CHAPITRE III
Angélique Paulet.
AflgéJique Paylet, fille de Charles Paulet^ secrétaire de la chamredu roi^ naquit en 1592. Grande et bien faite ^ elle avait des *aits purs et réguliers, dont une blancheur de teint éblouissante élevait encore l'éclat. Sa magnifique chevelure d'un blond doré enveloppait tout entière lorsqu'elle la dénouait ; des lèvres fraîches t roses, qu'entr'ouvrait souvent un spirituel sourire, laissaient aperevoir une double rangée de perles, et son regard profond et doux KMrtait le trouble dans l'âme de tous ceux qui osaient en affronter e charme. C'était une de ces beautés vigoureuses et splendides que e temps même respecte, et dont le dix-septième siècle devait offrir sncore deux types mémorables dans Ninon de l'Enclos et Françoise l'Aubigné. «a \^*^w..«^ 4M^v-w.-*-
Elleavait une voix admirable, et chantait mieux que personne de ^ temps y dit un de ses biographes, qui raconte aussi que Ton trouva leox rossignols morts sur le bord d'une fontaine près de laquelle lie avait chanté tout le jour. Ce ne pouvait être que de jalousie, /abbé Arnauld, dans le premier volume de ses Mémoires si intéresants parfois, parle d'une représentation de la Sophonisbe de Mairet ai fiit donnée à Rambouillet. « Mademoiselle Paulet, ajoute-t-il, liantait avec son théorbe entre les actes ; et cette voix admirable, mt on a assez ouï parler sous le nom d'Angélique, ne nous faisait )înt regretter la meilleure bande de violons, qu'on emploie d'ordilire dans ces intermèdes. » Voiture, de son côté, hii rendait le ôme témoignage dans ces vers :
Dans le fond d'un bois antique , Vn ro^ignol disputa Sur ut, re, mi, fa, sol, la, Auec la belle Angélique ; Mais le rossignol perdit, Au doux son qu'elle épandit.
;ile ne brillait pas inoins par les qualités du (^œur ([ue par celles corps et de Tespril. «L'ardeur avec laquelle clic aimait, dit Talant, son courage, sa fierté lui firent donner le nom de lionne. »
i VIE DE VOITURE.
Rien n'égalait son dévouement à ses amis : l'abbé Croisilles^ soa cousin, ayant été mis en prison , elle dépensa dix mille livres pov l'en tirer.
(A Élevée au milieu d'une cour où la chasteté était peu en hoonenr
) et le vice contraire fort apprécié ^ son innocence eut à suirâr de bonne heure de rudes assauts. Angélique finit par succomber; mais elle était de celles que la chute n'avilit pas^ et auxquelles|le monde est trop heureux d'accorder son facile pardon, en échange de toot ce qu'elles lui apportent de grâce et de séduction. Deux princes de la maison de Lorraine^ M. de Guise et M. di
I Ghevreuse^ eurent ses premières faveurs. A dix-huit ans elle fut II dernière passion de Henri IV. U s'en éprit un jour qu'elle figurait dans un ballet de Lingendes chez Marie de Médicis. Elle remplissait le rôle d'Amphion^ et sa voix douce et sympathique alla jusqu'au coeur du roi^ qui malgré ses cheveux gris était inflammable comme à vingt ans. Il était assidu auprès de sa nouvelle maîtresse. Suivi
I d'un de ses fils naturels^ le diic de Vendôme, il se rendait chez elle le jour même où le couteau de Ravaillac vint trancher ses jouis presque sur le seuil de la femme aimée.
Après cet horrible événement^ que suivit de près la mort de si propre mère, mademoiselle Paulet vécut plus retirée. Ce fut akw
•qu'elle se lia avec la vertueuse comtesse de Glermont d'une étroite amitié qui ne devait jamais se démentir. Elle sortit purifiée de ce contact avec une grande dame dont la profonde piété était comui^ et admirée de tous^ et depuis (le caustique Tallemant en convient même) elle fut recherchée et estimée de tout le monde. M; de Rambouillet, qu'avaient d'abord éloignée les premiers d'Angélique, ne tarda pas à se faire l'interprète de l'opinion pi que, et à l'admettre dans cette société brillante dont elle devait le principal ornement. Sa réception eut quelque chose de sol( a La première fois qu'elle vint à Rambouillet , dit un coi porain, la marquise la fit recevoir à l'entrée du bourg par les jolies filles du lieu et par celles de la maison, toutes couroi de fleurs et fort proprement vêtues. Une d'entre elles, qui était parée que ses compagnes, lui présenta les clefs du château; et elle vint à passer sur le pont, on tira deux petites pièces d'à qui sont sur une des tours, »
A partir de cette époque, mademoiselle Paulet eut plus d'ai rateursque jamais. Voiture, qui fut au premier rang parmi ces n tisans inoffensifs, a pris le soin de dresser la liste de ses rivaux^ lui écrivait : « Vous m'avez mis en peine en me disant que V(
fruiteurme fait ses recommandations. Quel moyen de deuiner cela? ^abord ie me suis imaginé que c'estoit vn Cardinal ; et puis vn [>cteur en théologie; après j'ay pensé que ce pourroit estre vn lardiand delà rue Aubry Boucher, ou vn commandeur de Malthe^ n conseiller de la cour, vn poète, ou vn preuost de la ville : et il 'y a pas vne condition de gens où ie n^aye trouué quelque sujet 3 douter. » Il en oubliait un seul, qui finit par le supplanter; c'était odeau^ le futur évéquë de Vence. Madame de Rambouillet définisit ainsi la liaison de Voiture et de mademoiselle Paulet : Une amitié / ndre^ mêlée de quelque galanterie. On verra dans la suite comment j ^ doux conunerce finit par se relâcher et se rompre.