de là, il donneroit sur les oreilles à quiconque uy diroit, que Thaïs ne fut pas vne fort honneste femme. Ne vous souuenoit-il plus de nostre Terence, Amanfium irœ, etc., et de l'autre endroit, où mettant les choses en leur ordre, il dit, iniuriœ, mspectiones, inimicitiœ, induciœ^ hélium, et puis à la fin, pax mrsum? Selon que nous vous connoissons niais, et la croyance que ie sçay que vous auez de cet esprit fier et résolu : nous jugeasmes que vous y seriez attrapé ; et que vous escririez vne lettre qui nous donneroit du plaisir. Mais afin que vous luy en sçachiez gré, et que vous ayez regret de luy auoir voulu arracher le cœur : ie vous asseure que j'eus de la peine à la faire résoudre à vous faire cette trahison. C'est cela qui a esté cause que vous n'auez pas eu plus souuent de ses lettres : et elle s'en est empeschée pour ne vous pas mentir, plus d'vne fois. Mais il faut auoiier, que si vous manquez de jugement, en recompense vous auez bien de l'esprit. Vostre lettre m'a pieu admirablement. Il y a des applications les plus heureuses du monde ; et pour mieux dire, les plus ingénieuses : particulièrement ce Di boni; et Q.Qfundi calamitas. Mais quod me capere oportuerai, h«c intercipit, de quel endroit l'entendez -vous? Pour vostre explication de Hem alterum, ic ne l'approuue pas. Car Gnaton '^sfant vraysemblablement plus vieux que Thrason, ou du moins rlr

mesme âge : quelle apparence qu'il voulust dire , qall semUa que Thrason eust fait l'autre? Haud iia iuitH : c'est vn equioMii sur rectè. locularinm in malum, visu dignum. le verray Moo« de Lingendes^ puis que vous me le commandez. Gela me le ni bien plus considérable^ que d*estre Euesque. Le mot de Honsiel Pauquet^ me semble admirable. le vous ay tousiours bien dit, qui auoit plus d'esprit que vous. Sans mentir^ ie croy que c'est luyqii vous fait vos lettres. le voudrois bien qu'il voulust faire mes M ponses. Mais , dites-moy, d'où est cet Hémistiche? le ne l'ay leu : et il ne me semble pas quMI puisse iamais auoir estéifit pour le bled des bastions de la Rochelle. le suis^

MoivsiBVB^ Vostre, ete,

A Paris le 4 Aoiut(l).

A MONSIEVR LE MARQVIS DE ROQVELAVRE.

LETTRE CXXXVL MONSIEVB y

le ne sçay ce que me vaudra l'honneur de vostre amitié. M elle me couste desia bien cher. Il uq se passe point de campag que ie ne voye pour l'amour de vous beaucoup de mauuais jm et que les hazards que vous courez ne me mettent en vne extK peine. Cependant, i'ay beaucoup de ioye de voir, que par vne tune assez bizarre, vous trouuez tousiours moyen d^acquerir d gloire dans des armées qui sont battues; et que dans des occas: qui sont mal-heureuses presque pour tous les autres, vous ne sez pas de vous signaler. En effet. Monsieur, vous ne sçauriez ce me semble, vous plaindre auec iustice de la fortune. Car si ne se met dans vostre party, au moins elle vous met toujours ( celuy duquel elle est : et à la tin de tous les combats, il se trc que vous estes du costé des victorieux. Pour moy, ie suis moin loux de vostre liberté, que de vostre gloire, le vous auoûe, qi ne me puis affliger de vostre prison : et après ce qui est arriue vous ayme bien mieux parmy les Espagnols, que si vous e: parmy les nostres, le souhaite. Monsieur, que vous receuiez d

(1) D'autres éditions portent : le 14.

; le boD traittement que vous méritez : et ie ne doute pas que i n'arrioe. Car outre ce qu'on doit à vostre condition^ il y a des litez en vostre personne, qui gagnent en trois iours ie cœur de X qui vous approchent : et ie ne fais pas de difficulté y que les lemis qui vous ont pris^ ne soient vos amis à cette heure. J'irois ontiers, s'il m*estoit permis, vous tenb compagnie auec eux. Car .'y a rien^ sans mentir^ Monsieur^ que je ne fisse de bon cœur^ irvousfûre voir combien je suis reconnoissant de l'honneur que is me faites par tout^ en publiant que vous m'aimez : et Paris^ la Cour^ ne me sçauroient donner plus de plaisir^ que j'en aurois stre auprès de vous ; et de vous tesmoigner^ que ie suis auec vnc xême passion^

Vostre y etc.

A MONSEIGNEVR LE MARQVIS DE S. MAIGRAIN.

LETTRE CXXXVII

MONSIEVB^

l'ay esté trois iours entiers en doute, si vous estiez mort : vous iiuez vous imaginer auec quel desplaisir. Dans cette alarme où jtois, j'ay receu comme vne bonne nouuelle, celle qui m'a appris e vous estiez prisonnier : et ie n'ay pu m'affliger de la perte de ître liberté, après auoir esté si en peine de vostre vie. Aussi bien, nsieur, si vostre destinée eustesté entre mes mains, ie vousauoùe 3ie ne vous en eusse pas donné vne autre que celle que vous auez \ : et comme j'apprehendois estrangement d'apprendre que vous siez demeuré entre les morts ; ie n'eusse pas été bien aise non plus, 3 vous fussiez entièrement eschappé. La fortune a trouué le mi- 1 que ie desirois : et ie croy que ie me rencontre en cela dans vos timens. Car estant aussi braue et aussi chagrin que vous estes, m'imagine que vous n'eussiez pas ioûy auec beaucoup de joye, Tie liberté que vous eussiez conseruée en vous retirant. Si vous niez. Monsieur, lors que ie seray à Paris , m'enuoyer demander r un tambour, comme vn de vos domestiques ; ie ne dénieray pas stre à vous : etie vous iray trouuer de tout mon cœur, le meurs nuie aussi bien, d'apprendre toutes vos auentures : et ie pense 3 vous auriez le loisir à cette heure de me les conter. le souhaitte 5c vne extrême passion, que vous en ayez tousiours de bonnes :

et si ayant à regretter six ou sept Maistresses^ vous auez.qudqv |s temps de reste pour songer à moy ; ie vous supplie tres-humblement de me faire l'honneur de vous souuenîr quelquefois que ie | suis^

Vosfre^ etc.

A MOSSIEVR DE CHAVIGNY.

LETTRE CXXXVIIL ' r

MONSIEVB^

le vous jure, que c'est par pure force d'amitié que ie vousesem: et pour ne pouuoir m'empescher de vous dire, que ie languis icy, d'y estre si longtemps sans vous. Après auoir tant souhaitté de so^ tir d^Italie ; ie m'ennuye à Paris, plus que ie ne faisois à Thurin : et ayant vn bel appartement dans PHostel de Crequy, il m'arriue soouent, de souhaitter la chambre de la Graue, et celle de la Noualaise, et quelquefois mesme mon lict de la Souchiere. Ce iour que lèvent, et la pluye, me firent le nez d^ne si plaisante sorte; j'eus plus de plaisir que ien'enay icy dans les plus belles iournées : et pour vous faire tout comprendre en vn mot ; ie consentirois d'entretenir quatre heures tous les soirs Madame de Savoye, pour Phonneur de vous voir vne demy-heure tous les iours. Tout de bon. Monsieur, il me semble, que ie suis tombé dans vne creuasse, d'où il faudroit quarante-deux brasses de cordes pour me tirer. Il n'y a que vous qui m'en puissiez oster : et jusqu'à ce que vous soyez de retour, j'y demeureray tousiours criant et heurlant horriblement. 11 ne se passe, sans mentir, point de iour, que ie n'adjouste quelque chose à Taffection que j'ay pour vous : et soit que j'aye eu plus de loisir de reconnoistre, et de considérer les obligations que ie vous ay; ou qu'estant meslé auec les autres hommes, ie connoisse mieux 1 extrême différence qu'il y a de vous à eux : ie vous aime beaucoup dauantage queie ne faisois dans le voyage, lors que ie vous airaois desia plus que moy-mesme. Pardonnez-moy, Monsieur, si ie vous dis cecy auec des termes si libres : et ne trouuez pas estrange, que parlant auec beaucoup de passion, ie parle vn peu inconsidérément. Auec toute cette liberté , ie vous asseure que j'ay pour vous dans Tanie tout le respect que ie suis obligé d'auoir : et que vous hono-

aussi véritablement que vous le méritez; ie suis plus que ie ne le dire, et autant que ie le dois ,

Vosire, etc.

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