‹ Les œuvresChapitre 57 sur 149 · A MONSIEVR LE PRÉSIDENT DE MAISONS · texte numérisé non relu

A MONSIEVR LE PRÉSIDENT DE MAISONS

LETTRE CXXXIX

MONSIEYB^

adamede Marsilly s'est imaginée que j'auois quelque crédit es de vous : et moy qui suis vain, ie ne luy ay pas voulu dire mtraire. G^est vne personne qui est aimée et estimée de toute mr, et qui dispose de tout le Parlement. Si elle a bon succès B affaire, dont elle vous a choisi pour luge; et qu'elle croye j'y aye contribué quelque chose, vous n6 sçauriez croire Fhonque cela me fera dans le monde ; et combien l'en seray plus able à tous les honnestes gens. le ne vous propose que mes inits pour vous gagner. Car ie sçay bien. Monsieur, que vous ne lez estre touché des vostres. Sans cela ie vous promettrois son ié. C'est vn bien par lequel les plus seueres luges se pourroient îF corrompre ; et dont vn aussi honneste homme que vous doit tenté. Vous le pouuez acquérir justement. Car elle ne dele de vous que la iustice. Vous m'en ferez vne que vous me z ; si vous me faites l'honneur de m'aymer tousiours autant que auez fait autrefois, et si vous croyez que ie suis,

Vautre y etc.

A MONSEIGNEVR LE DVC D'ANGVIEN,

sur le succez de la bataille de Rocroy, m. dc. xliii.

LETTRE CXL

MONSEIGNEVB,

cîette heure, que ie suis loin de Vostbe Altesse, et qu'elle ne >eut pas faire de charge : ie suis résolu de luy dire tout ce que nse d'elle il y a long-temps, et que ie n'auois osé luy déclarer ,

pour ne pas tomber dans les inconueniens^où j'auois veuceui^ qui auoient pris auecque vous de pareilles libertez. Mais, Mona» gneur^ vous en faites trop ^ pour le pouuoir souf&ir en silence : et vous seriez iniuste^ si vous pensiez faire les actions que vous faites^ sans qu'il en fust autre chose, ni que Ton prist la liberté de vousea parler. Si vous sçauiez de quelle sorte tout le monde est déchaisoé dans Paris à discourir de vous : ie suis asseuré que vous en aoria honte y et que vous seriez estonné de voir^ auec combien peu de respect, et peu de crainte de vous déplaire , tout le monde s'entretient de ce que vous auez fait. A dire la vérité , Monseigneur, ie ne sçay à quoy vous auez pensé : et ç^a esté^ sans mentir, trop de \sst^ diesse, et vue extrême violence à vous , d'auoir à vostre âge , choqué deux ou trois vieux Capitaines , que vous deuiez respecter, quand ce n'eût esté, que pour leur ancienneté ; fait tuer le pauore Comte de Fontaine, qui estoit vn des meilleurs honmies de Flandres, et à qui ie Prince d'Orange n'auoit iamaisosé toucher; pris seiB pièces de canon, qui appartenoient à vn Prince, qui est ondeda Roy, et frère de la Reyne, auec qui vous n'auieziamais eu de différend; et mis en desordre les meilleures troupes des Espagnolis, qui vous auoient laissé passer auec tant de bonté. le ne sçay pas ce qu'en dit le Père Musnier. Mais tout cela est contre les bonûes mœurs : et il y a, ce me semble, grande matière de confession. Tauois bien ouy dire, que vous estiez opiniastre, comme vn diable; et qu'il ne faisoit pas bon vous rien disputer. Mais j'auoùe , queie n'eusse pas creû que vous vous fussiez emporté à ce point-là : et si vous continuez , vous vous rendrez insupportable à toute PEurope; et l'Empereur ni le Roy d'Espagne ne pourront durer auecques vous. Cependant , Monseigneur, laissant la conscience à part, et politiquement parlant : ie me réjouis auec V. A. de ce que j'entens dire qu'elle a gagné la plus belle victoire, et de la plus grande impo^ tance , que nous ayons veuë de nostre siècle ; et de ce que sansestre Importante y elle sçait faire des actions qui le soient si fort. La France que vous venez de mettre à couuert de tous les orages qu^elle craignoit: s'estonne, qu'à l'entrée de vostre vie, vous ayez fait vue action, dont César eust voulu couronner toutes les siennes ; et qui redonne aux Roys vos Ancestres autant de lustre que vous en auez receu d'eux. Vous vérifiez bien , Monseigneur, ce qui a esté dit autrefois : que la vertu vient aux Césars deuant le temps. Car vous qui estes vn vray César, en esprit, et en science. César en diligence; en vigilance, en courage. César, etper omnes casus Cxsar: vous auez trompé le jugement, et passé l'espérance des hommes.

^ous auez fût voir que Texperience n^est nécessaire qu'aux âmes •rdinaûres; que la vertu des Héros vient par d'autres chemins; |U*elle ne monte pas par degrez, et que les ouurages du Ciel sont la leur perfection dés leurs commencemens. Apres cela^ vous M>uuez vous imaginer^ comme vous serez bien receu et caressé des ieigneurs de la Cour : et quelle joye les Dames ont euê^ d'appren- Ire, que celuy qu'elles ont veu triompher dans les Bals, fasse la uesme chose dans les Armées; et que la plus belle teste de France, ioit aussi la meilleure et la plus ferme. 11 n'y a pas jusqu'à Monsieur de Beaumont^ qui ne parle en vostre faueur. Tous ceux qui îstoient reuoltez contre vous, et qui se plaignoient que vous vous [nocquiez tousiours , auouent que pour cette fois-cy, vous ne vous sstes pas mocqué : et voyant le grand nombre d'ennemis que vous auez défaits, il n'y a plus personne qui n'appréhende d'estre des vostres. Trouuez bon, ô César, que ie vous parle auec cette liberté. Receuez les louanges qui vous sont dues : et souffrez que l'on rende à César ce qui appartient à César.

A MONSIEVR LE MARQVIS DE MONTAVSIER,

prisonnier en Allemagne.

LETTRE CXLI

MONSIEVR

Vous ne seriez pas fasché d'estre pris, si vous sçauiez combien VOUS estes plaint. Il y a , sans mentir, moins de plaisir d'estre à Paris, que d'y estre regretté comme vous estes : et les plaintes que font pour vous tant d'honnestes gens, valent mieux que la plus belle liberté du monde. Si vous ne pouuez à cette heure demeurer d'accord de cela (car en Testât où vous estes , vous auez bien la mine de ne pouuoir entendre raison :] ie vous le feray comprendre icy quelque iour; et auoiier, que vous ne deuez pas mettre entre vos mal-heurs , vn accident qui vous a fait receuoir des tesmoignages de Paffection , de tout ce qu'il y a d^aimables personnes en France. Dans ce sentiment gênerai de tout le monde , il n'est pas ce me semble à propos, Monsieur, que ie vous die à cette heure les miens. Car quelle apparence y a-t-il , que vous me dussiez considrror parmy des Princesses , des Princes, des Ministres, dos Danios,

et parmy des Demoiselles^ qui valent mieux que les Darnes^ la Ministres ; les Princes et les Princesses? Quand vous aurez songi assez long-temps à toutes ces personnes; ie vous suppUitytRShumblement de croire^ qu'il n'y a qui que ce soit au mondes qd prenne plus de part à toutes vos bonnes et mauuaises fortunes que moy ; ni qui soit auec plus de passion ,

Vostre, etc.

KîOi

AV MESME

LETTRE CXLII

MONSTËVfi^

Quoy que ie sois tres-asseuré de vostre amitié^ et que la franchise auec laquelle vous auez accoustumé de procéder en toutes choses, ne laisse pas lieu de douter de vostre aifection à ceux à qui vous Pauez promise : ie ne laisse pas neantmoins d^auoir vue extrême joye toutes les fois que vous me dites que vous m'aimez^ et iene sçaurois receuoir trop d'asseurances d'vne chose qui m'est si auantageuse et si agréable. Le plaisir que j'ay eu à lire vostre lettre, est vn des plus grands que j'aye receus depuis que ie suis hors de Paris : et hors les remercimens que vous m'y faites, ie n'y ay rien veu qui ne m'ait touché sensiblement le cœur. Sans mentir, Monsieur, ie reçois de jour en jour de nouuelles satisfactions, de m'estre enfin laissé vaincre à vos bienfaits, et d'auoir quitté la dureté de cœur qui m'a trop long-temps séparé de vous. Quoy que ie fasse quelque scrupule de tourner ma pensée vers ce temps-là : ie vous auoûe pourtant, que ie prens quelque plaisir de m'en souuenir, pour auoir plus de ioye , en le comparant à celuy-cy : et (s» ce n'est pas trop dire) il y a mesme des fois, que ie ne voudrois pas qu'il fust arriué autrement. Car, outre que Ton jouit auec plus de contentement d'vn bien que l'on croyoit auoir perdu, et que les amitiez , qui après auoir esté interrompues viennent à se renouer, ont quelque ardeur que les constantes et les vieilles amitiez n'ont pas : cette mauuaise intelligence m'a donné occasion de receuoir vn signalé témoignage de vostre bonté, en me faisant voir auec quelle douceur et quelle affection vous m'auez receu dés que ie me suis r'approché de vous. Au moins , Monsieur, ie sçay certainement que j'en tireray ce bon effet : qu'ayant veu vne fois quelle faute J'auois

DE MONSl^lVH DE VOITVRE. 313

faite^ de mal ménager Fhonneur de vos bonnes grâces^ et connu par expérience^ combien difficilement ie m'en puis passer^ ie ne seray plus capable , h l'aduenir, de faillir de la sorte; et que rien ne me sçauroit iamais empescher d'estre tousiours ,

MoNSiEVB y Voslre , etc.

A MOîSSEIGNEVR LE DVC D'AKGVIEN,

lors qu'il fit passer le Rhin aux Troupes qui deuoient joindre celles de Monsieur le Mareschal de Guebriant, m. dc. xliii (1).

LETTRE CXLIII

He bon iour, mon compère le Brochet! bon iour, mon compère le Brochet! le m'estois toujours bien doutée , que les eaux du Rhin ne vous arresteroient pas : et connoissant vostre force, et combien vous aymez à nager en grande eau : j'auois bien creu, que celles-là ne vous feroient point de peur, et que vous les passeriez aussi glorieusement, que vous auez acheué tant d'autres auentures. le me réjouis pourtant de ce que cela s'est fait plus heureusement encore, que nous ne l'auions espéré, et que sans que vous ni les vostres y ayent perdu vue seule écaille, le seul bruit de vostre nom ait dissipé tout ce qui se deuoit opposer à vous. Quoy que vous ayez esté excellent, iusques icy, à toutes les sausses où Pon vous a mis : il faut auoûer que la sausse d'Allemagne vous donne vn grand goust, et que les lauriers qui y entrent, vous releuent merueilleusement. Les gens de l'Empereur qui vous pensoient frire, et vous manger auec vn grain de sel, en sont venus à bout, comme j'ay le dos : et il y a du plaisir de voir, que ceux qui se vantoient de défendre les bords du Rhin, ne sont pas à cette heure asseurez de ceux du Danube. Teste d'vn poisson, comme vous y allez ! Il n'y a point d'eau si trouble, si creuse, ni si rapide, où vous ne vous jettiez à corps

(1) Pour rintelligence de cette lettre, il faut sçauoir, qu'auant que Monsieur le Duc partist de Paris, estant en une compagnie dc Dames, auec lesquelles il viuoit trés-familierement, il se mit à ioùer auec elles à de petits ieux, et particulièrement à celuy des Poissons , où il estoit le Brochet. Ce qui donna suiet à TAutheur, qui estoit aussi du ieu sous le nom dc la Carpe, de luy esiTire cette raillerie ingénieuse, (yofe (te P'mchesnc)

31 i lettre;?

perdu. En vérité^ mon Gompere, vous faites bien mentir leprouerbe qui dit^ leune chair et vieux poisson. Car n'estant qu'vn jeime Brochet comme vous estes , vous auez vue fermeté que les ph» vieux Esturgeons n'ont pas : et vous acheuez des choses qu'ib nV seroient auoir commencées. Aussi vous ne sçauriez vous imaginer jusques où s'estend vostre réputation. Il n'y a point d'estangs^de fontaines, de ruisseaux, de riuieres, ni de mers, où vos victoires ne soient célébrées; point d'eau dormante, où l'on ne songe à vous; point d'eau bruyante, où il ne soit bruit de vous. Vostre nom pénètre jusques au centre des mers , et vole sur la surface des eaux : et rOcean qui borne le monde , ne borne pas vostre gloire. L'autre iour que mon compère le Turbot, et mon compère le Grenaut, auec quelques autres poissons d'eau douce, souppions ensemble chez mon compère FEperlan : on nous présenta au second vn vieux Saumon, qui avoit fait deux fois le tour du monde, qui venoit fraischement des Indes Occidentales , et auoit esté pris comme espion en France, en suiuant vn bateau de sel. Il nous dit, qu'il n'y auoit point d'abysmes si profonds sous les eaux, où vous ne fussiez connu et redouté, et que les Baleines de la mer Atlantique, suoient à grosse goutte, et estoient toutes en eau^ dès qu'elles vous entendoient seulement nommer. Il nous en eust dit dauantage. Mais il estoit au court bouillon : et cela estoit cause , qu'il ne parloit qu'auec beaucoup de difficulté. Pareilles choses à peu prés, nons furent dites parvne troupe de harangs frais, qui venoient de vers les parties de Noruegue. Ceux-là nous assurèrent, que la mer de ces païs-là s'estoit glacée cette année deux mois plustost que de coustume, par la peur que l'on y auoit eue , sur les nouuelles que quelques Macreuses y auoient apportées , que vous dressiez vos pas vers le Nord : et nous dirent, que les gros poissons, lesquels, comme vous sçauez, mangent les petits, auoient peur que vous fissiez d'eux comme ils font des autres; que la pluspart d'entre eux s'estoient retirez iusques sous l'Ourse, iugeans que vous n'iriez pas là; que les forts et les foibles sont en allarme et en trouble, et particulièrement certaines anguilles de mer, qui crient desia comme si vous les escorchiez, et font Vn bruit qui fait retentir tout le riuage. A dire le vray, mon Compère, vous estes vn terrible Brochet, et n'en desplaise aux Hippopotames, aux Loups marins, ni aux Daufins mesmes; les plus grands et les plus considérables hostes de l'Océan, ne sont que de panures Cancres au prix de vous : et si vous continuez comme vous auez conmiencé, vous auallerez la mer et les poissons. Cependant vostre gloire se trouuanl à vn point, qu'il est

I qu'elle ne peut aller plus loin , ni plus haut : il est^ ce me Madde^ bien à propos ^ qu'après tant de fatigues^ vous veniez vous nfraischir dans l'eau de la Seine, et vous recréer ioyeusement auec beaucoup de jolies Tanches^ de belles Perches^ et d'honnestes Tniittes^ qui vous attendent icy auec impatience. Quelque grande pourtant que soit la passion qu'elles ont de vous voir^ elle n^égale pas la mienne; ni le désir que j'ay de vous pouuoir tesmoigner combien ie suis^

Vostre tres'humble et tres-oheissante seruante et commère, LA CARPE.

A MONSIEVR LE MARQYIS DE PISANY,

qui auoit perdu au jeu tout son argent et son équipage au siège de Thionville.

LETTRE CXLIV

MONSIBVB^

A ce que j'ay appris^ on auroit grand tort si on vous reprochoit, que vous auez gardé le mulet au camp de Thionuille. Au Diable le mulet que vous y auez gardé! On m^a dit aussi^ que considérant que plusieurs armées se sont autrefois perdues par leur bagage , vous vous estes défait de tout le vostre, et qu'ayant leu souuent dans les Histoires Romaines (voila ce que c'est que de tant lire) que les plus grands exploits que leur Caualerie ait faits autrefois, elle les a faits ayant mis pied à terre, et s'estant démontée volontairement, dans le fort des combats les plus douteux; vous vous estes résolu d'éloigner tous vos chevaux : et que vous auez si bien fait qu'il ne vous en est demeuré pas vn seul.

n va de son pied Teminent Personnage.

Peut-estre que vous en receurez quelque incommodité. Mais aussi, cela est, sans mentir, bien honorable, qu'aussi bien que Bias (Bias, vous le connoissez tant !) vous puissiez dire, que vous auez auec vous tout ce qui est à vous : non pas à dire le vray, vne quantité de bardes inutiles, ni vn grand accompagnement de cheuaux, ni vne extrême abondance d'or et d'argent monnoyé; hiais probité , générosité ^magnanimité, fermeté dans les périls, opiniastroté dans les

316 LEITRES

disputes, mespris des langues estrangeres^ ignorance des fauxdex, et vne tranquillité inouïe^ dans la perte des biens faux et périssables. Qualitez , Monsieur^ qui vous sont propres et essentielles^ et lesquelles^ ni le Temps ^ ni la Fortune ne sçauroietit séparer de vous. Or^ comme ainsi soit qu'Euripide ^ qui estoit^ comme vous sçauez^ ou comme vous ne sçauez pas^ vn des plus graues Autheun de la Grèce , écriue en F vne de ses Tragédies, que Pargent fut vn des maux, qui sortit de la boiste de Pandore, et peuirestre le plus pernicieux ; j*admire, comme vne qualité diuine en vous, FincoiDpatibilité que vous auez auec luy : -et il me semble que c'est vne excellente marque d'vne ame grande et extraordinaire , de ne pouuoir durer auec le corrupteur de la raison , Tempoisonneur des âmes, et l'autheur de tant de desordres, d'injustices, et de violences. Mais ie voudrois. Monsieur, que vostre vertu ne fùst pas tout à bit à vn si haut point; que vous-vous pussiez accommoder en quelque sorte auec cet ennemy du genre humain; et que vous flssiez quelque paix auecque luy , comme nous en faisons auecque le Grand Turc, pour des considérations politiques, et pour la raison du commerce. Considérant donc, qu'il est très-difficile de se passer de luy; et m'imaginant, que comme ie joùay pour vous à Narbonne, vous auez peut-estre joué pour moy à Thionuille; et que c'est en mon nom que vous auez massé les mulets : le vous enuoye cent pistoUes, sur et tant moins de la perte que vous pouuez auoir faite pour moy : et afin qu'il n'en arrive pas de celles-cy, comme des autres; ie uous supplie de n'en pas souiller vos mains, et de les mettre entre celles de François, pour la consolation duquel , ie les enuoye principalement.

A MONSEIGNEVR D'AVAVX (l),

Surintendant des Finances et Plénipotentiaire pour la Paix.

LETTRE CXLV

MONSEIGNEVB, •

Vous seriez rauy d'estre party d'icy, si vous sçauiez combien

(J) Claude de Mesme, comte d*Avaux, plénipotentiaire de France à Munster. Il mourut en 1650.

DE MONSIKVR DE VOITVRE. 317

vous y estes regretté. Il y a^ sans mentir^ moins de plaisir d'estre à Paris, que d'y estre désiré comme vous estes : et quand vous Taimeriez autant- que vous auez fait autrefois : les plaintes^ que tant (f honnestes gens y font pour vous, deuroient faire, que vous fussiez bien aise de n'y estre pas. Quand ie jette les yeux sur vostre vie , Monseigneur, il me semble que cet homme du temps passé, que son bon-heur fit surnommer Preneur de villes; ne meritoit pas ce tîltre ûuec plus de raison que vous le méritez. Car s'il est vray, qu'il n'y a pas de meilleur moyen de s'en faire maistre, que de prendre le cœur des Citoyens ; il n'y eut iamais au monde vn Poliorcetes comme vous : et Ton peut mettre Hambourg, Coppenhagen, Stocolm, Paris, Venise, et Rome, au nombre de vos conquestes. Vous ne sçauriez croire le desplaisir qu'a icy causé vostre esloignement. Tour moy. Monseigneur, ie vous iure que j'en suis au desespoir, et que rien ne m'en peut consoler. A dire le vray, en quelle autre personne sçaurois-ie rencontrer tant d'esprit, tant de sçauoir, et tant de vertu? où pourrois-ie trouuer au monde des entretiens si doux, des conuersations si vtiles, et des potages si bien conditionnez ?fDepuis que vous estes hors d'icy, ie n'ay point trouué de viande qui ne fust trop salée, ni d'homme qui ne le fust trop peu. Omnia aut insuUa, aut salsa nimis. Il n'y a plus rien à mon goust. Nec comiiuium vllum, necconuiuavllusplacet.Be ce sel d'Attique, dontj'ay mangé plus d'vn minot auecque vous, et qui, comme dit Quintilien, quamdamfacit audiendi sitim : il n'y en a pas vn grain dans Paris.

Non est in tanto corpore mica salis.

Sans mentir. Monseigneur, ce fut vn grand malheur pour moy, lors que ie vous rencontray icy plus habile, plus sçauant, et plus honneste homme que jamais ; et en puissance , et en volonté de me faire du bien, et de l'honneur, l'acheté maintenant bien cher les quatre mille Hures de rente que vous m'auez donnez : et si vous estes longtemps dehors, vostre absence me fera plus de mal, que v(»stre présence ne m'a fait de bien. .

Vah quemquam-ne hominem in animo instituere, Aut parare, quod sit charius, quam ipsc est sibi.

Mais j'abuse vn peu trop de vostre bonté , de vous entretenir si longtemps. Il faut pourtant que ie vous die devant que de finir, que la Reyne receut admirablement bien vostre cabinet; et le trouua comme il est, et me commanda de vous en remercier de sa part. Les quatre ou cinq iours d'après, pas vue Princesse, ni Duchesse ne fut chez

elle, à qui elle ne le list voir. Particulièrement, elle le montra i Madame la Princesse, à qui elle dit mille biens de vous. Il est bien iuste. Monseigneur, que ie vous die, à vous qui auez commencé ma fortune, et qui m'auez mis en bonheur : qu'il a plû à la Reyne me donner la pension de mille escus qu'elle m'auoit promise dés que vous estiez icy , et qu'elle Ta fait mettre sur l'Abbaye de Couches, dont elle a admis la résignation que VAhhé en a faite, eo faveur d'vn des enfans de Monsieur de Maisons. le suis,

MoNSEiGNEVB , . Vostre, etc.

A Paris le la Décembre 1643 (i).

A MONSIEVR COSTART.

LETTRE CXLVf.

MONSIEVR

Ce n'est pas que ie trouue mauuais que vous soyez aussi paresseux que moy. Mais pource que vous ne Tauez pas accoustumé, et qu'il y a long-temps que ie n'ay receu de vos lettres : j'ay peur que vous n'ayez pas eu la dernière que ie vous ay escrite, dans laquelle ie vous répondois à tous vos mots de Poitou, et vous disois mon auis, sur les passages de Saluste, et d'Ausone. Si vous voulez doresnavant autant de temps pour faire vos réponses, que j'ay accoustumé d'en prendre : ie n'ay rien à dire contre cela. Neantmoins, il me semble, qu'il n'est pas iuste qu'il y ait vne mesme règle pour vous et pour moy : nous ne sommes ,

Nec cantare pares, nec respondere parati.

L'autre iour ie dis à Monsieur de Chauigny le passage de Terence, hem alterum : et que vous me l'auiez proposé, et l'explication que vous y donniez, et que pour moy ie n'y en trouuois pas. Le lendemain il me dist qu'il croyoit qu'il y falloît mettre vn interrogant. Ex homine hune natum dicasF Croiriez-vous que celuy-là soit né d'vn homme? Ne prendriez-vous pas ce brutal-là pour vnebeste? Pour moy, cela ne me déplaist pas : et ie doute seulement, si \n homme qui parle tout seul peut vser d'interrogant, comme s'il par-

(1) D'autres éditions portent : le 13 (!(^embre.

Icrit à vne troisième personne. Mandez-moy^ s'il vous plaist^ vostre aduis là-dessus. Car le luy ay dit^ que ie vous escrirois le sien : et nous attendons vostre réponse. Consultez aussi Monsieur de Balzac sur cela. le monstreray à Monsieur de Ghauigny vostre réponse, et la sienne^ si vous me Tenuoyez. le luy dis l'autre iour les Vers que Monsieur de Balzac a faits pour Monsieur Guyet. 11 les trouua admirablement beaux : et me parla de luy auec vne estime très-haute^ et vne affection extrême : me louant son esprit , son humeur^ ses ouurages, ses potages (car il dit aussi qu'il en a mangé;) comme j'ay accoustumé de les louer moy-mesme, et d'aussi bon cœur. C'est en vérité, vn homme de très-rare esprit, et qui aime passionnément tous ceux qui en ont : et peut-estre qu'il tesmoignera à nostre amy qu'il se souuient de luy, lors quMl s'y attend le moins. Adieu, Monsieur, ie suis.

Vos ire y etc.

A Paris le 22 Novembre.

A MONSIEVR DE CHAVEROCHE (l).

LETTRE CXLVII. MOMSIEVB,

Sçachant combien vous aimez les procez , et combien vous m'aimez aussi : ie croy que ie vous feray vne prière qui ne vous sera pas désagréable, en vous suppliant de tout mon cœur, de vouloir prendre la peine de vous instruire de l'affaire de ma sœur, de l'aider de vostre conseil, et de l'assister de vostre crédit. le vous l'addresse comme à vn des hommes du monde en qui ie me confie le plus; et qui la peut mieux conseiller en cette occasion. le croy que Mademoiselle de Rambouillet ne vous refusera pas de solliciter pour vous et pour elle. (Car ie fais desia vostre affaire de la sienne) et si vous la prenez à cœur comme ie l'espère, ie ne doute pas qu'elle n'en ait toute rissûe qu'elle peut désirer. En recompense, ie vous promets que de ma vie ie ne vous appelleray Pourceau, et que ie vous donneray la première Chapelle qui sera à ma nomination. Cs^r de vous dire, que cette obligation augmentera la passion que j'ay de vous

(1) Il était intendant de madame de Rambouillet. « Il alloit et vcnoit tant • à Yères, qu'on le nomma \e pourceau de l'abbaye. » (Tallemanl.)

320 LKTTRES

seruir : ce seroit vous tromper^ puisqu'il est vray^ qu'il y a desii lu long-temps que ie suis autant qu'il se peut^

Encore une fois^ Monsievr^ ie nous supplie tres-humblementde faire rage.

Mo NSI EV B , Vostrey etc.

A MADAME LA MARQVISE DE TARDES

LETTRE GXLVIII.

Madame y Le long temps....

Madame^ Si ie ne sçauois iusqu'où s'estend vostre bonté....

Si l'extrême repentir que....

En vérité, l'on est bien empesché, comme vous pouuez voir icy : et Pon ne sçait par où commencer à se remettre à son deuoir, quand on a failly si longtemps, et mesmement contre une personne à qui on a de si estroites obligations que ie vous ay, et à laquelle on doit tant de respect, de soin et d'affection. Il y a beaucoup de mois, que ie travaille pour trouuer vne excuse à ma faute, et que ie tasche à vous faire vne belle lettre, dans laquelle ie vous prouue par vingt ou trente raisons, que ie n'ay point failly. Mais ie vous auoûe , que ie n'en ay encore pu trouuer pas vne. le croy mesme que toute Teloquence, et tous les esprits de nostre Académie, n'en pourroient venir à bout : et c'est tout ce que pourroit faire le vostre, et celui de Monsieur le Marquis ensemble. Aussi, Madame, c'est à vous deux que ie m'addresse, pour vous supplier de me mander franchement ce que peut dire vn homme qui est en ma place. Ma foy, ie croy que vous y seriez empeschez, aussi bien que moy. Mais si vous n'auez pas assez d'inuention pour couurir ma faute., ayez au moins assez de bonté pour me la pardonner. Vous ne sçauriez

'un et Tautre mieux vérifier par aucune autre chose ^ ce que îe dis cy de vous tous les iours; qu'il n^y a point sous le Ciel deux autres Msotines^ si bonnes ^ si sociables^ si généreuses. le vous supplie^ Pourtant, de croire qu'il y a fort long-temps que le repentir de mon -rime me presse; et que ie ne cherche que les moyens d'en sortir. I>e sorte qu'à le bien prendre, ie ne suis véritablement coupable loe du premier mois. Car tout le reste du temps, c'est la honte qui 3tt'a retenu, et la confusion où doit estre tout homme d'honneur, îaaoir si vilainement failly. Que si tout cecy ne vous adoucit point : «sçay, Madame, vn autre moyen de vous satisfaire. C'est que dans trois iours ie m'iray mettre entre vos mains, pieds et poings liez : ifin que vous me le fassiez comparoir aussi chèrement que ie l'ay 3eseruy; et que vous donniez en moy vn exemple qui fasse à l'aueciir trembler tous les ingrats. Car, enfin. Madame, ie ne veux pas riure plus long-temps dans votre mauuaise grâce, et il n'y a point de péril où ie ne me iette pour vous montrer que ie suis ,

Vostre, etc.

A MADAME LA MARQVISE DE RAMBOVILLET.

LETTRE CXLIX

Madame,

Pauois raison de m'opiniastrer à mon chemin de Valenton. Cet ulre si droit, par lequel on m'asseuroit que ie ne me pouuois lerdre^ quand ie le voudrois; ie m'y perdis hier trois fois en ne le oolant pas. Comme ie fus aux murailles de Breuane : au lieu de Mrendre à droit, ie pris à gauche, et ie m'en allay droit comme vn onc, à vn village qui estoit à deux grandes lieues hors de mon chelûn. le ne sçaurois pas dire comme cela se fit. Mais j'auois estraiiiement dans l'imagination Mademoiselle d'Angennes, et Mademoi^ selle de sainct Maigrin : et ie les voyois comme deux Ardens, qui niarchoient tousjours deuant moy ; et* qui m'esclairoient en me perdant, le vous supplie pourtant. Madame, de ne leur en point faire de réprimandes. Car j'aurois peur qu'elles ne me fissent pis vne autre fois : et mon dessein est de n'auoir rien à demesler, aue(* celte sorte de personnes-là ; et de souffrir toutes choses, plûtost que

d'pslre mal auec elles. Tant y a. que ie suis icy arrivé aussi seure-

ment, que si j'eusse eu vostre laquais auee moy. le n'ay point tro de loups en chemin^ ny aucun des hazards que vous craignez p moy : et ie n'ay couru de fortune , que par les personnes que . laissées auprès de vous. le vous asseure, Madame^ que ce ioui ne se passera pas sans que ie soubaitte beaucoup de fois de voi cbeual Griffon^ et vous, et d'estre de la promenade que vous fei le suis,

Vostre^ etc.

A MADEMOISELLE DE RAMBOVILLET.

Mademoiselle,

Sans mentir, on n'est iamais en repos, quand on aime que chose autant que ie vous aime. Tauois tousiours fort appreh vostre voyage. Mais ie croyois qu'il ne m'en arriueroit point d'j mal, que le plus grand ennuy^ du monde : et comme j'estois assez affligé, de n'auoir pas Tbonneur de vous voir, la nouuell nous est ici venue de Merlou, m'a mis en vne bien plus grande p . Quand cet accident ne feroit point d'autre mal, que d'auoir S( vne si belle compagnie : c'en seroit desia vn assez grand, et di j'aurois assez de peine à me consoler. Il me semble, qu^il y a temps que la petite vérole, n'a rien fait de si insolent que ce! que comme elle n'a osé faire du mal au visage de Madame, e deuoit pas non plus toucher à ses plaisirs , ni à ses divertisseï le me consolois des ennuis que j'auois icj, par les joyes que i uois que vous auiez de delà : et ie n'osois estre tout à fait triste • temps où l'on me disoît, que vous dansiez tous les îours. A heure, il ne me reste pas vne pensée, qui me puisse plaire : vous asseure que Mesdemoiselles du Vigean, ne se sont iamaii ennuyées dans leur grenier, ni ailleurs, que ie m'ennuie dans 1 Mais voyez, ie vous supplie. Mademoiselle , jusques où me mon desespoir, le me résolus de m'en aller à dieual en trois à Blois : et cela c'est presque comme si ie m'allois jetter la te première dans la riuiere. le ne sçay si j'en reuiendray. En toul faites-moy tousiours l'honneur de m'aimer, mort ou vif : et se nez- vous que ie fus, ou que ie suis,

Vostre j etc.

DE MONSÏEVR DE VOITVRE. 3-23

A LA MESME

LETTRE CLI

Mademoiselle ,

Vous estes admirable de vous plaindre de la solitude, après auoir eounené auecque vous tout ce qu'il y auoit de plus beau et de meilleur dans Paris : et de vouloir que nous vous consolions , quand vous nous auez osté toute sorte de consolation. Si jV.stois auprès de \\ belle Princesse auec qui vous estes, ie vous enuoyerois les lettres que vous me demandez, et de ses moindres paroles, oifde ses plus |)etites actions, ie dissiperois les plus grandes melancholies. Si vous ^ous divertissez auec elle aussi mal que vous dites : il faut que Tacddent qui est arriué àMerlou, Tait rendue toute vne autre personne qu'elle n'estoit; et qu'elle soit bien plus changée de la petite vérole de Madame sa belle-sœur, qu'elle ne l'a esté de la sienne. Cependant, Mademoiselle, ie vous donne aduis que toutes les maisons de Paris sont à cette heure des maisons des champs, aussi bien que la vostre : et en vérité il y en a beaucoup oii il n'y a pas si bonne XHnpagnie. Toutefois, si vne personne qui s'ennuye auec Mademoiselle de Bourbon, se peut diuertir, de sçauoîr des nouuelles de Ifadame de la G., ie vous en diray tant que vous voudrez. Car il n'y \ plus quasi qu'elle que ie connoisse icy, et ie vous rempliray deux grandes feiufles de papier, des bonnes choses que ie luy ay oùy fire. C'est , sans mentir, vne jolie Dame ; et en vérité vne des plus iharmantes et des plus agréables qui soit à cette heure icy. lugez, Hademoiselle, si ie puis estre fort diuertissant, en vn temps où ie mis si mal diuerty : et si vous ne deuez pas trouuer bon que ie m'en ûlle à Blois, le plus viste que ie pourray; et que ie ne vous die autre chose, sinon que ie suis,

Vostrey etc.

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